Mois : février 2007

André Boisclair intéresse-t-il les indécis?

Je suis en train de lire un livre très intéressant, de Tom Clancy. Écrit en 1996, il parle d’un avion s’écrasant sur le Congrès américain, et tuant le président et la majorité des congressistes. Le héros, qui venait juste de devenir vice-président, hérite de la présidence et se fait tenir toute une leçon de politique:

« Les quatre-vingts pour cent qui votent selon la ligne de leur parti ne s’intéressent pas vraiment à vous. Ils votent pour leur parti parce qu’ils croient en lui, ou peut-être pour faire comme papa et maman. La raison de leur choix ne compte pas vraiment. […] Ce sont donc les vingts derniers pour cent qui comptent. Et ceux-là se soucient moins de ce que vous pensez que de ce que vous êtes. […] Ils souhaitent que l’occupant de ce bureau ait du caractère et soit un homme intègre. »

Si on transpose cette analyse au Québec, on constate certes quelques différences, notamment une plus grande mobilité du vote. Ici, si 80% des gens ont déjà choisi leur option, elle peut quand même changer légèrement d’une élection à une autre. Cependant, il reste toujours un 20% d’indécis qui décidera du résultat, le jour du vote.

Et comme le souligne justement Clancy dans son roman, ces gens-là ne veulent pas savoir ce que les chefs pensent, ils veulent se reconnaître dans ce qu’ils sont. Ils veulent un homme qui dira les choses dans leurs mots, qui aura les mêmes valeurs, qui viendra du même milieu, qui les représentera.

Et c’est bien là tout le problème avec André Boiclair: une grande partie de la population ne se reconnaît pas en lui. Après presque un an et demi à la tête du PQ, on ne sait toujours pas ce qu’il pense, et encore moins ce qu’il est. On sait qu’il a fait de la politique sa carrière, mais a-t-il des idées, des valeurs? Représente-t-il la population?

De même, Boisclair est homosexuel – ce qui répugne à plusieurs homophobes, principalement en région – mais ce n’est pas le principal problème. C’est qu’il est homosexuel ET on ne sait rien de ce qu’il pense ET on ne sait rien de ce qu’il est ET il a pris de la drogue ET il a une attitude souvent hautaine ET il ne semble même pas croire aux politiques qu’il défend.

C’est une accumulation de ces choses qui font que Boisclair n’est pas en mesure de rallier les indécis et qui risquent de faire perdre l’élection au Parti Québécois.

C’était bien Marc Laviolette qui a dit, lors de l’élection de Boisclair à la chefferie du PQ, qu’on « ne part pas en campagne avec des casseroles attachées à l’arrière de la voiture ».

En ce moment, ces casseroles sont si bruyantes, si encombrantes, si dérangeantes, que même les Péquistes sont en train de tourner le dos à leur chef.

Et c’est bien dommage, car des trois principaux partis, le PQ est le seul qui soit progressiste. Mais pourra-t-on convaincre les électeurs de voter pour le PQ à reculons, en leur disant que de toute façon on se débarrassera du chef plus tard? Espérons-le, car sinon on se retrouvera avec quatre années de gouvernement de droite, que ce soit la variante PLQ ou celle ADQ du même parti néolibéral.

Et tout le monde en souffrira, surtout le 20% qui aura fait le mauvais choix.

Mise à jour:

À lire: une réflexion intéressante, glanée sur le blogue de Patrick Lagacé.

Le hijab: ce voile n’a pas sa place au soccer

Disons-le d’emblée: la décision de l’arbitre de soccer d’expulser une jeune fille portant le voile (et refusant de l’enlever) était tout à fait justifiée.

La directrice de la Fédération de Soccer du Québec, Brigitte Frot, est très claire à ce sujet:

« L’arbitre a appliqué les règles de la FIFA qui interdisent tout équipement autres que des souliers, un chandail, un short et des bas. Ça exclut les bijoux, les bandeaux pour la sueur et donc le hijab. La jeune fille s’est exclue elle-même ».

Il y a des règles pour le soccer, et la jeune fille a refusé de les respecter. En conséquence, elle a été expulsée. Fin de l’histoire.

Ce qui me choque dans cette affaire, c’est encore une fois la prétention de certains immigrants d’être au-dessus des règles et des lois. Et ce n’est pas la première fois. Qu’on pense simplement à cette histoire invraisemblable où un chauffeur musulman refusait de porter l’uniforme officiel de chauffeur VIP et désirait porter ses vêtements religieux au travail.

Nous, pauvres Québécois, nous suivons les règles. Nous avons l’air de beaux suçons dans nos habits rouge tomate de chez Métro, dans nos vestes bleu poudre de la STM, dans nos complets trop chers ou nos chemises de dépanneur qui feraient débuzzer un cocaïnomane. On aimerait ça aller travailler en jean. On voudrait enfiler un simple chandail confortable.

Mais non! Nous respectons les règles!

Personne n’a obligé cette jeune fille à jouer au soccer. On n’a pas mis de fusil non plus sur la tête du chauffeur de taxi. Quand on s’engage dans un jeu, on respecte les règles. Quand on accepte un emploi, on s’engage à respecter la volonté de l’entreprise et on s’y adapte.

Il est difficile de savoir où va s’arrêter cette folie des accommodements raisonnables. En attendant, je crois qu’il faut féliciter le courage de l’arbitre de soccer qui a appliqué le même règlement pour tous et qui a expulsé la jeune fille du match. En agissant ainsi, il lui a peut-être rendu le plus grand des services: lui apprendre qu’elle n’est pas au-dessus des règles et que ce n’est pas parce qu’elle est Musulmane qu’elle a le droit de ne pas respecter les règlements.

ADQ: qu’éliminerait Mario Dumont après les commissions scolaires?

On apprend aujourd’hui que le chef de l’ADQ, Mario Dumont, désire abolir les commissions scolaires, les taxes scolaires et les élections scolaires. Le but affiché, c’est de vouloir éviter un « intermédiaire bureaucratique coûteux ». Mais que serait donc un discours de Mario Dumont sans attaque en règle contre la « bureaucratie »?

Réorganiser les commissions scolaires et le financement, personne n’est contre, si c’est fait avec professionnalisme et que ça sert un noble but – et non pas par simple opportunisme politique. Le problème, à mon avis, c’est l’élimination des élections scolaires.

Bon, d’accord, vous n’allez sûrement pas voter à ces élections. Vous n’êtes pas les seuls: à peu près 5% de la population y va. Mais est-ce si surprenant? Ces élections ne sont devenus qu’une façon de choisir ceux qui vont subir les décisions de Québec. Alors qu’elles devraient permettre des confrontations et un débat pour l’avenir, elles ne servent plus qu’à élire des fonctionnaires appliquant ce que le ministre de l’éducation a choisi.

En ce sens, il faudrait augmenter le pouvoir des conseils scolaires plutôt que de chercher à le diminuer comme Dumont le propose.

Mais là où ses idées sont beaucoup plus dangereuses, c’est quand on regarde son argument de sauver des coûts en éliminant ce processus démocratique. Mais pourquoi s’arrêter là?

  • On pourrait éliminer les élections municipales pour sauver de l’argent.
  • On pourrait éliminer les municipalités pour se débarrasser de la bureaucratie. Tout serait géré de Québec.
  • On pourrait éliminer les élections provinciales (après une victoire de l’ADQ, bien sûr) pour éviter les coûts reliés à cet exercice.
  • On pourrait éliminer le parlement, qui coûte cher avec tous ces députés, ces maudits fonctionnaires à entretenir grassement.
  • On pourrait éliminer les palais de justice et tous ces maudits bureaucrates de juge et d’avocats qui coûtent cher. On réintroduirait simplement le lynchage public sur décision du leader maximo Dumont.

Vous avez d’autres idées, soumettez-les moi!

Mario Dumont est dangereux pour la démocratie au Québec. Non seulement s’oppose-t-il à tout ce qui a permis à notre province de se sortir de la grande noirceur, mais ses idées réactionnaires menacent de nous y renvoyer pour de bon. Si on suit ses idées jusqu’au bout, on voit poindre le retour du patronage, une augmentation de la pauvreté, une diminution des processus démocratiques, et le retour du capitalisme sauvage.

Avec des idées comme les siennes, on n’est pas loin de Duplessis, qui affichait fièrement, aux frontières, que les employés des mines du Québec étaient les moins biens payés en Amérique du Nord!

Consultation populaire ou référendum?

On dit qu’en campagne électorale tous les coups sont permis et tout ce qui peut être exploité l’est. Pendant que Mario Dumont visite des fermes et promet à peu près tout et rien à la fois sans rien chiffrer à grand coup de phrases creuses et de clips, Jean Charest, lui, joue sur les mots pour essayer de prendre en défaut le PQ, qui a choisi le terme « consultation populaire » plutôt que « référendum » dans sa plate-forme électorale.

Sérieusement… Y a-t-il encore quelqu’un au Québec qui doute de la volonté du PQ de tenir un référendum sur la souveraineté du Québec? La plate-forme parle de consultation populaire, mais un référendum, ou oublie que ça s’appuie sur la loi sur les consultations populaires… De toute façon, il est clairement question de pays, d’indépendance, de souveraineté.

Finalement, le changement de nom dans le programme est peut-être un bon coup, planifié par le PQ. On tend un piège à Charest, et on le force à discuter du programme du PQ. Et comme on dit: « parlez de moi en bien, parlez de moi en mal, mais parlez de moi! »

On a tendance à l’oublier, mais si le PQ allait chercher tous les votes souverainistes, il récolterait 50% des suffrages. D’où l’urgence de parler d’indépendance, de souveraineté, de consultation populaire ou de n’importe quel autre synonyme signifiant la création du pays du Québec.

En centrant toutes ses attaques sur le mot choisi par le PQ, Charest est en train d’unifier les souverainistes et de contribuer à ramener dans le giron péquiste les indépendantistes déçus.

Michel C. Auger attaque Pierre Dubuc: Gesca craint-elle le SPQ-Libre?

Michel C. Auger écrivait, hier, pour le compte de l’empire Gesca inc., que la candidature de Pierre Dubuc pour le PQ dans Groulx est une preuve que les candidats ne se bousculent pas et il s’en prend ensuite à M. Dubuc d’une manière assez douteuse:

« Cet homme de gauche rejoint l’extrême-droite canadienne anglaise quand il préconise la primauté du Parlement sur les juges pour l’interprétation de la Charte des droits. »

On sent vraiment que ça travaille fort chez Gesca pour s’attaquer au PQ et à tout ce qui pourrait mettre en péril les profits de Power Corporation.

Comment peut-on s’attaquer à quelqu’un sur le fait que celui-ci croit que c’est le parlement, dans une démocratie, qui doit décider des règles du jeu, et non pas une charte qui nous a été imposée et qui ne peut virtuellement pas être modifiée par la suite? C’est ridicule.

Par ailleurs, ce n’est pas signe d’une difficulté du PQ que de recruter M. Dubuc, qui milite activement au sein du club politique SPQ-Libre et qui édite le journal l’Aut’Journal, tiré à plus de 30 000 exemplaires, depuis 1984.

M. Dubuc a été, de l’avis de plusieurs, un des meilleurs débatteurs lors de la course à la direction du PQ en 2005.

Mais ce n’est pas le plus important.

Pierre Dubuc a réussi à recentrer le PQ après une dérive vers la droite. Il a réaffirmé à maintes reprises que le PQ doit redevenir cette grande coalition progressiste et il a proposé des solutions courageuses et intéressantes pour améliorer la situation du Québec, notamment la création d’un meilleur réseau de trains, la nationalisation de l’énergie éolienne, la baisse des frais de scolarité…

Un sociologue a déjà affirmé que le PQ est le parti d’une seule génération, et qu’il serait incapable de se renouveler. Pierre Dubuc et le SPQ-Libre sont le fer de lance de ce renouvellement. Le SPQ-Libre ne veut plus des vieux discours vides, mais plutôt d’une souveraineté qui est un outil pour changer les choses.

La souveraineté comme moyen, pas comme fin. Une souveraineté qui est un moyen de se permettre des politiques plus progressistes, pour améliorer les conditions de vie de la population. Pas juste un pays sur une carte, mais un pays pour pouvoir voter ses propres lois et améliorer la redistribution de la richesse.

Contrairement à ce qu’affirme Auger, le PQ a besoin de Dubuc. Car si ce n’était de lui et de quelques autres, les clubs politiques n’existeraient pas au PQ et le parti serait à l’image de Boisclair: un parti de droite, sans saveur, impossible à différencier de l’ADQ ou du PLQ sauf pour son option d’une indépendance qui ne veut plus rien dire.

Et si Dubuc n’était pas au PQ, il serait peut-être dans un parti comme Québec Solidaire, où il irait chercher de précieux votes chez des militants de gauche qui ne se reconnaissent plus dans ce parti.

Plus que jamais, la candidature de Pierre Dubuc dans Groulx est une excellente nouvelle pour le PQ. Ce qui dérange sûrement davantage le MC. Auger, c’est peut-être justement que l’Aut’Journal a toujours été le plus grand critique de Gesca et de Power Corporation…