Mois : mars 2007

Les suiveux

Expo 67C’est bizarre comme les gens changent, et les peuples aussi, à leur image. Quand les baby-boomers avaient une vingtaine d’années, le Québec était jeune, original; nous étions les leaders et les autres nous suivaient. Nous imposions nos idées, nous expérimentions. Nous analysions une situation problématique et nous nous demandions: « pouvons-nous faire preuve d’audace pour régler ce problème? ». Et nous sommes sortis de la Grande Noirceur, nous avons lancé le Québec dans la modernité avec des programmes sociaux humanistes, nous avons innovés avec la Baie James, avec l’éducation, avec l’assurance-emploi…

Aujourd’hui, nous sommes une bande de suiveux. Une bande de frileux qui a peur du futur, qui est davantage préoccupée par notre petite personne que par le sort de la société. Nous avons la chienne. Nous ne voulons plus imaginer de nouvelles solutions; nous ne désirons plus tracer le chemin pour les autres en étant créatifs; nous suivons.

Dix ans plus tard, le Québec décide qu’il désire suivre la « révolution du bon sens » à la Mike Harris, même si celle-ci a plongé une grande partie de la population ontarienne dans la pauvreté. Nous avons perdu la capacité d’analyser rationnellement ce qui ne fonctionne pas et nous cherchons plutôt des solutions clef en main. Résultat? Des incohérences.

Pendant que le coût des médicaments augmente de 15% par année, enrichissant des pharmaceutiques croulant déjà sous les profits, la solution rationnelle serait d’encourager les médicaments génériques et d’en produire une partie nous-même. Mais non, nous préférons augmenter les primes et faire payer davantage les gens les plus vulnérables.

L’énergie éolienne produite par le privé coûte environ 50% plus cher que celle qui serait produite par Hydro-Québec. Malgré tout, on décide de suivre le courant et de confier au privé.

L’éducation est la plus grande richesse d’une société et permet d’améliorer le bien-être général d’une population; alors que déjà le décrochage scolaire est une plaie, on décide d’augmenter les frais, ce qui aura comme conséquence de pousser davantage de jeunes à quitter les bancs d’école.

On se plaint que l’État manque d’argent, mais on refuse de taxer les entreprises et on réduit les impôts des plus riches.

Les exemples sont nombreux. Nous sommes des suiveux. Nous avons décidé de suivre le courant de ce qui se fait en Amérique du Nord, et de dépecer l’État au profit du plus offrant en refusant toute solution rationnelle qui pourrait réellement régler les problèmes.

Et comment appelle-t-on un choix soi-disant réfléchi mais qui refuse systématiquement de regarder certaines options? Un choix idéologique.

Nous sommes des suiveux. Mais nous ne sommes pas que ça: nous sommes aussi des lâches qui avons décidé de faire le CHOIX de laisser pourrir la situation en refusant de s’attaquer aux vrais problèmes, préférant les petites chicanes et attaques contre les syndicats et la classe moyenne aux véritables solutions.

Des solutions qui sont souvent un peu plus à gauche et qui demandent du courage politique. Et un minimum d’imagination.

Deux poids, deux mesures?

Julie DorvalUne femme de 32 ans agresse sexuellement un jeune adolescent de 12 ans, et elle écope de 15 mois de prison. Imaginez le contraire; si un homme de 32 ans avait agressé une jeune adolescente de 12 ans, qu’aurait-on dit? On aurait évidemment vu tous les Gilles Proulx du monde se déchirer la chemise, crier au meurtre, parler de « sentences bonbons », alléluia.

Mais quand l’agresseur est une femme, c’est moins pire.

Dans un reportage à Enjeux il y a quelques mois, je me souviens des commentaires de victimes de tels sévices, qui expliquaient qu’en plus des séquelles de l’agression ils devaient subir les préjugés d’un entourage disant parfois des trucs comme « chanceux, tu as été initié au sexe très tôt ».

Comme si parce que la victime est un garçon c’était moins pire.

Quel est ce deux poids, deux mesures, où une femme agresseure obtient une sentence plus légère que si c’était un homme? Et serait-il possible d’imaginer un scénario inverse (homme agresseur, fille victime) où l’avocat se défendrait en disant que l’accusé ne pensait rien faire de mal?

La solution n’est évidemment pas des sentences plus sévères, mais plutôt une application plus juste de la justice, indépendamment du sexe de l’accusé ou de la victime.

La chasse aux phoques

Chasse aux phoquesC’est ce soir à 20h. à RDI que sera présenté le documentaire « Phoques: le film » de Raoul Jomphe, qui était présent la semaine dernière à Tout le monde en parle. Celui-ci a tenté dans son reportage d’offrir une alternative au discours soi-disant écologiste qui démonise la chasse aux phoques. Et ce qu’il dit fait beaucoup de sens.

On se sert encore de l’image du blanchon (le bébé phoque) pour dénoncer cette chasse, mais celui-ci n’est plus chassé depuis des années. Mais ce qui choque beaucoup certains animalistes, c’est la méthode selon laquelle on tue les phoques: avec un gros coup de maillet sur la tête. Pour certains, c’est de la pure barbarie, mais en fait c’est autre chose: c’est le retour à l’arme blanche et au contact « un contre un » de la chasse, bref c’est une désindustrialisation de la chasse.

Est-ce plus cruel de tuer d’un seul coup un phoque avec un gros marteau ou d’engraisser des poulets dans des cages trop petites pour ensuite les égorger? Mais il n’y a pas de caméra quand on tue les poulets. Et ça nous fait plaisir de se faire un petit BBQ au poulet. Alors on se ferme les yeux. Mais le phoque, il faut le tuer à mains nues, il faut que le chasseur s’habille et parte à la chasse sur son bâteau, comme on le faisait depuis des temps immémoriaux.

Et puis, un phoque, ça mange du poisson. Une tonne par année. Et il y a environ trois millions de phoques. Faites le calcul: ça en fait du poisson en moins dans nos assiettes! Ça fait des revenus de moins pour les pêcheurs des Îles-de-la-Madeleine et des Maritimes en général. Je ne dis pas qu’il fasse tous les exterminer, mais ça me semble être une excellente politique que de contrôler la population de phoques.

Finalement, il y aura toujours cet argument de ces végétalistes qui écrivent « Meat is murder » sur le métro Laurier ou « Manger un animal est un crime » sur un immeuble de la rue Jarry. Et bien, savez-vous quoi? Ma salade aussi était vivante, mon concombre aussi, mon piment, mon avocat, mes germes de luzerne (quel génocide!), le pain dérivé du blé, le tofu dérivé du soya, et j’en passe!

Et oui, nous sommes vivants, nous mangeons la vie. Au lieu de s’offusquer et de traiter de criminel celui qui s’en va tuer un phoque avec un marteau, il faudrait peut-être se demander si le vrai crime ce n’est pas plutôt d’en être arrivé à ne plus voir l’animal derrière le T-Bone ou le végétal derrière la salade César.

La chasse au phoque est peut-être cruelle. Mais la vie ne l’est pas moins.

Boisclair doit partir

Pierre Dubuc a raison: André Boisclair n’est plus l’homme de la situation à la tête du Parti Québécois. Le secrétaire général du SPQ-Libre et éditeur de l’excellent mensuel de gauche l’Aut’Journal connaît bien Boisclair; il a même eu l’occasion de l’affronter lors de nombreux débats dans la course à la direction du parti. Et selon plusieurs militants péquistes, il a été un des meilleurs débatteurs.

On dira ce qu’on veut bien, mais Boisclair n’a jamais réussi à connecter avec la population. Les gens ne s’identifient pas à lui. Si dans une campagne électorale, les idées sont importantes, l’image du chef n’est pas à négliger. Mario Dumont a réussi à aller chercher une quarantaine de sièges sans équipe, sans cadre financier et sans programme crédible; qu’aurait pu accomplir le PQ avec à sa tête un chef charismatique et populaire?

Parce qu’à la fin, dans l’isoloir, ça se résume souvent à ça: « est-ce que je fais confiance à ce parti et à celui qui le dirige, oui ou non? ». Et pour monsieur ou madame Tout-le-monde, Boisclair n’inspirait pas la confiance, mais plutôt le doute. Il a beau être intelligent, il n’a commencé à être en mesure à faire passer ses idées qu’une ou deux semaines avant le vote, soit beaucoup trop tard. Il a beau avoir de l’expérience politique, il s’est mis à dos l’aile progressiste du parti avant même le début de la campagne électorale.

Comme je l’écrivais dans mon billet Continuité, le vote de la gauche a augmenté lors de cette élection. Comment se fait-il que le PQ ne peut pas aller en chercher une plus grande partie, surtout chez les souverainistes qui ont voté Québec Solidaire? Boisclair a hérité d’un parti survolant littéralement les intentions de vote et en quelques mois la division s’est installée et il a perdu la confiance d’un peu tout le monde.

Un chef, c’est important. C’est celui qui incarne l’image de l’équipe. C’est celui qui fait dire « je ne suis pas sûr de telle ou telle proposition, mais je lui fais confiance à lui ». Un chef charismatique, c’est celui qui peut convaincre l’aile-gauche de rester au PQ et les gens de certaines régions de ne pas succomber à la plainte adéquiste.

Un chef charismatique, c’est le ciment qui solidifie les fondations d’un parti. Et André Boisclair n’est pas cet homme. Malgré tout le respect que j’ai pour lui, pour son combat, pour sa fierté, sa combativité, il doit céder sa place et le PQ doit se lancer dans une nouvelle course à la direction en prévision des prochaines élections.

Des élections où le parti devra absolument se montrer plus fort, car il n’aura plus affaire à un populiste seul, mais à une équipe adéquiste beaucoup plus solide et déterminée à jeter aux ordures notre social-démocratie.

La révolution du bon sens

Liberté, je crie ton nom!Dans sa navigation quotidienne, votre humble serviteur est tombé sur le site suivant: Le Pire. M’inspirant de leur plate-forme électorale, et désireux de protéger notre belle nation de la dégénérescence socialisante péquisto-syndicaliste, j’ai décidé de donner quelques conseils à notre Maurice Dumont national afin qu’il puisse contre-carrer leur influence en accélérant lui-même son programme de droite. Et qui sait, peut-être éventuellement une union PIRE-ADQ?

Quelques mesures que Mario Duplessis doit absolument tenter de faire passer:

La semaine de travail de 70 heures: il est tout à fait aberrant de donner des congés à des gens qui en profitent pour boire de la bière et qui coûtent cher au système de santé ensuite. Il faut travailler 10 heures par jour 7 jours sur 7 afin de devenir plus productif. Cette mesure serait imposée par le ministre de la productivité, Lucien Bouchard.

Le remplacement du B.S. par le travail forcé: Ah les maudits B.S.! Qu’on les mette au travail! Il y a des nids de poules dans les rues? Les arbres doivent être élagués? Nous devons faire rouler l’économie? Qu’à celà ne tienne! Il faut se débarasser de la maudite bureaucratie qui gère ce système de paperasse et on force les B.S. à travailler à 25 cents de l’heure dans des travaux d’intérêt public. S’ils sont sous-alimentés et crèvent de faim, on les laisse crever et comme ça ça va réduire notre taux de chômage.

Le Conseil du patronat remplace le sénat: On en a assez des vieux grincheux au Sénat canadien. En bon autonomiste, Dumont devrait instaurer un sénat québécois qui aura la particularité suivante: tous ses membres seront issus du Conseil du patronat. Finies les maudites lois de castristes et de socialistes qui veulent tuer l’économie en proposant des choses aussi ridicules qu’un minimum de richesse pour les plus pauvres. Qu’ils travaillent les plus pauvres! Et s’ils ne se trouvent pas un emploi, qu’ils crèvent!

Le concept d’utilisateur-payeur appliqué au système d’éducation: Ça coûte un montant « x » pour aller à l’école, et bien tu paies ce montant et tu prends ton trou. C’est ça que la classe moyenne veut, et on en a assez des bureaucrates qui coûtent cher et de la paperasse et moi je vous dis qu’il faut pas mettre la charrue devant les boeufs et que pierre qui roule n’amasse pas mousse.

Une prison du « vrai monde »: On pourrait sauver de l’argent en utilisant le stade olympique et le transformer en prison. Quand un pédophile commet un crime on le met au centre de la pelouse et les citoyens sont invités à venir lui lancer des roches. Avec le corps, on peut nourrir les animaux du biodôme à côté. Fini le gaspillage des fonds publics avec des avocats bureaucrates, des juges bureaucrates et des palais de justice de fonctionnaires.

Fusion de l’armée et de la police: Non, mais c’est n’importe quoi ces dédoublements de structure! La classe moyenne travaille assez fort pour ne pas qu’on gaspille l’argent de ses impôts! Alors demandons à l’armée canadienne de remplacer notre police, et ils utiliseront leurs propres voitures et leurs propres armes au lieu que l’État dépensent pour eux. Chaque nouveau policier aura la liberté d’appliquer la loi comme il le veut, puisque ça coûte trop cher d’avoir des protections pour les dangereux criminels qui dépassent la vitesse permise!

Déménagement du centre-ville de Montréal vers Rivière-du-Loup: Ça va faire les régions qui font vivre Montréal. On demandera aux B.S. de déménager Montréal en plein hiver et ceux qui auront survécu rebâtiront le centre-ville à Rivière-du-Loup, et les autres ce sera ça de moins à dépenser!

Réécriture des livres d’histoire: On remplace le terme de « révolution tranquille » par « grande noirceur », on renomme la période de Maurice Duplessis « L’Éden » et on nomme le présent « Révolution du bon sens ».

On instaure un comité de réduction de la langue française: Le français, c’est bien trop compliqué! Il y a des tas de mots qui sont presque pareils. C’est de la perte de temps, c’est du travail de plus pour les bureaucrates et ça coûte cher à la classe moyenne. Il faudrait donc réduire le nombre de mots dans la langue française en éliminant tous les synonymes et en interdisant tout mot de plus de trois syllabes.

On élimine les élections: Des élections, ça coûte cher! À terme, ce sera le sénat du Conseil du patronat qui prendra toutes les décisions. Pourquoi gaspiller 100 millions $ pour des élections? 100 millions $, ça peut faire vivre 100 membres de l’ADQ pour un an ça! Non, nous ne permettrons pas de gaspiller ainsi l’argent de la classe moyenne pour un exercice de fonctionnaires et de bureaucrates.

Une médecine à deux vitesses: Ça va faire l’attente! Ceux qui ont les moyens de mettre 15000$ cash pour une opération auront toute la place. Pour les pauvres, on réquisitionnera quelques cliniques vétérinaires administrés par quelques généreux donateurs (que dieu les bénisse!). Si on n’en trouve pas assez, on euthanasiera tous les chiens du Québec (un chien, c’est pas productif ça!) pour libérer de l’espace pour les maudits B.S. qui sont trop niaiseux pour être en santé.

Vous avez d’autres idées à suggérer à Dumont pour accélérer le passage vers sa société de rêve? Laissez un commentaire!