Mois : avril 2007

Censure à claques

Québec Pluriel, un obscur groupuscule devant soi-disant favoriser l’intégration des communautés culturelles, dénonce le dernier vidéo des Têtes à claques, le Cannibale. Ce qu’on reproche? D’avoir vu deux blancs dans une marmite entretenue par un noir qui à l’évidence serait un cannibale. Québec Pluriel demande donc des excuses au nom de la communauté noire pour ce clip « insultant, diffamatoire, irrespectueux et raciste ». L’organisme envisage aussi d’aller en cour.

Sérieusement, qu’a-t-on le droit de dire ou de ne pas dire? Il serait peut-être temps d’en faire une liste descriptive et inclusive, avec des exemples concrets. Par exemple, indiquer hors de tout doute qu’il est interdit de montrer un individu noir cannibale dans la jungle, car ceci est une insulte à tous les Noirs, qu’on traite de cannibales. Ou encore: interdiction de faire des vidéos sur la crucifixion de Jésus, car on y dépeint négativement les Juifs. Ou encore: on ne doit pas montrer de films avec des femmes prostituées, car on insulte toutes les femmes.

Ça va faire!

On peut détester autant qu’on le veut un pays comme les États-Unis. Autant sa population est souvent ignorante, autant son système politique pourri et créateur d’inégalités. Cependant, ils ont un droit fondamental qui est celui de la liberté d’expression. N’importe quel zozo peut dire des conneries et tant qu’il ne menace personne on le laisse parler. C’est un formidable exutoire.

Ici, par contre, les tensions ne s’expriment pas; elles sont refoulées. On hésite avant de dire quelque chose qui pourrait paraître extrémiste. On a peur de ses opinions. Et avec les dénonciations inutiles de groupes comme Québec Pluriel, il deviendra de plus en plus difficile de s’exprimer, de peur de se faire poursuivre ou traîner dans la boue.

Très peu de gens appuient le racisme. On n’aime pas ça; ça ne fait pas partie de nos valeurs. Mais en dénonçant tout et rien sans raison, des organismes comme Québec Pluriel contribuent au refoulement collectif de ce qui autrement aurait pu être sainement exprimé. Et c’est connu: plus on refoule de telles idées, plus fort est le risque de finir par connaître une explosion.

En effet, le débat sur les accomodements raisonnables a démontré qu’une problématique longtemps cachée dans l’ombre peut soudainement exploser et vite dégénérer, car soudainement beaucoup ont eu l’impression d’être libérés d’un poids. Ils peuvent soudainement s’exprimer, donner leur opinion! Certains extrémistes obtiennent même une crédibilité qu’ils n’avaient pas.

Dans le cas présent, la vidéo est inoffensive. Absolument coquine, et sans méchanceté. Et même s’il en avait été autrement, qui peut se permettre de jouer les moralisateurs et décider de ce qui est acceptable ou non? À la limite, si les Têtes à Claques faisaient des vidéos racistes, les gens cesseraient de les visionner, tout comme la majorité de la population ne visite pas les sites néo-nazis ou autres ordures.

Québec Pluriel a raté une belle occasion de se taire et vient de se discréditer durablement. Non seulement l’organisme a manqué à sa mission en jouant ainsi les petits Inquisiteurs de salon, mais elle a contribué également par son zèle à envenimer la situation et à permettre aux vrais racistes d’obtenir une tribune qu’ils n’auraient pas eu.

À trop crier au loup…

Il serait peut-être temps de reconsidérer la charte et de voir de quelle façon on peut réellement protéger la liberté d’expression. Car s’il est utile de défendre les droits des minorités, cela ne doit pas se faire au détriment de la liberté de s’exprimer.

Dire ce qu’on pense, que ce soit politiquement correct ou pas.

Sans censure.

À l’abattoir!

100Le scénario est connu: une direction d’usine menace de fermer ses portes pour forcer ses travailleurs à réduire leur salaire et leurs avantages sociaux. Comme on l’a vu il y a quelques mois avec Olymel, c’est maintenant au tour de Exceldor qui, non satisfaite d’être le leader dans la coupe de volaille au pays, désire maintenant y aller du couteau sur ses employés.

Évidemment, la direction accepte de « négocier ». Entendez: on va faire semblant de négocier en public pour la caméra, on va peut-être engager Lucien Bouchard pour venir pleurer sur le sort des pauvres patrons d’entreprises, mais en privé c’est toujours le fusil sur la tempe. En privé, on va continuer de tenir un discours comme celui-ci: « Acceptez nos conditions ou sinon on ferme nos portes. »

C’est ce qui s’appelle avoir le gros bout du bâton.

Alors qu’il y a quelques années le mouvement syndical aurait eu le soutien massif de la population, désormais la paupérisation croissante d’une large partie de celle-ci incite à la jalousie et à l’égoïsme. Tous ces gens payés 8-10$ de l’heure, avec des conditions de travail minables, ne se demandent pas pourquoi ils sont incapables de vivre décemment en travaillant à temps plein. Non, non. C’est beaucoup plus facile de s’en prendre aux méchants syndicats qui offrent des salaires de riche à ses travailleurs!

Dans les faits, un salaire de 17-18$, c’est un salaire de classe moyenne. À Montréal, c’est à peine de quoi payer le loyer, entretenir une voiture, et faire quelques sorties. N’est-ce pas ironique de voir des gens qui votent pour un parti comme l’ADQ, supposément défenseur de la classe moyenne, ensuite réclamer la réduction des salaires de ces mêmes travailleurs?

On connaît la rengaine: mondialisation, concurrence, productivité, flexibilité. C’est un système économique qui, partout où il a été appliqué, a entraîné un appauvrissement d’une large partie de la population et une explosion des inégalités sociales.

Ne serait-il pas temps de faire passer l’humain devant la « logique » économique? Ne serait-il pas temps pour ces politiciens se faisant élire au nom de la classe moyenne de prendre leurs responsabilités et de protéger les emplois de cette classe moyenne ainsi envoyée à l’abattoir?

Garonisme

Jean Garon, c’est un peu le bonhomme sept heures de la politique québécoise. Occasionnellement, on le ressort du placard pour faire peur aux gens ou les intimider. Dernier débat « garoniste » en liste: la gué-guerre Montréal-Québec.

Au lieu d’analyser la montée de la droite sur le fond des choses et de la situer dans un contexte plus international, celui-ci ramène le tout à un conflit entre Montréal et les régions. « Les gens sont fatigués d’entendre dire que Montréal est le moteur du Québec. »

Pourtant, que les gens soient fatigués ou pas de l’entendre, il reste que Montréal est effectivement le moteur économique du Québec. La grande région métropolitaine compte trois millions d’habitants; presque la moitié de la population du Québec y vit. C’est également à Montréal que sont situés la plupart des sièges sociaux d’entreprises québécoises majeures, et c’est aussi à partir de la région métropolitaine que se prennent les décisions majeures pour le Québec.

On peut affirmer qu’un des facteurs expliquant la montée de l’ADQ est le ressentiment contre Montréal, mais Jean Garon aurait dû aller un peu plus loin et expliquer en quoi l’expression électorale de ce ressentiment est injustifiée. En d’autres mots: peu importe quel parti forme le gouvernement à Québec, on va continuer de parler de ce qui se passe à Montréal, parce que c’est ici que sont les réseaux de télévision et automatiquement tout ce qui concerne Montréal touche près d’un Québécois sur deux.

Bref, c’est une erreur de croire qu’on peut s’opposer à Montréal. On doit travailler avec Montréal, et non contre celle-ci. Car si Montréal devait être marginalisée dans un éventuel gouvernement noyauté par les régions, ce serait l’ensemble du Québec qui serait perdant.

Y compris les régions.

Et les médias continueraient de parler de Montréal de toute façon. Car le poids démographique demeurerait ce qu’il est.

Illumination

Regardez-le, ce Justin Trudeau. Il semble complètement illuminé, comme si le Saint-Esprit lui avait confié la mission de suivre les traces de son père et de se lancer en politique. Il a choisi un des comtés les plus multi-ethniques de Montréal et a fait campagne en allant chercher le vote de ceux qui sont arrivés au pays sous les années Pierre Elliot Trudeau et qui ont profité des excès de la charte depuis 1982.

Enatraîné vers le pouvoir par une presse royaliste anglophone désireuse de se trouver un nouveau sauveur pour mater le mouvement souverainiste, Justin Trudeau a réussi l’exploit de se faire élire dans Papineau pour l’investiture libérale sans proposer quoi que ce soit de cohérent.

« Je vais être un politicien du peuple ». « J’ai un rêve pour ce pays ». On se demande bien de quoi il parle. C’est bien beau se dire du peuple quand on serre des mains dans la rue, mais était-il bel et bien du peuple quand il jouait les petits princes lors de son mariage ou lors du décès de son père? Et son rêve pour ce pays, va-t-il seulement finir par élaborer concrètement en quoi il consiste?

Croit-il en une meilleure redistribution de la richesse? Est-il en faveur de Kyoto? Du registre des armes à feu? Que pense-t-il du déséquilibre fiscal? Va-t-il protéger nos institutions publiques? Que pense-t-il de la décriminalisation de la marijuana? Est-il en faveur d’un fédéralisme centralisé ou décentralisé? Appuie-t-il Israël ou les Palestiniens? Veut-il que le Canada se retire d’Afghanistan? Que pense-t-il de la guerre en Irak? De la guerre au terrorisme? Où se situe-t-il sur l’échelle gauche-droite?

Qui est-il?

Silence radio.

Le voici le problème de nombreux néo-vieux politiciens: ils semblent investis d’une mission divine pour prendre le pouvoir, ils sont charismatiques, mais ils sont incapables de prendre position ou de tenir un discours plus approfondi ou cohérent.

Pourtant, ils finissent par se faire élire de toute façon parce qu’ils ont l’air tel-le-ment sympathiques!

Faut dire que les électeurs ne font pas toujours le choix le plus lumineux…

Petit air de déjà vu, non?

Subventionner les nantis

Un rapport final d’un comité du ministère de l’éducation et de la Fédération des établissements d’enseignement privés recommande de donner un million $ par an aux écoles privées pour les aider à accueillir davantage d’élèves en difficulté.

Deux questions se posent d’emblée.

Tout d’abord, comment peut-on accepter de voir ainsi travailler main dans la main un ministère public devant servir la population et un organisme privé au service d’entreprises lucratives ayant comme mission de faire un profit? À quoi s’attendait-on d’une telle rencontre? Croyait-on réellement qu’on allait favoriser le réseau public? Les entreprises privées ne devraient pas avoir un lien aussi incestueux au ministère de l’éducation, au risque de voir de terribles dérapages se produire.

Ensuite, comment imaginer continuer de subventionner, de dilapider les fonds publics pour des entreprises/écoles déjà subventionnées à 60% par le gouvernement? Déjà en ce moment, c’est l’État du Québec qui finance les profits de ces institutions, qui participe à l’enrichissement de la minorité des dirigeants de ces écoles. Et on veut encore continuer de s’abreuver aux mamelles de l’État?

Il faut savoir mettre un frein à de pareilles situations. Les parents doivent avoir le choix de l’école où envoyer leur enfant; mais s’ils choisissent une école privée, qu’ils assument l’entièreté du coût de celle-ci. Il est tout à fait inadmissible de favoriser les écoles privées en subventionnant leurs « clients » de cette façon.

Pendant ce temps, les écoles publiques manquent d’argent, ont des problèmes de violence, de décrochage. Il me semble qu’avec ce 60% donné à chaque enfant au privé il serait possible de grandement améliorer la qualité de l’enseignement et de la vie étudiante dans le réseau public. On permettrait aussi une plus grande cohérence sociale en forçant une cohabitation entre différentes classes sociales au lieu de se retrouver avec les cas lourds d’un côté et les privilégiés de l’autre. Et ce n’est pas en subventionnant massivement quelques élèves en difficulté pour aller jouer les cobayes dans le privé qu’on réglera l’asymétrie public/privé de manière durable.

Il n’y a pas de mal à vouloir offrir la meilleure éducation possible à ses enfants, mais cela ne doit pas se faire au détriment des autres et en enrichissant indûment une minorité d’hommes d’affaires qui n’a que peu de comptes à rendre.