Mois : mai 2007

Un jeu dangereux

Mario DumontÀ moins de 24 heures d’un vote déterminant sur le budget qui risque de replonger le Québec en élections, il faut commencer à se questionner sur les conséquences électorales de la chute du gouvernement au sein de l’opinion publique. En d’autres mots: qui portera le chapeau, qui sera le grand coupable qui aura forcé les Québécois à retourner aux urnes après seulement quelques mois?

Évidemment, il y a les deux cibles faciles, le PLQ et le PQ. Le premier a complètement fait abstraction de son statut de gouvernement minoritaire en allant contre la volonté de la majorité en se servant de l’argent du déséquilibre fiscal pour baisser les impôts des plus nantis. Et le deuxième a décidé que ça ne se passerait pas comme ça, qu’il refuserait de voter pour un budget ne prenant pas davantage en considération ses doléances.

Mais… On n’oublie pas quelqu’un là? Quelqu’un comme Mario Dumont et son ADQ, qui, avant même le dépôt du budget, avait annoncé qu’il voterait contre? Voici le message lancé par Dumont et son parti: « Nous autres, on ne veut rien savoir de votre budget. On va voter contre et ça finit là ». Cette forme d’intransigeance peut être extrêmement populaire dans certains cas, mais c’est une arme à double tranchant qui peut se retourner contre lui si la population en vient à croire qu’il ne veut surtout pas faire fonctionner le parlement.

Justement, à cet effet, le refus de l’ADQ de participer aux négociations de la dernière heure pour tenter de trouver un compromis pourrait constituer aux yeux des citoyens un exemple d’intransigeance négative et contre-productive. C’est la crise à Québec, chaque armée prépare ses armes et Mario Dumont refuse de parler de trêve, de compromis ou de paix. C’est un comportement extrêmement dangereux qui pourrait lui enlever beaucoup de crédibilité.

En effet, si jamais le gouvernement tombe, et que le Québec retourne en élections, les adversaires de l’ADQ auraient désormais une arme facile contre Dumont. On peut déjà imaginer Marois au débat des chefs affirmer: « Nous avons tenté d’éviter les élections, mais vous, M. Dumont, vous préfériez rester hors-jeu et faire fi de la volonté des Québécois de faire fonctionner le parlement. » Mario Dumont risque de se retrouver seul peinturé dans son coin.

Politiquement parlant, ça peut être une grave erreur comme ça peut n’être rien du tout. Si le gouvernement tombe, l’ADQ se retrouvera assez rapidement dans l’eau chaude pour son refus du compromis et de la négociation, mais si le gouvernement ne tombe pas, Dumont pourra présenter tout le verbiage du PQ et du PLQ comme des discussions de « vieux partis » et il pourra ainsi continuer de jouer la carte d’un renouveau s’opposant aux vieilles idées.

Dans tous les cas, ça demeure un jeu dangereux où le gain n’est pas proportionnel au risque. On peut donc parler d’une erreur tactique majeure, justifiée par l’immaturité politique de l’ADQ et par son désir de donner une impression de premier ministre à un chef qui devrait intervenir au lieu de se tenir loin de la mêlée.

Au fond, peut-être a-t-il seulement peur de se salir les mains?

Inclusion, exclusion

Avez-vous lu cette nouvelle? Une femme s’est fait exclure du bar Le Stud, haut-lieu du night-life gai à Montréal, pour la simple et bonne raison qu’elle est… une femme. C’est injuste, illégal, stupide; tout le monde est d’accord.

Mais ça pose à mon avis un débat des plus importants: que faire avec les gens « indésirables »? Que faire avec ceux qu’on n’aime pas, pour quelque raison que ce soit? Les gais ont peut-être des raisons de vouloir être entre eux, mais que pourraient-ils faire pour le faire sans que ce soit illégal ou immoral?

De même, que faisons-nous avec les criminels qui ont purgé leur sentence? Légalement ils sont libres, mais nous n’en voulons pas… Peut-on leur refuser un logement ou de les servir en public pour autant?

Et les sans-abris, et les pauvres. Doit-on les tolérer dans les bibliothèques publiques, par exemple, même s’ils dérangent les autres?

Évidemment, on doit toujours faire primer la loi et la moralité au-dessus des intérêts particuliers. Les patrons du bar Le Stud ont eu tort de se ghettoïser comme ils l’ont fait et ils devront faire face à la justice.

Mais le blogueur que je suis se demande parfois… Que faire avec les mal-élevés, ceux qui vous crache à la figure à chaque phrase, à chaque petite virgule, qui rendent la discussion lourde, qui font dévier les sujets, qui sont agressifs, agressants, et qui dérangent les autres? Ceux qui font de l’attaque ad hominem leur raison d’être, qui tronquent la réalité, qui stigmatisent et insultent. Vous savez de qui je parle, et vous êtes plusieurs à m’en avoir glissé un mot.

Que faire avec ces indésirables? Ceux qui enlèvent parfois le goût d’écrire à cause de leur haine, de leur mépris, de leurs calomnies et de leurs mensonges…

Ici ce n’est pas le Stud; je suis ouvert aux suggestions!

Le doute

Le scandale d’Option Canada n’est pas un pétard mouillé, n’en déplaise à Jean Charest. De l’argent a été dépensé illégalement par le camp québécois du NON et nous avons maintenant la preuve que près de 10% du budget de cette option a été obtenu de manière illégale. Si le référendum avait clairement été gagné par le NON, il y aurait peu à écrire à ce sujet, sinon dans l’optique de préparer la prochaine consultation populaire.

Cependant, puisque l’écart a été si serré, si infime – à peine un demi pour cent – il devient difficile d’évaluer le poids qu’a eu l’argent illégal et de savoir si le résultat aurait été différent si le camp du NON avait respecté les règles du jeu. Combien d’affiches a-t-on pu se payer avec cet argent? Combien de réunions? Combien de publicités? Convaincre ou ne pas convaincre seulement 30 000 personnes aurait changé le résultat du tout au tout.

Et c’est là la principale conséquence de ce rapport sur Option Canada: il devient désormais possible pour les souverainistes de remettre en cause le résultat du référendum de 1995. Puisque les règles du jeu n’ont pas été respectées par le camp du NON et que le résultat a été aussi serré, le doute s’installe. Mais il y a pire encore.

Car ce qui est le plus important dans ce rapport, finalement, ce qui compte réellement, c’est ce qu’il ne dit pas. Il y a une impossibilité totale de savoir d’où provenait l’argent du camp du NON canadien qui a servi notamment à financer le fameux love-in quelques jours avant le vote. Puisqu’on ne peut retracer la source de cet argent, celui-ci doit donc être considéré comme illégal jusqu’à preuve du contraire. Combien est-ce que ça a coûté faire venir par avions, par trains, par autobus ces centaines de milliers de personnes? Et qu’aurait pu faire le camp du OUI avec de telles ressources?

En conséquence, désormais il n’est plus possible de considérer le résultat du référendum de 1995 comme étant valable.

Et la seule façon pour les fédéralistes de vouloir relégitimer ce scrutin serait de lancer une enquête publique et indépendante fédérale sur le sujet. Mais encore faudrait-il que les fédéralistes aient intérêt à vouloir faire la lumière. Qui sait ce qu’on trouverait en fouillant un peu plus cette histoire?

Parallèlement à cela, le Bloc Québécois vient de marquer de gros points auprès de la population québécoise en prouvant son utilité: c’est le seul parti au Canada qui désire que la lumière soit faite sur ces événements. Reste à espérer qu’il pourra continuer de marteler son message et qu’une enquête publique finisse par se tenir, pour dissiper le doute…

L’argent apatride

La volonté de Stéphane Dion de mettre un frein aux prises de contrôle étrangères de compagnies canadiennes constitue certes une excellente nouvelle. On peut espérer que le gouvernement passe une loi et limite le pourcentage d’actionnaires étrangers dans des secteurs clefs de notre économie.

Pourtant, ça semble être un coup d’épée dans l’eau. D’abord parce que le Parti Libéral n’a rien fait dans ce sens pendant les 12 années qu’il a passées au pouvoir. Ensuite – et surtout – parce que la provenance des actionnaires d’une compagnie n’a que peu d’importance.

En effet, un actionnaire, c’est quelqu’un qui veut un rendement sur son placement. Que ce soit par la croissance du titre acheté ou un dividende, celui-ci n’a qu’une chose en tête: le profit. Que la compagnie soit canadienne, française ou zimbabwaise ou que l’actionnaire soit néo-zélandais, thaïlandais ou sénégalais importe peu; seul son argent a de la valeur et cet argent n’a pas de nationalité.

On rétorquera peut-être que l’actionnaire canadien se sent davantage concerné par le sort d’une compagnie canadienne, ou qu’une partie de ses profits est redistribuée dans la collectivité. Mais c’est surestimer tant la conscience sociale d’un investisseur motivé avant tout par le profit et sa capacité à réellement influer sur l’économie locale. D’ailleurs c’est connu: plus on a d’argent, moins on en dépense proportionnellement dans sa localité; on est souvent plus attiré par des produits de luxe, importés, des voyages, et autres biens qui ne font pas autant rouler l’économie.

Le nouvelle croisade de Stéphane Dion n’est pas vaine pour autant; il est grand temps de se questionner sur la perte de pouvoir de la société sur ses entreprises. Mais ce n’est pas seulement en changeant la nationalité d’un investisseur qu’on améliore la situation. Il faut également que le gouvernement s’implique dans les secteurs-clefs de l’économie afin de réellement les protéger de la rapacité de compagnies qui ont davantage à coeur leurs profits – et le bien-être de leurs actionnaires – que le bonheur de la collectivité.

Liberté d’informer ou de déstabiliser?

Plusieurs dénoncent la fermeture de la RCTV (Radio Caracas Television), propriété du groupe 1BC, par le gouvernement vénézuelien comme étant un geste antidémocratique, totalitaire ou injuste. On devrait au contraire la garder ouverte et célébrer la diversité de l’opinion vénézuelienne. Dans l’absolu, ce discours se tient.

Cependant, dans le monde concret, la capacité à émettre des ondes dans un pays doit être soumis à des règles strictes, afin non seulement de protéger les gens, mais également le pays lui-même. C’est pour cela que nous avons le CRTC au Canada, et que celui-ci a voulu retirer la licence de la radio-poubelle CHOI de Québec si celle-ci continuait d’utiliser les ondes publiques pour polluer.

De la même façon, le Vénézuela peut-il accepter qu’une télévision se substitue au rôle politique et incite à la déstabilisation du pays? Doit-elle forcément renouveler la licence de diffusion par voie hertzienne, d’une durée de vingt ans, et qui venait à expiration le 27 mais 2007?

Depuis l’élection de Chavez en 1998, un réseau assez fermé de médias privés (dont faisait partie RCTV) s’employaient à occulter la réalité en affirmant que la majorité n’appuyait pas le gouvernement, que seuls les quartiers de pauvres – les zones « rouges » – étaient derrière lui, qu’il vaudrait mieux tourner le dos aux politiques de Chavez. Ces médias, possédés par une élite extrêmement pro-Washington et hostile aux politiques progressistes de Chavez, se sont servis des ondes publiques pour s’opposer aux politiques du gouvernement. Jusque là, ce n’était pas bien grave, même si RCTV (avec Venevision) détenait près de 85% des ressources publicitaires de la presse et contrôlait 80% de la production et de l’élaboration des informations relatives au Venezuela.

Cependant, lors du coup d’État raté de la CIA en 2002, des stations comme RCTV sont littéralement tombées dans l’illégalité. Non seulement RCTV a relayé le message d’un de ces patrons, Ortega, désirant devenir calife à la place du calife, mais elle a lancé des « chasses à l’homme » en publiant une liste de personnalités recherchées. Et le lendemain, alors que les partisans de Chavez marchaient par milliers pour permettre au président démocratiquement élu de prendre le pouvoir, RCTV diffusait des soaps américains, des recettes culinaires et autres insanités, laissant volontairement dans le noir la population vénézuelienne sur le drame en train de se jouer. On interrompait seulement les émission occasionnellement pour laisser parler le général Lucas Rincón, qui annonçait la soi-disant démission du président Chávez. Des centaines de citoyens se sont massés devant les bureaux de la station de télévision, ont lancé des pierres aux journalistes et ont exigé que la télévision diffuse leur message d’appui au président Chavez. Mais encore à ce moment, le réseau refusait de reconnaître l’autorité du président du pays.

Comme le souligne avec justesse Maxime Vivas,

« Un peu partout sur la planète, pour un comportement analogue à celui de RCTV durant le coup d’Etat, la sanction aurait plutôt été une fermeture immédiate et définitive, une saisie des biens, un jugement des dirigeants et/ou proprietaires des médias. »

Le gouvernement devait sévir, et sa seule erreur est d’avoir attendu cinq ans pour le faire. Il aurait fallu fermer RCTV dès le lendemain du coup d’État manqué et juger, condamner ceux qui ont violé la loi et révoquer la licence de la télévision qui a nui à la stabilité du pays et a fait du mensonge et de la propagande sa seule raison d’être.

Car utiliser les ondes publiques et un privilège, et se servir de celles-ci pour calomnier et organiser une campagne de déstabilisation contre un gouvernement élu et légitime, c’est illégal.

Et il sera possible de continuer d’écouter RCTV par satellite. De toute façon, ceux qui partagent l’idéologie de ce réseau en ont parfaitement les moyens…

À lire:
Dans les laboratoires du mensonge au Vénézuela
Venezuela : Chávez, les putschistes, la télé et le peuple, par Maxime Vivas.
Hugo Chávez et RCTV : censure ou décision légitime ?
L’empêcheur de tourner en rond

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