Mois : juin 2007

Le vrai message

Avec l’arrivée de Pauline Marois à la tête du Parti québécois, les trois principales formations politiques du Québec s’entendent sur la nécessité de créer de la richesse. Le mot «richesse» n’est donc plus tabou, en grande partie grâce au livre Éloge de la richesse publié l’an dernier par notre collègue Alain Dubuc.

C’est par ce paragraphe qu’André Pratte commence son dernier éditorial; à ses yeux il faudrait suivre les idées de la droite sarkozienne consistant à privilégier le travail sans tenir compte des conditions de vie des gens; bref de transformer la société en une société de workaholics. Venant du propagandiste habituel de La Presse, un tel discours rétrograde est peu surprenant.

Cependant, ce qui est un peu choquant, c’est cette prétention selon laquelle l’intrusion du discours de droite au sein de la société québécoise aurait quelque chose à voir avec le livre-torchon d’Alain Dubuc, un véritable éloge du cheap labor et de l’accumulation de la richesse pour une minorité.

Bref, d’un côté Pratte entend justifier un programme rejetant tout le concept de partage de la productivité (permettant à tout le monde de pouvoir bien vivre en travaillant moins et en ayant davantage de loisirs) et de l’autre il plug son copain du Soleil et tente de faire croire que c’est un peu à cause de lui que la société s’en va dans cette direction.

Il reconnaît donc implicitement le rôle de l’équipe d’éditorialistes de Gesca comme en étant un d’influence sur la société québécoise. Non seulement considère-t-il qu’il faut aller plus à droite mais en plus il se félicite et félicite son copain Dubuc de promouvoir la bonne nouvelle!

Heureusement, les gens ne sont pas dupes: Pratte et Dubuc sont les deux mêmes faces de la même propagande néolibérale des médias de Power Corporation. Deux éditorialistes gagnant dans les six chiffres par année et qui défendent leur niveau de vie et celui de leurs propriétaires.

C’est ça le vrai message: « je suis riche et laissez-moi le devenir davantage ». Et tant pis pour les autres! Et tant pis si les autres doivent travailler 60 heures par semaine pour joindre les deux bouts!


Je suis toujours pris dans le déménagement et je n’ai pas encore internet dans mon nouvel appartement. Je vous écris donc du travail; je serait de retour très bientôt. Merci beaucoup à Renart et à Jimmy pour leurs textes et merci à tous de continuer à visiter le blogue même s’il y a temporairement moins de textes!

La mascarade Harper

Il fût un temps où les revendications du Québec étaient prises au sérieux. Un temps où le premier ministre devait s’asseoir avec ses conseillers et se demander, en se grattant la tête à propose de ce problème apparemment insoluble: « Mais comment satisfaire les exigences du Québec sans froisser les autres Canadiens? ». Mais ce temps est bel et bien révolu. Jean-Pierre Blackburn en a fait la démonstration hier.

En effet, le ministre conservateur de Jonquière-Alma a déclaré que la présence de Stephen Harper à Roberval pour la Saint-Jean-Baptiste est la preuve de sa reconnaissance de la nation québécoise. Rien de moins.

Mais ça donne quoi dans les faits la présence de Harper en territoire indépendantiste? Est-ce que ça améliore la situation du français au Québec? Non. Est-ce que ça augmente le pouvoir du Québec sur la scène internationale? Non. Est-ce que ça permet au Québec d’améliorer son rapport de force vis à vis du reste du Canada? Non!

Bref, c’est de la poudre aux yeux, une simple mascarade. Pour cacher son manque de vision et son peu de désir de permettre une plus grande autonomie au Québec, Harper joue le jeu, donne le change et répète ses lignes. Il a trouvé la façon de plaire à la fois aux Québécois, en leur faisant de beaux yeux, sans déplaire aux Canadiens, en ne donnant strictement rien au Québec.

Et qui sont les dindons de la farce dans cette histoire? Ceux qui se reconnaissent dans cette opération charme et qui croient que la présence du premier ministre canadien à Roberval peut faire avancer les choses.

Ils doivent bien se marrer à Calgary!



Bonne Saint-Jean-Baptiste à tous les lecteurs de ce blogue!

Je suis en processus de déménagement depuis début juin, et j’ai donc eu un peu moins de temps pour écrire. Ça devrait être ainsi jusqu’au début juillet, mais Jimmy et Renart prendront la relève. Merci!

Députés ou Croisés?

Moins d’un Québécois sur quatre approuve l’envoi de soldats canadiens en Afghanistan alors que c’est 70% qui désapprouve. Parallèment, une majorité croit que les troupes devraient être retirées de ce pays immédiatement, et non pas en 2009 ou après. Le peuple parle, mais l’écoute-t-on?

Malheureusement, ça ne semble pas être le cas. Le gouvernement fédéral de Stephen Harper fait la sourde oreille aux demandes des Québécois, préférant jouer les caniches de service pour l’Oncle Sam et faire la sale besogne délaissée par les États-Unis, trop débordés en Irak. Et même au niveau provincial semble se développer le mépris des Québécois, notamment lorsque Couillard a pris à partie des députés ayant refusé d’applaudir des militaires devant quitter pour l’Afghanistan.

La guerre en Afghanistan, on connaît ses raisons:

  • 1) Encercler l’Iran (avec l’invasion de l’Irak) et continuer la politique d‘endiguement de la Russie amorcée durant la guerre froide;
  • 2) Assurer la reprise de la culture du pavot, qui permet un flot ininterrompu d’argent blanchi vers Wall Street;
  • 3) Permettre la construction d’un oléoduc de la mer Caspienne vers les marchés lucratifs du sud-est asiatique.

Le discours humanitaire à la Jeunesse Canada Monde (pour paraphraser Patrick Lagacé), c’est de la frime. Rien à foutre des Afghans. En fait, si: on veut stabiliser le pays pour permettre l’implantation à long terme d’une force américaine stable, la poursuite de la culture du pavot (qui avait été éliminée à 90% par les Talibans) et un climat permettant de faire couler le pétrole.

Et s’il y a des morts, rien à foutre. Dommage collatéral.

Et nos soldats, nos chers soldats, ces gens qui ont CHOISI ce métier et qui ont fait le CHOIX d’aller en Afghanistan, comprennent-ils seulement à quel point ils sont manipulés, brainwashés? On leur bourre tellement la tête qu’ils finissent par croire réellement qu’ils sont les bons et que les autres sont les méchants. Mais la réalité est beaucoup plus compliquée.

En effet, comment croire que les « bons » sont ceux qui s’en vont à l’autre bout du monde imposer leur façon de vivre alors que d’un autre côté on désire empêcher les « méchants » de faire la même chose? Plus crûment: pourquoi le terrorisme canadien et étatsunien en Afghanistan est-il plus acceptable que le terrorisme taliban ou islamiste en général? Dans les deux cas on crée la terreur, on alimente le chaos, et on vise des objectifs stratégiques ou politiques.

Les citoyens du Québec ne sont pas des cons. Ils sont majoritairement opposés à cette guerre car ils savent, ils sentent à quel point on nous ment. Ils refusent de voir nos ressources gaspillées pour faire la guerre de Washington en Asie Centrale. Ils refusent que le Canada sacrifie son image de gardien de la paix, héritée de décennies de modération dans les conflits internationaux, pour devenir le petit chien docile des États-Unis.

Et si cette colère doit s’exprimer contre les soldats, soit! Ces soldats mènent la vie qu’ils ont choisi de vivre, et ils ne méritent pas plus d’applaudissements que l’infirmière débordée, le policier de nuit, le pompier sur appel, l’éboueur, ou quiconque d’autre. N’a-t-on pas le droit d’applaudir qui on désire applaudir?

Manx est d’accord:

Si votre enfant travaille chez Wal-Mart et que vous êtes vraiment anti-Wal-Mart, certaines personnes diront “Bravo, au moins tu as un job”. D’autres diront “Je ne suis pas d’accord avec cela”. Je trouve ridicule de se plaindre sur cette opinion, ou de le trouver honteux ou quoi que ce soit. D’ailleurs, M. Couillard a réagi ainsi parce que son fils s’en va dans les forces armées et il s’est excusé par après.

Par ailleurs, pourquoi les députés – élus! – de l’Assemblée nationale devraient acclamer des militaires qui s’en vont dans une mission que la forte majorité de la population désapprouve? Et pourquoi des députés québécois devraient-ils saluer le gaspillage de fonds public pour protéger les intérêts de Washington en Afghanistan?

Décidément, il y a un décalage démocratique. Combien faudra-t-il faire de manifestations avant que les politiciens entendent l’appel et refusent de cautionner des soldats qui s’en vont tuer des Afghans au nom de l’impérialisme étatsunien? Pourquoi nos députés doivent-ils se lever et acclamer des soldats qui ne sont que des exécutants, des hommes-machines ne faisant que suivre des ordres?

Car comme l’a dit Zach Gebello,

S’il ne sont pas responsables de échecs de cette mission, alors ils ne sont pas plus responsables des succès. Ce sont donc des instruments. Personne n’a à se lever devant un instrument ou une personne qui n’est pas responsable.

Pendant ce temps, la guerre civile continue, et bientôt on comptera des morts québécois parmi les soldats, et peut-être des morts civils, quand notre agressivité aura été « récompensée » par un attentat terroriste…

Et l’inquisition néoconservatrice fait son entrée à l’Assemblée nationale, qualifiant d’hérétique quiconque ne s’agenouille pas devant nos Croisés du vingt-unième siècle…

Couillard pète les plombs

Le ministre de la santé du Québec, Philippe Couillard, a très mal agi cet après-midi, en accusant les membres du PQ et de l’ADQ d’être « pathétiques » parce que ceux-ci refusaient d’applaudir des militaires de Val Cartier venus assister aux travaux de l’Assemblée nationale.

Mais quel est ce soi-disant devoir de se lever et d’applaudir des militaires canadiens qui s’en vont dans quelques mois se battre pour l’Oncle Sam en Afghanistan et tuer de l’Afghan? Près de 70% de la population canadienne – et davantage au Québec – s’oppose à cette mission de l’armée, alors pourquoi nos représentants devraient-ils se faire l’écho d’une minorité et ovationner lâchement ces futurs tueurs?

Une armée, ça sert à défendre le pays, et en temps de paix ça peut aider pour les catastrophes naturelles. Une guerre d’invasion et d’occupation comme en Afghanistan est non seulement inutile et coûteuse pour le pays, mais elle est injuste et elle contribue seulement à faire augmenter la haine de Afghans à l’encontre du Canada, ce qui risque de se traduire par des attentats terroristes.

Philippe Couillard a agi comme un petit député d’arrière-banc tandis que ceux qui ont refusé d’applaudir la présence des militaires ont respecté la volonté populaire et ont signifié leur refus de la mission canadienne en Afghanistan.

Couillard saura-t-il seulement s’excuser quand des militaires québécois perdront la vie au combat ou quand des Québécois seront victimes d’attentats terroristes découlant directement de l’occupation de l’armée en Afghanistan?

Mais non… Tellement plus facile d’appuyer bêtement les militaires sans comprendre qu’on nuit à son pays en le faisant et qu’on insulte la vaste majorité de Québécois qui désapprouvent leur mission.

Dix30: face à face avec l’incohérence

Le Quartier Dix30, c’est un méga-centre d’achat situé au coin des autoroutes 30 et 10 sur la rive-sud de Montréal. Méga, le mot est faible: c’est titanesque. Le royaume de la bagnole et des boutiques. Son ouverture

est-elle une bonne nouvelle pour la région? Pas si sûr…

En effet, de plus en plus de commerçants locaux commencent à voir leur chiffre d’affaires diminuer. C’est bien simple, rien ne se perd, rien ne se crée: au lieu de magasiner près de la maison sur le boulevard Taschereau ou sur la rue principale, les gens prennent leur voiture et vont dépenser leur argent dans ce méga-complexe.

Résultat? Pas de création d’emplois (puisque l’argent disponible pour des achats n’a pas augmenté) mais plutôt un transfert d’emplois du centre des villes et villages avoisinants vers le « quartier » Dix30. Bref, au lieu de pouvoir travailler dans la collectivité, près de la maison, pour de petites entreprises à une hauteur un peu plus humaine, les emplois se ramassent loin du lieu de résidence, dans des conditions précaires, pour de giga-corporations.

Et on appelle cela le progrès!

Pourtant, cela nous permet encore une fois de faire face à l’incohérence du discours d’une certaine droite qui valorise ce genre de commerces en oubliant que ceux-ci ne font que réorganiser différemment la somme d’argent déjà disponible pour des achats dans la région. Ça n’apporte rien de positif à la population du coin.

Ainsi, à quoi sert-il d’avoir pleins de commerces entre deux autoroutes dans un champ qui autrefois produisant de la nourriture (une denrée autrement plus importante) alors qu’au même moment les commerces se vident et que les rues commerciales centrales ressemblent de plus en plus à des territoires dévastées, entraînant la valeur des quartiers à proximité vers le bas? Et puis, le citoyen lambda est-il vraiment avantagé s’il doit maintenant prendre sa voiture pour tous ses achats, lui qui ne s’intéresse plus à d’anciennes artères commerciales devenues miteuses et où la pauvreté et la violence ont inexorablement remplacé la vie communale d’antan?

Le Dix30, ce n’est pas 500 millions d’investissement. C’est 500 millions $ de gaspillage. Gaspillage de terres agricoles, gaspillage de force productive et accaparation de ressources qui auraient pu être beaucoup plus utiles ailleurs.

Et c’est nous, c’est notre argent qui a servi à financer ce monstre, puisque c’est bien nous qui payons trop cher pour tous ces produits qui servent à engraisser des compagnies qui se servent d’une partie de leurs profits pour détruire nos communautés locales, au grand détriment des populations concernées.

C’est l’incohérence d’un système dont nous sommes à la fois participants consentants et victimes innocentes.