Mois : juillet 2007

Ça sent mauvais…

Pour une fois, Greenpeace a totalement raison d’être en désaccord avec le gouvernement du Québec. Alors que nous nageons en plein psycho-drame des algues bleues, très peu de gens avant eux avaient dénoncé l’entente du 6 décembre 2006 entre le gouvernement et l’Union des producteurs agricoles (UPA) exemptant le milieu agricole de toute nouvelle mesure en faveur de la protection de l’environnement.

Parce qu’il faut le rappeler, le problème des algues bleues est essentiellement un problème agricole, causé par une surabondance de phosphate ou d’azote qui ensuite détruit la flore d’un lac en favorisant une surcroissance des cyanobactéries, ces fameuses algues bleues, qui empêchent toute forme de lumière de traverser et qui produisent des toxines désastreuses pour l’écosystème.

Mais les producteurs agricoles se défendent en disant qu’on ne peut pas leur enlever leur gagne-pain, qu’ils font face à de la compétition, qu’ils doivent se battre pour subsister. Ils n’ont pas tort, mais n’est-ce pas là encore une preuve que le système actuel ne fonctionne pas?

En effet, de quelle sorte d’agriculture parle-t-on quand on dope littéralement la terre avec des engrais chimiques pour produire un maximum de légumes très peu savoureux (car artificiellement bourrés d’eau) et potentiellement toxiques? Ce n’est pas sain pour nous, et le problème des algues bleues n’est qu’un indicateur du problème beaucoup plus fondamental d’une agriculture extensive commercialement violente sur la terre et sur notre organisme.

Auparavant, il existait une sorte de respect envers la terre. Il y avait la jachère, cette période où on la laissait se reposer. Ou bien l’alternance, où on changeait le type de légumes cultivés d’année en année afin d’éviter un dépérissement de cette terre nourricière. Mais aujourd’hui… Fuck la terre, fuck son déperissement, on met de l’engrais, on la booste, on la drogue, et puis on produit, produit, produit.

Sauf qu’on produit n’importe quoi, et à n’importe quel coût non seulement pour les lacs, mais potentiellement pour notre santé…

Ce n’est pas un problème facile à régler, et ça demande des changements en profondeur. Il faudrait trouver un moyen de favoriser les agriculteurs qui respectent l’environnement en évitant la monoculture intensive et qui évitent les engrais chimiques responsables de la détérioration des sols et des cours d’eau. Pourquoi pas une taxe punitive contre les agriculteurs chimiques, par exemple? Ou des crédits d’impôt pour ceux qui respectent l’environnement?

Dans tous les cas, il faut sortir la tête du trou et réaliser que la solution est politique.

Pour ceux qui en doutaient

Que ceux qui doutaient du pouvoir des lobbies israéliens et de l’armement à Washington se ravisent: l’Oncle Sam vient de décider de faire augmenter de 25% son « aide » militaire à l’État hébreu. Pourtant, est-ce réellement nécessaire?

En effet, on a de plus en plus l’impression qu’Israël est devenue une sorte de colonie américaine, ayant droit, peu importe la raison, à une aide pour maintenir son armement dans un état hyper-sophistiqué, lui permettant d’imposer sa volonté sur tout le Proche-Orient.

Évidemment, la rhétorique américaine est claire et simpliste: on aide Israël à combattre le terrorisme. Mais n’est-ce pas là, justement, que de la rhétorique? En 1982, par exemple, Israël était le troisième pays du monde en terme de dépenses militaires par habitant (et le 19e en matière d’éducation, ce qui explique peut-être l’insensibilité complice de ses habitants vis à vis des souffrances causées aux Palestiniens) et elle recevait déjà plus de 3 milliards de dollars d’aide militaire américaine. ((Amnon Kapeliouk, Israël : un pays possédé par son armée, le Monde diplomatique, avril 1982.)) Vingt-cinq ans plus tard, l’aide est sensiblement la même; seules les raisons ont changées: d’un discours anti-communiste on a simplement fait le glissement vers un discours anti-terroriste.

Mais n’est-ce pas là le propre de tout empire, que d’avoir besoin d’ennemis pour justifier son existence? La décennie 1991-2001 a été difficile pour Washington et son appendice israélien: le premier a perdu de son influence un peu partout dans le monde, en ayant en plus à lutter contre une population de plus en plus récalcitrante vis à vis de ses politiques économiques et prêtes à organiser de grandes manifestations, comme cela eut lieu à la conférence de l’OMC à Seattle en 1999. Et pour Israël, ce fut une véritable période noire pour les faucons et les partisans du « Grand Israël »: discussions de paix, concessions, diplomatie… Aux yeux de l’élite néoconservatrice, le monde n’allait nulle part.

Heureusement, vint le 11 septembre. Dieu merci, alléluia! Grâce à cette terrible tragédie, les États-Unis peuvent de nouveau justifier leur aide à Israël et Israël peut désormais refuser de négocier avec les Palestiniens. Les lobbies de l’armement s’en mettent plein les poches, les Palestiniens crèvent de faim dans la rue pendant qu’arrivent les milliards de Washington, enfin c’est le retour du business as usual.

Pour ceux qui en doutaient…

J’aurais voulu être professeur…

Sur l’air de « j’aurais voulu être un artiste », il me semble que pendant l’été, quand il se met à faire beau et chaud, j’aimerais être professeur et profiter de deux mois de congé. Travailler fort toute l’année, puis enfin se reposer un peu pendant la période estivale. Se mettre les pieds en éventail, faire du hamac toute la semaine, aller monter des montagnes au Vermont, se geler la grosse orteil sur une plage de Nouvelle-Écosse, faire du camping en Estrie… Profiter de l’été, quoi!

Mais en ais-je les moyens? Et qui le peut, aujourd’hui? C’est une véritable frénésie du travail qui accable nos vies nord-américaines, nous poussant à travailler, travailler, travailler, puis consommer, consommer et consommer encore. Ne pourrait-on pas profiter de la vie des fois?

Ça me fait toujours un peu triste d’entendre quelqu’un dire « je prends ma semaine de vacances » à tel ou tel endroit. Je les imagine, se dépêchant de tout emballer dans la voiture le jeudi soir, puis partir à 2h00 du matin pour ne pas attendre aux douanes, puis aller se faire bronzer deux-trois jours, revenir arroser l’entrée d’asphalte, faire un BBQ, puis merci bonsoir à l’année prochaine! Est-ce une vie? Est-ce que ça doit vraiment être la condition de l’homme moderne, une machine à travailler constamment?

Pourtant, on produit davantage. Je me rappelle d’avoir lu qu’une personne produit aujourd’hui au moins trois fois plus dans un même temps que le même individu dans les années 70. En clair, nous faisons plus avec moins de travail. Pourquoi travailler autant alors? Et à qui profite le gain de productivité, sinon à des patrons qui ne paient pas mieux leurs employés et qui leurs imposent le 40 heures par semaine à l’année sans le moindre regret?

Il serait possible de faire les choses différemment. La France, avec sa semaine de 35 heures, est sur la bonne voie. Il faut que les gens puissent profiter des gains de productivité; il faut cesser d’imaginer la société des loisirs et il faut la créer nous-mêmes.

Malheureusement, il se trouve toujours des gens, surtout à droite, pour jalouser ceux qui ont la chance d’avoir des vacances, qui peuvent vivre autrement que comme des automates n’ayant comme seul but que de produire pour d’autres. « Les maudits syndiqués » qui ont le « malheur » de s’être organisés pour se faire respecter, pour pouvoir vivre décemment, avoir une petite maison, une famille, voir grandir leurs enfants, profiter de l’été. Ces « maudits syndiqués » qui nous éloignent de ce cher rêve d’une société d’esclaves au salaire minimum travaillant 60 heures par semaine pour 52 semaines par année. Ces « maudits syndiqués »…

J’aurais voulu être professeur, pas seulement parce que l’emploi m’intéresse. Mais parce que je crois qu’on doit pouvoir bien vivre de son métier et avoir le temps de profiter de la vie. Et malheureusement, la société néolibérale rend de plus en plus difficile cette nécessaire alliance entre réalisation professionnelle et personnelle, ce qui rend les métiers susceptibles de permettre l’épanouissement personnel de plus en plus rares et convoités.

Mais au lieu de jalouser ceux qui vivent bien, pourquoi ne pas s’organiser soi-même pour mieux vivre?

Le maudit char

Je roulais dans la voie de gauche sur Sherbrooke, quand soudainement le véhicule devant moi a freiné. J’ai eu un instant d’inattention et bang! je lui suis rentré dedans. Bon, des dégâts très mineurs pour l’autre conducteur, et pas mal de tôle froissée de mon côté (j’ai eu la malchance d’emboutir un VUS, ce qui veut dire que le devant de ma petite Golf a passé sous son pare-choc, causant le plus gros des dommages au capot et à une aile), mais pas de blessé, c’est déjà ça.

Alors, je suis rentré à la maison, j’ai appelé mes assurances pour me faire dire que je ne suis pas couvert car je suis responsable (ah bon, il était là lui?) et bla-bla-bla. Bref, je vais devoir payer moi-même pour les réparations. Et là je me suis dit : maudit char!

Non, mais c’est vrai, c’est une vraie merde un char. C’est foutrement utile, mais ça coûte cher à payer, ça s’use trop vite, ça rouille, faut le changer de bord en hiver, faut faire la rotation des pneus, faut acheter des nouveaux pneus, changer l’huile, mettre l’antirouille, changer les disques de freins régulièrement, faire vérifier l’alignement… Et puis, faut le nourrir! Au moins 25 à 30$ par semaine juste pour une petite demi-heure de voiture matin et soir trois ou quatre fois par semaine.

Maudit char!

Si on vivait seulement dans un pays évolué. Un pays où on favorise le transport en commun, où ça ne coûte pas 2,75$ pour pouvoir prendre un autobus surbondé qui t’amène à un autre autobus trop plein qui t’amène à un métro qui est en panne qui lui te laisse à un autre autobus qui est en retard. Un pays où on a compris que le transport en commun est un investissement et qu’on doit pouvoir atteindre n’importe quel endroit de la ville plus rapidement en l’utilisant qu’en prenant le maudit char!

Mais non! Ici, c’est chacun pour soi, et on veut que le transport en commun s’auto-finance. Quelle blague! Depuis quand demande-t-on à un service à la population de s’auto-financer? Va-t-on demander aux éboueurs de s’auto-financer? Ou aux écoles, aux hôpitaux? C’est une mentalité rétrograde de penser qu’un système public doit s’auto-financer .

Au contraire, plus on subventionne un système de transport en commun efficace et disponible (avec la construction d’autres lignes de métro, notamment dans le nord de l’île, et l’ajout de trains légers ou de tramways un peu partout), plus les gens ont tendance à l’utiliser, désengageant de par la même occasion le réseau routier, qui s’abîme moins rapidement, et réduisant les embouteillages, faisant sauver du temps – précieux – et de l’argent aux automobilistes. Tout le monde y gagne!

Mais pour cela, il faut laisser tomber la vieille mentalité égoïste de l’utilisateur-payeur. Merde, on vit en société et le chacun pour soi ne fonctionne pas.

En attendant, je vais faire réparer mon maudit char car chaque jour il m’amène en 25 minutes là où d’autobus en métro en autobus je mettrais de 1h30 à 2h00 pour arriver. Et je suspecte que nous sommes beaucoup dans cette situation, malheureusement!

Une idéologie qui a un peu trop d’assurance

Le gouvernement Charest a décide de nous en passer une petite vite, à la fin juin, en votant un décret autorisant la compagnie d’assurances Desjardins Sécurité Financière à gérer un centre d’hébergement et de soins de longues durée (CHSLD). Malgré l’échec des PPP à peu près partout où ils ont été implantés, notre gouvernement (néo)libéral continuer d’aller de l’avant dans son entreprise de dépossession du patrimoine québécois collectif à l’avantage d’une minorité d’entreprises choisies sur le volet.

Comme le souligne avec justesse la Coalition Solidarité Santé, on doit maintenant s’inquiéter quant à savoir si on privilégiera les clients de Desjardins et si on se fera de l’argent sur le dos des personnes âgées.

Évidemment, Desjardins se défend en disant qu’elle ne favorisera pas ses clients. Mais peut-on simplement se fier à sa parole, quand on connaît les suites de la convergence médiatique de l’empire Québécor, où chaque média (Journal de Montréal, TVA, LCN, et les revues à potins) sont tenues de privilégier les « nouvelles » d’un autre média du même groupe? Autrement dit, qui peut réellement nous assurer que d’ici quelques années on n’offrira pas un coût plus élevé à une personne âgée non-membre de Desjardins?

Malheureusement, cet alignement concorde avec ce qui se fait déjà aux États-Unis: la prise de contrôle quasi-totale du système de santé par des compagnies d’assurances privées, offrant toute une gamme de services en échange de votre argent. Et si vous n’avez pas les moyens d’avoir une telle assurance, et bien préparez vos funérailles car vous vivrez moins vieux, serez moins en santé et serez jusqu’à sept fois plus susceptibles de ne pas vous faire soigner même si vous en avez besoin. ((Center on Aging Society, Georgetown University))

On m’objectera que nous n’en sommes pas encore là aujourd’hui. Et on a aura raison. Mais doit-on attendre d’avoir le précipice devant les yeux et la falaise dans le dos pour dénoncer? Car ce n’est pas seulement une prise de contrôle d’une petite coop « de cheuuuuu nous » d’un CHLSD: c’est le début d’un processus menant éventuellement à la privatisation des soins de santé offerts aux personnes âgées et à l’augmentation du fardeau financier exigé de la part de chaque individu pour obtenir ces soins.

Il n’y a rien de positif dans une américanisation des soins de santé. Aux États-Unis, « la prépondérance des assurances privées [représente] près de 66 % des dépenses privées en santé » ((GIP SPSI Santé et Protection Sociale)) et parallèlement les dépenses de santé représentent 15,2% du PIB, le niveau le plus élevé au monde. Et 15% de la population, plus de 40 millions de personnes, n’ont pas le moindre accès décent à quelque soins de santé que ce soit. Et c’est ce modèle-là qu’on veut nous imposer?

Non, ce n’est pas qu’un fait divers, qu’un petit PPP tranquille qu’on nous impose pendant les vacances d’été. C’est une idéologie, un système qui ne fonctionne pas, est improductif et inéquitable, et qu’il convient de dénoncer. Car la santé est un droit pour tous, indépendemment du revenu, et seul l’État a les moyens d’assurer que tous puissent en jouir sans discrimination.