Mois : août 2007

Mensonges de l’IEDM (tome LXVIII)

Je viens de lire un excellent texte de l’économiste Gabriel Ste-Marie, qui dénonce les mensonges et la propagande de l’Institut économique de Montréal dans le dossier d’Hydro-Québec. Ste-Marie, avec qui j’ai étudié, ai été membre d’une association étudiante, membre (et davantage) d’un parti politique et journaliste – nos chemins se sont donc croisés à quelques reprises, c’est le moins qu’on puisse dire – est un homme qui ira loin dans la vie, car il combine la clarté de ses analyses économiques à l’intégrité d’une indépendance d’esprit lui empêchant de se mettre au service du plus offrant, comme c’est trop souvent le cas.

Institut économique de Montréal

Ste-Marie dénonce le dernier torchon de l’IEDM, qui prône la privatisation d’Hydro-Québec et une hausse massive des tarifs pour rembourser la dette. Selon cette « étude », co-présidée par l’ancien président de la Standard Life, (allo la crédibilité), Claude Garcia, le Québec serait plus riche ainsi car il n’aurait plus à payer les intérêts de la dette.

Cependant, le calcul est erroné: les intérêts de la dette, actuellement, sont de 5,4 milliards $ et non pas 7,6 G$ comme le suggère Garcia. Si on augmente les tarifs comme il le suggère, le montant total qu’Hydro-Québec distribue annuellement à l’État monte à 10,3 G$. En clair, on sauve 5,4 G$ d’un côté pour se priver de 10,3 G$ de l’autre. On se fait avoir royalement.

Ste-Marie explique:

Bien sûr, nous n’aurions plus de dettes, mais Hydro-Québec ne nous appartiendrait plus. Nous serions comme cet individu qui, après avoir vendu sa maison pour rembourser ses dettes, se demande où il va aller coucher.

Dans les faits, explique ce dernier, le raisonnement de l’IEDM – si raisonnement objectif il y avait – présuppose que le Québec ne paie pas son électricité au juste coût. Mais si plusieurs provinces et États américains font payer leurs citoyens plus cher, ils achètent tout de même à Hydro-Québec « au coût du marché » pour revendre ensuite à fort prix. Et le Québec n’est pas l’endroit où l’électricité est la moins chère: elle coûte 3% de moins en Colombie-Britannique et 5% au Manitoba. Bref, l’idée selon laquelle le prix n’est pas assez cher est un mensonge: c’est un juste prix compte tenu du mode de production hydro-électrique, très peu coûteux.

Et, je rajouterais, ce sont les citoyens, souvent les moins nantis, qui profitent de tarifs généralement plus abordables que la moyenne.

Quand de riches actionnaires comme M. Garcia nous suggère d’augmenter les tarifs d’électricité et de privatiser notre société d’État, pour qui travaille-t-il? Se met-il au service de la collectivité ou encourage-t-il son propre parti et celui de ses riches commanditaires? Parce que lui et ses amis, ils ont les moyens de supporter des hausses de tarif. Et ils salivent déjà sur les profits à réaliser du dépeçage d’Hydro-Québec.

C’est aussi l’opinion de Ste-Marie:

« […] Il est clair que la privatisation de notre société d’État serait fortement lucrative pour les futurs actionnaires et profiterait à la filière du gaz naturel qui deviendrait une alternative énergétique. À mon avis, ce sont principalement ces considérations qui ont motivé les réflexions de MM. Garcia […] »

Encore une fois, l’IEDM se met le pied dans la bouche en publiant une étude médiocre et orientée idéologiquement. Son but est et a toujours été le même: désinformer la population quant aux conséquences réelles d’un désinvestissement de l’État et faire une campagne de propagande ciblée contre tout organisme public qui remplit adéquatement sa mission.

Tant à découvrir…

C’était quand même comique, aux nouvelles de Radio-Canada, alors qu’on interviewait des parents d’enfants qui avaient défié les tribunaux (et le large consensus québécois) pour invalider la loi 104. Une des dames à qui on a demandé ce qu’elle pensait de la décision de la cour de maintenir la loi 104 d’ici à ce que la Cour Suprême tranche, a déclaré, d’un ton empreint de défi (en anglais, évidemment): « J’espérais vivre ici normalement, mais maintenant je considère déménager en Ontario. »

Ben déménage, vieille fatigante!

Non, mais c’est quoi cette « menace »? On devrait changer les lois, renoncer à tout ce qui nous est cher, dont la loi 101, et mettre en danger notre culture et notre langue pour pas que la madame et ses petits amis ne déménagent en Ontario? Partez donc, mes égoïstes, incapables que vous êtes de respecter les choix de la majorité!

Ontario

On pourrait peut-être se cotiser, et louer un train de Via Rail, celui qui part du West Island et qui s’en va directement à Toronto. On les met tous, la madame et tous les autres plaignards plaintifs dans le train, et bingo, adieu, farewell et good riddance!

Bon débarras!

Quand on vit en société, on doit respecter ses voisins. Respecter leurs valeurs, leurs idéaux, ce qui compte le plus pour eux. Quand un sujet est à ce point important pour les Québécois que l’ensemble du parlement cherche à le défendre et que personne, absolument personne du monde politique n’ose le remettre en question, je crois qu’il est un devoir de s’y plier et de se soumettre aux règles du jeu.

Une société où un petit groupe de riches contestataires appuyés par des avocats bornés et frustrés se permettent de changer une loi qui tient à coeur à la majorité de la population, ce n’est plus une société démocratique. C’est une société où le chartisme a détruit la démocratie et où ce ne sont plus les politiciens qui prennent les décisions, mais les juges et ceux qui ont les moyens de se les payer.

En attendant, ma belle bande de chiâleux, vous nous ramenerez un souvenir de Toronto. Je sais pas quoi, mais vous trouverez sûrement quelque chose de spécifique à l’Ontario, qui représente sa culture, ses valeurs. C’est pas comme si l’Ontario n’avait pas de culture, oh non. Faut juste la chercher pas mal plus longtemps. Vous vous y plairez sûrement.

S’il y a tant à découvrir, c’est peut-être parce que personne n’a encore rien trouvé…

Bye bye!

Le Jour des blogues 2007

Le jour des blogues 2007

Voilà, je participe moi aussi au Jour du blogue 2007! L’idée est simple: je dois vous faire connaître cinq blogues qui me plaisent bien.

Outre, évidemment, mes collaborateurs, Renart, Jimmy et Inkognitho, je visite aussi d’autres blogues assez intéressants (mais j’en visite beaucoup d’autres aussi, alors ne soyez pas offusqués si le vôtre n’est pas dans la liste… cinq, ce n’est pas beaucoup!). Je les présente, dans le désordre:

1) Ed Strong: The Best That’s Left: Un site tout à fait et irrémédiablement sexuellement contestataire. Des opinions bien tranchées, comme je les aime (et comme les miennes très souvent), des images souvent invitantes, et des perspectives franchement anti-conformistes. J’adore!

2) Act 2: From the Wilderness’ Peak Oil blog: ce blogue est la suite logique du site From the Wilderness et donne des informations intéressantes sur le pic pétrolier et ses conséquences. Je peux aussi lire des nouvelles de Michael C. Ruppert, l’auteur de la Bible du 11 septembre « Crossing the Rubicon: the Decline of the American Empire at the End of the Age of Oil » qui explique dans le détail et avec des tonnes de référence ce qui s’est réellement produit le 11 septembre 2001.

Aujourd’hui, la vie de cet ancier policier ayant été témoin du trafic de drogue de la CIA et qui a été victime d’intimidation et de harcèlement de la part d’agences gouvernementales, est ruinée. Mais il tente de se redresser debout, de reprendre la santé, et de toute façon j’ai toujours son bouquin de 700 pages, le plus grand livre politique écrit aux États-Unis depuis au moins une décennie selon moi. Si vous ne deviez lire qu’un seul livre sur le 11 septembre et ses conséquences, je vous conseille fortement Crossing the Rubicon.

3) Reactionism Watch: J’aime visiter ce site pour l’information anti-conformiste et franchement radicale, même si bien souvent je me situe beaucoup plus près du centre-gauche que lui. Ceci dit, un des grands intérêts de ce blogue, selon moi, tient à son désir de mener une véritable lutte de tranchée contre les blogues de droite et les gens qui les animent. Le blogue n’hésite pas à citer les auteurs des blogues de droite afin de souligner leurs contradictions ou le manque de profondeur de leur propos. C’est pour moi une inspiration et je cherche toujours (en fait, depuis plusieurs mois…) la meilleure façon de faire un peu la même chose ici mais en gardant le niveau de discussion le plus élevé possible.

4) Nouvelles non censurées: Un site qui ressasse très souvent les mensonges et les « oublis » des principaux médias et qui cherche une perspective alternative. La force de ce blogue est son côté convivial avec une très grande variété de sujet. J’admire particulièrement la très grande variété des intervenants et pour moi c’est aussi une inspiration, quoi que je ne vois pas toujours exactement comment y arriver…

5) Le blogue de Patrick Lagacé: Je manque profondément d’originalité, c’est vrai. Lagacé me fait souvent rager par ses positions un peu trop conformistes et qui manquent d’analyse, mais quand on est payé pour bloguer, on peut être toujours up-to-date avec ce qui se passe dans la blogospère, et donc c’est souvent là que je m’informe sur les débats en cours (avant d’aller m’informer ailleurs pour une analyse plus poussée). Bref, le blogue à Patrick Lagacé est parfois le cube de bois à partir duquel je me gosse un texte où j’analyse un peu plus en profondeur.

Et vous, quels sont vos blogues préférés?

Un ruban contre la guerre

Je vous présente ce ruban contre la guerre, ou plutôt d’appui à la paix, à la liberté et à l’humanisme. C’est notre ami et collaborateur Inkognitho qui l’a fait, à ma demande.

L’idée est très simple: c’est de se regrouper entre blogueurs opposés à l’occupation de l’Afghanistan et à l’envoi de soldats québécois dans ce pays. Ce ruban est aussi une opposition au ruban jaune de la propagande de l’armée canadienne, que portent pathétiquement de nombreux citoyens sur leur voiture, et qui consiste à faire croire qu’on peut appuyer des soldats même quand on n’appuie pas la cause. Mais c’est faux: si la guerre est injuste, ceux qui la pratiquent le sont également.

Non à la guerre!

D’abord, j’écrivais dans L’Empire de la drogue qu’une des raisons de l’invasion de l’Afghanistan est le contrôle de la drogue. Ironiquement, je suis en train de lire un livre qui confirme ces soupçons: « État de guerre », du très connu (et très « mainstream ») James Risen, du New York Times.

Une partie de ce livre explique de quelle façon les États-Unis avaient les plans de tous les principaux laboratoires de production de l’héroïne avant d’envahir l’Afghanistan, mais qu’ils ne les ont pas bombardés. De même, l’administration Bush a refusé de pulvériser les champs de pavot, à la demande de Colin Powell et du représentant républicain du Congrès, car Donald Rumsfeld et les plus durs néoconservateurs s’y opposaient avec véhémence. Et pire encore: les États-Unis ont conclu des alliances avec les trafiquants de drogue en Afghanistan pour avoir leur soutien, et ils ont laissé passer des files de camions (parfois une vingtaine) remplis d’héroïne destinée aux rues occidentales. Risen ne va pas aussi loin que de nombreux autres reporters (on ne peut pas écrire ce qu’on veut quand on écrit pour le New York Times…), mais il souligne qu’il y a un gros questionnemment à se poser sur les liens entre la CIA, l’armée étatsunienne et les dealers de drogue.

Ensuite, j’écrivais aussi dans Députés ou croisés qu’un second but de l’invasion de l’Afghanistan était d’encercler et d’endiguer l’Iran (et la Russie) afin de s’assurer du plein contrôle de la région et de faire des alliances avec les républiques d’Asie centrale contre ces deux pays.

Finalement, dans Made in China j’expliquais qu’un autre but était la construction d’un oléoduc de la mer Caspienne vers le sud-est asiatique via l’Afghanistan, privant effectivement la Chine d’une source facile de pétrole et la forçant à trouver d’autres sources d’approvisionnement.

Bref, qu’on le veuille ou non, les soldats québécois sont en Afghanistan pour protéger les intérêts géostratégiques de Washington. Il n’y a rien de noble, rien d’humain, rien de valeureux à être là-bas: ces citoyens ont renoncé à leur humanité pour devenir de simples boulons dans une machine guerrière au service de l’empire étatsunien (comment peut-on qualifier un pays qui en a envahi deux autres en quelques années, sinon un empire?).

Alors non, je n’appuie pas les soldats québécois, et je souhaite qu’ils reviennent rapidement. Ils n’ont pas mon soutien, aucunement mon appui, et tout comme la grande majorité des Québécois, je suis opposé à cette guerre.

Avec ce ruban, que vous pouvez partager, mettre sur vos blogues, envoyer par courriel à vos amis, nous signifions notre désaccord avec cette guerre et notre désir que les soldats québécois (et canadiens) reviennent d’Afghanistan au plus vite. Et pas dans des cercueils.

Cette guerre est injuste, et ce ruban se veut un outil de solidarité entre tous ceux qui ont l’humanité de s’opposer à cette injustice.

D’un opportunisme à l’autre

Dans un de mes derniers textes, je laissais entendre que ce pourrait être le genre à Mario Dumont de vouloir profiter de la mort de Andrée Boucher car il n’hésitait jamais à se servir de n’importe quoi d’actuel par opportunisme politique pour mousser sa popularité. Évidemment, c’était plus une satire qu’autre chose (ce que la majorité des lecteurs ont compris), mais aujourd’hui je me questionne sérieusement en lisant cette nouvelle selon laquelle l’ADQ songerait à promouvoir la castration chimique des agresseurs.

On peut discuter du fond du problème, et on en discuterait longtemps. L’État peut-il chimiquement contrôler des individus qui ont purgé leurs sentences et sont théoriquement libres? Croit-on que l’utilisation d’une drogue chimique peut remplacer les thérapies? Comment appliquerait-on une telle mesure sans nuire aux droits et libertés? Tant de questions sur un sujet évidemment important. Mais là n’est pas le problème avec Mario Dumont. Son problème, c’est le timing.

Y a quand même des limites à se servir de la souffrance d’autrui pour essayer d’aller chercher des votes. Quelle journée a choisi Dumont pour sa déclaration? Le 29 août, l’anniversaire des dix ans de la petite Cédrika. Dont on ignore, en passant, si elle a été enlevée par un délinquant sexuel ou par un couple de désaxés.

C’est correct de se servir de l’actualité pour sonder l’opinion des gens ou pour établir des priorités d’analyse à long terme. Mais choisir le 29 août pour faire une telle déclaration, ça n’a qu’un seul qualificatif: opportunisme politique.

* * *

Par ailleurs, un nouveau sondage vient confirmer l’avance du PQ dans les intentions de vote des Québécois. Si des élections avaient lieu ce matin, théoriquement le PQ de Pauline Marois l’emporterait. Mais seulement théoriquement.

Car Pauline Marois, dans le fond, elle est toujours populaire quand on ne la voit pas, quand on ne l’entend pas, quand elle n’occupe pas l’espace public. L’avez-vous vue cet été? Pas moi; du moins, pas souvent. Une fois ou deux dans des émissions de variété, et deux-trois mots pour soi-disant déplorer le départ de Diane Lemieux. À peu près tout.

Alors comment expliquer sa popularité? Peut-être que les gens ont espoir en elle; ils croient qu’elle pourra résoudre tous les problèmes. Puisqu’on ne la voit pas, puisqu’on ne l’entend pas, on peut s’imaginer n’importe quoi sur elle. Les purs et durs imaginent qu’elle pourra relancer le projet indépendantiste, la droite croit qu’elle réorientera le parti vers une réduction du rôle de l’État, la gauche espère qu’elle relancera des programmes sociaux. Tout le monde imagine « sa » Marois et dans ce beau petit rêve éveillé le moins on la voit, le mieux c’est.

Sauf que dans les faits, s’il y avait une élection ce matin, ça veut dire que ça ferait trente jours qu’on entendrait les chefs parler de leurs politiques. Trente jours que Charest sortirait sa rhétorique de droite, que Dumont surferait sur n’importe quelle politique (de droite aussi) avec son message « qui touche les gens » mais dépourvu de tout contenu. Et trente jours que Marois essairait de jongler pour espérer rallier l’irréconciliable: les purs et durs, l’aile-droite et l’aile-gauche.

Je l’ai déjà écrit: ce parti n’est pas fait pour gouverner. La seule chose qui tient ensemble toutes ses factions c’est le projet indépendantiste. Alors si ce matin avait lieu des élections, je crois que le PQ se ferait très certainement battre, car son discours – si intellectuellement supérieur aux insanités populistes de l’ADQ soit-il – ne peut battre des adversaires aux idées plus simplistes mais plus claires. Bref, une vérité confuse et qui déchire le parti ne vaincra jamais les mensonges bien expérimés d’un Mario Dumont.

La seule chose que Marois peut faire avec ce sondage, c’est continuer son coup de balai au parti et se débarasser de quiconque conteste sa façon de gérer l’avenir du Parti Québécois. Bref, tout comme Mario Dumont mais à sa manière propre, elle doit se servir de l’actualité pour asseoir son pouvoir sur le parti et espérer continuer à monter dans l’opinion publique.