Mois : septembre 2007

Et le policier y prend son pied!

Dans La liberté… d’emprisonner! je dénonçais l’utilisation de la force pour empêcher un étudiant de s’exprimer lors d’une période de question faisant suite à une conférence de John Kerry. L’étudiant a non seulement été maîtrisé par de nombreux policiers, mais il a également été électrocuté par un taser, cette arme qui envoie de fortes décharges de près de 50 000 volts paralysant effectivement sa victime.

Et bien, quoi de pire au royaume de l’emprisonnement que de savoir que ceux qui font le métier de policier ont du plaisir à donner de la douleur à un étudiant sans défense?

Et oui, le policier qui vient de donner une décharge électrique extrêmement douloureuse à Andrew Meyer semble y prendre son pied! Comme le souligne avec justesse l’auteur de l’excellent blogue Paulitics :

« La liberté est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Si ceci est accordé, tout le reste suit. » (Tiré de l’excellent 1984, de George Orwell)

Quel beau pays ils ont tout de même les « Zamaricains »!

Le vote émotionnel

Le dernier sondage CROP – La Presse est assez troublant. D’un côté, l’ADQ prend la tête des intentions de vote avec 34%, mais parallèlement on constate que la majorité des électeurs croient que la meilleure personne pour occuper le poste de premier ministre est Pauline Marois, cheffe du Parti Québécois.

Cette contradiction pourrait s’expliquer aisément si le parti de l’ADQ était plus populaire que son chef. Dans ce cas, les gens voteraient pour l’ADQ malgré le chef. Mais ce n’est pas possible ici, car l’ADQ est avant tout le parti de Mario Dumont; il est à peu près la seule personnalité connue de ce parti et tout, absolument tout dans ce parti découle de ses décisions. C’est le parti de Mario Dumont, et de personne d’autre.

Alors, comment expliquer qu’une partie des voteurs adéquistes croient que Pauline Marois ferait une meilleure première ministre? Je crois qu’il faut parler de la composante émotionnelle du choix.

En effet, l’appui à l’ADQ semble avant tout en être un relié à l’émotion, à la passion, et non pas un choix rationnel et réfléchi. On vote pour l’ADQ parce qu’on suit la vague, parce qu’on veut faire partie de la masse des gens, tels ces bisons qui courent vers la falaise. On suit le courant, et on aime cela; on se sent réconforté par le fait que beaucoup de gens pensent comme soi, et on a confiance dans Mario Dumont et dans son image de bon père de famille réconfortant. On recherche une figure paternelle et Mario Dumont est ce petit père politique qu’on aimerait tant avoir.

Mais quand vient le temps de se questionner sur la question théorique consistant à se demander qui ferait le meilleur premier ministre dans le monde concret, le choix devient immédiatement rationnel. Car même si on se sent émotionnellement attiré par Mario Dumont, on sait que Pauline Marois a davantage d’expérience, est plus capable de travailler en équipe et a davantage la stature d’un chef d’État. Puisque la question est théorique (on ne demande pas « qui souhaitez-vous avoir comme premier ministre ») et ne nous engage pas personnellement, on répond selon sa tête, et la tête nous confirme que Marois a davantage de qualités que Dumont pour occuper le poste.

Ce phénomène du vote (émotionnel) de groupe à l’ADQ trouve son appui dans le concept de la pensée de groupe, tel que développé par Irving Janis en 1972. Selon ce concept, des individus, qui autrement sont tout à fait logiques et rationnels, ont tendance à rechercher un consensus plutôt que d’appréhender rationnellement une situation.

« Le danger d’un tel phénomène est que le groupe peut prendre de mauvaises décisions ou des décisions irrationnelles, même si les individus du groupe auraient personnellement pris une autre décision. Dans une telle situation de pensée de groupe, chaque membre du groupe essaye de conformer son opinion à ce qu’il croit être le consensus du groupe sans se poser la question de ce qui est réaliste. La conséquence est une situation dans laquelle le groupe finit par se mettre d’accord sur une action que chaque membre du groupe croit peu sage. » ((Source))

Ainsi, même si individuellement les gens savent que Pauline Marois ferait une meilleure dirigeante que Mario Dumont, ils votent tout de même pour le parti de Mario Dumont parce qu’ils se conforment et s’identifient à cette nouvelle vague adéquiste. Ils ont soumis leur bon sens rationnel au sentiment sécurisant et émotionnellement gratifiant de la pensée de groupe.

Il y a deux problèmes soulevés par cette constatation de l’aspect intrinsèquement émotionnel de l’appui à l’ADQ.

D’abord, peut-on se fier à un gouvernement élu par des gens ne l’appuyant pas pour ses promesses ou ses politiques, mais parce qu’ils s’identifient à son chef ou à l’image incarné par le parti? N’y a-t-il pas un profond risque de dérapage comme on l’a vu très souvent au cours du siècle lorsque des partis populistes de droite ont pris le pouvoir et on pu agir à leur tête sans craindre le jugement des électeurs, subjugués par le charisme du chef (on pense immédiatement à Hitler, ou plus modérément à Reagan, Thatcher ou Mulroney à ses débuts)?

Ensuite, comment le Parti Québécois pourrait-il exploiter ce vote émotionnel et lui aussi faire vibrer le coeur des gens pour aller chercher des appuis? Car c’est bien là un problème profond: le PQ ne peut pas renier ses idées réfléchies et rationnelles, appuyées par ses militants de longue date, pour espérer conquérir les coeurs. Le parti doit trouver un moyen de contrecarrer l’influence négative de l’ADQ sur le débat des idées et ramener les citoyens à la réalité: on n’élit pas des gens qu’on aime, mais plutôt des gens qu’on croit capable de bien gouverner. Mais comment faire passer le message?

Dans le fond, ce que ce sondage démontre surtout, c’est que les électeurs sont encore un territoire vierge à conquérir. Si pour le moment leur coeur va à Mario Dumont, il ne suffirait peut-être de pas grand chose pour mettre l’accent sur le côté rationnel de la politique et miser sur leur préférence rationnelle envers Pauline Marois.

Car c’est bien beau aimer un parti aveuglément, mais encore faut-il qu’il puisse gouverner rationnellement. Ce qui est loin d’être acquis pour un parti immature et aux politiques irréfléchies comme l’ADQ.

Demain, la crise?

Je suis en train de lire un livre très intéressant: The Coming Economic Collapse, de Stephen Leeb. ((The Coming Economic Collapse, Stephen Leeb, Warner Business Books, 2006, 211 pages.)) Ce qui est intéressant dans cette oeuvre, c’est que c’est un ouvrage grand-public, destiné à la fois au citoyen lambda et à l’investisseur financier, et que c’est écrit par un auteur qui a une certaine crédibilité: il avait auparavant prévu le boom financier des années 90, puis la débâcle des technos en 2000, et si sa proposition d’un baril de pétrole à 100$ dans son livre The Oil Factor, publié en 2004, avait bien fait rire au début, on constate de plus en plus qu’il a du flair.

Dans « The Coming Economic Collapse », Leeb base son analyse notamment sur la théorie de l’effondrement des sociétés complexes de Tainter, qui a écrit le livre The Collapse of Complex Societies et qui démontre de quelle façon c’est la perte de ressources énergétiques capitales et l’incapacité des élites à modifier la société pour faire face à ce manque qui sont à la base de la chute d’une civilisation.

Pour résumer cette théorie, plus une société évolue et se complexifie, plus elle est en mesure d’exploiter avantageusement de nombreuses ressources Au début, le gain est immense, mais au fur et à mesure que la société continue de se complexifier les gains diminuent, jusqu’au moment où la complexité de la société est un handicap qui se révèle plus coûteux que les gains escomptés. Et c’est à ce point crucial que les élites doivent jouer leur rôle: sauront-elles reconnaître la situation et s’y adapter ou perpétueront-elles un mode de vie et une façon de faire qui entraîne à la chute?

Par exemple, l’empire romain a crû en asservissant ses voisins, pour obtenir notamment les précieuses ressources que sont l’énergie humaine des esclaves. Au fur et à mesure que Rome étendait son influence, cependant, les gains réalisés par le contrôle sur tous ces territoires étaient progressivement contrebalancés par des infrastructures civiles importantes, une lourde bureaucratie et une riche élite qui accumulait une richesse non productive pour la société. Si bien qu’à la fin Rome n’a non seulement pu contenir ses nouveaux territoires, mais elle a perdu jusqu’à son berceau d’origine.

Si on remplace l’énergie de l’esclave par la forme d’énergie hautement plus performante qu’est le pétrole, on retrouve la même situation: notre société est basée, organisée, structurée autour du pétrole à bas prix. À aucun moment dans l’histoire de l’humanité n’a-t-on vu une telle démocratisation d’une source d’énergie comme c’est le cas avec le pétrole aujourd’hui. Que ce soient nos banlieues, notre nourriture du Mexique, nos vêtements d’Inde, nos technologies du Japon, tout notre mode de vie dépend du pétrole.

Et la demande de pétrole va bientôt dépasser l’offre, transformant cette ressource à bas prix en une denrée rare. Et selon Leeb, c’est cette rareté du pétrole qui risque d’entraîner le monde dans une crise économique telle que les fondements de notre société, depuis notre État moderne jusqu’à notre façon de concevoir l’urbanité, en seront profondément modifiés.

« Éventuellement, le pétrole à 200$ le baril forcera le monde, de par l’action du libre-marché, à consommer moins de pétrole et à dépendre davantage d’énergies alternatives. Le plus vite nous pouvons développer une énergie durable, le moins seront difficiles les prochaines années. Et même si nous devons nous acheminer vers une société moins complexe, une source d’énergie alternative va rendre le changement plus facile et va amortir la chute.

Cependant, il y a un problème. Mettre en place une source d’énergie alternative et durable risque de prendre du temps – des décennies, en fait. L’effort demandé sera également très important – du genre de celui d’une guerre majeure. À moins que nous commencions dès maintenant – et même maintenant il est peut-être trop tard – nos chances de succès sont minces. » ((Ibid., p. 128))

En clair, ce que Leeb nous explique, c’est que ce moment-clef où les élites doivent jouer leur rôle et modifier en profondeur une société pour l’adapter à l’incapacité d’obtenir assez d’une ressource pour assurer la survie du système, ce moment c’est maintenant. Dès aujourd’hui, nos élites politiques doivent trouver une façon de préparer l’après-pétrole, c’est-à-dire le passage d’une société basée sur le pétrole à bas prix à une société qui pourra utiliser le pétrole à diverses fins mais qui ne le gaspillera pas dans des voitures ou du plastique jetable.

Kyoto, dans cette optique, est un bon début. Le vrai but de l’accord n’est peut-être pas réellement la diminution des gas à effet de serre (de tout temps des modifications climatiques ont eu lieu, et plusieurs croient que les cycles solaires ont davantage d’impact sur le climat actuel que l’activité humaine), mais plutôt de trouver un moyen de réduire la dépendance au pétrole sans pour autant créer une panique. Bref, une façon de changer la société et de la transformer d’une société complexe à une société plus simple tout en douceur.

Cependant, le refus de l’administration Bush (et de son laquais de service Harper, qui ces jours-ci se pavoise devant le think-tank d’extrême-droite qu’est le Council on Foreign Relations) de miser sur une diminution de la consommation du pétrole et son aventure pour aller en contrôler pratiquement les dernières ressources non-exploitées de la planète en Irak se justifient également. Car si les États-Unis étaient le seul pays à diminuer sa consommation de pétrole, d’autres pays (comme la Chine ou l’Inde) pourraient les rattraper en se servant de cette énergie toute-puissante pendant que l’Oncle Sam vit dans le marasme.

Étrangement, il ne semble pas y avoir de solution nationale. D’un côté le pays qui applique Kyoto ou qui se prépare à l’après-pétrole se trouve désavantagé face aux autres pays et voit son économie dévastée, avec tout son lot de souffrance. Et d’un autre, le pays qui refuse de considérer l’après-pétrole et qui se bat pour mettre la main sur les dernières ressources disponibles fonce à toute vitesse vers un mur, celui du pic pétrolier, et encore une fois le résultat est une crise économique et une économie dévastée.

Peut-être qu’au fond, l’enseignement utile ici est la nécessité d’une solution mondiale, c’est-à-dire l’implantation d’une forme de gouvernement prenant des décisions pour l’ensemble du genre humain et décidant, pour notre plus grand bien, de réduire notre dépendance au pétrole.

Sauf qu’à moins de pouvoir établir ce gouvernement mondial d’ici quelques années et de faire les changements majeurs qui s’imposent, il semble de plus en plus inévitable que nous allons vivre une crise économique majeure sans précédent.

La marionnette Karzaï

Après avoir été chez Unocal et relié d’assez près aux amis de George W. Bush, voici que Karzaï, non content d’être la marionnette de service en Afghanistan, joue désormais le porte-parole de l’armée canadienne.

En effet, le NPD a appris que de grandes parties des discours prononcés par Karzaï au Canada ont été rédigés par l’armée canadienne. Dawn Black, du NPD, explique:

« Ces documents démontrent que le discours du président Karzaï au Parlement n’était qu’un truc politique, un coup monté. Ce que les Canadiens ont entendu n’était pas la voix du peuple afghan, mais plutôt les points de discussion du ministère de la Défense. »

Voilà qui est troublant. L’armée canadienne essaie de faire passer l’idée que le Canada aide un pays étranger dans sa lutte contre les terroristes, mais le régime afghan est tellement fantoche qu’il faut écrire les discours du « président » pour espérer convaincre les Canadiens d’appuyer l’occupation de ce pays et la guerre contre une large partie de ses habitants.

Bientôt, sur Ebay, Hamid Karzaï vendu au plus offrant? « Président de l’Afghanistan en très bon état, a très peu servi, va répéter tout ce qu’on lui demande et va faire vos quatre volontés si vous le payez suffisament. Viens avec deux kilos de pavot et livraison assurée par l’armée canadienne ».

De plus en plus, on voit l’armée canadienne pour ce qu’elle est: un outil de propagande déconnecté de la réalité des Canadiens et n’ayant comme seul but que de les convaincre de l’appuyer aveuglément dans toutes ses expéditions barbares au service des intérêts de Washington.

Et ça nous coûte combien, déjà, cette armée marionnettiste?

L’ADQ mange toute une claque!

L’ADQ et son candidat Conrad Harvey ont mangé toute une claque lors des élections partielles se tenant dans Charlevoix. Pauline Marois a emporté les élections haut-la-main avec près de 60% des votes. Voilà qui devrait redonner confiance au Parti Québécois et inciter l’ADQ à davantage de réflexion.

Il faut le dire, Mario Dumont a misé gros en rompant avec la tradition politique en opposant un candidat contre la cheffe du PQ. D’habitude, on joue de politesse et on laisse le chef d’un parti adverse se faire élire et on lui fait face à l’Assemblée Nationale. Mais le fair-play ne semble pas faire partie des habitudes de Mario Dumont, et le voici bien pénalisé.

Ce qui ajoute l’insulte à l’injure, ce n’est pas seulement les votes accordés à Marois, mais bien plutôt l’incapacité de l’ADQ d’aller chercher les votes fédéralistes. Avec un maigre 37% des résultats, la coalition fédéraliste qui aurait pu voir le jour entre les soi-disant autonomistes (fédéralistes) de l’ADQ et ceux du PLQ n’a pas vu le jour. Bref, c’est dire à quel point l’ADQ n’a pas pu séduire les électeurs de Charlevoix!

Le défi maintenant pour Mario Dumont, c’est de panser ses plaies. Il doit réfléchir à son programme politique et à son incapacité d’avoir pu rallier les votes fédéralistes dans Charlevoix. Car si Dumont a pu se maintenir assez longtemps entre les deux chaises du fédéralisme et de l’indépendantisme, il devra finir par se positionner au risque de s’aliéner les deux antagonistes.

Quant à Pauline Marois, elle devra maintenant occuper la place publique, se faire voir, proposer des idées, des politiques, et innover. Elle devra entendre l’appel des régions et ne pas avoir peur de remettre en question certains des dogmes du PQ, notamment le multiculturalisme.

Ce nouvel élan du Parti Québécois, associé à l’indifférence générale vis à vis des Libéraux et à ce récent échec de l’ADQ laisse entrevoir un automne politique des plus intéressants!