Mois : novembre 2007

Une histoire de clowns (racistes)

Hier soir, au forum sur les accomodements raisonnables de Montréal, une bande de clowns « multiculturaleux » se sont présentés dans la salle attenante aux débats et ont chahuté afin de tenter de déranger les citoyens qui ont eu le courage d’aller participer à cet exercice démocratique. Il y a deux choses qui m’écoeurent dans cette situation.

D’abord, le but même d’une commission publique est d’entendre les gens. C’est à peu près le plus près d’une démocratie participative qu’on peut aller. C’est le moment ultime où tous ceux qui se sentent en mal d’attention ou qui se croient négligés peuvent aller exprimer leurs idées et tenter de se faire entendre.

Alors, pourquoi aller faire du tapage dans une salle à côté pour déranger les honnêtes citoyens qui viennent s’exprimer sur la question? Le tapage qui dérange, on le fait généralement quand on est exclu du débat, quand celui-ci se tient à huis clos loin de notre pouvoir. Comme au sommet des Amériques, en avril 2001, où les citoyens étaient exclus du processus de décision, par exemple. Mais hier, au contraire, on était là pour écouter le citoyen. Pourquoi déranger ainsi ceux qui veulent s’exprimer? Ces clowns n’auraient eu qu’à faire la file et à déclamer leurs idées haut et fort devant tout le monde, comme des êtres matures et cohérents.

Par ailleurs, que dire de leur message? J’ai vu cette affiche: « Racism is not reasonable » (Le racisme n’est pas raisonnable). Peut-être croyaient-ils ce message clair, mais j’adhère moi-aussi à ce message. Sauf que j’aurais envie de leur dire: « VOTRE racisme n’est pas raisonnable ». Car à mes yeux, quelqu’un d’assez idiot pour venir présenter une affiche en anglais à une commission suivie dans la quasi-totalité par des francophones fait preuve d’une sorte de suprématie langagière du genre « je me considère supérieur à vous, “fucking” francophones ». Et c’est quoi le racisme, sinon se considérer supérieur aux autres?

Ce sont eux les racistes, eux qui se pensent les bons protecteurs anglophiles d’un statu quo en pleine décomposition face à l’intransigeance de francophones – la majorité – qui commettent l’odieu crime de vouloir débattre démocratiquement d’un problème collectif.

On dit souvent qu’il y a des coups de pied au cul qui se perdent. Dans le cas de ces clowns racistes, je ne m’y risquerais même pas. J’aurais bien trop peur de salir mes souliers ou de donner un semblant de crédibilité à des imbéciles qui se discréditent eux-mêmes.

Les propositions stupides des Jeunes Libéraux

Après les demandes des jeunes adéquistes (un pléonasme, s’il en est un) de s’en prendre aux assistés sociaux, voici que les jeunes libéraux s’attaquent à la classe moyenne et aux plus pauvres. Décidément, la droite n’en peut plus du statu quo et espère au plus vite nous américaniser, faisant disparaître la classe moyenne, étirée dans la plus grande partie vers le bas, et rarement vers le haut.

Première stupidité: le retour des péages partout. Un péage fixe, c’est un péage qui défavorise les plus pauvres ou la classe moyenne inférieure, c’est-à-dire Monsieur ou Madame Tout-le-monde qui travaille fort et essaie de joindre les deux bouts. Ce petit 2$ aller-retour cinq fois par semaine, c’est peut-être le 20$ qui était nécessaire pour les sorties, ou pour l’épicerie, quand ce n’est pas pour l’hypothèque. On s’en prend aux plus pauvres et à la classe moyenne pour quoi finalement? Pour pas grand chose, parce que ceux qui ont deux ou trois voitures dans le garage ont amplement les moyens de payer ces péages!

Deuxième stupidité: privatiser la SAQ. La Société des alcools du Québec est une véritable vache à lait, remettant près de 700 millions de $ par année aux Québécois. Une somme investie dans la santé, l’éducation, dans des services aux citoyens dont profitent tous ceux qui ne sont pas assez riches pour se payer une médecine ou une éducation privée. En se privant de cet argent, l’État québécois serait non seulement plus pauvre, mais la population serait également moins bien servie, puisque c’est la force du nombre qui permet à la SAQ de négocier des achats à prix avantageux et d’offrir des vins de qualité non seulement à Montréal, mais jusque dans les petits franchisés dans le fin fond des clins-clins. Essayez pas d’avoir un bon Bordeaux en dehors des grands centres; c’est ce qui attend les amateurs de vin si on privatise la SAQ.

Dans les faits, l’entreprise est un exemple de bonnes gestion et d’appréciation de la part des citoyens; elle est extrêmement rentable pour l’État tout en gérant des ventes responsables et offrant un choix très diversifié. Il n’y a pas de logique rationnelle derrière la proposition des jeunes libéraux; seulement l’aveuglement d’une idéologie dépassée et dangereuse.

Dernière ineptie: l’augmentation des tarifs d’Hydro-Québec. Encore une fois, qui écope? Et oui, la classe moyenne et les plus pauvres! Tiens, le même Monsieur Tout-le-monde à qui on enlève 20$ par semaine en péages, et un autre 10$ en électricité, et encore d’autres frais puisque l’État n’aurait plus les moyens de payer pour certains services sans les redevances de la SAQ… C’est la somme de tous ces petites pierres qui finit par faire un gros sac de roches à porter.

Le gars qui fait 150 000$ par année, ça lui fait quoi de payer 40$ de plus par mois en électricité? Rien. Niet. Mais le travailleur honnête de la classe moyenne, ça le prend encore une fois davantage à la gorge. Les plus pauvres et la classe moyenne qui écopent, voilà la finalité de cette stupidité.

Le gouvernement Charest n’est pas assez idiot pour suivre les recommandations de ces jeunes extrémistes. La classe moyenne est déjà assez soumise à la pression de vingt-cinq années de réformes néolibérales; elle n’a pas besoin de se faire appauvrir davantage par d’autres projets dangereux d’une droite en mal de visibilité.

Ce qui m’inquiète, par contre, c’est de penser que ce sont ces jeunes qui, un jour, seront peut-être à la tête de l’État. Et qui tenteront de nous faire revenir vers l’arrière, à une époque où la classe moyenne n’existait pratiquement pas et où la société était divisée entre une minorité de bien-nantis et une majorité de pauvres.

Et si on regarde vers les États-Unis – le « bel » exemple de cette bande de lunatiques radicaux – on se rend compte que la classe moyenne est effectivement en voie de disparition et que les inégalités sont plus criantes que jamais.

Et c’est cette société dégénérée que veulent nous proposer les jeunes libéraux? Il serait peut-être temps de leur faire passer un test de réalité – un « reality check » comme disent les Canadians.

Et la meilleure façon, qu’on le veuille ou non, est de les éloigner le plus loin possible du pouvoir aux prochaines élections.

De l’absurdité à une plus grande absurdité

La décision du gouvernement québécois de dépenser 620 millions $ pour entretenir l’industrie manufacturière est une erreur déjà assez catastrophique en elle-même: dépenser des millions pour un secteur moribond et en déclin. Mais ce qui est bien pire, c’est quand on pense que ce déclin est causé par les idées néolibérales et que le PQ irait encore plus loin vers la droite que le PLQ.

Comment peut-on sérieusement espérer rendre compétitives des entreprises devant payer un salaire décent à leurs employés, alors qu’en Chine on peut faire faire le même travail pour vingt fois moins cher? C’est impossible dans un contexte de libre-échange. En fait, la seule façon serait d’imposer les importations à un juste coût pour ainsi favoriser l’industrie nationale. En clair: il faudrait faire payer vingt fois plus cher en impôt aux entreprises importatrices de produits fabriqués à l’étranger plutôt que de subventionner massivement des entreprises exportatrices qui ne pourront jamais être compétitives avec les pays asiatiques.

En adoptant l’idéologie du libre-échange à tout vent, le gouvernement libéral est lui-même la cause de la crise; c’est son refus d’accepter les conséquences de ce choix – c’est-à-dire la disparition définitive et quasi-totale du secteur manufacturier – qui le pousse à saupoudrer des millions ici et là pour donner l’impression qu’il agit. Mais rien ne sauvera ces entreprises tant et aussi longtemps qu’on aura fait de la « libre » circulation des biens un dogme.

Mais ce qui est le plus pathétique dans cette histoire, c’est la critique du PQ. Pauline Marois, qui revient sur la scène publique après des semaines/mois perdue dans le brouillard, affirme que le gouvernement aurait dû aller plus loin en éliminant complètement la taxe sur le capital. Wow, bravo! Le problème vient d’une organisation économique trop à droite et on va rendre ça encore plus à droite! Déjà que les entreprises ne sont pas assez imposées, le PQ veut être plus catholique que le pape et leur donner encore plus de nananes!

Au fond, tout le monde s’attend à ce qu’un parti de droite comme le PLQ (ou son petit frère adéquiste en mal de visibilité) souhaite soulager les entreprises et préconise des « solutions » de droite. Mais quand le PQ en est rendu à reprocher aux Libéraux de ne pas être assez radicaux dans leurs mesures de droite, c’est signe de la dégénérescence avancée du Parti Québécois, qui devient de plus en plus chaque jour en paroles ce qu’il a toujours été, depuis 1982, en actions: un parti de droite comme les autres, dont la seule particularité est de vouloir crosser le monde en français dans un Québec soi-disant indépendant plutôt qu’en anglais dans un Canada pas plus souverain que n’importe quel autre pays ayant sacrifié son indépendance sur l’autel du libre-marché.

L’échec des infirmières du privé

On apprend que les hôpitaux font de plus en plus affaire à des infirmières d’agences privées pour combler leur manque d’effectifs. Et encore une fois – comme c’est le cas à chaque fois que le privé est en cause – la facture est salée: près de 100 millions de dollars.

Le but du privé est de faire du profit, est-il besoin de le rappeler? Alors que les infirmières du secteur public commandent un salaire de près de 27$ par heure, il faut débourser entre 35 et 55$ par heure pour une infirmière du privé. Mais l’infirmière en question ne gagne pas tout cet argent; une partie est remise à l’agence, qui assure un juteux profit à ses dirigeants.

Ainsi, on engraisse des propriétaires d’agences privées sur le dos des contribuables, ce qui contribue à accentuer la saignée des finances de l’État.

Pourtant, il serait facile de régler la crise. Si on prenait ce même 100 millions $ et on s’en servait pour payer davantage d’infirmières du public, on sauverait de l’argent et on s’assurerait d’avoir de meilleurs services puisque celles-ci ne seraient pas tentées de tourner les coins ronds pour satisfaire des actionnaires gourmands.

Mais si la solution est si simple, pourquoi n’est-elle pas appliquée? C’est simple: c’est une question d’idéologie. Le gouvernement néolibéral de Jean Charest veut implanter le privé partout, de toutes les façons possibles. En coupant les vivres aux hôpitaux, il les force à prendre des décisions à court terme qui sont totalement illogiques d’un point de vue économique. Mais ça ne dérange pas trop, si le résultat est davantage de privé, même si le privé est plus cher et moins efficace.

Tiens, ça me rappelle… J’avais une amie qui travaillait au centre hospitalier de Lachine. Il y a quelques années, ils ont confié le service de buanderie au privé. Et bien, les coûts ont tellement augmenté qu’ils ont dû revenir à l’ancien système quelques années plus tard! Mais combien d’argent a été dilapidé entre temps…

Si des précurseurs du néolibéralisme et des PPP comme l’Angleterre constatent désormais l’échec définitif des « partenariats » public-privé (autant parler du partenariat entre la poule et le renard) et redonnent au public des services afin de juguler l’hémorragie, il serait peut-être temps de constater que le Québec va dans la mauvaise direction.

Car le but du privé, ne l’oublions jamais, est de faire de l’argent. Le privé coûte plus cher, et s’il a une cenne à sauver en tournant les coins ronds, il n’hésitera pas. Et si ça coûte 55$ de l’heure pour une infirmière qui pourrait en coûter 27$, n’oublions pas qu’une partie de la différence atterrie dans les poches d’un actionnaire qui n’apporte absolument rien au système de santé, bien au contraire.

La corruption du privé

Je lisais un article dans le Journal de Montréal de jeudi dernier qui parlait de la suspension de Daniel Labrecque, le directeur adjoint des travaux publics de l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville, mon ancien quartier. M. Labrecque aurait reçu des pots-de-vin, dont un voyage de golf au Portugal en 2007, en échange de la remise d’un contrat de déneigement à une entreprise plutôt qu’à une autre. Cette situation est tout à fait caractéristique des types de problèmes engendrés par la privatisation de services au citoyen.

En effet, on a beau ne pas aimer les Cols bleus – qui sont pourtant d’honnêtes travailleurs de la classe moyenne ne demandant qu’à gagner leur vie honnêtement – ce n’est pas avec eux que ce type de situation se produirait. Car à partir du moment où un service est assuré par la ville elle-même, celle-ci est directement redevable du service offert devant les citoyens.

Au contraire, en privatisant une partie du déneigement, on installe un échelon supplémentaire: l’entreprise n’est plus redevable au citoyen, mais bien à un représentant d’un sous-échelon du fonctionnariat d’un arrondissement de municipalité. Bref, à un fonctionnaire qui, comme tous les hommes devant octroyer des contrats au secteur privé, est susceptible d’être corrompu.

Ce n’est rien d’exceptionnel. À partir du moment où on décide collectivement de confier des parties du secteur public au privé, on assiste non seulement à une augmentation des coûts (il faut payer le profit de l’entreprise!) mais également une augmentation du risque de corruption. Et c’est pas mal plus facile qu’on peut le croire.

Tiens, par exemple, je sais que la ville veut confier le service XYZ au secteur privé et je dirige une entreprise qui peut offrir le service XYZ. Je rencontre la personne en charge de l’attribution du contrat, et en jasant avec celle-ci, je découvre ses intérêts. Il suffit ensuite de lui offrir discrètement quelque chose qui lui plaise en lui signifiant qu’il y aura d’autres cadeaux du genre si mon entreprise est retenue. C’est juste assez subtil pour ne pas donner l’impression d’être illégal, mais ne nous trompons pas: c’est tout à fait illégal.

Désormais, quand on parlera de privatiser un service offert au citoyen, il serait bon d’ajouter le facteur corruption dans le calcul. Car outre la hausse des coûts provoquée par la nécessité du profit, il ne faudra pas oublier celle découlant de la corruption et des enquêteurs qui seront nécessaires pour la débusquer.

Encore une fois, si le déneigement était confié aux travailleurs municipaux, on n’aurait pas de problème. Et pour avoir habité Ahuntsic-Cartierville pendant dix ans, je peux témoigner à quiconque de l’excellence du travaile des Cols bleus dans ce quartier, tant au niveau du déneigement que de l’entretien des patinoires, de l’enlèvement des feuilles mortes ou de l’entretien paysager.

Au lieu de se laisser graisser la patte et d’aller jouer au golf au Portugal en dilapidant l’argent public pour une compagnie de déneigement, M. Labrecque ferait mieux de confier le déneigement à ceux qui sont le plus en mesure de le faire au meilleur prix: les employés de la ville de Montréal.