Mois : juillet 2008

Les spécialistes de la vie

J’avais envie d’écrire sur ce party de travail auquel je ne participe pas ce soir et sur la délicate tâche de séparer relation professionnelle et relation personnelle. Ça sera peut-être pour la prochaine fois. Du moins, si je n’y vais pas cette fois-là aussi. C’est agréable de se sentir accueilli et désiré quelque part; ça rend juste les choses plus difficiles quand on n’y va pas et qu’on n’est même pas certain des raisons. M’enfin…

En fait, ce qui me reste dans la tête depuis plusieurs jours, c’est ce texte, relatant la déchéance et la mort tragique de Marc-Antoine Bernier.

Je me demande: comment en arrive-t-on là ? Comment un jeune qu’on a surnommé le « scanneur » tellement sa mémoire des détails était phénoménale, comment un enfant surdoué peut-il finir au volant d’une voiture volée au fond de la rivière des Prairies? Quatorze ans, c’était son âge. Un peu jeune, non? Et je m’interroge également: comment peut-on survivre à pareil drame quand on est les parents de ce jeune; comment trouve-t-on la force de continuer? La douleur qu’ils ressentent doit être innommable, voire assourdissante, et je me sens presque de trop à vouloir commenter cet événement tragique, comme une fourmi dans l’assiette encore chaude d’un repas qu’ils ne mangeront jamais. Ce n’est pas une critique contre les parents que j’écris; on n’a jamais de manuel pour être parent et il est bien rare qu’un parent désire sciemment le malheur de son enfant.

Pourtant, pourrait-on envisager un scénario différent? Un battement d’aile de papillon ne se transformant pas en ouragan par quelque force hasardeuse génératrice de chaos. Et si…

Et si on n’avait pas appelé tous ces « spécialistes », les trois travailleurs sociaux, un intervenant de crise, un pédopsychiatre, un centre jeunesse et de nombreuses thérapies? Et si on n’avait pas fait grand cas de la consommation de drogue du jeune, et du fait qu’il en ait vendu un peu? Et si on n’avait pas consulté soi-même des professionnels nous conseillant de lui trouver des activités, des sports, de vieux amis avec qui renouer? Et si on n’avait pas confisqué le clavier d’ordinateur pour l’empêcher de jouer à des jeux violents? Et si on avait accepté qu’il puisse rentré « gelé » à la maison. Et si on ne l’avait pas placé en centre d’accueil quand son comportement nous paraissait ingérable?

Et si on l’avait laissé vivre sa vie un peu.

Attention, je ne dis pas qu’il faut laisser les enfants faire ce qu’ils veulent, mais il faut comprendre que l’adolescence est une période extrêmement critique et difficile pour de nombreux jeunes. On apprend à se connaître, on découvre des choses qu’on aime et d’autres qu’on aime moins chez soi. On aimerait parfois porter les vêtements d’un autre, quand ce n’est pas substituer sa propre personnalité à celle d’une idole. On se cherche.

Je ne connais pas l’histoire complète de cet enfant, et – je le répète – je ne veux pas juger ses parents. Mais serait-il possible qu’à force de vouloir gérer, encadrer, organiser logiquement un jeune qui ne fonctionne pas avec la logique on n’a fait que créer les conditions menant à l’explosion finale? Comme si on avait trop comprimé l’air dans une bouteille, jusqu’à l’éclatement, qu’on avait oublié qu’il ne s’agissait… que d’air!

Il me semble qu’il fut une époque où on laissait vivre les adolescents, où on se disait: « il faut que jeunesse passe ». On les laissait libre d’expérimenter, de se découvrir, de devenir ce qu’ils sont. Car ils n’étaient déjà plus nos enfants; leur vie était la leur. Pas la nà´tre. On leur donnait des règles de bases, et s’ils les violaient on pouvait leur donner le choix d’aller vivre ailleurs. « T’es pas heureux mon gars ici parce que je te demande le gros minimum, et bien prends tes choses et va vivre ailleurs! » Ça devait faire mal, mais à l’époque on n’avait pas tous ces spécialistes pour leur trouver une maladie ou une activité en espérant ainsi régler le problème… du parent.

Évidemment, les spécialistes ont leur utilité, personne ne peut nier ça. Mais parfois, je crois qu’il faut savoir laisser aller les choses. Se dire que si l’adolescent est révolté, c’est peut-être parce qu’il souffre. Et que s’il souffre, il n’a pas besoin en plus de parents et de thérapeutes sur son cas pour lui dire quoi faire ou penser. Du moins, s’il n’en a pas envie (s’il désire de lui-même voir un thérapeute, ça change tout puisque le jeune démontre déjà un intérêt pour le dialogue). Se dire que ce n’est pas la fin du monde s’il rentre le soir après quelques joints ou bières. Que ça peut arriver à tout le monde de sécher des cours. Que ça ne l’empêchera pas d’avoir un futur pour autant.

Sauf que ce futur sera le sien. Pas le nà´tre.

Ce n’est pas facile de se dire qu’on met des enfants au monde et qu’un jour ce ne sont plus « nos » enfants, mais tout simplement « des » êtres humains qui s’appartiennent, qui font leurs choix, qui vivent la vie qu’ils ont choisi de vivre. Et s’ils ont décidé de passer dans ce monde comme une Mustang décapotable dans une petite rue tranquille, il faut accepter ce choix. Mettre ses limites, mais accepter et comprendre que notre enfant vit sa vie, celle qu’il a choisie, celle qui l’a choisi, et que si notre amour lui a permis de se rendre là où il en est nous ne pouvons néanmoins pas l’empêcher de faire ses choix et ses erreurs.

Mes condoléances aux parents de Marc-Antoine et toute ma sympathie pour la suite des choses. Perdre un enfant, c’est perdre un peu de soi-même. Marc-Antoine a choisi sa vie; rien ne pouvait être changé.

Mais pour les autres, ceux qui survivent, ne faudrait-il pas leur redonner cette vie et ce libre-arbitre que nous nous sommes peut-être un peu égoà¯stement appropriés au jour de leur naissance?

Doit-on se séparer de Quebec City?

Il existe une culture de la médiocrité et de l’à -plat-ventrisme à Quebec City. Une haine et une jalousie de « Mourial » et de tous ceux qui sont fiers de ce qu’ils sont et qui s’affirment sans complexe et qui laisse l’arrière-goût amer du complexe d’infériorité qui afflige une ville qui fut un jour une capitale mais qui aujourd’hui n’est plus qu’une petite banlieue recluse vivant dans l’espoir de se faire reconnaître et apprécier par le vaste monde.

Quebec City me fait penser à un enfant orphelin, abandonné par sa mère-patrie, et qui désire avant tout se faire reconnaître et aimer et qui est prêt à tout pour cela. Même à renier sa culture, ses valeurs, et son histoire. Pourquoi Quebec City en est-elle rendue si bas?

Historiquement, quand les Anglais ont pris Québec, en 1759, cela a entraîné la fuite des élites françaises vers la France. Québec s’est donc trouvée isolée, sans élites, et la seule façon pour une grande partie de la population de survivre a été de s’amouracher des nouvelles élites anglophones et d’embrasser cette culture qu’on a appris à considérer comme supérieure. Cet à -plat-ventrisme s’est perpétué de génération en générations, et est-ce si surprenant de considérer que Quebec City fut un des endroits au Québec où les Québécois (francophones) ont voté en plus grand nombre pour le NON en 1995? Est-ce si surprenant de constater que c’est Quebec City qui a voté majoritairement pour l’ADQ en 2006? Et encore Quebec City qui a porté des Conservateurs au pouvoir?

Car Quebec City se fout des enjeux, se fout de la culture (quelle culture?), se fout de tout… Tout ce qu’elle veut, c’est se faire dire qu’elle est spéciale et unique. Elle veut voir Harper venir lui parler à elle et à elle seule (surtout s’il ne va pas à « Mourial » après!) ou Dumont lui chanter ses louanges. Quebec City veut être aimée et c’est tout ce qui compte pour elle. Et ceux qui représentent le gros village doivent agir en ce sens.

En effet, avez-vous regardé l’entrevue de Denis Lévesque avec Paul McCartney? Je l’ai écouté: c’était fascinant. Fascinant de voir un Denis Lévesque agir comme le roi-nègre d’une obscure colonie d’Afrique recevant un roi européen et lui poser des questions du genre: « Aimez-vous Céline Dion? Car nous sommes bien fiers d’elle! » (Et McCartney de répondre: elle vient du Québec?) Ou encore mieux: « Vous ennuyez-vous de votre femme? » (à€ quoi t’attends-tu comme réponse, le casque? « Non je ne m’en ennuie pas du tout, qu’elle crève en enfer la salope? » Du grand journalisme.) Un sujet devant sa majesté. Un colonisé. J’ai honte d’être Québécois quand je vois ça.

Et à qui avait-on droit en première partie du spectacle de sa majesté McCartney, payée grassement à même les fonds publics? à€ Éric Lapointe, aux Loco Locass, aux Cowboys Fringants, à Gilles Vigneault? à€ un hommage à Félix Leclerc? à€ quelque chose qui nous rappelle qu’on fête effectivement un peuple francophone et une ville francophone. Non. Ce furent les groupes The Stills (imposé par McCartney) et la très anglophile Pascale Picard (prononcer: Péskà´à´le Paà¯khà´rde ). Nous fêtons le 400e de l’établissement de la première ville francophone en Amérique du Nord et le spectacle est 100% anglophone. Quelle honte! Nous faisons vraiment rire de nous! (Voilà un argument qui pourrait toucher nos amis de Quebec City, pour qui tout ce qui compte est ce qu’en disent les autres… c’est comme ça quand on a peu d’estime de soi!)

Évidemment, les gens de Quebec City se trouvent des arguments pour défendre leur pathétisme culturel et leur à -plat-ventrisme linguistique. Ils accusent Montréal de jalousie, ils se disent ouverts sur le monde. J’ai des nouvelles pour vous, mes amis de Quebec City, mais l’ouverture sur le monde c’est aussi l’ouverture sur la diversité du monde, sur la multitude des peuples et des cultures, des histoires et des langues, des destins et des possibles. C’est tout sauf de se plier à la langue impériale anglaise et de se prostituer en acclamant des Pascale Picard ou des Simple Plan qui sont trop niais pour chanter leur réalité dans leur langue. L’ouverture d’esprit, c’est la volonté d’enrichir la culture mondiale en affirmant haut et fort sa propre culture (sans se fermer à celle des autres) et en n’ayant pas peur de se célébrer soi-même, non pas pour ce qu’on est, mais également parce qu’en se célébrant soi-même on contribue à assurer la diversité des cultures humaines! L’ouverture d’esprit, c’est tout, absolument tout sauf aller se brancher sur un spectacle anglophone et nier ainsi sa réalité.

Contrairement à ce que pensent certains bien-pensants, ce n’était pas qu’une histoire de McCartney et de ses ex-Coccinelles grisonnantes. Ce qui a fait autant réagir les gens (avec justesse!) c’est plutà´t parce qu’il s’agit d’un signe supplémentaire du peu de considération qu’a la ville de Quebec City pour notre histoire et du peu de respect qu’elle a pour nous. Elle se fout éperdument de son rà´le historique, de sa culture, de sa langue, de ses valeurs. Elle aurait invité Lord Durham à chanter le God Save the Queen si Durham avait été encore vivant. Elle se prostitue, mais c’est nous, notre culture, qu’elle vend ainsi à rabais.

Finalement, puisque tout ce qui compte pour les Quebec-cityois, quelle image a-t-on donné au touriste étranger venu dans la ville? L’image d’un endroit où il fait bon parler anglais, où l’histoire est sans importance, où même les artistes locaux chantent en anglais. L’image d’une ville sans fierté et dont la culture n’est pas différente de n’importe quel bled perdu au Mid-West. Une ville dont les seules particularités sont son architecture et le fait que les nègres locaux vous parlent avec un accent quand ils s’empressent de vous servir dans la langue de Shakespeare.

Et c’est cette ville-là que vous voulez pour capitale dans votre Québec indépendant?

Pas moi. Je crois que la capitale de notre pays doit être une ville qui nous rend fiers, et donc les citoyens sont conscients de leur histoire et de leur rà´le dans le monde. Une ville qui nous représente, qui nous donne envie de continuer à nous battre pour protéger notre langue et notre culture. Une ville qui s’estime assez pour voter elle-même pour le pays à créer.

Aujourd’hui, j’ai honte d’être Québécois. Honte d’être associé aux gens de Québec. Honte de ce spectacle aliénant qui transforme notre histoire en une petite parenthèse qu’il faut vite effacer pour s’intégrer au monde… anglo-saxon!

à€ lire: La petite noirceur

Château Bujan Côtes de Bourg 2006

Ce Bordeaux au prix sans prétention est plus qu’agréable à déguster: ses tanins sont rugueux, bien charpentés, et on y goûte du cassis et des petits fruits. Un bon Bordeaux, très loin des vins hyper-confiturés du nouveau monde, et qui accompagnera à merveille un bon rosbif bien saignant!

Prix: 21,10$
Code SAQ : 00862086
Ma cote: 4,1/5,0

S’inspirer de Nantes et de ses tramways

La ville de Nantes, en France, a laissé tombé le tramway dans les années cinquante, tout comme à Montréal. Capitulation devant le maudit char, dont le règne sans partage semble néanmoins désormais achever, à cause du pic pétrolier.

Ainsi, pendant qu’à Nantes on construit un tramway ultra-moderne utilisant l’air comprimé comme moyen de traction en replacement de deux voies sur un boulevard très passant, à Montréal on vit dans le passé en dépensant des millions pour une rue Notre-Dame pour les chars. Une autoroute urbaine avec une belle piste cyclable sur le cà´té pour s’attraper un succulent cancer des poumons en pédalant à cà´té de huit voies de chars et de camions. Du béton, du bitume, des feux de circulation, et des chars. Tout ça, alors que le prix du pétrole va continuer de monter et que la demande pour des transports en commun n’a jamais été aussi forte. Je ne sais pas ce qu’ont consommé nos élus à Montréal et Québec, mais ils ont manqué le tramway, et pas à peu près!

En effet, on aurait très bien pu s’inspirer de Nantes et laisser la Notre-Dame à deux voies de larges, mais utiliser l’espace disponible pour construire un tramway partant de Pointe-aux-Trembles (un secteur très mal desservi par le transport en commun) vers le centre-ville, passant par les quartiers très populaires de Tétreaultville, de Hochelage-Maisonneuve, Centre-Sud. Un tramway qui t’emmène au centre-ville en vingt-minutes, trente au maximum, et qui fonctionne à l’électricité. Ça, c’est le futur. Ça, c’est écologique.

Mais non, à Montréal et au Québec, on préfère le béton et le bitume. On vit dans le passé, on construit de nouvelles autoroutes en plein champ alors que des centaines de milliers de citoyens n’ont pas accès à des services de transport en commun respectables.

Montréal, Québec, individualisme, vieilles idées. à€ quand le renouveau?

Vite, un projet sur les rails!

Les gagnants écrivent l’histoire

Tiens, aujourd’hui on fête les 90 ans de Nelson Mandela.

Mandela, ce héros, ce libérateur, ce patriote, ce symbole de la liberté et de l’égalité.

Cet homme qui possédait un Makarov automatique soviétique et qui s’entraînait dans un camp militaire en Éthiopie. Cet homme qui a été emprisonné pendant 27 ans pour terrorisme.

Ça, c’est un héros. Il a libéré son peuple. Et il vient d’être rayé de la liste étatsunienne des terroristes.

Maintenant, les insurgés afghans sont des terroristes, les insurgés irakiens sont des terroristes, les Palestiniens sont des terroristes, les FARC sont des terroristes, les Tchétchènes sont des terroristes, les altermondialistes sont des terroristes, les terroristes sont des terroristes…

Encore une fois, les gagnants écrivent l’histoire. Et les autres? Qu’ils se fassent sauter mais qu’ils ne nous empêchent surtout pas de regarder l’émission spéciale de 60 minutes de TVA sur l’enfant kidnappé à Québec par Pierre Defoy ou ce magnifique reportage sur un homme qui fouille dans les poubelles.

De la grande télévision pour une journée historique.

Et, quoi qu’il advienne, ne venez jamais déranger notre paisible confort avec vos histoires politiques compliquées.