Mois : janvier 2009

Bataille des plaines: non à la reconstitution!

bataille-des-plaines-d-abraham-1759-quebecLa reconstitution de la bataille des plaines d’Abraham de 1759, prévue à l’été 2009, constitue une honte pour tous les Québécois et les Canadiens d’origine française. Le Parti Québécois a entièrement raison de boycotter cette commémoration de la Défaite de la France face à l’Angleterre et on n’a pas besoin du langage coloré d’un Pierre Falardeau pour constater ce que représente réellement cet événement: la célébration de la fin de la Nouvelle-France et le début du déclin irrémédiable de la présence francophone sur le continent.
Cet événement constitue notre mythe fondateur, la raison qui explique ce que nous sommes aujourd’hui. Sans la défaite de 1759, nous serions certainement plus nombreux, probablement moins menacés culturellement et nous envisagerions le monde différemment. Un tel événement nous détermine aujourd’hui de la même manière qu’un enfant qu’on a violé dans son enfance en subit encore les conséquences à l’âge adulte; il nous définit, cible nos défis et oriente nos désirs. Nous sommes ce que nous sommes parce que nous avons vécu cet événement. Changez le sens que vous donnez au passé et vous changez le présent.  Revivez un événement traumatisant dont vous n’avez pu surmonter les conséquences et vous revivez le traumatisme et tous les problèmes qui suivent, notamment au niveau de la confiance en soi-même.
Le député adéquiste Éric Caire affirme qu’il s’agit simplement de notre histoire et qu’il ne faut pas avoir honte de célébrer cet événement; il soutient que des organisations juives financent notamment l’ouverture aux touristes d’une reconstitution du camp de concentration nazi à Dachau, en Allemagne. Si des Juifs incitent les touristes à visiter les camps de concentration, pourquoi ne ferions-nous pas de même avec la bataille qui a scellé notre destin?

En fait, il y a deux différences majeures entre le peuple juif et le peuple québécois. D’abord, le peuple juif a transcendé son passé en devenant maître d’un des pays les plus puissants du monde où ni la culture, la langue ou la religion ne sont menacés. Et surtout, le génocide a été reconnu internationalement comme une tragédie, ce qui permet de l’aborder sous un angle éducatif, dénué de son potentiel émotif. Un peu comme lorsque l’enfant violé en parle devant les caméras et exorcise ainsi l’empreinte émotive du passé, pouvant par la suite donner de l’aide à autrui sur ce sujet. Lorsqu’un drame est compris comme tel, il perd de son emprise pour celui qui l’a vécu.
Ainsi, le problème avec cette « célébration » vient justement du fait qu’on ne se contente pas de célébrer un événement du passé qui a été transcendé ou exorcisé, mais qu’on solennise une Défaite historique dont nous subissons encore les conséquences, 250 ans plus tard. Comment serait-il possible de rigoler un bon coup en observant une reconstitution de notre Défaite alors que le poids démographique des francophones diminue continuellement, que l’anglicisation de notre métropole progresse, que le tout-anglais prend de plus en plus de place? 1759, ce n’était pas hier, c’est aujourd’hui.
La seule possibilité pour une telle célébration d’être légitime serait d’être tenue à une époque où les descendants de cette Défaite auraient pris les moyens nécessaires pour ne plus avoir à subir les conséquences de celle-ci. Que la solution passe par l’indépendance du Québec ou non, il n’y aura pas de célébration tant et aussi longtemps que le nombre de francophones sur ce continent diminuera d’année en années.
1759, ce n’est pas seulement du passé. Le passé crée le présent et le présent crée le futur. Lorsque le futur de notre culture et de notre langue seront assurés, il sera possible de célébrer cet événement historique. D’ici là, je ne vois pas plus d’intérêt à assister à ce spectacle qu’à célébrer un abuseur dont les actes gangrènent encore l’existence de sa victime.
Nous avons peut-être parcouru du chemin depuis quelques décennies, mais beaucoup de route reste à faire tandis que le sol perd de sa fermeté sous nos pieds, risquant de nous précipiter dans les sables mouvants de l’Histoire.

Faut-il réinventer le Journal de Montréal?

impression-de-journauxJe me souviens de l’époque où je livrais les journaux. J’ai commencé à dix ans, avec une route de La Presse, et ça s’est terminé vers la fin de l’été de mes seize ans, avec deux routes de La Presse et deux du Journal de Montréal. Les deux dernières années, je me levais à 4h00 les jours de semaine et à 5h00 la fin de semaine (la grasse matinée).  J’avais ma routine. J’allais chercher les piles de journaux devant la porte, je les assemblais lorsque c’était requis, puis je livrais une partie et je revenais déjeuner en les lisant devant un bon repas composé le plus souvent de huit gaufres noyées sous le sirop d’érable et le beurre. Et c’est ainsi qu’à douze-quatorze ans j’ai commencé à m’intéresser à la politique et que je me tenais au courant de tous les enjeux du moment.
Ce qui m’intéresse aujourd’hui quand j’évoque ces pensées de ma prime jeunesse est cette distance entre les deux journaux, une distance qui semble croître de plus en plus. À l’époque, je me souviens de La Presse et du Journal de Montréal comme de médias certes différents au niveau de l’importance accordée aux divers enjeux mais d’une certaine proximité quant au discours vis-à-vis de ces enjeux et à l’organisation des textes à l’intérieur du journal. En d’autres mots, on y trouvait des chroniqueurs spécifiques mais intelligents, avec leurs styles bien à eux.
Aujourd’hui, force m’est de constater que quand je feuillette le Journal de Montréal, j’y retrouve une litanie de publicités englobant quelques rares textes authentiques perdus dans le bruit ambiant de nouvelles génériques empruntées à différentes agences de presse ou appartenant au groupe Quebecor. Je ne retrouve plus la personnalité du journal; j’ai l’impression de lire une copie payante d’un quotidien gratuit comme Métro ou 24 heures.

On nous explique chez Quebecor depuis quelques semaines que le journalisme serait en crise à cause d’internet et qu’en baissant le salaire des journalistes on pourrait passer à travers celle-ci. Les travailleurs sont toujours une cible idéale mais rarement les patrons qui se sont octroyés des augmentations de salaire de 29% (Pier Karl Péladeau) ou les entreprises qui déclarent 50 millions $ de profit (Journal de Montréal). La faute revient aux journalistes, bon. Ils le disent, alors ça doit être vrai.  Vraiment?
Pourtant, comme le note avec justesse Michel Dumais, ce n’est pas une différence de 10 000 à 15 000$ par année par journaliste qui fait la différence entre un journal rentable ou non, loin de là. Le problème est beaucoup plus profond et exige des solutions originales qui vont au-delà de ce ramassis pseudo-interactif qu’on appelle convergence.
En effet, affirme Kenneth Whyte, éditeur du Maclean’s Magazine, les journaux ont présentement une réelle opportunité de se réinventer. « Ce que vous devez savoir est ce qui intéresse vos lecteurs. Vous devez connaître leurs sentiments – ce qui les réjouit, ce qui les intéresse, ce qui les allume vraiment – et si les journaux ne font pas cela, ils n’ont plus de sens. » ((Benjamin Shingler, Telegraph-Journal, Saint John, N.B., 29 janvier 2009, p. A3))
En outre, Whyte affirme que les journaux doivent se débarrasser du paradigme d’objectivité et de recherche du consensus qui ne fonctionnait que lorsqu’ils jouissaient d’un monopole sur l’opinion publique. « Il existe une scissure profonde entre ce que les journaux mettent en première page et ce qui intéresse réellement les lecteurs », ajoute-t-il. ((Idem.))
Bref, d’une certaine façon, les quotidiens qui espèrent survivre doivent favoriser l’expression de leurs journalistes en les encourageant non seulement à exprimer leurs opinions mais également en assumant leur subjectivité. Pourquoi les blogues fonctionnent-ils aussi bien? Parce que leurs auteurs osent parler de ce qui intéresse vraiment les gens et ils le font brillamment en y intégrant une partie de leur vécu, de leurs émotions au lieu de prétendre à une objectivité totale qui n’a plus sa place à l’ère d’internet et de la titanesque pluralité des points de vue. Un journal qui aspire à un futur doit choisir ce chemin, celui de la qualité et de la profondeur. Celui où les lecteurs s’identifient aux journalistes. Il s’agit de la voie qu’ont choisie Le Devoir et La Presse.
À l’opposé, le Journal de Montréal a décidé de renforcer les structures archaïques du contrôle de l’information et ses dirigeants ont cherché à profiter de la place prépondérante de Quebecor dans le secteur médiatique au Québec pour réduire le coût des nouvelles génériques au maximum. En clair, le quotidien n’aspire pas à se spécialiser, à créer un véritable lien entre ses lecteurs et ses principaux journalistes, mais essaie plutôt de compétitionner sur le marché de l’information rapide et impersonnelle. On veut nous vendre un Journal de Montréal sans âme et dont le contenu provient d’une multitude de sources diverses sans rapport réel entre elles.
On nous lance à la tête pâte, tomates, poivrons et fromage et on essaie de nous faire croire que c’est une pizza.  Sauf qu’une information n’est utile que si elle est décodée et interprétée; sinon, elle n’est que du bruit de fond, un mot perdu dans l’éther.  La mission du journaliste est de nous aider à cuisiner cette pizza mentale; c’est lui qui fait les liens nécessaires et décode l’essentiel dans le maelstrom de nouvelles insipides.   Et quoi de plus agréable que de retrouver jour après jour notre chef des mots préféré pour nous mitonner un autre délicieux petit plat à manger goulûment?
En devenant un simple recueil de textes écrits par d’autres, le Journal de Montréal ne permet plus la nécessaire identification de la population à ses journalistes et conséquemment on ne voit pas comment le quotidien de la rue Frontenac pourra se maintenir sans ce niveau de confiance.  Il pourra sûrement vivoter pendant quelques années, cherchant à réduire ses coûts, mais il se condamne lui-même en choisissant de se battre au niveau de la quantité et du bas prix des nouvelles au lieu de viser la qualité.  Aujourd’hui, l’information est partout. Ce que les lecteurs exigent désormais, c’est un plan pour la décoder et quelqu’un en qui ils ont confiance pour les aider à s’y retrouver.  Un plan, et de la qualité.
Le monde est une recherche Google infructueuse et le journaliste se doit d’être le guide à la recherche d’une information non pas faussement objective, mais pertinente!

Violence conjugale: le mythe de l'homme violent

crying_manAvez-vous visionné la nouvelle campagne de publicité contre la violence conjugale? Sur Cyberpresse, on a pu la voir toute la journée: une femme semble en train de se noyer, et on invite l’internaute à cliquer sur un bouton pour l’aider. Ensuite, on peut se diriger vers le site relié à la publicité où on nous offre également la possibilité de regarder une publicité (où une autre femme est victime) pour la télévision. Peut-on s’opposer à une telle campagne de sensibilisation? Non. Mais on peut souligner le fait que les deux publicités font état de femmes victimes et que le site a été entièrement conçu pour des femmes.
Ainsi, si je suis victime de violence conjugale et que je consulte ce site, je me fais d’abord consoler en me disant que je ne suis pas « seule ». Ensuite, on m’invite à cliquer sur différentes ressources, dont le Centre de solidarité lesbienne, la Maison des femmes sourdes de Montréal et « L’R des centres des femmes du Québec ». Heureusement, on a également pensé à ma conjointe, qui peut consulter la section « services d’aides pour les conjoints violents » où elle peut notamment accéder au groupe « À coeur d’homme »… Ai-je besoin d’en rajouter? Le site offre principalement de l’aide aux femmes victimes de violence conjugale et aux hommes agresseurs. Final bâton.
Pourtant, une étude de Statistique Canada, publiée en août 2005, a démontré que les hommes aussi sont victimes de cette violence.

  • 15% d’hommes se sont fait menacer ou lancer un objet (contre 11% de femmes);
  • 34% d’hommes se sont fait pousser, gifler ou bousculer (40% de femmes);
  • 34% d’ hommes se sont fait mordre, frapper avec un objet ou les pieds (10% de femmes);
  • 15% d’hommes se sont fait battre, étrangler ou menacer avec une arme à feu ou un couteau (25% de femmes);
  • 6% de l’ensemble des Canadiens mariés ou en union libre ont été victimes de violence conjugale (7% des Canadiennes).

On le constate, la violence n’a pas de sexe; tant les hommes que les femmes ont à subir des situations violentes, que ce soit de la violence psychologique, physique ou les deux. Le problème, actuellement, réside dans le fait que les hommes ne portent pas assez plainte. En 2003, 16 458 crimes reliés à la violence conjugale ont été rapportés à la police. Ces crimes ont fait 13 840 victimes féminines (84 %) et 2618 victimes masculines (16 %). ((Ministère de la Sécurité publique (2005). La violence conjugale. Statistiques 2003. Sainte-Foy, QC : Direction de la prévention et de la lutte contre la criminalité, Ministère de la Sécurité publique. )) En clair, hommes et femmes échangent coups et insultes, menaces et autres violences destructrices, mais au bout du compte la femme porte plainte, pas l’homme.

Or, ne s’agit-il pas là d’une injustice? Comment se fait-il que les hommes soient autant victimes de violence conjugale que les femmes mais qu’ils soient si peu nombreux à porter plainte? Si j’osais une réponse, je dirais que les hommes ont peur de porter plainte et qu’ils préfèrent se cacher, convaincus qu’ils ne seraient pas crus de toute façon et que de se faire violenter par une femme est un signe de faiblesse. Moi-même, j’ai attendu de m’être fait mordre, frapper, égratigner et bousculer avant d’oser demander à un policier si mon ex-copine avait le droit de faire cela. Sauf que pendant que j’imprimais l’article de loi pour lui montrer qu’elle ne pouvait pas me traiter de cette façon, elle appelait la police et jouait les victimes. Et qui a-t-on cru dans cette histoire? Disons simplement que j’ai eu à aller jusqu’en déontologie et que justice ne m’a jamais été totalement rendue…
En fait, selon moi, le gros problème avec cette nouvelle campagne de publicité est le suivant: au lieu d’aider les hommes à surmonter leur honte et leur crainte des préjugés, elle contribue à les enfermer dans ce cycle dépressif de l’image de l’homme-violent et de la femme-victime. Si j’étais un homme qui vient de manger une volée ce soir, que je regardais ces publicités et que je me retrouvais sur le site, je me sentirais bien seul. Porterais-je plainte, sachant que non seulement on ne risque pas de me prendre au sérieux à la police mais qu’en plus il n’existe pour ainsi dire pas de ressources pour m’aider? Mais non; je vais panser mes plaies et me convaincre que je suis un raté et qu’un homme se doit d’être fort et fier et qu’un homme qui subit la violence d’une femme ne mérite l’aide de personne.
Ainsi, lorsqu’on sortira les prochaines statistiques, on constatera encore une fois que les femmes ont massivement porté plainte à la police et on en tirera la conclusion erronée qu’elles sont davantage victimes et on fera encore plus pour les aider. Et le serpent continuera de manger sa queue.
Sauf que pendant ce temps, il y a des hommes qui souffrent et d’autres qui se font accabler du poids de leur sexe soi-disant violent et qui se sentent dévalorisés par les actions irréfléchies de nos représentants. À quand des politiques d’aides aux victimes réelles, et pas seulement à celles qui portent plainte?

Lock-out au Journal de Montéal: les singes se révoltent

monkey-writerVous les méprisez les journalistes du Journal de Montréal, pas vrai? Ces syndiqués qui travaillent quatre jours par semaine et qui s’accrochent à une convention collective « d’un autre temps » (dixit la direction du JdM) pour publier leurs chroniques de chats écrasés. Ces pousseux de crayon ou tapeux de claviers interchangeables dont vous ne voulez même pas savoir le nom quand vous les lisez. Soyez honnête : la seule présence du nom d’un journaliste dans « votre » journal constitue selon vous un gaspillage d’espace.
En effet, à vos yeux, les journalistes sont des ouvriers à la chaîne qui suivent un plan pré-établi pour répondre à votre demande d’information. Un peu comme l’ado boutonneux qui prépare votre Big Mac selon la même vieille recette éprouvée, vous ne voyez pas la nécessité ni de bien les rémunérer ni même de les respecter. Ce sont de simples boulons dans la chaîne bien huilée de la production d’information en série.
Oh, mais attendez, vous voulez davantage de qualité? Vous aimeriez obtenir un cornichon supplémentaire dans votre Big Mac? Meuh non, vous ne comprenez rien. La recette du Big Mac fonctionne, vous l’avez toujours aimé ainsi et nous avons fait tout un tas de tests qui ont déterminé que c’est ce que vous désirez vraiment. Nous le savons que vous aimez ça les chroniques de chats écrasés et les mémoires de putes rive-sudoises. Vous raffolez de ces histoires-là qui auraient pu être rédigées par n’importe quel cégépien au-dessus de la moyenne.

Alors, pourquoi endurer les états d’âme de ces professionnels du chiâlage qui se disent journalistes en levant le nez et qui réclament des conditions de travail qu’on offre généralement à l’élite? A-t-on besoin d’un chef cuisinier pour produire un Big Mac? Alors pourquoi offrir de bonnes conditions de travail à des gens qui se prétendent experts avec les mots mais à qui on demande d’effectuer un travail en série visant le plus simple dénominateur commun?
À quelque part, la position de Quebecor avec ce lock-out ne manque pas de logique : on offre de l’information de qualité douteuse, on la produit en série à partir de directives claires forçant les « journalistes » à favoriser les produits et entreprises du groupe et si jamais les petits singes se révoltent et exigent qu’on les respecte on leur lance à la figure le fait qu’ils ne sont pas des créateurs, mais des exécutants et qu’en tant que tels ils ne devraient pas jouir du moindre privilège.
S’agit-il là du nouveau rôle du journaliste contemporain, condamné à jouer les publicistes pour les patrons et à vivre dans la précarité? Si vraiment nous vivons dans une société qui rétribue ses travailleurs selon la juste valeur de leur travail, pourquoi pénaliser ainsi les journalistes en les ostracisant parce qu’ils jouissent de conditions de travail avantageuses? Ce ne sont pas eux qui ont choisi volontairement de faire de la jaunisse textuelle; plusieurs ont un incroyable talent qui ne demande qu’à s’exprimer, mais devant la nécessité de gagner leur croûte plusieurs ont dû laisser tomber leurs idéaux et se résoudre à réduire la qualité de leur travail pour plaire à leurs patrons.
Me comprenez-vous vraiment? Vraiment? Approchez-vous. Plus près. Plus près encore. Regardez :

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Me voyez-vous? Ce point, c’est moi qui me cogne la tête sur l’écran et qui vous gueule que vous êtes responsables de cette situation. Quand vous achetez le Journal de Montréal, vous encouragez la médiocrité et vous faites passer les faits divers devant les vrais enjeux. Vous votez en payant; vous tranchez en faveur d’une entreprise qui ne se contente pas seulement de mépriser ses employés mais qui se joue également de vous en vous présentant une information qui escamote systématiquement les enjeux importants pour jouer sur vos instincts primaires tout en encourageant les projets de convergence de Quebecor.

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Et si je me cogne la tête plus fort sur votre écran, me voyez-vous, maintenant? Je suis le journaliste qui veut sortir de sa bulle d’éther et qui espère créer de la qualité pour le plus grand nombre. Vous n’êtes pas des idiots, et moi non plus. A-t-on nécessairement besoin d’écrire de la merde pour rejoindre un maximum de personnes? Allez, dites-moi que ce n’est pas le cas. Dites-moi que vous êtes plus intéressés par notre futur et par notre vivre-ensemble que par les dernières folies de stars ou meurtres crapuleux. Allez, s’il-vous-plaît, dites-moi que l’avenir de notre pays, de l’humanité sont plus importants que ces conneries.
Sinon, si vraiment vous aimez votre Journal de Montréal tel qu’il est, si vous assumez votre indifférence vis-à-vis d’une information déficiente et trompeuse, respectez au moins le sacrifice qu’ont dû accomplir de nombreux journalistes talentueux pour vous livrer votre dose quotidienne de banalité et encouragez-les afin qu’ils puissent continuer à jouir de ce monde et gagner assez d’argent pour être en mesure de piler sur leur orgueil de créateurs pour persister dans leur rôle d’exécutants façonnant pour une direction cupide de la merde en boîte que vous payez sottement.
Il fût une époque où les journalistes étaient des représentants du peuple dont le rôle de chiens de gardes du pouvoir leur méritait un grand prestige auprès de la population. Peut-être qu’aujourd’hui plus personne ne s’intéresse véritablement au pouvoir, ne veut même plus le surveiller, ne veut même plus savoir qu’il existe, sauf quand le pouvoir s’occupe d’eux personnellement. Au fond, c’est peut-être notre égoïsme à tous et notre refus d’effectuer le nécessaire travail de surveillance du pouvoir qui est à la base de cette situation?
Bientôt près de chez vous : une formation en publicité pour écrire dans votre Journal de Montréal?  Et tout va bien dans le petit monde des petits singes esclaves de nos passions les plus petites.

Guy Laliberté, Rizia Moreira et l’anonymat

Toute cette saga autour de la confrontation judiciaire entre Guy Laliberté et Rizia Moreira m’amène à m’interroger sur la nécessité de « protéger » les parties en ne permettant pas la diffusion du nom des deux antagonistes. Cette loi m’apparaît véritablement hypocrite et ne sert ni la communauté ni les deux parties en litige.

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En effet, si les médias n’avaient pas le droit de nommer directement les deux individus, ils pouvaient donner à satiété une foule de détails sur ceux-ci. Par exemple, on n’a pas hésité à parler du fait que l’homme en question est milliardaire, on a dit son âge, on a parlé de son statut dans le jet-set, on a raconté l’histoire de sa rencontre avec son ex-conjointe au Brésil, etc. Bref, on a permis à quiconque de moyennement intelligent d’immédiatement comprendre de qui il s’agissait. On a donné son nom… sans le dire ouvertement.

Or, si dans ce cas la loi est respectée, l’esprit de la loi ne l’est pas, et c’est ce qui m’inquiète. Si vraiment, en tant que société, on décide que pour la protection des enfants toute cause impliquant un divorce ou une séparation devrait être absolument anonyme et frappée d’un interdit de publication, il faudrait que cet interdit ne concerne pas seulement le nom des personnes impliquées, mais également tout détail quant à ces individus. Mieux, une prohibition de toute information autre que le verdict devrait être en place et le procès devrait se tenir à huis-clos.

Le problème, c’est qu’en écartant ainsi les journalistes on risque de causer plus de tort qu’on espérait en régler. Le pouvoir journalistique constitue le chien de garde des pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires. Ce sont les journalistes qui gardent à l’œil les juges et qui dénoncent certaines aberrations. En les excluant, on risque, sous prétexte de protéger l’anonymat des parties, de causer un préjudice à l’ensemble de la société en laissant la justice opérer dans le noir, loin du jugement de la population.



Par contre, en permettant à quiconque de nommer le nom des parties dans n’importe quelle cause du genre, on peut inciter à la stigmatisation des enfants et à leur rejet par leurs pairs; bref, on peut leur nuire. Pour 99% des causes, c’est ce qui risque de se produire.

Cependant, le cas actuel est spécial. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Guy Laliberté n’est PAS un individu comme un autre; c’est un milliardaire, et à ce titre sa vie privée n’existe pas. On le voit à la télévision dans des tournois de poker, dans des soirées mondaines, son ex-amie est un mannequin, et il ne peut pas marcher dans la rue sans se faire reconnaître. On ne peut pas tout avoir dans la vie: Laliberté a sacrifié son anonymat sur l’autel de la richesse. Ses enfants, qu’on le veuille ou non, doivent subir cette situation qu’ils n’ont pas choisie, et peu importe les décisions que prendra la justice, ceux-ci ne jouiront jamais que d’un anonymat très partiel.

Ainsi – et c’est triste à dire – je ne crois pas qu’il existe de solution miracle. On ne peut pas demander à la justice de faire une distinction entre personnalité publique et individu anonyme et celle-ci doit appliquer les mêmes règles pour tous. Entre deux maux, choisissons le moins pire: laissons les enfants assumer les erreurs de leurs parents et permettons à l’information de circuler librement. Car il vaut mieux imposer à quelques gosses une bonne dose de réalité que de priver toute une société de son chien de garde journalistique sur le travail des juges.

Surtout que ceux-ci peuvent déjà tout nous dire sans véritablement l’écrire…