Mois : avril 2009

Niedzielski: l'échiquier du crime

niedzielski-echiquier-crimeDéfigurée. Deux semaines dans le coma. Peter Niedzielski l’a frappée, lui a sauté sur le visage, a agressé des gens tentant de s’interposer avant de violer une femme en sortant du métro. Visage tuméfié, difficultés d’élocution. Une femme violée. Des vies gâchées. Et une peine à purger dans la communauté. Horreur! Voilà grosso modo la recette, telle qu’appliquée notamment par Patrick Lagacé et de nombreux autres observateurs. Il s’agit simplement d’opposer la violence gratuite d’un crime à sa peine afin de démontrer, par l’absurde, le ridicule de celle-ci.
Sauf que ça ne fonctionne pas.
En effet, ce qui est fait est fait. Rien ne pourra réparer la violence du geste; il faut partir de ce point. La vie est comme une partie d’échecs: quand le coup est joué, il est joué. Voir la position comme elle était avant celui-ci est contre-productif, voire dangereux. C’était d’ailleurs un des enseignements que j’avais le plus de difficulté à faire comprendre à mes élèves. « Tu aimais ta position, tu as gaffé, reconnais ce qui a changé et n’essaie pas de corriger ton erreur en persistant dans la mauvaise voie. Écrase ton orgueil, accepte que rien ne pourra être changé et regarde à nouveau l’échiquier d’un oeil neuf. » Abyssum abyssum invokat. L’abîme appelle l’abîme. Réparer une erreur en en commettant une autre constitue la meilleure façon de mener à une troisième erreur, et ainsi de suite. Et c’est cette erreur qu’on aurait commise en envoyant Niedzielski en prison.
Soyons francs: quelle aurait été l’utilité de lui montrer le chemin des cellules?
La sagesse populaire, cet oxymoron servant souvent à justifier les pires conneries, affirme qu’une longue peine de prison aurait un effet dissuasif. C’est faux. Il s’agit d’un des nombreux mythes entretenus face au système pénal. La vaste majorité des criminels violents, dont M. Niedzielski, commettent leurs crimes avec impulsivité.

Le cas du meurtre saute aux yeux: plus des trois-quarts des meurtres commis au Canada ont pour victime épouses, époux, enfants, parents et amis. Ce ne sont pas des actes calculés mais bien le résultat de colère, désespoir, etc. où la possibilité de sanction future ne compte pour rien.

Niedzielski était gravement intoxiqué: croyez-vous sérieusement qu’il a même envisagé un instant dans son cerveau en détresse qu’il pourrait obtenir telle ou telle sentence? Le crime n’est pas rationnel; ce serait une erreur de voir le criminel en puissance comme un fin calculateur élaborant une formule mathématique machiavélique évaluant les probabilités de faire un an ou dix en prison. Le crime est impulsif, et quand il ne l’est pas c’est surtout la peur de se faire prendre qui influe sur le passage à l’acte bien plus que la sentence elle-même.
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Et puis, quel effet aurait la prison sur M. Niedzielski lui-même? Depuis les événements, il a suivi une thérapie, a arrêté de consommer et a complètement changé son cercle d’amis. Il a deux emplois. Il a refait sa vie proprement. Un exemple de réhabilitation. L’envoyer en prison, ce serait quoi, sinon le lancer dans une foire où l’usage de drogues est courant et où les amis ne sont pas recommandables? Pire, lorsqu’il sortirait du pénitencier, serait-il plus ou moins apte à bien fonctionner en société? Ne venez surtout pas me dire que la prison améliore les capacités sociales et professionnelles d’un individu.
La position sur l’échiquier que constitue nos vies a changé. Si nous continuons à analyser cette situation avec les yeux du passé, c’est-à-dire en se complaisant dans le désir de vengeance des victimes et en essayant de combler le vide de leurs vies gâchées, nous ne prendrons pas acte de ce que le présent nous offre ACTUELLEMENT comme possibilités. Nous devons pardonner malgré la douleur – légitime – des victimes, et ce, pour le bien-être d’une société qui aura à vivre avec cet individu par la suite.
Certains diront peut-être: « Hé, ho, Louis, tu exagères! Tu ne serais sûrement pas capable toi-même de pardonner si tu étais la victime! » C’est précisément parce que le pardon est difficile qu’il est si important. Il faut aider la victime à accepter sa nouvelle situation, le nouvel échiquier. Éventuellement, à pardonner à son agresseur. Mais il faut également penser au criminel lui-même, qui vivra parmi nous, sentence dure ou non, et dont la capacité de rédemption de ses fautes passe par sa capacité à refaire sa vie au milieu de tous sans avoir à subir la contamination du milieu hostile et destructeur d’humanité qu’est la prison.
On se plaint souvent de la froideur et de l’insensibilité de l’appareil bureaucratique. Quand il fait preuve de souplesse et d’humanité en contribuant à la réhabilitation d’un criminel, ne devrait-on pas l’encourager?

La complainte des agriculteurs dépendants des travailleurs étrangers

Oh non, ne me faites pas pleurer, messieurs les agriculteurs qui s’inquiètent d’une possible pénurie de travailleurs mexicains cet été à cause de la grippe porcine. Que non!
Quand on paie ses employés au salaire minimum pour des semaines de 65 à 70 heures, à quoi s’attend-on? Croit-on sérieusement que tous les jeunes sans-emplois du Québec vont se lancer dans une aventure où ils ne récolteraient qu’un maigre salaire pour accompagner tout un été de maux de dos?
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Au lieu de vous lamenter sur le manque de main-d’oeuvre québécoise, pourquoi ne commenceriez-vous pas par payer équitablement vos employés et leur offrir des conditions de travail décentes?   Vous faites venir 6500 employés étrangers – surtout des femmes, plus dociles et exploitables – dans vos champs à tous les ans; combien de jeunes Québécois pourrait-on faire travailler si vous acceptiez de leur offrir un salaire compétitif?
Le problème, me répondrez-vous, c’est que vos produits de la terre sont en compétition avec le monde entier et que si vous payiez équitablement vos employés vous ne feriez plus assez d’argent pour couvrir tous vos frais.
Et vous auriez raison de me répondre ainsi.
L’enjeu réel n’est-il pas alors dans nos mains à tous, nous qui avons voté pour des gouvernements qui ont sacrifié notre agriculture sur l’autel du libre-échange? Des gouvernements qui préfèrent voir des millions de dollars quitter le pays dans les poches de travailleurs étrangers plutôt que d’assurer un salaire décent à de jeunes adultes de chez nous. De l’argent qui retournerait à la collectivité au lieu d’aboutir quelque part au Mexique…
Alors, je ne vous blâme pas, messieurs les agriculteurs, mais je nous blâme d’avoir voté pour des élus adhérant à un libre-marché de plus en plus dysfonctionnel.  Un système qui condamne au chômage nombre de jeunes des régions tout en rendant les agriculteurs dépendants d’un cheap labor à 5000 km. d’ici.
À quand un gouvernement aux politiques plus modérées et intégrant un minimum de protectionnisme afin de protéger nos emplois et notre mode de vie?

Grippe porcine A(H1N1): même destin que la grippe espagnole?

Le nombre de morts double presque à tous les jours. De nouveaux cas sont confirmés un peu partout dans le monde. Le Mexique est en état d’alerte maximale et l’Organisation Mondiale de la Santé a élevé le risque de pandémie à élevé. Faut-il craindre la grippe porcine A(H1N1)?
Oui.
À l’origine, il s’agit d’un simple virus touchant les porcs et pouvant occasionnellement se transmettre aux humains qui vivent près de ceux-ci. Une mutation semble cependant s’être produite il y a peu car il semblerait que le virus puisse se transmettre d’humain à humain.  Jusqu’ici, le taux de mortalité reste assez faible, à peine davantage qu’une forte grippe. Pas de quoi s’inquiéter?
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Faux.
En 1918, la grippe espagnole a tué jusqu’à 100 millions de personnes selon certaines estimations, soit un peu moins de 10% de la population mondiale de l’époque. 50% des humains sur cette planète attrapèrent le virus. À l’origine, une source de virus de type H1N1 (comme la grippe porcine) qui s’est répandu très rapidement mais dont la virulence était tout à fait normale.
Cependant, à force de se transmettre d’un humain à un autre, le virus a fini par muter et devenir extrêmement violent: un taux de mortalité de près de 3%, soit vingt fois plus qu’une grippe normale. Et ceux qui ne mourraient pas de la grippe elle-même se retrouvaient tellement affaiblis qu’ils succombaient parfois des complications de celle-ci.
Évidemment, aujourd’hui nous serions plus en mesure de faire face à une telle pandémie. Les antiviraux sont davantage disponibles, de même que les vaccins. La population, surtout dans les pays du Nord, où des programmes sociaux ont été mis en place, est davantage en santé.
S’agit-il pour autant d’une autorisation à ne rien faire? Soyons francs: que fait notre gouvernement pour nous protéger d’un tel fléau? Alors que le Mexique ferme ses écoles et que certains pays asiatiques ont installé des détecteurs de chaleur corporelle dans les aéroports, que faisons-nous ici? Pas grand chose. Aucun contrôle aux douanes. On attend.
On passe des lois contre l’alcool au volant. On détruit des fromages pouvant hypothétiquement contenir de la listériose. On veut imposer le port du casque à vélo chez les plus jeunes. On interdit la cigarette dans les lieux publics. Et face à une possible pandémie ayant le potentiel de tuer des millions de personnes?
On attend.
Faudrait surtout pas alerter la population ou brimer les foutues libertés individuelles.
Hé bien, à mes yeux il y a une limite à la liberté individuelle, surtout si cela met en danger la santé d’autres individus. On devrait prendre chaque visiteur en provenance d’un des pays contaminés et le soumettre à une batterie de tests, quitte à le placer en quarantaine par la suite. On n’est jamais assez prudent. Mieux vaut en faire trop maintenant que de regretter l’inaction par la suite.
Le virus n’a pas encore muté dangereusement. Pourquoi lui donner la chance de le faire en le laissant se transmettre aussi facilement? Pourquoi les autorités de la santé publique ne prennent-ils pas davantage au sérieux cette menace?  Attend-on de revivre la tragique grippe espagnole pour agir?
Je suis peut-être alarmiste, mais mieux vaut crier au loup que de se réveiller en pleine nuit avec la meute au grand complet dans sa chambre.

Normandeau-Bonnardel: mariage PLQ-ADQ en vue?

On dit parfois que l’amour est aveugle. Pour les yeux, peut-être, mais pour les valeurs, jamais.  On peut faire abstraction de nombreux aspects en apparence moins charmants chez une personne, mais ne peut pas ignorer les valeurs de la personne aimée.  On peut s’amouracher d’une personne laide partageant ses valeurs tout comme on peut détester un mannequin ne les partageant pas.  Quand tout est dit, ce sont les valeurs qui font ou défont un couple.   Voilà pourquoi il importe de se questionner sur la relation entre la vice-première ministre libérale, Nathalie Normandeau, et le député adéquiste François Bonnardel.  Leur liaison constitue peut-être la consécration d’un rapprochement idéologique entre le Parti Libéral et l’Action Démocratique qui pourrait paver la voie à un possible retour de ce dernier parti dans le giron libéral.
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En effet – on l’oublie trop souvent – l’ADQ a été créée par des Libéraux dissidents qui rejetaient le fédéralisme centralisateur alors prôné par le PLQ.  Face à la vieille politique style pancanadienne du PLQ et au tout-indépendance du Parti Québécois, le parti a pu se trouver un créneau pour prospérer et offrir une troisième voie aux Québécois.  Mario Dumont, ancien président de la commission des jeunes libéraux, a su, grâce à son charisme, insuffler une vitalité certaine à ce parti jusqu’à ce qu’il devienne clair pour tous qu’un parti doit offrir davantage à la population que le charisme de son chef.
Soyons honnêtes: l’ADQ, en 2009, propose sensiblement les mêmes valeurs que le PLQ.  L’idylle Normandeau-Bonnardel n’en est qu’un signe supplémentaire.   Le parti s’est recentré et a éliminé de son discours ses projets les plus radicaux.  Face au fédéralisme décentralisateur et aux politiques de droite mieux assumées du gouvernement Charest, le parti n’arrive plus à se différencier.  Résultat?  Les deux formations politiques paraissent de plus en plus interchangeables et partagent les mêmes valeurs: moins d’État, plus de privé, libéralisme économique, davantage d’autonomie pour le Québec, etc.   La fracture issue du schisme de 1994 s’est colmatée et le départ de Dumont a simplement contribué à supprimer le facteur charisme de l’équation.
Conséquemment, il m’apparaît difficile de ne pas voir dans cette relation les premiers pas d’une future réconciliation entre les deux partis.  Quand on a en commun les mêmes valeurs, la même idéologie et qu’en plus on partage le même lit, qui sait ce qu’il peut advenir ensuite?
À quand le mariage?

Entrevue avec Benoît Dutrizac au 98,5 FM

Bienvenue à tous les auditeurs du 98,5 FM!
J’étais en entrevue avec Benoît Dutrizac vers 13h20 cet après-midi au 98,5 FM, concernant les apparences de corruption de l’administration Tremblay.
Voici quelques textes pertinents sur la politique municipale:

Vous pouvez écouter l’entrevue ici.
Conclusion: c’est à nous, citoyens, qu’il incombe de mieux s’intéresser à la politique municipale afin de s’assurer que d’aussi tristes événements ne se produisent plus.
Merci de votre visite!