Mois : juillet 2009

L'anonymat et la petite criminalité

« Bonjour, je m’appelle Lou. » Désormais, les employés de Service Canada n’ont plus à dévoiler leur nom complet à leurs clients. Le prénom ou une abréviation suffit. On ne sait jamais quelle forme peut prendre le progrès. Ou à quel point il n’est pas en forme.
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Dans les faits, ce n’est pas une victoire pour ces employés, mais une défaite pour l’ensemble de la société. C’est l’acceptation de notre impuissance face à la petite criminalité. On recule et on présente cela comme une victoire. Au lieu de faire face à ceux qui violent la loi, de les attraper et de les punir, on prend la décision de se cacher. Le progrès, dites-vous.
Dites-moi, où cela s’arrête-t-il? Hier on autorisait les chauffeurs d’autobus à enlever leurs noms, aujourd’hui Service Canada. Demain aura-t-on des politiciens anonymes, des policiers anonymes, des vendeurs d’assurance anonymes, des artistes anonymes? Ah, quoi, j’exagère? Eux aussi reçoivent des menaces, des intimidations, des coups de fils la nuit. Pourquoi devraient-ils se dresser, stoïques, au front pendant que les autres se terrent dans les tranchées? Pourquoi certains ont-ils droit au confort douillet de l’anonymat pendant que d’autres doivent faire face à la musique?
Par ailleurs, il ne s’agit pas que d’une question d’anonymat. L’ensemble de la société semble reculer devant la petite criminalité. J’ai un ami qui travaille dans un commerce de détail, et il me comptait de quelle façon des bandes « de Noirs ou de Latinos » (ses mots) entraient dans son commerce, brisaient des objets pour détourner son attention et volaient ensuite la marchandise. Appelle-t-il la police quand ces situations se produisent? Non, il ne le fait même plus. « La police arrive trois heures plus tard et ne fait rien. Elle n’est même pas là quand je termine à 22h00. Je pourrais me faire attaquer en sortant et personne ne me protégerait. » Et des menaces, il en a reçues plusieurs. Il s’est battu à quelques reprises. Et la police? « Elle serait ici à tous les soirs si je devais l’appeler. Je pourrais avoir un agent de sécurité mais c’est plus rentable de laisser les voleurs voler. »
Au lieu de prendre les devants et d’agir en citoyens responsables, nous fuyons. Et individuellement, nous avons raison de fuir. Pourquoi porter seuls le fardeau de l’incapacité de tous? Pourquoi prendre le risque de se faire attaquer, intimider, violenté, pendant que tout le monde autour vit dans l’indifférence et l’acceptation de la petite criminalité?
Or, le problème ne fait que s’accentuer. Les petits criminels ne sont pas de gentils êtres rationnels à qui on entrouvre la porte et qui demandent pardon avant d’entrer. Ils enfoncent le portillon de nos concessions. Nous leur donnons un centimètre, ils prennent un mètre. Nous leur lançons le message que nous avons peur d’eux, que nous devons être anonymes pour nous protéger? Ils se sentent plus confiants de nous intimider. Nous leur démontrons que nous n’appelons pas la police quand ils nous volent? Ils reviennent à dix pour le faire. Nous reculons, et ils avancent.
Peut-être serait-il temps d’être un peu moins tolérant avec les petits crimes de tous les jours. Je ne parle pas ici de dureté des peines ou d’emprisonnement, mais simplement d’attraper les fautifs, de ne pas laisser faire sous prétexte qu’il s’agit de petits crimes. De ne pas se dérober au lieu de confronter ceux qui violent la loi. De ne pas croire qu’en acceptant de se cacher et d’accepter ainsi une liberté amoindrie nous avons signé une grande victoire.
Car lorsque nous serons tous bien à l’abri dans les tranchées, qui mènera la bataille au front?

Décrochage des garçons: inquiétant?

On affirme souvent qu’on peut faire dire bien des choses aux chiffres. La publication des résultats indiquant que le taux de diplomation des garçons au secondaire dans les temps prévus continue de baisser – atteignant un maigre 35% à Montréal et dans Lanaudière – ne fait pas exception: on tire l’alarme et on s’arrache les cheveux. « Mais que va-t-on faire? » La situation n’est peut-être pas si catastrophique si on y regarde de plus près.
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En effet, le choix d’observer les résultats après cinq ans est trompeur: de nombreuses personnes terminent leur secondaire en six, sept ou davantage d’années. Comme le démontre Daniel Parent, professeur du département d’économie à l’université McGill, la fraction des 20-21 ans sans diplôme secondaire est en constante baisse depuis le début des années 80. Ces données sont confirmées par Statistique Canada, qui établit que le pourcentage de jeunes de 20 à 24 ans sans diplôme du secondaire au Québec a chuté de 14,7% de 1990 à 1993 à 9,7% de 2002 à 2005. À long terme, la situation générale s’améliore et on peut affirmer sans se tromper que les jeunes d’aujourd’hui sont plus instruits que leurs parents.
Cependant, cela ne signifie pas que cette embellie soit constante ou égale entre les sexes. On peut le constater en observant notamment les données du collégial, bon indicateur de l’attrait qu’ont les études sur les jeunes: entre 1992-1993 et 2004-2005, le pourcentage de diplômés du niveau collégial de sexe masculin au Québec est passé de 42,1% à 39,7%. (( Statistique Canada, Tableau 477-0016, Diplômés des collèges selon le niveau d’études, la Classification des programmes d’enseignement, regroupement principal (CPE_RP) et le sexe, annuel (nombre) )) Au niveau canadien, seule la Colombie-Britannique a obtenu un pire résultat au niveau de la diplomation de ses garçons. Le malaise est profond et ne sembler pas se corriger.
Or, que démontrent ces chiffres? Ils constituent un simple état de fait, une radiographie de nos valeurs et de ce que nous encourageons socialement. Ils attestent d’une situation où les jeunes hommes, pour une foule de raisons, ne voient pas l’intérêt de poursuivre leurs études et préfèrent décrocher là où leurs camarades féminines restent sur les bancs d’écoles.
L’expérience ontarienne
Et si l’école était trop théorique, ne permettait pas suffisamment aux jeunes hommes de toucher, de sentir, de s’investir dans du concret leur permettant d’anticiper un travail où ils pourraient s’affairer de leurs mains?
En Ontario, on a fait face au problème: des investissements massifs se chiffrant en centaines de millions de dollars pour inciter les jeunes à demeurer à l’école. On a créé une multitude de programmes spécialisés permettant aux élèves ayant moins d’intérêt pour les cours théoriques de se familiariser avec un domaine qui les intéresse, sur le terrain. On a instauré la double reconnaissance des crédits, permettant que les cours réussis comptent à la fois dans le cadre du secondaire et du collégial, permettant aux élèves intéressés de compléter leur DEC en deux ans au lieu de trois. Les résultats ont été spectaculaires: le taux de décrochage a chuté de 7% dans les deux années suivant cette réforme. Les jeunes hommes ont enfin pu s’inscrire dans des formations valorisant leur travail physique et leur offrant une chance concrète d’obtenir un emploi de qualité.
Parallèlement, l’éducation publique ontarienne est plus inclusive qu’au Québec. Comme je le notais dans un texte précédent, la province ne subventionne pas les écoles privées, ce qui signifie que la vaste majorité des parents envoient leurs enfants à l’école publique, permettant de créer un environnement d’étude plus stimulant en évitant l’écrémage de l’élite. Le mélange social ontarien permet d’éviter qu’une trop grande concentration de décrocheurs potentiels ne démotivent ceux qui ont des chances de s’en sortir.
En fait, nos voisins de l’ouest semblent avoir appliqué le gros bon sens: préparer les générations futures à la société de l’avenir en mélangeant toutes ses composantes et en offrant aux hommes, naturellement plus intéressés par le travail manuel, des possibilités de s’émanciper à l’intérieur du système scolaire.
Évidemment, la réforme ontarienne ne constitue pas la panacée et ne peut solutionner l’entièreté du problème du décrochage chez les garçons au Québec. Les anglophones habitant dans notre province, par exemple, ont systématiquement de meilleurs résultats que ceux des Québécois. On peut croire qu’il s’agit simplement de leur meilleure position sociale, de leur richesse. Mais s’il y avait autre chose?
Si, peut-être, nous étions simplement pris dans notre ancien rôle historique de force ouvrière manuelle et que nous avions intégré la conviction que les études et toute forme d’intellectualisme ne nous étaient pas digne? Et si nous étions encore empêtrés dans cette croyance passéiste que les grands mots et les grandes pensées étaient l’oeuvre de « péteux de broue » déconnectés de cette bonne vieille réalité catholique canadienne-française?
Si on espère réellement réduire le décrochage chez les garçons, c’est peut-être aussi à cet anti-intellectualisme qu’il faudrait s’attaquer. Et si on encourageait la formation manuelle tout en valorisant une culture intellectuelle permettant de faire comprendre à tous que l’une et l’autre ne s’opposent pas, mais sont complémentaires?
Un peu théorique tout ça, vous en conviendrez. Il en faudra des jeunes hommes charpentés et des intellectuels motivés pour faire bouger les choses et s’assurer que les gains à long terme du taux de diplomation vont se poursuivre.

Obésité: le coût de la pauvreté?

Une étude publiée aujourd’hui par la revue étatsunienne Health Affairs chiffre les coûts de l’obésité à plus de 145 milliards $ annuellement. Une hausse de plus de 68 milliards $ depuis la dernière étude, publiée en 1998. Les troubles et maladies reliés à l’obésité accaparent désormais 9,1% de toutes les dépenses médicales aux États-Unis, contre 6,5% en 1998. Et s’il s’agissait simplement d’une autre conséquence des inégalités sociales grandissantes?
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En effet, le lien entre pauvreté et obésité n’est plus à établir. Une étude de Statistique Canada l’a déjà établi en 2005 (( Le Soleil, Actualités, vendredi, 8 avril 2005, p. A5, Étude sur la santé, Plus facile de gagner du poids que d’en perdre, Les maladies cardiovasculaires, le cancer et le diabète sont en hausse au Québec, Lemieux, Louise )) et ce n’est pas un hasard si un pays comme Terre-Neuve, où le taux de chômage est un des plus élevés au pays, affiche également un des plus haut taux d’obésité au Canada ((Le Devoir, Éditorial, vendredi, 10 mai 2002, p. A6, Le poids des Canadiens, des Rivières, Paule )).
En fait, cela fait du sens. Comme l’explique Larry Brown, directeur du Center on Hunger and Poverty de Brandeis University, en Virginie occidentale: « les économies étatiques et nationales ont subi des transformations tellement radicales ces dernières décennies que les revenus ont beaucoup diminué, si bien que maintenant les habitués des banques alimentaires sont des parents qui travaillent. Ce sont des citoyens productifs mais ils gagnent entre 5,15 et 8,50 dollars de l’heure. Ils doivent payer leur loyer et, en général, ils veulent garder un toit pour leurs enfants. Ils paient les factures d’électricité et les soins médicaux mais comme ils n’ont plus d’argent, ils se privent de nourriture. » (( l’Humanité hebdo;Monde, samedi, 25 juin 2005, p. 30, États-Unis, Les pauvres sont plus atteints par l’obésité, Natacha Saulnier, Le lien entre la pauvreté et l’obésité semble paradoxal. Pourtant les plus démunis, fans de « junk food », sont plus touchés par le mal. New York )) Et lorsqu’ils mangent, ils mangent mal, car la malbouffe est facile d’accès et peu coûteuse.  Entre une belle pièce de viande, des légumes frais et un macaroni Michelinas, le choix s’avère souvent facile à faire au détriment de sa santé et de son poids santé.
Au Canada, la situation est semblable: le nombre de citoyens ayant un indice de masse corporelle plus élevé en 2006-2007 qu’en 1994-1995 est de 30,5%, contre un maigre 5,8% pour ceux qui ont perdu du poids.  (( Statistique Canada, Tableau 104-70301, Changements de l’indice de masse corporelle (IMC) entre 1994-1995 et 2006-2007, population à domicile de 18 à 56 ans ayant fourni des renseignements sur leur taille et leur poids, selon le sexe, Canada, aux 2 ans )) Et au même moment, le coefficient de Gini, calculant les inégalités sociales, passait de 0,403 à 0,429. (( Statistique Canada, Tableau 202-0705, Coefficients de Gini du revenu du marché, total et après impôt, selon le type de famille économique, annuel (nombre) )) (Aux États-Unis, le coefficient est passé de 0,45 à 0,47, ce qui démontre un accroissement des inégalités.) Les inégalités augmentent, tout comme l’obésité.
Évidemment, cela ne signifie pas pour autant que la pauvreté soit le seul facteur influençant l’obésité ni même qu’elle en soit le principal. Cela veut simplement dire que des politiques économiques gouvernementales favorisant les inégalités sociales encouragent l’embonpoint chez ceux qui ont la malchance de se retrouver au bas d’une échelle sociale de plus en plus difficile à grimper. Et ce coût, ce 1429$ de plus que doit dépenser annuellement chaque personne obèse pour ses soins de santé, nous devons tous l’assumer, d’une manière ou d’une autre.
Au-delà des beaux catéchismes d’une certaine droite demandant de plus en plus à l’État de se dissocier du sort des plus démunis et de baisser les impôts des mieux nantis, ne s’agit-il pas là d’un énième incitatif à la prudence, voire au changement de direction?

Assumer sa subjectivité

« Nous aussi ». Combien de fois entend-on cette réplique dès qu’il est question de défendre les valeurs chères aux Québécois? Eric Amber insulte les francophones. Ce n’est pas grave parce que « nous aussi » insultons parfois des anglophones. Un homme, sa femme et son fils tuent trois filles et son ex-femme dans ce qui constitue un crime d’honneur. Pas de problème, parce que « nous aussi » avons connu des meurtres sordides impliquant des hommes et leurs enfants. Le français régresse à Montréal. Pas de quoi s’inquiéter parce que « nous aussi » empêchons les anglophones au Québec de s’exprimer. À force de tout relativiser, nous en sommes venus à confondre victimes et agresseurs et à légitimer les pires âneries sous prétexte que « nous aussi » avons nos défauts.
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En fait, une bonne dose de relativisme peut être utile. Elle permet de se mettre dans la peau de l’autre et de réaliser que nos propres biais nous empêchent d’être réellement objectifs. Lorsque cette attitude devient trop généralisée, elle nous déconnecte pourtant de nos racines, de notre identité, et nous condamne dans une logique qui est fausse en elle-même. Comme l’a déjà expliqué Alain Sokal, célèbre professeur de physique, le fait de dire qu’il n’y a aucune vérité absolue constitue en soi une contradiction puisque le fait même d’accepter cette proposition implique qu’on l’applique à la proposition elle-même, qui devient de facto fausse.
Or, si nous sommes biaisés dans nos réactions, cela ne signifie pas qu’il faille systématiquement les invalider. Ce n’est pas parce qu’un alcoolique au volant provoque un accident mortel que je dois l’accepter sans broncher en me disant que « moi aussi » j’ai déjà conduit une fois avec un verre dans le nez. Ce n’est pas non plus parce que j’ai déjà accepté de l’argent sous la table que je dois accepter la fraude à grande échelle. On peut relativiser et croire que les comportements humains n’ont pas de référence absolue, mais en bout de ligne seuls comptent les faits. Et ces faits sont la réalité, notre réalité. Une réalité qu’il faudrait peut-être enfin apprendre à assumer.
Par exemple, en quoi est-ce que le fait que de nombreux Québécois puissent occasionnellement insulter des anglophones change-t-il quoi que ce soit aux insultes de Eric Amber? S’il faut dénoncer les gens qui s’en prennent gratuitement à autrui à cause de leur langue, qu’on le fasse, simplement, mais cela n’enlève rien aux propos disgracieux du propriétaire du Theatre Ste. Catherine. Comment peut-on mettre sur le même pied un anglophone majoritaire dans une Amérique du Nord à 98% anglophone insultant le petit peuple du Québec et la minorité de Québécois minoritaires qui s’attaquent à cette majorité? Aurait-on idée de blâmer David de répondre aux attaques de Goliath? Il est là, le problème avec le relativisme: on efface toutes les différences et sous prétexte de se placer dans la tête d’autrui et on oublie que l’autrui en question est largement majoritaire et que son comportement est intrinsèquement nuisible à nos valeurs et notre culture.
De la même façon, faudrait-il excuser le geste de ces Afghans ayant tué quatre des leurs pour une question d’honneur sous prétexte que d’autres Québécois ont déjà commis des crimes crapuleux? Pensons-y un peu: ose-t-on réellement comparer des gens ayant comploté, planifié et exécuté rationnellement un crime de sang froid pour des valeurs étrangères à nos croyances avec des individus ayant disjoncté et tué sous l’impulsion de la colère ou de la détresse?  En quoi le fait de dénoncer un crime causé par la non-intégration d’une culture étrangère enlève-t-il quoi que ce soit aux autres crimes commis ici par des gens de « cheuuu nous »?  Certains diront peut-être: « ces Afghans vivaient une autre forme de détresse basée sur une culture différente et il faut la respecter ». Oui, justement, cette détresse était LEUR détresse, pas la nôtre, et nous n’avons pas à accepter celle-ci sous prétexte que ce type de comportement était courant dans leur pays d’origine.  Nous n’avons pas à respecter ces valeurs ni à accepter notre incapacité à intégrer ces nouveaux arrivants.
Malgré tout, ce n’est pas vraiment les Afghans qui ont commis ces meurtres ou Eric Amber qui sont réellement à blâmer.  C’est « nous aussi »,  parce que nous acceptons davantage d’immigrants que notre capacité à les intégrer et que nous sommes tellement mous et peu fiers de ce que nous sommes que nous n’avons rien à leur offrir en terme de nouvelles valeurs qu’ils auraient envie d’adopter.  Nous vivons sur la pointe des pieds et pensons naïvement que tout le monde a envie de vivre sa vie entre parenthèses comme nous le faisons.
En relativisant à l’extrême et en cherchant à constamment nous placer dans la tête d’autrui, nous oublions le plus important: nos valeurs et ce qui se passe dans NOTRE tête. Tout n’est-il pas question d’équilibre? Certains peuples ne pensent qu’à eux et ne vivent dans ce monde que selon leurs propres valeurs. Mais nous, nous nous oublions, préférant penser au confort de celui qui s’essuie les pieds sur notre dos qu’à notre propre douleur d’être un peuple meurtri, diminué, aux valeurs réduites à un simple alinéa dans le paragraphe B-12 entre la section des petites annonces et les oubliettes.  À quand l’équilibre?
Et si on assumait davantage notre subjectivité? Si on se levait, tous, et qu’on cherchait cet équilibre entre relativisme et subjectivité? Si on osait se donner le droit d’exister, la capacité de prendre des décisions qui peuvent occasionnellement choquer ceux qui ne pensent pas comme nous et ainsi devenir réellement maîtres de notre destinée? Si on osait défier les tabous qu’on nous impose comme autant de dogmes facilitant notre asservissement et qu’on assumait enfin ce que nous sommes, notre langue, nos valeurs, nos croyances et notre réelle identité?
Nous voulons protéger le français? Éliminons le bilinguisme institutionnalisé. Nous voulons franciser les immigrants? Français partout et test de citoyenneté québécoise.   Nous trouvons qu’il y a trop d’immigrants pour notre capacité à les intégrer?  Accueillons-en moins!  Nous désirons un Québec s0uverain? Une élection référendaire et c’est le parlement qui déclare l’indépendance. Arrêtons de penser aux autres; nous oublions de vivre tellement ils nous obsèdent!
Et si « nous aussi » comprenions enfin qu’on peut réellement exister, en français, avec nos valeurs, sans enlever quoi que ce soit de vital à qui que ce soit? Osons casser les oeufs nous permettant de faire cette omelette qui traîne depuis 1760.

Crime d'honneur ou crime de non-intégration?

Un crime d’honneur. Il semble que ce soit la vérité derrière l’assassinat sauvage de quatre femmes d’origine afghane en Ontario le mois dernier. L’une des victimes serait l’ex-femme de l’homme accusé, une des filles aurait tenté de divorcer (à l’encontre des valeurs conservatrices des accusés) et une autre vivait une relation non approuvée par le paternel avec un homme d’origine pakistanaise. L’honneur. Une merveille d’intégration. Mais nous ne sommes pas les seuls.
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En effet, l’Allemagne et l’Italie ont été secoués par des événements semblables au cours des dernières années. Dans le premier pays, un homme d’origine turque de 19 ans a assassiné sa soeur (avec l’aide de ses frères) en 2005, car il souhaitait « réparer l’honneur de la famille » soi-disant atteint par le modèle de vie « trop libre » de sa soeur de 23 ans. (( Le Figaro, mercredi, 19 avril 2006, p. 6, EUROPE, Le débat sur l’intégration relancé en Allemagne, Immigration Le procès d’un « crime d’honneur » a dévoilé le quotidien d’une famille turque « arrivée physiquement en Allemagne, mais restée moralement en Anatolie »., Cécile CALLA )) Dans le second, à l’été 2006, une jeune fille d’origine pakistanaise a été égorgée par son père parce que ce dernier ne tolérait pas son habillement et sa relation avec un jeune Italien. (( Libération, no. 7869, QUOTIDIEN PREMIERE EDITION, MONDE, samedi, 26 août 2006, p. 7, Un «crime d’honneur» ravive le racisme en Italie, Ulcéré par son mode de vie à l’occidentale, un Pakistanais a égorgé sa fille de 20 ans., JOZSEF Eric, Rome de notre correspondant )) Plusieurs, dans ces deux pays, se sont alors questionnés sur le fait qu’il y ait peut-être trop d’immigrants et qu’on permettait ainsi l’établissement de véritables sociétés parallèles en étant incapables de bien les intégrer, étant donné leur nombre.
En fait, la question qui doit se poser est plus précise: sommes-nous prêts, collectivement, à assumer les coûts de l’immigration? Comme je l’écrivais dernièrement, une étude française a démontré que les coûts se chiffrent en dizaine de milliards $ par année pour un pays comme la France. Le massacre de Kingston est étranger à nos valeurs et à notre culture: combien coûtera à l’État la gestion de celui-ci? Combien pour l’enquête, pour le coroner, pour le juge, pour les avocats, pour les frais d’incarcération? Et ce n’est là qu’une estimation économique de la chose. Comment calcule-t-on le sentiment d’insécurité qui peut naître, à tort ou à raison, des suites de ces événements?
On peut continuer de se gargariser de multiculturalisme et d’ouvrir toutes grandes nos frontières même si nous ne sommes pas en mesure d’acclimater correctement ces nouveaux arrivants. C’est facile de laisser la porte de sa maison ouverte sans avoir à se préoccuper si nos convives auront suffisamment d’attention pour s’intégrer harmonieusement. En quelque sorte, c’est de l’égoïsme: « venez ici, amenez vos richesses, dépensez votre argent et gonflez notre démographie, mais nous vous laissons dans votre trou ». Ce n’est pas de ce Québec dont je rêve. On donne l’hospitalité à 50 000 immigrants par année et on leur offre le déshonneur d’une société éclatée et sans direction, et après on s’étonne de les voir se replier sur leurs anciennes valeurs et de commettre des crimes d’honneur? L’immigrant cherche un sens, il cherche une société et des nouvelles valeurs auxquelles adhérer. Nous leur offrons des ghettos où ils pourront continuer de vivre selon les croyances de leurs pays d’origine tout en jouissant des avantages d’être ici.
Au contraire, je crois que si nous étions en mesure d’accueillir moins d’immigrants et de suppléer ce manque par des programmes permettant de hausser la natalité, nous pourrions mieux aider ces nouveaux arrivants. Nous pourrions réduire l’attrait des groupes moins intégrés et donner un sens plus clair à la société. En étant plus nombreux, et en affichant ainsi nos valeurs plus fortement – langue française, égalité des hommes et des femmes, primauté du droit, etc. – nous leur lancerions une message beaucoup plus fort quant à la nécessité qu’ils laissent tomber leurs anciens dogmes pour adopter les nôtres.
Certains diront qu’il n’est pas moral de vouloir forcer autrui à laisser tomber une patrie de son identité. Ils ont tort, à mon avis. Il ne s’agit pas d’oublier d’où arrive un immigrant, d’occulter ce qui fait de lui un être spécial portant des valeurs différentes, mais plutôt de l’inciter à accommoder ses valeurs aux nôtres, et pas le contraire. Lui lancer le message qu’il est la bienvenue et que nous sommes heureux de le voir parmi nous en autant qu’il respecte nos valeurs de base. Et actuellement, les immigrants sont tellement nombreux, et la culture québécoise si faible, qu’il est tentant pour les nouveaux arrivants de se replier sur eux-mêmes. Ils ont une maison dans Saint-Léonard, ils travaillent (en anglais) quelque part au centre-ville, mais ils sont Afghans, pas Québécois. C’est cela qu’il faut changer.
Ainsi, forcer l’assimilation en réduisant le nombre d’immigrants et en favorisant le nombre de naissances permettrait seulement d’améliorer la cohésion sociale et de faire du Québec un endroit certes ouvert sur le monde, mais où les règles d’entrée sont claires et indélébiles.
Car si un homme en est venu à tuer ses propres enfants par « honneur », c’est peut-être qu’il n’a pas trouvé ici un peuple assez honorable et aux valeurs assez fortes et claires pour qu’elles méritent d’être défendues contre toute autre forme d’honneur barbare et rétrograde.