Mois : août 2009

PLQ: Cynisme 1, Éthique 0.

Les révélations de Radio-Canada selon lesquelles la compagnie ABC Rive-Nord, dont est actionnaire le ministre David Whissel, a reçu plusieurs importants contrats sans appel d’offres de la part du ministère des Transports ne constitue pas une exception. Cette violation des règles établies par le Conseil du Trésor constitue un énième signe du peu d’intérêt porté par le gouvernement libéral pour les questions éthiques. On a beaucoup parlé des fortes apparences de corruption de l’administration Tremblay à Montréal; il ne faudrait pas oublier les méthodes douteuses de plusieurs ministres du gouvernement Charest.
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Voici quelques exemples patents de cette « flexibilité » de l’éthique:

  • Sam Hamad.  En 2003, Danielle Dussault, sa femme, était propriétaire de quatre services de traiteurs obtenant de juteux contrats de la part du gouvernement.  Dans sa déclaration d’intérêts suivant son assermentation comme ministre, M. Hamad a pourtant écrit que ni lui ni des membres de sa famille immédiate ne possédaient d’entreprises « qui sont susceptibles de faire des marchés avec l’État ». Suite à l’analyse du jurisconsulte Claude Bisson, la relation entre l’entreprise Nourcy et le gouvernement a été démontrée, ce qui n’a pas empêché le gouvernement Charest de tolérer ces pratiques. (( Le Soleil, Le Québec et le Canada, jeudi, 11 septembre 2003, p. A6, La conjointe d’Hamad doit réduire ses services au gouvernement, La déclaration d’intérêts du ministre soulève des questions, Paquet, Stéphane ))
  • David Whissell. Plusieurs hommes politiques doivent choisir entre leurs intérêts privés et ceux de la nation.  Pas David Whissell.  En 2007, le gouvernement Charest a modifié la loi afin de permettre au ministre de conserver ses intérêts dans ABC Rive-Nord, une compagnie obtenant des contrats du ministère des Transports et dont le chiffre d’affaires a doublé entre 2006 et 2008. Par la suite, le ministère n’a pas hésité à violé la convention collective d’employés gouvernementaux pour favoriser cette même entreprise pour l’entretien d’une partie de l’autoroute 50, dans le comté de M. Whissell.  Au lieu de vérifier si le service ne serait pas moins coûteux avec le public, comme c’est la norme, il a fallu « déplacer des ouvriers du ministère vers un autre centre de service et retirer un contrat à un autre sous-traitant, tout ça pour permettre à la firme appartenant à un ministre d’obtenir un contrat avec le gouvernement », explique Éric Lévesque du SFPQ.  Comme quoi l’idéologie du tout-privé et les intérêts personnels des ministres ne sont jamais loin.
  • Philippe Couillard. M. Couillard a négocié pendant des mois son passage au privé chez Persistence Capital Partners (PCP), alors même qu’il était toujours ministre de la santé. Cinq semaines avant sa démission de ce poste important, il a même signé un « protocole d’entente concrétisant l’accord des parties et fixant les conditions de rémunération et d’autres considérations matérielles » avec PCP. Avec les deniers publics, sur un temps qui aurait dû servir à travailler sur les enjeux pour lesquels les électeurs l’avaient choisi, il a préféré se préparer un joli parachute doré en prévision de sa sortie. Et Charest, lui, a-t-il condamné ce manque flagrant d’éthique? Non, évidemment.
  • Jean D’Amour. En 2007, il a démissionné de son poste de maire de Rivière-du-Loup pour s’opposer à Mario Dumont lors des élections provinciales.  Un mois après sa défaite et quelques mois après avoir plaidé coupable de conduite avec facultés affaiblies, il est devenu directeur du développement des affaires pour la firme de génie-conseil BPR, en contravention directe avec les règles d’après-mandat pour un maire qui imposent un moratoire de deux ans sur les activités de lobbyisme auprès de « toute institution parlementaire, gouvernementale ou municipale » (( Source )). De la même manière, M. D’Amour n’était pas sur le registre des lobbyistes alors qu’il faisait du lobbyisme… au moment-même où il devenait président du Parti Libéral du Québec (PLQ) en mars 2008!

On le constate, le PLQ ne donne pas sa place en matière d’apparence de conflits d’intérêts, voire de corruption. Ce qui surprend, par contre, c’est la candeur avec laquelle on explique de quelle manière les lois ne sont pas faites pour être respectées par les députés, mais plutôt modifiées pour satisfaire chaque individu. « La directive, elle est ajustée à toutes les fois qu’un ministre remplit une déclaration d’intérêt, pour tenir compte des situations particulières des ministres », expliquait Hugo D’Amours, attaché de presse de Jean Charest, le printemps dernier. « Ça veut dire s’assurer que la règle puisse circonscrire chacune des situations. » En bon français, ça veut simplement dire que le gouvernement Charest se réserve le droit de modifier les lois selon son bon vouloir pour satisfaire ses intérêts politiques. Plus arrogant que ça, tu meurs électrocuté sur des pylônes électriques.
Encore une fois, la véritable victime de ces magouilles est la démocratie et l’institution parlementaire elle-même. Que voit le citoyen lambda, lorsqu’il ouvre sa télévision? Il voit une belle bande d’opportunistes faisant passer leurs intérêts personnels avant ceux de la population. Peut-on lui dire qu’il a tort?
Au moment-même où on s’arrache les cheveux en public sur le faible taux de participation aux élections, il serait peut-être bon de se rappeler que c’est souvent par cynisme que certains font le choix de rester chez eux. Ou par intérêt personnel, se disant que ça n’en vaut pas la peine. Maintenant, va-t-on leur reprocher cet égoïsme pendant que leurs élus contournent allègrement les règles pour s’en mettre plein les poches?
Ce n’est pas seulement la politique municipale qui a besoin d’un bon coup de balai.

La schizophrénie linguistique

J’habite dans un quartier à 87% francophone et je dois me taper un Publi-Sac rempli de publicités bilingues. Maxi, Super C, Loblaws, Walmart, IGA, Canadian Tire: on s’adresse à moi en anglais comme en français. Parfois, le français est prédominant, mais la plupart du temps l’anglais jouit d’une place égale à celui-ci. Dans le circulaire Canadian Tire, c’est même l’anglais qui semble être en priorité, avec un titre « Back to School » bien centré. Seul Bureau en Gros, raison sociale francophone de l’entreprise américaine Staples, semble encore considérer que la langue commune au Québec est le français.
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A priori, ce ne sont que des circulaires. Mais pensons-y un peu: ceux-ci ne constituent-ils pas souvent le principal lien que le nouvel immigrant entretient avec sa société d’accueil? Avant de se trouver un travail, avant de se faire des amis, avant de réellement intégrer notre société, le nouvel arrivant doit manger et se procurer divers produits essentiels. Il sort de chez lui au premier matin, ouvre sa boîte aux lettres, et feuillette des circulaires s’adressant à lui en anglais. Le message qu’il reçoit est le suivant: le français n’est PAS la langue commune au Québec et on peut y vivre en anglais. Pas besoin d’ajouter qu’en se rendant aux commerces en question, il y trouvera toujours un petit Québécois tellement fier d’oublier sa mission culturelle et linguistique et tellement pressé de « pratiquer son anglais » comme d’autres pratiquent un tour de magie. « Oyez, oyez, regardez-moi, je vais faire disparaître sept millions de Québécois. Et hop, where are they now? »
La schizophrénie linguistique
Écrire une circulaire en deux langues constitue une véritable tare, tant pour le commerce que pour le lecteur. Le premier doit utiliser deux fois plus d’espace pour écrire la même chose et le deuxième doit endurer une langue qui n’est pas la sienne. Ce phénomène du bilinguisme imposé ne constitue qu’un début, une étape vers la véritable finalité: la schizophrénie linguistique complète, telle qu’on la voit en ligne.
En effet, si on se rend sur le site web d’un des commerces en question, on n’a plus à subir « l’autre » langue. Les sites les plus à jour se servent de la version de votre navigateur pour déterminer votre langue, et les autres vous demandent simplement de cliquer « English » ou « Français ». Et après, c’en est fini de l’autre. Il n’existe plus. Comme ces cités privées aux États-Unis où il est possible de vivre, emmuré, avec tous les services, sans jamais rencontrer de pauvres ou d’autres avatars de la société moderne, on peut ENFIN vivre replié sur soi, dans une société virtuelle séparée de la réalité de son voisin.
Or, si aujourd’hui on doit subir le bilinguisme, les nouveaux arrivants doivent au moins reconnaître qu’il y a « quelque chose » qui s’appelle le français sur ces circulaires. Qu’en sera-t-il dans le futur, alors que se développeront davantage le commerce et le publicité en ligne? On peut déjà imaginer une personne habitant au Québec, navigant sur le web entièrement en anglais, consultant des circulaires virtuelles en anglais, achetant en ligne en anglais, et dont les seules relations avec le monde extérieur seront un emploi (en anglais) et la visite de certains commerces de première nécessité où, évidemment, on s’adresserait à elle en anglais. Cette personne, ce sera votre voisin. Mais n’allez surtout pas lui emprunter du sucre, sugar.
Comment, dans ce contexte, espère-t-on assurer une cohésion sociale et la survie du français en tant que langue commune des Québécois?
Et si, à défaut de pouvoir franciser les nouveaux arrivants jusque dans leurs foyers, on décidait à tout le moins de les servir en français, de communiquer avec eux en français et de leur enlever systématiquement toute fausse perception qu’ils pourraient entretenir à propos de la légitimité de l’anglais comme langue d’usage au Québec? Et si on refusait d’encourager ceux qui contribuent à notre anglicisation avec leurs circulaires ou leurs sites web anglicisés?
Ce ne sont peut-être que des circulaires, mais existe-t-il vraiment des armes ne devant pas être utilisées dans une guerre totale où notre survie collective est en jeu?

Jacques Demers, sénateur ou homme de paille?

Renversant. Je n’ai pas d’autres mots en tête pour qualifier la nouvelle de la nomination de Jacques Demers comme sénateur. Stephen Harper rit-il de nous?
Qu’on se comprenne bien: Jacques Demers est un individu d’une ténacité exceptionnelle, ayant atteint les plus hauts échelons du sport professionnel tout en étant analphabète. C’est également un homme très sympathique, que j’ai eu l’occasion de rencontrer en personne il y a quelques années et qui n’a pas hésité à me faire la conversation, moi qui n’était qu’un adolescent à cet âge. Un homme de coeur, un bon vivant, un exemple de persévérance. Un homme que j’admire.
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Or, être sénateur, il me semble, c’est bien plus que cela. Les sénateurs doivent approuver toutes les lois – et donc les lire. Ils améliorent ou amendent les projets de lois votés par les députés. Ils peuvent présenter des projets de lois. Ils peuvent organiser des enquêtes. Malgré le fait que leur rôle a été grandement amputé au fil des ans, celui-ci demeure bien réel et tangible: un sénateur, c’est bien autre chose qu’un vieil homme assis à ne rien faire sur un salaire de 135 000$ par année.
La question doit donc se poser de la manière la plus honnête possible: Jacques Demers peut-il être un bon sénateur s’il a de la difficulté à lire les manchettes du journal? Cruel questionnement, d’accord, mais tout à fait nécessaire. Et malgré les qualités de coeur de l’homme, la réponse saute tout de même aux yeux.
Par ailleurs, Stephen Harper ne manque pas de front avec cette nomination. Lui, qui en 2006 jurait qu’il allait rendre les sénateurs redevables devant les citoyens, n’a cessé de faire marche arrière depuis. À la veille de Noël, l’an dernier, il a nommé dix-huit nouveaux sénateurs. Dix-huit sénateurs redevables à Stephen Harper. Dix-huit individus ayant décroché le gros lot grâce à Stephen Harper. Tout comme Jacques Demers. Croyez-vous vraiment que ce dernier va dénoncer les Conservateurs si ceux-ci refont des coupures dans l’alphabétisation, comme en 2006? Il affirme vouloir défendre les plus démunis. Parions que cela se fera dans un cadre bien précis où il refusera de mordre la main de celui qui l’a nourri.
En fait, la véritable question devrait être la suivante: à quel jeu Harper joue-t-il? Essaie-t-il de démontrer par l’absurde l’inutilité du sénat, ou bien espère-t-il maladroitement de s’attirer les faveurs du petit peuple québécois à l’approche des élections en nommant un véritable homme de paille qui lui sera redevable? Une seule certitude: cette nomination dévalorise la fonction de sénateur et ridiculise un peu plus nos institutions. Elle nous rappelle également à quel point il est facile pour un politicien de renier ses promesses lorsque ses intérêts personnels sont en jeu.
Une éclatante victoire pour Jacques Demers, mais une défaite pour la légitimité de notre système démocratique. Ce n’est pas un nouveau sénateur avec des dents qui se présente aujourd’hui à la population, mais un sympathique homme de paille trop heureux de sa nouvelle situation et insuffisamment articulé pour s’opposer au gouvernement. Un homme admirable et près du peuple, peut-être, mais qui ne lui est aucunement redevable, merci à Stephen Harper.

Danger cyclable

La récente croisade des chauffeurs d’autobus contre la « piste cyclable » rue Saint-Urbain, qu’ils ont à traverser à chaque arrêt, nous rappelle encore une fois à quel point le réseau cycliste est mal développé à Montréal. Deux aberrations: ces lignes blanches sur la chaussée qu’on qualifie de piste cyclable et celles qui se terminent abruptement dans un endroit dangereux.
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D’abord, comment ose-t-on qualifier les lignes sur l’asphalte entre les voitures stationnées et les voitures roulantes de piste cyclable, rue Saint-Urbain? Montréal se targue de développer son réseau cycliste, mais quelle sécurité offre-t-on aux amateurs de bicyclettes du dimanche, devant constamment être aux aguets à cause d’une portière qui pourrait s’ouvrir dans leur visage, ou d’un virage sans angle mort pouvant les happer? Ou pire, d’un piéton passant entre deux camions stationnés et apparaissant soudainement au milieu de cette « piste »? Ce ne sont pas des pistes cyclables, ces lignes qui sont traversées par les autobus à chaque arrêt; ce sont des incitatifs à aller se foutre le vélo dans le trafic et à prier pour qu’un automobiliste, roi et maître, n’oublie pas votre existence.
Bien sûr, il existe des belles pistes cyclables bien aménagées. Tiens, on en construit justement une près de chez moi. Elle passe le long de Hochelaga, traverse la bretelle d’accès de l’autoroute 25 vers Souligny ouest, puis se termine coin Honoré-Beaugrand et Souligny. Le problème, comme je l’expliquais dans ce texte, est que l’intersection en question est probablement une des plus dangereuses à Montréal. D’un côté une fin d’autoroute, avec ses voitures arrivant à toute vitesse. De l’autre une voie ferrée, puis un boulevard à deux voies séparées, puis une autre rue de l’autre côté de la voie ferrée. Et pas de feux de signalisation. Un foutoir. On construit une jolie piste cyclable bien séparée de la route avec de la belle asphalte neuve et on la termine dans un derby démolition.
Je suis peut-être vieux jeu, je ne sais pas. Dans mon temps, une piste cyclable était un endroit permettant d’assurer la sécurité des cyclistes. On construisait de telles pistes précisément pour sortir les cyclistes de rues trop dangereuses. Ces pistes étaient séparées de la voie publique, et des flèches interdisant le virage des automobilistes pendant les premières dix secondes assuraient la sécurité des cyclistes. La piste cyclable Christophe-Colomb en constitue un exemple probant.
Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on ne fait que construire des pistes cyclables pour construire des pistes cyclables. Il n’y a plus de concertation, plus de questionnement réel sur la sécurité des cyclistes. On bâtit des pistes cyclables comme on délimite des passages pour piétons: on sait que personne ne les respecte, mais on le fait quand même. Pour se donner bonne conscience. « Regardez, on a doublé notre superficie de pistes cyclables! » Et pendant ce temps, aucun respect pour les cyclistes qui les utilisent. Qu’ils se démerdent!
Si on veut vraiment faire de Montréal une ville favorisant les déplacements écologiques, il serait peut-être temps de respecter les cyclistes et de leur offrir des infrastructures leur permettant de se sentir en sécurité lorsqu’ils se déplacent dans la ville. Cela commence non seulement avec des pistes cyclables balisées séparées de le voie publique et ouvertes à l’année, mais également avec des feux de signalisation spécifiques aux cyclistes et coordonnés entre eux selon une vitesse moyenne à établir. Un cycliste roulant à 20 km./h, par exemple, devrait pouvoir rouler d’un bout à l’autre de la ville sans jamais avoir à s’arrêter.
Si on espère réellement désengorger la ville, il faut prendre des mesures concrètes. Les belles paroles et les beaux discours se terminent trop souvent comme les pistes cyclables: dans un cul-de-sac.

La marginalisation de l'ADQ

Les positions extrémistes défendues par trois des quatre candidats à la succession de Mario Dumont sont en train de reléguer l’Action Démocratique du Québec (ADQ) au rang de parti marginal, voire pire, original. Quelque part entre la Loi Naturelle et le Bloc Pot. Lors du débat, Éric Caire, Gilles Taillon et cet hurluberlu libertarien qu’est Jean-François Plante s’obstinaient quant à savoir qui serait le plus à droite, qui dépècerait l’État au mieux, qui ferait payer les étudiants, qui privatiserait quoi. Qui aurait le courage de mettre le feu à la maison et d’appeler cela le progrès.
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En fait, le seul candidat semblant posséder encore un minimum de bon sens était Christian Lévesque. Face aux appels délirants d’Éric Caire pour une hausse des tarifs en éducation (oui, vous avez bien lu, une hausse), Lévesque a été cinglant: « Tu as un salaire de député de 85 000 $, l’ensemble de la population a un salaire moyen, par couple, de 45 000 $. Quels choix [les parents] vont-ils faire? […] Si on veut une économie du savoir, chacun des citoyens doit participer à cet effort. » Lévesque a mis le doigt là où ça fait mal: l’ancien parti de Mario Dumont veut tellement se démarquer des autres qu’il devient peu à peu une parodie élitiste où on peut à la fois se targuer de vouloir implanter une « société du savoir » tout en rendant l’accès aux études supérieures plus difficile. Les mauvaises langues diraient qu’un individu sans éducation est plus susceptible de voter pour l’ADQ, mais je n’oserais atteindre ici un si haut niveau de cynisme.
Caire, que plusieurs médias ont nommé vainqueur de ce débat, s’est empressé d’appuyer les propositions absolument hallucinantes des jeunes adéquistes: abolition du Fonds des générations, disparition des cégeps, élimination de la Loi antibriseurs de grève, hausse massive des frais de scolarité, gel des prestations de la Régie des rentes du Québec, privatisation de la SAQ, privatisation partielle d’Hydro-Québec, hausse de la TVQ, hausse des tarifs d’électricité, réduction de la taille de l’État… Un peu plus et on annonçait le changement de nom de la province et la fécondation forcée de toutes les femmes en âge de procréer. On constate, en regardant les pays trônant au sommet de l’index des pays en détresse (Failed State Index) en 2009, que ce type de « solutions » où on réduit le pouvoir redistributeur et égalisateur de l’État pourrait nous mener loin. Québec, Somalie, même combat!
Or, alors que le monde entier subit une récession mondiale causée par les déréglementations et les privatisations, alors que le Québec, grâce à son haut taux de syndicalisme et à sa meilleure redistribution de la richesse, est l’endroit le moins durement frappé en Amérique du Nord, que proposent ces chers candidats? Davantage de ce qui a causé les problèmes actuels! Pendant que le monde entier réapprend à utiliser l’État et à favoriser une meilleure redistribution de la richesse, l’ADQ fait fi de la réalité et s’enferme un peu plus profondément dans ses dogmes surannés.
Quand certains disent que l’ADQ vit dans le passé, n’y a-t-il pas meilleure preuve que ce discours faisant abstraction de toute la situation économique actuelle, pire crise depuis des décennies? C’est comme si toute l’économie était tombée d’une falaise et que Taillon, Caire et Plante cherchaient à trouver un nouveau précipice où nous enfouir.
La fin de l’ADQ?
Le 9 décembre dernier, j’écrivais que le départ de Mario Dumont allait tuer l’ADQ.
Je donnais quatre raisons:

  1. La position autonomiste de l’ADQ ne tient plus, car le PLQ est devenu autonomiste et le PQ a mis son projet souverainiste sur le glace;
  2. La forte mentalité anti-étatiste de l’ADQ ne peut survivre à l’examen des faits: la crise a touché durement les pays ayant appliqué les réformes néolibérales et a épargné ceux qi ont résisté;
  3. Aucun candidat potentiel n’a le charisme de Mario Dumont (Éric Caire me donne le goût d’ajuster les couleurs de la télévision quand je le vois.);
  4. Les six députés restant seront tentés de joindre un autre parti.

J’ai eu tort pour le quatrième point, ayant sur-estimé l’attrait des deux autres partis de centre-droit, mais je crois avoir eu raison pour le reste. L’ADQ ne peut plus jouer sa carte autonomiste face à un Jean Charest réclamant davantage de pouvoir d’Ottawa et une Pauline Marois semblant bien satisfaite sur son trône de l’opposition. Et puisque aucun candidat n’arrive à se démarquer grâce à sa personnalité, il ne reste qu’une option permettant de se différencier des autres: la formidable fuite en avant du capitalisme le plus extrémiste possible et de positions semblant issues tout droit de livres d’Ayn Rand ou autres fanatiques anti-étatistes. Le nouveau mantra adéquiste semblent être: « nous voulons être différents, nous voulons être différents, nous voulons être différents ». La différence, pour la différence, il ne reste plus leurs positions de la droite radicale pour les distinguer du Parti Québécois et du Parti Libéral.
Or, quel futur peut-il exister pour un parti qui se place volontairement à l’extrémité du spectre politique, sinon la lente et cruelle agonie de la marginalisation? Contrairement à Québec Solidaire, qui cherche constamment à occuper un centre-gauche délaissé par le Parti Québécois, l’ADQ – et surtout Caire, Taillon et Plante – semble se conforter dans une course à la chefferie ressemblant de plus en plus à un combat de coqs déterminant qui aura le privilège d’être le capitaine du bateau lorsqu’il coulera définitivement. Il y a des icebergs partout, mais on pousse les machines à fond et on se croise les doigts.
Qui aura le courage de répondre à cette question fondamentale: à quoi sert un parti comme l’ADQ en 2009?