Mois : septembre 2009

Le tourbillon médiatique

J’aimerais écrire sur une foule de sujets cet après-midi. Ça pullule, comme toujours. Je m’installe devant mon clavier, toujours debout, et mes doigts se mettent à écrire. Et si je les laissais faire, ils pondraient probablement un billet dénonçant les hausses de tarif d’électricité qui, n’en déplaise aux bien-pensants d’une certaine droite, pénaliseraient principalement la classe moyenne et les plus démunis, alors que simplement en annulant les baisses d’impôts des partis péquistes et libéraux, on pourrait aller chercher une dizaine de milliards de dollars… Mais je ne peux pas écrire un billet comme je le fais habituellement. Non. J’aime mieux vous parler du tourbillon médiatique dans lequel je suis présentement.
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À l’origine, une simple initiative: remplacer la rue Amherst par la rue Pierre-Falardeau. Un groupe Facebook que j’ai créé par pragmatisme, me disant que si le débat avait beaucoup porté, dernièrement, sur la nécessité de remplacer le nom de la rue Amherst, on n’avait toujours pas trouvé précisément par quoi. Le résultat fut spectaculaire, inespéré. En quelques jours, le groupe a dépassé le cap des 4400 membres, et je suis convaincu que nous serons 5000 d’ici ce soir. Tellement époustouflant, que je me suis demandé si ce n’était pas là l’expression d’un désir refoulé des Québécois de se réapproprier une ville qu’on semble avoir abdiqué aux mains des anglophones. À ce point impressionnant que je me suis réellement rendu compte de ce que signifiait réellement Falardeau pour nous.
Le cirque médiatique
Puis vint le cirque médiatique. Un cirque ambulant, qu’on entend arriver de loin, qui nous éblouit de par ses lumières, ses costumes, ses acteurs, et qui repart ensuite. Si tu dors, tu le manques. C’est d’ailleurs ce qui m’est arrivé ce matin. Après avoir réussi mes entrevues avec Benoît Dutrizac lundi et à Dumont 360 hier (lorsque Renart m’a laissé sa place), j’ai manqué la chance d’aller confronter Richard Martineau sur le sujet. En fait, pas réellement sur le changement de nom rue, mais sur la réelle importance de Pierre Falardeau sur la société québécoise. Le cirque est passé, et je dormais. Simple concours de circonstances: anniversaire de ma conjointe et beaucoup d’alcool. Déception.
En fait, ce qui me déçoit le plus, c’est de ne pas avoir été en mesure de réellement développer mon discours à la télévision. Dans un bloc de six minutes avec trois invités, il est difficile de bien expliquer ses idées. Malgré tout, j’ai reçu à peu près 200 messages privés sur Facebook et courriels de gens me félicitant et m’expliquant, en quelque sorte, que je parlais pour eux. Soudainement, je me suis senti le représentant d’une partie importante de la population qui se trouve souvent orpheline. Lourde responsabilité. Et c’était pour ces gens, pour ces 200 personnes qui ont pris la peine de m’écrire et à qui je ne peux pas tous répondre personnellement, c’était pour eux que je voulais confronter Martineau. C’était pour eux et pour tous ceux qui ne me connaissent pas encore que je désirais prouver que j’ai ce qu’il faut pour devenir, peut-être un jour, un nouveau Martineau, mais différent.
Mégalomanie? Cabotinage, pour paraphraser Esther Delisle? Peut-être. N’empêche que c’est mon but. Donner mon opinion, et le faire d’une manière imagée, directe, percutante, avec des arguments, c’est tout ce que je sais faire. Je me réveille la nuit en pensant à des arguments. J’allume la lumière en réfléchissant à ce qu’on pourrait me répondre. Je me rendors en imaginant la différence que je pourrais faire dépendant du choix des mots.
C’est tout ce que je sais faire.
Dumont 360
Plusieurs personnes m’ont dit avoir détesté Esther Delisle. Je dois vous révéler qu’en privé elle a été très courtoise et aimable avec moi, m’abordant en me disant que son instinct maternel lui défendait d’être méchante avec moi. J’ai bien rigolé. Dans le petit salon des invités, on a jasé pendant une vingtaine de minutes avant d’entrer en ondes. J’en ai profité pour sonder le terrain sur ses arguments (et j’étais satisfait de voir que son seul argument de choc était les commentaires de Falardeau à la suite du 11 septembre 2001) et pour écouter quelques anecdotes, notamment sur son voyage en Israël.
Qu’on me comprenne bien: mes idées sont à l’opposé de celles de cette femme qui a déjà publié une thèse sur le soi-disant antisémitisme des Canadiens-français dans les années 1930, mais j’ai apprécié le choc des idées et j’ai le plus grand plaisir à confronter des adversaires qui ne se défilent pas au moindre argument contraignant.
Pour le reste, Delisle est un personnage, et je crois que ses propos décousus sur Falardeau, les analphabètes et Pauline Marois en disent plus long que n’importe quoi que je pourrais ajouter. J’ai tout de même apprécié sa critique, après l’entrevue, où elle me conseillait de moins m’éparpiller et de mieux concentrer mes proppos. Après tout, je suis nouveau dans le métier, alors je prends toutes les critiques.
Toute l’équipe de production de Dumont 360 a été extrêmement aimable. Il est stupéfiant de voir tous ces passionnés travailler, semblant réellement prendre leur pied dans ce métier. Même Dumont semblait apprécier de pouvoir simplement être en ondes sans devoir constamment vendre sa salade adéquiste. Si j’avais besoin d’une expérience me donnant le goût de la télévision, la voilà.
Et ça ne fait que renforcer ma déception d’avoir manqué Martineau ce matin.
Le tourbillon médiatique
Tout ce tourbillon médiatique m’est étrange. Ce matin, en faisant mes courses, je me demandais si la dame qui me fixait incessamment avait vu l’émission hier soir où si c’était simplement mon imagination. Peut-être pensait-elle me reconnaître. Ou peut-être était-elle simplement dans la lune. Comment faire la différence? Comment décrypter le regard quand tout le monde autour jouit d’un avantage que je n’ai pas : ils ont la capacité de savoir qui je suis, de connaître mes idées et mes opinions, et je n’ai absolument aucune idée des leurs.
Peut-être est-ce pour cela qu’avant la télévision, avant la radio, j’ai surtout choisi l’écriture? Et si j’avais envie que ça change?
Contrat avec la SSJB
J’aurais voulu en parler plus tôt, mais avec la mort de Pierre Falardeau je trouvais un peu indécent de me réjouir publiquement. J’ai signé un contrat avec la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, après quelques mois de discussions. Je m’occupe d’une partie de leurs communications, d’un concours de plaintes à l’Office de la langue française qui verra le jour sous peu et d’ici une semaine ou deux une bannière en haut de mon blogue conduira aux sites de la SSJB et du Mouvement Montréal français.
Ce contrat me permet de travailler une journée de moins par semaine dans mon emploi régulier et d’avoir ainsi davantage de temps pour écrire. Je me rapproche ainsi de mon but, qui est de pouvoir vivre en faisant ce que j’aime.
Au fond, la véritable leçon que je retiens de toutes mes aventures est d’une simplicité affolante: il faut suivre ses passions et ne pas s’inquiéter pour l’argent. Quand on aime vraiment quelque chose, qu’on s’y donne à fond, qu’on y rêve la nuit, l’aspect monétaire suit irrémédiablement. Il faut avoir le courage de persévérer et de ne pas céder aux douces sirènes de l’argent facile qui ne font qu’éloigner la vraie réalisation de soi.
Je sais que ce billet peut paraître prétentieux aux yeux de certains et qu’on n’hésitera pas à me le souligner. C’est correct; je peux vivre avec cela. J’avance, ce blogue est mon tremplin, et qui sait ce que je pourrai ensuite réaliser.
Merci à vous tous, chers lecteurs. Vous êtes entre 500 et 800 à me lire quotidiennement, plus de 10 000 visiteurs différents par moi, et près de 200 qui sont abonnés à mes flux RSS. À vous tous, et à tous ceux qui croient aux causes que je défends, merci. Merci de faire un pas de plus vers la réalisation de mes rêves.
Et peut-être, j’ose espérer, de nos rêves.

Bientôt, la rue Pierre-Falardeau pour remplacer Amherst?

Vous avez été nombreux à m’écouter au 98,5 FM à l’émission de Benoît Dutrizac. Je vous dis merci. Vous pouvez vous inscrire au groupe Facebook demandant qu’on renomme la rue Amherst en rue Pierre-Falardeau ci-dessous:
Changeons le nom de la rue Amherst en rue Pierre-Falardeau
Pour ceux qui ont manqué l’entrevue, vous pouvez l’écouter ICI. (Vers 8 minutes)
AJOUT: J’ai également participé à l’émission Dumont 360. Vous pouvez me voir ICI.
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Pourquoi devrait-on changer la rue Amherst en rue Pierre-Falardeau?

  • Il s’agit de la suite logique de la demande du conseiller indépendant Nicolas Montmorency, ayant exigé qu’on renomme la rue à cause du passé génocidaire de Amherst, qui a infecté des Amérindiens avec des couvertures infectées à la petite vérole;
  • Cela faisait déjà un moment qu’on désirait renommer cette rue: la mort de Pierre Falardeau ne doit pas être vaine et on peut se servir de la présente campagne électorale pour forcer les politiciens à honorer sa mémoire;
  • Montréal s’anglicise.  Quartier par quartier, le français recule.  Partout, on présente l’anglais comme étant une « ouverture sur le monde » alors qu’il s’agit en fait d’un billet aller-simple vers notre disparition.  Même notre future élite universitaire s’entiche de l’anglais; à preuve cette vidéo de l’UQAM, avec présentation bilingue, chanson anglophone, textes anglophones…  Il faut redonner un visage francophone à la ville.

Pourquoi spécifiquement la rue Amherst?

  • Il n’est pas nécessaire que ce soit la rue Amherst.  Mais on peut commencer par cette rue qui nous fait honte à tous.  Après, on verra?   Pourquoi pas une rue Pierre-Bourgault ensuite?  Il faut être pragmatique: le fer est chaud, forgeons-le immédiatement.
  • Pierre Falardeau a habité un peu à l’est de la rue Amherst.  Mais ce lien lui-même n’est pas nécessaire: quel lien entre René Lévesque Dorchester, par exemple?
  • Il y a un historique de tels changements de noms de rue.  À la fin du dix-neuvième siècle, on a changé le nom de l’avenue Colborne pour De Lorimier.  On a remplacé un militaire aux pratiques tortionnaires par le nom d’un Patriote mort pendu le 15 février 1839.

Falardeau était mal engueulé, parlait le joual et insultait parfois ses adversaires: pourquoi l’honorer?

  • Falardeau avait ses défauts, comme tout le monde et on pouvait l’aimer ou le détester, mais il a marqué le Québec, tant par ses films que par ses actions politiques. Il est le plus grand cinéaste québécois et ses films ont toujours exploré l’inconscient québécois, le manque de fierté, nos défaites ou nos petites victoires. C’est un homme du Québec. Il représentait ce que nous avions de meilleur et de pire en chacun de nous.
  • Lui donner une rue ne veut pas dire être d’accord avec tout ce qu’il a fait. Il s’agit simplement de reconnaître qu’il a profondément marqué le Québec.

Pourquoi pas une rue Claude-Ryan?

  • Je ne suis pas contre : Claude Ryan, que Falardeau a plus qu’insulté, mériterait une rue. Il a été un acteur de son temps à une époque où il était encore possible de croire à un Canada francophone. Il fut un exemple pour de nombreux fédéralistes qui furent également nos concitoyens. Les temps ont changé. Le Canada est devenu le tombeau de la langue de Molière et un Chinois a davantage de chance de conserver sa culture dans l’ouest qu’un francophone. Ryan était fédéraliste, mais il était un défenseur de notre culture et de notre langue, même si à la fin il a eu tort.
  • D’autres aussi auraient le droit d’être honorés. Qu’on pense simplement à Pierre Bourgault ou à Robert Bourassa. Mais ce n’est pas parce que d’autres le mériteraient et ne l’ont pas eu qu’on doit priver Falardeau de ce droit. Commençons par la rue Pierre-Falardeau, et ensuite on fera changer les autres noms!

S’agit-il d’une campagne d’éradication de tous les symboles anglophones de Montréal? Pourtant, ils font partie de notre histoire…

  • Nous sommes un peuple conquis. Ne l’oublions jamais. Au Québec, le français stagne, mais Montréal s’anglicise et le fait français en Amérique du Nord diminue. Il faut tout faire pour empêcher cela. Il ne s’agit pas d’éradiquer le fait anglais, mais plutôt de faire passer notre propre survie avant le devoir de mémoire des anglophones.
  • Ceci dit, j’aimerais encore mieux une ville avec des affiches anglaises partout et des rues aux noms anglophones mais où les Québécois se respecteraient assez pour refuser de parler en anglais, que ce soit en tant que client, au travail ou même dans la rue. La francisation des noms de rue n’est qu’un outil parmi d’autres. Le vrai combat, c’est celui contre le bilinguisme institutionnel. Il faut exiger le français et refuser de parler anglais au Québec : c’est un geste politique.
  • Les noms anglophones font partie de notre héritage. Si jamais nous en sommes rendus à vouloir les éradiquer, ce sera plutôt parce que nous sommes désespérés de voir que le français recule rapidement à Montréal et que nos politiciens ne font rien, sinon valoriser encore davantage l’anglais. C’est un geste de désespoir face à l’immobilisme de partis politiques peureux devant nous représenter mais ayant décidé de nous sacrifier sur l’autel de la rectitude politique.

Pourquoi n’attendrions-nous pas un peu avant de prendre une telle décision?

  • Nous sommes un peuple émotif. Lorsque nous attendons, souvent il ne se passe rien. À preuve, la sage du CHUM, ou l’incapacité d’honorer des monuments comme Robert Bourassa ou Pierre Bourgault. Attendre, ce serait nous condamner à l’inaction. Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud et réclamer qu’un juste hommage soit rendu à Falardeau dès maintenant, pendant que son souvenir est frais à nos mémoires.

Le nom d’une rue constitue un symbole. En remplaçant le criminel Amherst par un homme ayant autant marqué le Québec que Pierre Falardeau, nous montrons notre attachement au symbole que constituait Falardeau. Et son symbole le dépassait de loin: il représentait ce désir de survie qui nous habite et son rejet des normes et des compromis. Il était ce que nous avions de plus pur en nous et s’il a parfois été trop loin, ce fut bien souvent pour nous secouer les puces et nous rappeler qu’il vaut la peine de se battre pour nos croyances.
Loin de constituer une finalité, ce changement de nom de rue devrait être un nouveau début. Que ceux qui croiseront la rue Pierre-Falardeau puissent se rappeler, à tout jamais, que d’une machine politique assimilatrice plus que centenaire a vécu et prospéré un petit grain de sable au coeur de l’engrenage.
Et que nous puissions unir nos maigres contributions afin de nous offrir d’autres leaders et libres-penseurs en mesure de mettre une fin, une fois pour toute, à la disparition du dernier peuple francophone d’Amérique du Nord.

Le tribunal de l'immigration a la piqûre pour l'anglais!

Speak White! C’est à peu près ce que le commissaire de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada vient de déclarer à l’avocat Stéphane Handfield, qui se bat depuis février pour avoir le droit de plaider en français. Dans une cause où le client comprend un peu le français, où l’avocat et le commissaire sont francophones et se tenant au coeur de la plus importante métropole francophone d’Amérique du Nord dans une province francophone reconnue officiellement comme nation, impossible de plaider en français!
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En effet, le commissaire a décidé de lier la traduction en français de tous les documents au fait que le client subirait un préjudice s’il en était autrement. Autrement dit: si l’avocat et le commissaire sont bilingues, c’est l’anglais qui prime. Le français ne constitue plus une langue égale, mais une langue qu’on utilise si le fait de parler anglais pourrait nuire au client. Désormais, recevoir la preuve en français ne constitue plus un droit; c’est à la défense de prouver que le fait de la recevoir en anglais constituerait un préjudice. Si on avait besoin d’une autre preuve que l’institutionnalisation du bilinguisme au Québec se transforme irrémédiablement en anglicisation, la voilà.
Pourtant, les règles de l’immigration stipulent qu’il est possible pour un résidant permanent ou un étranger de demander de changer la langue des procédures pour le français ou l’anglais s’il le fait par écrit, ce qui avait été fait le 2 décembre dernier, soit plus de deux mois avant le début des procédures. La récente décision de la Couronne vient invalider ces règles en affirmant que celle-ci n’était tenue de présenter la preuve qu’en une seule des deux langues officielles, même si le procès se déroule dans une autre langue. Par pure mauvaise foi, parce qu’elle « n’est pas tenue » par la loi de respecter les francophones, elle ne traduit pas la preuve.
Or, quel message lance-t-on à l’immigré et à sa famille? On lui dit ceci: « Tu n’es pas tenu d’apprendre le français à Montréal et au Québec. Même la cour s’en fout de cette langue bâtarde ». S’il gagnait sa cause et pouvait demeurer ici, aurait-il envie d’apprendre une langue qu’on doit chuchoter entre païens dans les grands sanctuaires de la justice? Une langue ne méritant même pas d’être utilisée entre un avocat et un commissaire la parlant pourtant eux-mêmes. Une langue étrangère, que même les barbares eux-mêmes ne peuvent plus utiliser entre eux. Vous l’apprendriez, vous, le français, après une telle leçon?
De la même manière, en faisant porter le fardeau de la preuve sur l’avocat, qui doit prouver que la non-traduction de la preuve nuit à son client, on transforme le français de droit reconnu à une béquille dont il faudrait se départir. On imagine déjà la scène: « Monsieur le commissaire, je ne suis pas parfaitement bilingue, pourriez-vous SVP dans votre grandeur consentir à ce qu’on traduise la preuve dans cette langue qui est la nôtre, qui est parlée partout autour de nous, mais dont nous devrions avoir honte de parler ici? » On demande à l’avocat de prouver qu’il ne maîtrise pas suffisamment l’anglais au lieu de reconnaître son droit à travailler dans sa langue en son propre pays. On fait de lui un citoyen de seconde classe.
Individuellement, ce n’est qu’une affaire d’avocats et d’immigrants. On force les premiers à travailler dans une langue étrangère et on donne le mauvais exemple aux seconds quant à la nécessité d’apprendre le français au Québec. Le français ne disparaîtra pas à cause de cela. Une tempête dans un verre d’eau, diront certains.
Si on prend un peu de recul, pourtant, on constate qu’il s’agit d’un autre assaut contre la langue française au Québec. Chaque attaque constitue la petite piqûre d’abeille certes dérangeante, mais qui ne tue pas. C’est la somme de toutes ces agressions, de toutes ces tempêtes dans un verre d’eau, de toutes ces piqûres qui fait porter un risque fatal à la survie et à la vitalité de la langue de Molière en Amérique du Nord. Cette invasion de petits riens, presque anodins hors de leurs contextes respectifs, tuent à petit feu le corps meurtri de ce qui fut une grande nation francophone.
On peut continuer à palabrer et à se questionner sur chaque petit affront, mais qui aura le courage de sonner l’alarme?
Non, ce n’est pas qu’une histoire d’un avocat ne voulant pas parler anglais. C’est l’histoire de tout un peuple se laissant endormir à grands coups de bilinguisme et de petites agressions quotidiennes semblant trop insignifiantes pour mériter d’être contrées.
Je dédie ce billet à la mémoire de Pierre Falardeau. Malgré tous ses défauts, il sonnait l’alarme.

Pierre Falardeau n'est pas mort

« Nous vaincrons ». Deux mots, griffonnés d’une écriture tremblante à la va-vite sur le scénario de son film « 15 février 1839 ». 1997. Téléfilm Canada refusait de financer son projet. Une journée d’octobre, froide, au ciel laiteux, et nous étions peut-être 300 ou 400 personnes à marcher avec Pierre Falardeau.
Qu’est-ce qu’il m’avait dit exactement? Le souvenir s’est édulcoré, comme une règle de grammaire qu’on oublie mais qu’on applique sans s’en rendre compte. Était-ce: « N’arrête jamais! » Ou peut-être: « Ces hosties là me font chier ». Je ne m’en souviens plus. Mais je me rappelle du principal: Pierre Falardeau, dans toute son intégrité, passionné comme jamais, m’a donné l’impression d’un homme authentique qui ne plierait jamais l’échine devant qui que ce soit.
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Or, n’était-ce pas précisément ce qu’on lui reprochait? On aimait le dépeindre comme une relique du passé, comme un homme d’un autre temps, enfermé dans une logique sectaire ou réfractaire au « nous inclusif ». Ce à quoi Falardeau répondait toujours quelque chose du genre: « Nous qui? Nous quoi? Nous, tabarnak! Ceux qui veulent! Les autres, c’est des esti d’sales et j’vas leur casser la gueule! » Ses mots choquaient, ses attaques aussi, mais il nous forçait à réfléchir, à nous questionner sérieusement. Mais peut-on réellement lui donner tort? La langue de bois du « nous inclusif » et autres réductions de la réalité, il la prenait, la trempait dans l’essence et la lançait au visage de ceux qu’il considérait trop coincés pour pouvoir s’exprimer librement. Pour Falardeau, ce n’était pas au présent de s’adapter aux diktats de l’air du temps, mais plutôt aux passionnés comme lui de forger le futur. Il croyait au pouvoir de l’action.
En fait, Falardeau, loin d’être passéiste comme certains le décrivait, adaptait son discours en fonction des événements. En 1996 ou 1997, il manifestait avec le défunt Mouvement de Libération Nationale du Québec (MLNQ), faisant la tournée des hôtels de ville de l’ouest de Montréal ou de la rive-sud pour s’en prendre aux défusionnistes, dont les plus jeunes devaient avoir soixante ans bien sonnées et leur crier toute sa haine du Canada. Mais une décennie plus tard, alors que le Canada devenait de plus en plus un concept abstrait et où on commençait à nous imposer le bilinguisme comme si c’était la panacée, il ajustait le tir: « il ne s’agit pas de savoir s’il vaut mieux parler une, deux, trois ou cinq langues, il s’agit de refuser de se faire imposer le bilinguisme pour gagner sa vie ». Falardeau, c’était aussi cela: un homme de son temps, capable de réfléchir et de sentir quels étaient les véritables enjeux du moment.
Bien sûr, il choquait. Il carburait à la polémique. Il n’hésitait pas à dénigrer ses adversaires idéologiques. Mais ses insultes n’étaient jamais gratuites, contrairement à ce que certains aimaient lui reprocher. Il pouvait résumer un trait de personnalité le dérangeant chez quelqu’un en quelques mots. Ainsi, il parlait de Monseigneur Steven Guilbault, du Père Hubert Reeves, des Cowboys mélangés, de l’autre mongol à barbiche, Suzuki, Kawasaki, Yamamoto ou quelque chose du genre venu à Montréal nous faire la morale in English only, de Patrick Lagacé, le blagueur de La Presse, de l’unifolié, un pavillon de complaisance, de Françoise David et son catalogue de bons sentiments… Il ne faisait pas semblant, pour la galerie, d’être ouvert d’esprit; il l’était réellement, c’est-à-dire qu’il n’hésitait jamais à confronter directement les idées d’autrui, à les engueuler pour une virgule, bref à faire tout ce que nous, petits Québécois habitués au « tu as ton opinion et j’ai la mienne, maintenant tenons-nous par la main et faisons une ronde » n’osions plus faire: débattre sérieusement, et permettre que de la violence d’une saine discussion puisse jaillir la vérité.
En ce sens, Falardeau était le descendant direct de Pierre Bourgault, à la différence que ce dernier cherchait réellement à convaincre ceux qui ne pensaient pas comme lui tandis que Falardeau, lui, parlait surtout aux convaincus, leur lançant le message qu’il était possible d’être soi-même, d’habiter son corps et ses idées, que nous n’avions pas à nous cacher pour avoir des convictions ou même pour être vulgaire.
En fait, le grand combat de Falardeau, ce n’était pas tant celui de la liberté, bien qu’il a utilisé ce mot à toutes les sauces tout au long de son oeuvre, mais plutôt celui de l’identité. Celui du droit d’être soi-même, d’être un Québécois parlant en joual, sacrant, un bon vivant, se battant puis se réconciliant, un francophone, un descendant des Patriotes, un fier habitant de cette Terre et réclamant le droit d’avoir son mot à dire pour le futur de ceux qui n’aspirent qu’à avoir un petit chez-eux où vivre selon leurs convictions.
À sa façon, Falardeau nous rappelait constamment l’importance de ce vieux proverbe: « Il n’y a que deux choses que nous puissions transmettre à nos enfants : des racines et des ailes ». Dans un monde où on survalorise la réussite individuelle et où on oublie l’importance des racines, Falardeau a fait du combat identitaire pour la survie du peuple francophone d’Amérique du Nord un combat vital, actuel, nécessaire. Il nous a rappelé qu’au-delà de nos petites vies individuelles, nous participons à un combat plus grand que nous-mêmes et que nous ne sommes qu’une maille dans une grande chaîne d’idées et de valeurs. Il nous a rappelé notre devoir de mémoire et de respect des valeurs et de l’identité de ceux qui nous ont précédé.
Pierre Falardeau n’est pas mort. Il vit encore, parmi nous, dans nos têtes, dans la survivance de ces valeurs et de cette identité collective qui fait de nous un peuple unique. Est-ce que « nous vaincrons »? Difficile à dire. Une chose est certaine, pourtant: s’il y avait davantage de Falardeau au Québec, nous serions assurés qu’il y aurait encore un « nous » ayant la possibilité de vaincre dans le futur.
REP – Repose en paix Pierre Falardeau. On va les avoir, les tabarnaks.

Haro sur les hausses de tarifs!

La volonté du gouvernement Charest d’augmenter les tarifs de nombreux services publics plutôt que d’éliminer les généreuses baisses d’impôts accordées aux plus fortunés depuis une décennie ne peut avoir qu’une seule conséquence: l’augmentation des inégalités sociales et l’appauvrissement d’une franche toujours plus grande de la population.
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En effet, l’impôt progressif constitue la meilleure façon de redistribuer la richesse. Comme je l’écrivais ici, les pays imposant un impôt plus lourd aux personnes les plus privilégiés sont moins inégalitaires que les autres. Les deux pays de l’OCDE dont le niveau d’inégalité a le plus augmenté depuis les années 80 sont la Finlande et la Nouvelle-Zélande, et ces deux nations se sont attaquées à la progressivité de l’impôt. (( SOCIETY AT A GLANCE 2009: OECD SOCIAL INDICATORS )) En Finlande, on a établi un impôt unique pour les corporations et les non-résidents; en Nouvelle-Zélande, on a réduit le niveau de taxation des plus fortunés de moitié.
Or, que représentent les tarifs, sinon une forme d’impôt unique, la célèbre flat tax? L’an dernier, j’écrivais, au sujet des hausses appréhendées des tarifs d’électricité:

Puisque l’électricité se vend au même coût indépendamment du revenu, c’est une sorte de taxe régressive, c’est-à-dire que proportionnellement au revenu toute hausse fait plus mal au pauvre qu’au riche. C’est la logique-même: un individu gagnant 20 000$ par année voyant son compte d’électricité passer de 1200 à 2000$ par année a perdu 4% de son pouvoir d’achat, alors qu’un plus riche gagnant 100 000$ – même s’il consomme davantage – dont le compte passe de 2400 à 4000$, ne perd que 1,6% de son pouvoir d’achat. Proportionnellement, on pénalise les pauvres en augmentant les coûts de l’électricité, surtout qu’il y a toujours un minimum en-dessous duquel on ne peut plus économiser.

Et l’année précédente, concernant les péages à tarif fixe:

Un péage fixe, c’est un péage qui défavorise les plus pauvres ou la classe moyenne inférieure, c’est-à-dire Monsieur ou Madame Tout-le-monde qui travaille fort et essaie de joindre les deux bouts. Ce petit 2$ aller-retour cinq fois par semaine, c’est peut-être le 20$ qui était nécessaire pour les sorties, ou pour l’épicerie, quand ce n’est pas pour l’hypothèque. On s’en prend aux plus pauvres et à la classe moyenne pour quoi finalement? Pour pas grand chose, parce que ceux qui ont deux ou trois voitures dans le garage ont amplement les moyens de payer ces péages!

Je proposais également un péage progressif, établi électroniquement en fonction du revenu plutôt que par essieu ou par voiture, un peu à l’image des contraventions de certains pays scandinaves.
Ces hausses de tarifs sont régressives; il s’agit d’une flat tax à petite échelle. En glorifiant le concept d’utilisateur-payeur, on fait porter le même poids du financement d’un service à une personne vivant dans la précarité et à une autre dans l’opulence. Bref, on annihile le pouvoir de redistribution de l’impôt et on augmente le fardeau des moins bien nantis. Généralisées, ces hausses de tarifs viendraient remplacer le manque à gagner causé par les baisses d’impôts accordées aux mieux nantis par les gouvernements péquistes et libéraux.
En fait, il faut voir la situation d’un point de vue global. Pendant que l’économie progressait, on a coupé les impôts des mieux nantis, et aujourd’hui, ce seraient aux plus pauvres de payer. Au lieu de reconnaître son erreur, le gouvernement Charest s’engage dans une fuite idéologique vers l’avant et met en péril la situation financière de la classe moyenne et des plus démunis.
La véritable question est de savoir quelle genre de société nous souhaitons. Désirons-nous un Québec où les plus riches ont tous les droits? Le droit de se stationner n’importe où, par exemple, car 42$ pour un individu en gagnant 100 000$ par année, ce n’est pas comme 42$ pour celui qui en fait 30 000$? Le droit d’habiter en banlieue et d’aller travailler à Montréal en voiture, car un péage fixe de 3,50$ matin et soir (35$ par semaine) ne constitue pas le même poids pour le riche et pour le pauvre? Le droit de gaspiller l’électricité pendant que les moins fortunés ont froid? Le droit de se payer des études de grande qualité pendant que les autres s’endettent?
Comme je l’écrivais ici, il s’agit d’une forte dérive du concept d’utilisateur-payeur:

La vérité, c’est qu’une société ne se bâtie pas sur le concept de l’utilisateur-payeur. Elle se construit avec l’idée que tous, à un moment ou un autre de leur vie, auront besoin des services de la collectivité. Même le plus riche aura besoin des services sociaux qui assurent un minimum de stabilité sociale et empêchent les plus déshérités de la société de le voler ou le tuer dès qu’il met les pieds dans la rue.

Ne devrions-nous pas viser un équilibre? La personne plus fortunée a le droit de jouir de son argent, mais cela ne lui donne pas tous les droits. Elle a largement bénéficié des richesse de la société pour s’enrichir et il est normal qu’elle doive porter un poids plus lourd sur ses épaules. Les services, nous en avons tous besoin, et la vraie, la seule véritable façon de les financer adéquatement et dans le respect de la mission sociale de l’État, c’est encore grâce à l’impôt.
Le gouvernement Charest aura-t-il le courage d’annuler les baisses d’impôts accordées aux privilégiés ou se contentera-t-il bêtement d’augmenter encore davantage le fardeau de la classe moyenne et des moins nantis en haussant les tarifs? Face à une opposition aussi faible que celle d’un Parti Québécois obnubilé par le respect d’un déficit zéro ayant marqué une de ses périodes les plus sombres, on peut en douter.