Mois : octobre 2009

L'hypocrisie du A(H1N1)

Ces jours-ci, pas moyen de faire quoi que ce soit sans qu’il ne soit question de la grippe A(H1N1). Au travail, à la télévision, à la radio, sur Internet; c’est pas mêlant, je crois que j’en rêve la nuit. La psychose est en train de s’installer à grand renfort de médias friands d’histoires de pénurie de vaccin ou de rationnement de ceux-ci. Et s’il s’agissait simplement d’une forme d’hypocrisie face à un virus à peine plus dangereux qu’une banale grippe mais ayant la particularité de s’attaquer à toutes les catégories d’âge?
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En effet, la grippe saisonnière s’avère de loin plus meurtrière que ce qu’a démontré le A(H1N1) jusqu’à aujourd’hui. L’Organisation mondiale de la santé estime les morts causées par la grippe ordinaire à un chiffre variant entre 250 000 et 500 000 par année. À l’opposé, la grippe A(H1N1) n’a tué que près 6000 personnes depuis avril. Évidemment, la saison hivernale dans l’hémisphère nord fera augmenter sensiblement ce nombre, mais on est loin – très loin – d’une catastrophe innommable. Actuellement, la grippe A(H1N1) tue à peu près autant que… la lèpre!
Or, le véritable danger de ce virus est double: il risque de muter comme avec la grippe espagnole en 1918 et de devenir extrêmement meurtrier et – surtout – il vise davantage les plus jeunes. À ce niveau, les statistiques australiennes sont révélatrices, car ce pays a passé sa première saison hivernale avec le A(H1N1). Sur une population de 22 millions d’habitants, il y a eu 36 991 cas confirmés et 186 décès. Concrètement, moins d’une personne sur 100 000 est décédée du A(H1N1). On est loin d’une hécatombe! Par contre, on a remarqué que l’âge moyen des victimes du A(H1N1) était beaucoup plus bas que celles affectées par la grippe saisonnière. Par exemple, dans le Queensland australien, la majeure partie des cas impliquaient des individus de moins de 20 ans!
À l’heure actuelle, c’est-à-dire à un moment où le virus n’a pas muté et où il n’est guère plus dangereux qu’une vulgaire grippe saisonnière, ne s’agit-il pas d’une forme poussée d’hypocrisie que de participer à une telle psychose? Entendons-nous: quand Pépère meurt de la grippe à 78 ans, il est vieux, il a eu une belle vie, son heure est arrivée. Il est normal que nos vieux meurent. À quelque part, on s’en sacre de nos vieux; ils sont quelque part dans un centre d’accueil et ils attendent la Faucheuse comme d’autres espèrent gagner à la loterie.
Mais si un enfant ou un adolescent en meurt, alors là on se choque, on rue dans les brancards, on se dépêche d’aller se faire vacciner. Mais, dites-moi, en quoi la vie d’un enfant ou d’un adolescent vaudrait-elle davantage que celle d’une personne âgée?
On m’objectera que les enfants ne sont pas supposés mourir. Touché. Mais nos aînés doivent-ils passer l’arme à gauche avant que leur heure ne soit venue pour autant? Pourquoi une telle discrimination entre d’un côté ceux qu’on laisse mourir sans s’offusquer et ceux qui nous brisent le coeur de par leur mort? Pourquoi une telle campagne de peur, un tel battage médiatique, autant de ressources pour un virus s’attaquant à tous, et presque rien pour la grippe saisonnière, tout aussi mortelle?
En fait, il faudrait peut-être reconsidérer la valeur de l’expérience. Une étude a démontré que seulement 4% des personnes nées avant 1980 possédaient des anticorps contre le H1N1, contre 34% pour celles nées avant 1950. Concrètement, nos vieux ont du vécu, et cela dépasse largement les vieilles histoires de tramways qui coûtaient trois sous ou de baignade dans le St-Laurent. Leur expérience est dans leurs gènes; ils ont vécu ou ont été près de gens ayant vécu de grandes épidémies et leurs corps sont prêt à réagir. À l’opposé des plus jeunes, dont les anticorps n’arrivent pas à faire la différence entre cellules pulmonaires saines et infectées (ils détruisent tout, ce qui réduit drastiquement la capacité pulmonaire), les anticorps de nos vieux savent combattre adéquatement le virus.
Quand nos vieux crèvent, pas de problème, mais s’ils survivent et que ce sont nos enfants qui y passent, alors c’est la catastrophe. Quelle hypocrisie!
Le vaccin – on ne le dira jamais assez – constitue la meilleure façon de se protéger du virus A(H1N1). Malgré les craintes, malgré les complots, malgré la rapidité avec laquelle il a été préparé. La meilleure façon.
Ceci dit, déploiera-t-on la même énergie l’année prochaine pour sauver nos aînés d’une grippe saisonnière tuant entre 2000 et 8000 Canadiens chaque année? J’en doute. Et c’est bien là qu’est le drame: on considère la vie comme un droit pour les plus jeunes et comme un pis-aller pour les plus âgés.
Chaque vie ne devrait-elle pas avoir la même valeur, peu importe l’âge?

Hors du Québec, prince Charles!

La deuxième fois fut la bonne. Le mois dernier, j’avais manqué de peu l’invitation à participer à Franchement Richard Martineau, l’émission du coloré animateur, à LCN. Ce matin, j’y suis retourné non pas pour parler du changement de nom de la rue Amherst en rue Pierre-Falardeau, mais pour dénoncer la visite prochaine du Prince Charles au Québec.
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Comme LCN n’offre pas toutes ses émissions sur le web, vous pourrez seulement me voir ce soir vers 22h15, en reprise. Après cela? Dans l’éther… TVA ne diffuse pas toutes ses émissions sur le web.
Face à moi, en plus de Martineau, il y avait Pierre Dufault, un Franco-Ontarien qui a été journaliste à Radio-Canada pendant des décennies et qui est un vrai féru d’histoire. Sa vision de l’histoire, du moins. Car si l’entrevue à la télévision a duré à peu près dix minutes, nous avons eu l’occasion de discuter pendant une bonne demi-heure avant celle-ci. Je n’avais que rarement rencontré quelqu’un aux idées aussi diamétralement opposées aux miennes; c’était très stimulant.
D’abord, M. Dufault était très coloré; il n’a pas eu peur de défendre ses idées. J’ai adoré. Tout comme j’apprécie cela chez Richard Martineau, même si je ne suis pas souvent d’accord avec lui. Dufault, donc, trouvait les recherchistes pas assez informées (ce qui était un peu méprisant de sa part), l’Internet inutile, il considérait que le français n’était pas réellement menacé au Canada, il était fier de ses « racines » britanniques, et son argument central était qu’on pouvait plus facilement s’accommoder d’une monarchie symbolique qui fonctionne que de se lancer dans une réforme à la républicaine pouvant coûter cher et causer bien des surprises.
Bon. Je vous donne cela en condensé, mais c’était à peu près de cette façon qu’il m’a raconté tout ça. Et lorsque je lui ai parlé des exactions causées par sa chère monarchie, il m’a répondu que les esclavagistes n’étaient pas mieux. J’ai tout de même eu une véritable satisfaction lorsque je lui ai rétorqué, du tact au tact, que les Afro-américains ne célébraient pas les esclavagistes et qu’ils s’étaient débarrassés de cet héritage honteux. Il a comme eu – comment dirais-je – un moment de flottement. C’était goûteux.
Alors, la question qui tue, pourquoi doit-on se débarrasser de la monarchie et refuser d’honorer la venue du prince Charles au Canada?

Une monarchie honteuse

Disons-le tout de go, la monarchie coûte cher: près de 40 millions $ par année. C’est de l’argent qui pourrait aller dans les écoles, dans les hôpitaux, pour les infrastructures. S’il s’agit d’une petite somme en comparaison du budget total du gouvernemental, il s’agit d’une dépense qu’on ne peut pas se permettre à une époque où on parle de compressions et de déficit. Pourquoi accepter que des lieutenant-gouverneurs vivent comme des pachas, dans une fonction purement symbolique, pendant que de nombreuses personnes sont sur le chômage? 40 millions $, c’est toujours 1000 personnes qu’on pourrait faire vivre à 40 000$ par année.
Pourtant, cela dépasse le cadre financier. C’est une question de respect. Doit-on honorer une institution responsables d’actes d’atrocité dans notre histoire? Comment ignorer la déportation des Acadiens, en 1755, où plus de 12 600 personnes ont été déportées sur une population totale de 15 000 individus? Comment oublier que le nombre de morts découlant de cette tragédie a été évalué à un chiffre entre 6000 et 9000 personnes? 6000 à 9000 sur 15 000, c’est un génocide, simplement. Si la monarchie a reconnu la tragédie de la déportation par la voix de l’ancienne gouverneure-générale du Canada, Adrienne Clarkson, elle ne s’est pas excusée pour autant. Cela se comprend: le monarque prend son pouvoir de Dieu et Dieu est tout-puissant. La monarchie ne s’excuse jamais.
Et si on parlait également des Patriotes, du rapport Durham, de la fusion du Haut-Canada et du Bas-Canada dans le but explicite d’assimiler les francophones? Que dire de Louis Riel? Ou si on parlait de l’interdiction des écoles francophones publiques hors-Québec pendant plus de cent ans, où il aura fallu attendre 1998 pour que les francophones ontariens, par exemple, puissent gérer eux-mêmes leurs écoles? L’histoire canadienne est celle d’un ethnocide à l’égard des francophones. Un ethnocide qui se poursuit encore aujourd’hui. Même si la monarchie est devenue symbolique, ses structures et son fonctionnement gangrènent encore notre existence.
En fait, quand Pierre Elliot Trudeau a rapatrié la constitution canadienne en 1982, sans le consentement du Québec, il a simplement remplacé la monarchie par une autre forme de dictature: celle de la charte canadienne. Aujourd’hui, en place d’une monarchie ou de ses représentants devant approuver les lois, n’importe quel groupe peut prendre d’assaut la Cour suprême et faire invalider les lois démocratiquement votées en se basant sur une charte sclérosée tout aussi supérieure à notre démocratie que le fut la monarchie. Ainsi, Brent Tyler qui, grâce à un généreux financement du gouvernement fédéral, a pu faire invalider la loi 104, pourtant votée à l’unanimité par les parlementaires québécois. Les noms changent, mais la structure demeure: on a simplement échangé la muselière monarchique pour une autre. On a ajouté un étage à l’édifice sur les branlantes fondations monarchiques existantes.
Or, si on veut se réapproprier notre démocratie, si on désire que ce soient nos élus qui prennent les décisions et non une cour à Ottawa, il faut reconstruire notre édifice en entier. On doit s’attaquer aux fondations de notre tour de Pise qui menace de constamment de nous jeter dans le vide de notre disparition. On doit éliminer jusqu’au concept-même qu’il puisse y avoir un pouvoir supérieur à celui de nos élus.
Ainsi, pour toutes ces raisons, il convient de s’opposer à la monarchie et à la visite du Prince Charles, qui doit venir souiller notre sol début novembre. Ce n’est pas seulement parce que cette institution a agi de manière génocidaire avec nous, qu’elle a tenté de nous éliminer culturellement, mais aussi et surtout parce que sa pensée élitiste et anti-démocratique s’est perpétuée dans nos institutions, permettant à n’importe quelle minorité de refuser nos lois et de s’acheter des accommodements leur permettant d’ignorer notre démocratie.
Et si on sortait dans la rue et qu’on rappelait à cet aristocrate que 86% des Québécois ne veulent plus rien savoir ni de lui ni de sa famille?
À lire: Lettre au prince Charles

Phase terminale pour l'ADQ

En confiant à François Bonnardel le poste de chef parlementaire de l’ADQ, Gilles Taillon a débranché la dernière machine qui maintenait son parti artificiellement en vie. Pas que le conjoint de la ministre libéral Nathalie Normandeau ferait nécessairement pire qu’Éric Caire, mais si Taillon avait eu le début d’un semblant de sens politique, il aurait donné ce poste à Caire les yeux fermés.
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En effet, Taillon aura beau parler d’unité, de « collégialité », d’esprit rassembleur, ce ne sont là que des mots-creux s’il ne peut pas trouver le moyen de satisfaire les 50%-1 personnes qui n’ont pas voté pour lui. C’est une vérité politique tellement primaire qu’il est tout à fait invraisemblable que Taillon ait pu agir autrement. Obama a nommé Hillary Clinton au poste de secrétaire d’État; Jean Chrétien avait Paul Martin comme ministre des finances. Quand on veut réellement unir un parti, on doit donner des postes d’importance à ses adversaires afin de solidifier les bases de la formation politique.
Or, les bases de l’ADQ sont en piètre état. Le parti végète à 8% dans les intentions de vote, n’a plus d’argent, se retrouve aussi divisé qu’il peut être mathématiquement possible de l’être, ses militants sont démotivés, il a à sa tête un chef cancéreux avec le charisme d’une armoire de cuisine et qui récompense sa petite clique au lieu de penser au bien-être du parti. Un chef tellement instable sur son piédestal qu’il doit répéter à au moins trois reprises en conférence de presse cet après-midi qu’il est le chef, qu’il est légitime, qu’il a gagné, que les autres doivent se rallier à lui parce qu’il est le chef. Quand le chef a besoin de convaincre les journalistes qu’il est le chef, ça ne va vraiment pas bien.
L’ADQ devrait peut-être confronter sa triste réalité: le parti est devenu inutile. Il a manqué son rendez-vous avec l’Histoire, et cette cruelle maîtresse ne donne jamais de seconde chance quand on lui colle un lapin. Idéologiquement, l’ADQ a été créée entre autres pour s’opposer au fédéralisme centralisateur prôné par le Parti Libéral et pour proposer des idées économiques conservatrices; en 2009, tant le PLQ que le PQ prônent un fédéralisme « autonomiste » et les thèses économiques défendues par l’ADQ ont perdu toute crédibilité avec la crise actuelle. Et sans le charisme extraordinaire d’un Mario Dumont, que reste-t-il? L’ADQ est mort, sa marginalisation croissante ne constitue qu’un dernier sursaut dans un corps refusant d’accepter sa fatalité.
Je regardais Taillon, mal à l’aise, l’air de suer à grosses gouttes, tentant d’expliquer comment il allait travailler avec ses six députés, lui qui n’est même pas un élu. Je l’observais, et ces vieilles paroles d’Aut’Chose, le groupe de Lucien Francoeur, me sont venues à l’esprit: « Le trip est fini, chu loin de chez moi, comme Jim Morrison à Paris, si vous pouvez comprendre… » Oui, le trip est fini. L’ADQ a vécu, les Québécois ont vu, et elle a été vaincue. Par son amateurisme, par ses idées dépassées, par son incapacité à s’organiser au-delà des mots et à bâtir une plate-forme politique crédible.
D’une certaine manière, Taillon rend peut-être service à la politique québécoise en contribuant à achever le mourant.  En remplacement de l’attention médiatique accordée traditionnellement à une « troisième voie » qu’on donnait à l’ADQ, on aura peut-être enfin la chance de voir une alternative se lever, un parti qui, au-delà des beaux discours, saurait vraiment réinventer notre société et la faire entrer dans l’Histoire par la grande porte.
Pour l’ADQ, c’est la phase terminale. Les soins palliatifs ont débuté.

Nous sommes tous Islandais

Finis les Big Mac en Islande! La multinationale aux arches dorées a décidé de fermer boutique dans le pays. La cause? La profonde crise dans laquelle est empêtrée le pays, et la dévaluation de plus de 50% de la monnaie nationale, éliminant toute possibilité de profit pour McDonald’s lors de l’importation de ses matières premières. Une crise causée par des mesures économiques très à droite, presque libertariennes, et qui ont conduit l’Islande à la faillite.
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En 1984, Milton Friedman, le gourou du néolibéralisme qu’on cite allègrement dans les officines du Conseil du Patronat du Québec et qui constitue une des idoles de André Pratte, l’éditorialiste en chef de la putain de la rue Saint-Jacques (dixit Olivar Asselin), a donné une conférence à l’université d’Islande et participé à un débat télévisé l’opposant à des dirigeants socialistes. Il a fait une forte impression sur toute une jeunesse conservatrice du Independance Party et a ainsi contribué indirectement à l’élection du parti en 1991.
Dès son arrivée au pouvoir, le Independance Party a commencé ses réformes. Durant les dix-huit années qu’a duré son règne à la tête du pays de 320 000 habitants, il a privatisé les pêcheries, des parcs naturels, a donné à une compagnie privée le génome de tous les habitants du pays, a privatisé l’historique médical, les banques (qui ont été « achetées » par des proches du premier ministre), la principale compagnie de télécommunication, alouette. Il a privatisé presque tout ce qui pouvait l’être. Et il a appliqué le petit catéchisme néolibéral à la lettre: il a réduit l’impôt des entreprises de 50% à 18%, il a baissé les taxes et il a appliqué un impôt unique, cette « flat-tax » tant vantée par certains droitistes.
L’illusion a fonctionné pendant un certain temps. Une opulente richesse, dans les mains d’une minorité, a déferlé sur Reykjavik, la valeur des propriétés a augmenté, les miroirs se sont coordonnés pour donner l’illusion de la croissance et de la prospérité. Mais au premier coup de vent, le château de cartes s’est effondré.
Les banques privatisées – et leurs dettes équivalentes à 10 fois le PIB du pays – ont du être renationalisées en catastrophe. On a soumis une candidature expresse pour l’Union européenne, espérant le sauvetage. On s’est mis à genoux devant le FMI, qui avait déjà lui-même secouru l’Argentine après que ce pays eut appliqué ses propres politiques de droite, et on fait face à une chute de plus de 10% du PIB en 2009, le pire résultat depuis l’indépendance du pays, en 1944. L’endettement de l’Islande a atteint 70 milliards, une somme titanesque pour un pays comptant moins d’habitants que la ville de Québec.
Le pays est ruiné.
Ainsi, quand on veut augmenter mes tarifs, je fais un Islandais de moi-même et je dis: « Nei! ». Quand on majore les frais de scolarité, je réponds « Nei! ». Quand on refuse d’imposer adéquatement les mieux nantis, je rétorque « Nei! ». Quand on veut m’imposer des PPP, je réplique « Nei! ». Et quand on me dit que ces réformes de droite constituent le « gros bon sens », je m’époumone à crier « NEI! ».
Aujourd’hui, nous sommes tous Islandais. Nous avons vu ce que nous avons à attendre des gourous d’une droite habile dans ses discours créateurs d’illusion de richesse, mais qui se terre dans les bras du gouvernement au premier coup de vent. Les théories économiques de Milton Friedman, qui considérait l’Islande comme son utopie réalisée, ont perdu toute crédibilité.
Et si on osait l’équilibre, une véritable social-démocratie refusant les dogmes et l’idéologie d’une minorité d’exaltés désireuse de mettre la main sur nos richesses collectives?
Un peu de ketchup avec votre Big Mac?

Le stress de la cinquantaine

Une étude démontre que ce sont les travailleurs dans la cinquantaine qui sont les plus stressés au travail. Le niveau d’anxiété atteint un pic entre 50 et 55 ans, avant de diminuer à l’approche de la retraite. Une autre conséquence du « tout ou rien » qui caractérise le milieu du travail?
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En effet, on exige généralement du travailleur qu’il soit à l’oeuvre des semaines complètes tout au long de sa vie active. Sitôt sorti de l’école, sitôt enfermé dans une cellule chronométrée pour s’ouvrir quarante heures plus tard. On fait son temps dur, on repousse ses rêves à la fin de semaine, aux vacances d’été, et on se construit un petit futur confortable: voiture, maison, piscine, peut-être même un chalet si on en a les moyens.
Or, un autre chronomètre s’active également: celui de la vieillesse. L’énergie disponible à vingt ans n’est pas la même que celle de cinquante ou soixante ans, n’en déplaise à certains qui jureraient du contraire. À vingt-cinq ans, on travaille quarante heures et on sort toute la fin de semaine jusqu’à trois heures du matin. À cinquante, on a souvent davantage envie de se reposer. Et puis, les motivations changent. Dans la vingtaine, on est prêt à sacrifier une partie de sa vie pour bâtir son avenir, tandis qu’à cinquante on a enfin envie d’en profiter. On appelle cela le démon du midi, mais c’est peut-être simplement parce qu’on a attendu les douze coups de midi avant de réaliser l’urgence de profiter de la vie.
On vieillit progressivement, mais on s’attend à ce que le travail s’arrête immédiatement, à la retraite, comme sonne la cloche de cinq heures. Merci bon soir mon ami, c’est la fin pour toi, on n’a plus besoin de toi. Tu peux maintenant faire comme les oiseaux et aller te cacher pour mourir. Faut-il se surprendre que la retraite soit une source majeure de dépression?
Et si on pensait différemment? Et si on concevait le travail non pas comme étant un fardeau uniforme à faire porter à tous, indépendamment de leurs capacités, mais plutôt comme un outil d’émancipation devant être adapté à chaque individu? Par exemple, pourquoi un homme de vingt-cinq ans ne pourrait-il pas choisir de faire cinquante heures par semaines s’il le désire? Et pourquoi le cinquantenaire, qui a d’autres priorités, ne pourrait-il pas réduire son niveau de stress en travaillant vingt-cinq ou trente heures maximum?
Au-delà du bonheur et de la qualité de vie grandement améliorés que pourrait permettre une plus grande flexibilité du travail, une telle conception de l’emploi assurerait des économies d’envergure à l’État. Combien de crises cardiaques précipitées par le stress pourraient-elles être évitées dans la cinquantaine? Et combien de soins médicaux reliés à la dépression post-retraite dans la soixantaine? Chaque hospitalisation s’avérant très coûteuse pour la collectivité, une plus grande flexibilité du travail serait gagnante pour tous. On augmente la probabilité d’avoir des aînés en santé et heureux si on favorise la santé et le bonheur dans la cinquantaine.
Malheureusement, dans un système où ce n’est pas aux entreprises privées d’assurer les soins de santé – vous vous tuez au travail, mais c’est l’État qui ramasse les pots cassés – plusieurs sont réticentes à s’adapter aux conditions de vie changeantes de leurs travailleurs. Si on veut les responsabiliser quant à la nécessité de mieux respecter les spécificités de leurs employés, il faudrait peut-être penser à leur faire assumer une partie du coût des soins de santé spécifiques de leurs salariés.
On m’objectera qu’une entreprise serait ainsi davantage tentée de congédier un individu pouvant éventuellement nécessiter des soins; il conviendrait alors de renforcer la législation du travail pour rendre plus difficile tout congédiement pour de telles raisons. En attachant plus solidement la destinée de l’entreprise et celle de l’individu, on s’assure que la première prenne davantage soin du deuxième. Au final, tout le monde y gagne: l’État dépense moins pour les soins de santé, l’entreprise a des employés moins stressés et plus motivés et les individus jouissent davantage de temps pour profiter de la vie.
Dans un contexte de mondialisation néolibérale glorifiant les droits des entreprises et délaissant de plus en plus ceux de travailleurs qu’on jette comme les vulgaires copeaux de bois ayant permis de façonner une belle sculpture, qui aura le courage d’agir?