Mois : décembre 2009

L'année 2009 en cinq événements

Il est de bon ton à la fin d’une année de la résumer avec ses événements marquants. Puisque l’actualité elle-même fonctionne au ralenti, et que votre humble blogueur a de la difficulté à trouver quelque sujet inspirant, voici les quelques événements qui, de mon point de vue, ont marqué 2009.

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  1. La revalorisation du combat identitaire
    L’année 2009, selon moi, a été l’année ayant consacré notre libération du carcan dans lequel nous nous maintenions enfermés depuis le dernier référendum. Après quatorze années de peur, de recherche du consensus, de multiculturalisme et d’à-plat-ventrisme, nous osons enfin relever la tête et réclamer des mesures permettant à notre spécificité humaine de pouvoir survivre. Que ce soit en imposant la loi 101 au Cégep, en réclamant de profonds changements dans le cours d’Éthique et culture religieuse, ou en se questionnant sur le recul du français à Montréal, 2009 a été marquée par la recherche de solutions pour permettre aux Québécois de s’assurer un avenir en français et de continuer à enrichir la diversité humaine de leur présence.
  2. Le Go Fuck Yourself du Theatre Ste. Catherine.
    Individuellement, il ne s’agissait que d’un directeur de théâtre, Eric Amber, offusqué parce qu’on lui a demandé de retirer un groupe de sa liste d’envoi de courriels parce que ses courriels étaient unilingues anglais. Collectivement, pourtant, il s’agissait de la représentation ultime du mépris des anglophones pour le français à Montréal. Qu’un homme soit en mesure de vivre en anglais à Montréal et puisse faire fi de notre langue commune de cette façon et insulter le peuple québécois dépassent l’entendement. La manifestation et les réactions d’incrédulité qui ont suivi, de même que la distanciation de Juste pour Rire avec Eric Amber, ont contribué, selon moi, à raviver le combat linguistique à Montréal.
  3. La réélection de Gérald Tremblay
    Cette réélection a démontré une chose utile: les anglophones et les allophones de Montréal préfèrent une administration corrompue, gaspillant nos taxes pour engraisser leurs amis, faisant de Montréal une honte innommable, à l’élection d’une mairesse souverainiste et fière de ses origines. La corrélation entre le fait d’être un non-francophone et le vote pour Gérald Tremblay a été statistiquement très forte et je crois que cet événement a contribué à faire comprendre à plusieurs qu’on ne peut pas faire fi des enjeux identitaires, même au niveau municipal.
  4. La mort de Pierre Falardeau
    Le décès de Pierre Falardeau a marqué le Québec. L’initiative pour changer le nom de rue Amherst en rue Pierre-Falardeau (près de 13 000 membres aujourd’hui sur Facebook) n’a pas seulement démontré cet amour des Québécois pour le cinéaste, mais également le désir de célébrer ceux qui nous ont marqués. Falardeau, quoi qu’on en dise, n’est pas mort si des dizaines de Québécois se lèvent à sa suite et se battent pour ses idées. À un niveau plus personnel, c’est la mort de Falardeau, et l’écoute de ses dernières entrevues, qui m’ont fait découvrir Olivar Asselin, le plus grand de nos journalistes, qui a tenu le Québec en haleine pendant une génération au début du siècle précédent. Qu’un tel homme soit pour ainsi dire inconnu du public ne fait que démontrer l’état absolument pitoyable de nos connaissances historiques (et je m’inclus dans le lot).
  5. La grippe A(H1N1)
    Ce fut le sujet médical de l’année. Certaines personnes à l’idéologie penchant vers la droite aiment blâmer le modèle québécois, mais force est d’admettre que nos autorités ont bien géré la crise. Dans certains pays, les files s’allongeaient, on attendait des heures, mais ici, avec un système de coupon et des structures déjà bien organisées, la vaccination s’est faite dans le calme et en ordre. Évidemment, on ne pourra jamais véritablement mesurer le succès de la vaccination mondiale: qui sait ce qui se serait produit sans elle? Dans tous les cas, la grippe fut un sujet incontournable en 2009.

La liste pourrait probablement être bien plus longue. Mais c’est, pour l’essentiel, ma vision de 2009. Ce qui en restera, quand la page sera définitivement tournée demain soir. Ce qu’il restera de nous.

La guerre des mots

La décision de la Société des commerçants de l’avenue du Mont-Royal (SDAMR) de remplacer le « Joyeux Noël » ou sa version édulcorée du « Joyeuses Fêtes » par un fade « Joyeux Décembre » ne constitue qu’un exemple supplémentaire d’une guerre culturelle de plus en plus évidente au sein de notre société. Sous prétexte de n’exclure personne, on finit par s’exclure soi-même.

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Cette guerre, c’est la guerre des mots, des signes, des symboles. Là où la langue constituait, à l’origine, un ciment unificateur et intégrateur, permettant de se situer dans une même réalité, d’avoir une compréhension semblable du monde grâce à un héritage étymologique et à des références semblables, elle s’est aujourd’hui progressivement déconstruite, appauvrie, dépossédée d’elle-même. Le français constitue une langue riche, vivante, précise, mais on a peur d’utiliser cette précision pour lui permettre de s’imposer comme véritable langue commune non pas en tant que telle, mais en tant que langue représentant la culture commune et les valeurs communes de notre société. Autrement dit, on veut bien parler français en autant que celui-ci ne fasse pas référence à une réalité culturelle originale.
Ainsi, s’il devenait de mauvais goût de parler de Noël hier, et ainsi de « choquer » les non-croyants, aujourd’hui ce sont les « Fêtes » qui subissent la censure d’une forme abusive de multiculturalisme. La logique de ceux qui veulent déposséder notre culture et notre langue est pourtant simple: de nombreuses Fêtes n’ont pas lieu en décembre (on peut notamment penser au Noël orthodoxe de janvier, par exemple) et sous prétexte de ne pas offusquer la minorité, on dépossède la majorité.
Or, pourquoi s’arrêterait-on là? Pourquoi parler de décembre, par exemple, quand de nombreux Chinois utilisent un calendrier différent? Historiquement, pour ceux-ci, la période correspondant à notre Noël constitue la période lunaire numéro onze et porte le nom de Shíyïyuè. Ne s’agit-il pas d’une insulte à nos chers « compatriotes » chinois que de parler de décembre? Et qui a pensé aux Hindous, dont le mois associé à nos Fêtes s’appelle Makar? Et qui a pensé au calendrier juif? Ne faudrait-il pas, par rectitude politique et respect du dogme multiculturel parler plutôt de « Joyeuse fin d’automne et début d’hiver »? Mais ne risquerait-on pas alors d’insulter nos concitoyens originaires d’Amérique du Sud et pour qui l’hiver a lieu en plein été?
Où s’arrêtera-t-on?
Cette guerre des mots, cette fraction de seconde où il nous faut réfléchir et choisir entre l’utilisation du « Joyeux Noël », du « Joyeuses Fêtes » ou du « Joyeux décembre » constitue notre pire défaite. Sous prétexte de ne pas offusquer la moindre minorité, nous avons transformé notre langue non plus en outil de communication permettant d’exprimer notre réalité, mais en outil de contrôle aseptisant nos pensées, javellisant nos croyances et épurant toute référence à un « nous » autre qu’un ramassis de cultures diverses sans avenir commun.
En fait, se juxtaposant à la guerre linguistique que doivent vivre au quotidien les Québécois de Montréal, forcés dans le cadre de leur travail à utiliser une langue étrangère, s’ajoute la guerre idéologique de mots qui, s’ils continuent de s’exprimer en français, exposent une réalité faisant de l’abnégation de la réalité québécoise la condition essentielle du vivre-ensemble. Autrement dit: ce n’est plus à la minorité de chercher à utiliser les mots de la majorité dans le but de s’intégrer, mais c’est à la majorité d’appauvrir sa langue et sa pensée afin de s’adapter à chaque minorité.
Chaque phrase devient donc une guerre silencieuse, chaque mot un coup de canon contre le fort de nos valeurs et chaque renonciation de notre histoire et culture communes un énième drapeau blanc, symbole de notre défaite identitaire.
Et si on osait affirmer fièrement le « Joyeux Noël » traditionnel? Non pas parce que nous sommes tous catholiques pratiquants, mais simplement parce que nous comprenons que l’Église catholique fait partie de notre héritage commun et que ce Noël, s’il peut se vivre de milliers de façons différentes, demeurent une fête unificatrice pour nous tous?
Car si nous abdiquons aujourd’hui, quelle sera la prochaine étape? Joyeux 24 juin?
Pour 2010, si on se souhaitait un peu plus de fierté et d’avoir moins honte d’affirmer notre identité nationale?

Ignatieff n'a rien compris

Michael Ignatieff affirme avoir compris le message. Après avoir promis, il y a quelques mois à peine, de défaire le gouvernement Harper à la première occasion, voilà qu’il promet aux Canadiens de ne pas défaire le gouvernement Harper en 2010. Il n’a vraiment rien compris.

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La politique, c’est un peu comme un mariage; on ne peut pas faire vœux d’éternité en pensant que la majorité des mariages se terminent par un divorce – même si c’est le cas. Il faut faire semblant d’y croire; il faut à tout le moins essayer de faire fonctionner le couple pour le mieux-être de chacun. Le parlement constitue cet espèce de mariage bizarre à plusieurs qu’ont choisi les Canadiens. On peut ne pas être d’accord, on peut considérer que ses adversaires politiques ne sont pas dignes – et Stephen Harper le prouve au quotidien – mais la population a demandé au mariage forcé de fonctionner. Le couple ne se sépare qu’après avoir tout essayé, et non pas parce qu’un des protagonistes croit pouvoir tirer un avantage matériel d’un divorce bien planifié. Voilà pourquoi la cote de popularité de Ignatieff a dramatiquement chuté lorsqu’il a annoncé son intention de défaire les Conservateurs: il n’a pas suivi le rythme normale de la cohabitation imposée par le vote des Canadiens.
Or, en affirmant qu’il allait ne pas les défaire au cours de l’année 2010, il commet exactement la même erreur, mais à l’inverse. Il tente encore une fois d’imposer un rythme non-naturel à la relation parlementaire. Il agit un peu comme agirait un homme ou une femme qui, dans un couple, affirmerait à l’autre que le couple pourrait être victime de la pire violence, des plus tragiques trahisons, des pires manigances, mais qu’il ne pourrait jamais se scinder. En d’autres mots: on donne carte blanche à ses adversaires et on déclare solennellement son incapacité à agir sur le réel en s’emprisonnant dans une relation pouvant se détériorer à chaque instant.
En fait, en agissant de la sorte, Ignatieff démontre non seulement son manque de flair politique, mais également son incapacité à suivre le rythme de la population. Obnubilé par ses propres intérêts quant à la possibilité de défaire ou non le gouvernement en fonction des sondages, il oublie l’intérêt des Canadiens qui ont voté pour lui. Bref, il se croit si clairvoyant, si intelligent, si supérieurement intellectuellement génial qu’il donne l’impression du marié planifiant son divorce en pleine lune de miel. Ses critiques le disent froid, cérébral, calculateur, mais en tentant de décider froidement du meilleur moment de déclencher ou non des élections, il le prouve.
Renverser un gouvernement – ou divorcer – implique d’avoir tout essayé pour éviter d’en arriver là et de conclure à l’existence de profondes divergences ne pouvant trouver de solution dans la cohabitation actuelle. Si Ignatieff passait un peu plus de temps à critiquer le bouffon qui nous sert de premier ministre et à expliquer en quoi un gouvernement libéral agirait différemment, bref s’il donnait l’impression que son parti et celui de Harper étaient réellement différents tant sur le fond que sur la forme, le moment de déclencher des élections viendrait par lui-même.
En s’improvisant grand alchimiste des désirs des Canadiens et en faisant passer les intérêts de son parti avant ceux des idées qu’il doit au moins faire semblant de défendre, il a réussi là où peu auraient cru le voir réussir il y a peu: faire pire que Stéphane Dion.

La nébuleuse idéologique des Jeunes péquistes

Minorité anglophone. Il y a quelque chose de choquant dans ce mot. Un peu comme si, à l’époque de Jules César, on parlait de minorité romaine, ou de minorité mongole à l’ère de Genghis Khan, de minorité française sous Napoléon ou de minorité allemande à l’ère du Troisième Reich; peut-on sérieusement plaindre les anglophones vivant au Québec et les considérer comme une pauvre minorité opprimée par les méchants Québécois? Il faudrait pourtant le faire, selon Jessy Héroux, secrétaire-trésorier des Jeunes péquistes de la Capitale-Nationale.

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En effet, dans un message qu’il a publié sur mon profil Facebook, il m’accuse de « maltraiter la minorité anglophone », de traiter avec dégoût « près du 1/5ème de la population du Québec » et de ne pas voir la différence soi-disant fondamentale entre les anglophones qui envoient « leurs enfants dans des écoles anglaises ou encore que des commerces [qui] refusent de servir des clients en français et le fait de traiter cette minorité avec dégoût ». Et pourquoi cette réaction aussi vitriolique que maladroite? Parce que j’avais osé prétendre qu’il fallait communiquer en français avec les anglophones pour leur lancer le message que la langue commune, au Québec, est le français.
Un cinquième de la population. Le chiffre frappe, non? En fait, c’est 8,2% de la population qui est de langue maternelle anglaise au Québec. Vingt pour-cent, c’est le pourcentage de la population n’ayant pas le français comme langue maternelle, un chiffre en constante progression. Quand M. Héroux, qui du reste joue parfaitement son rôle de digne représentant d’une frange non négligeable de mollassons linguistiques chez les Jeunes péquistes, assimile automatiquement les allophones à l’anglais, que nous dit-il, en fait? Il nous affirme que sa vision du Québec en est une où le français constitue une langue défensive, une langue de repli, qu’on doit chuchoter entre consanguins et rapidement oublier devant l’autre. Il jette aux oubliettes toute velléité d’intégration des immigrants et des allophones à notre langue commune.
Ainsi, nous, Québécois, serions de durs tortionnaires contre une pauvre minorité opprimée dont il conviendrait de défendre la culture et la langue. Un peu plus et le gai luron secrétaire de Québec, dont la bonne humeur exemplaire sur Facebook ne semble avoir d’égale que son dédain de ceux qui oseraient réclamer la protection du français au Québec, se lancerait-il dans une campagne spéciale pour nous inciter à parrainer un anglophone. Avoir su, il aurait fallu l’inviter à distribuer des bons de contournement de la loi 101 permettant aux anglophones d’envoyer leurs enfants à l’école anglaise… N’aurait-il pas été coquet, avec nous, dans une toge?
Qu’importe si nous ne représentons même pas 2% de l’Amérique du Nord; qu’importe si les institutions anglophones sont sur-financées; qu’importe si notre poids démographique diminue; qu’importe si la langue anglaise, appuyée par un pays aussi puissant que les États-Unis, soit devenue le rouleau-compresseur des cultures minoritaires; qu’importe si on demande de plus en plus l’anglais aux Québécois sur le marché du travail; qu’importe si la vitalité de l’anglais à Montréal et dans les banlieues dépasse celle du français. Non, non, vous n’y êtes pas. C’est l’anglais qui est en danger et il faut absolument – je répète, absolument – défendre la minorité anglaise sans défense contre les dangereux Québécois…
Aurions-nous idée d’une moutonnerie aussi totale si elle ne venait pas de la part d’un individu se réclamant du Parti Québécois? Un parti dont la cheffe a fait de l’apprentissage de l’anglais sa priorité, où l’ex-chef Bernard Landry a qualifié McGill de « fleuron » du Québec, où l’ex-ministre Louise Harel, dans son pathétique discours de perdante lors des élections municipales de Montréal, a sciemment parlé dans un anglais massacré au lieu d’utiliser la langue commune des Québécois, où Lucien Bouchard a fait reculer l’apprentissage de l’anglais de la quatrième à la troisième année du primaire… L’histoire récente du Parti Québécois en est une de déni du danger du français au Québec et de glorification d’un bilinguisme qui, dans notre contexte de minorisation croissante, ne peut que nous mener à l’assimilation.
En fait, il faut faire preuve d’une telle gymnastique intellectuelle si on veut suivre la nébuleuse idéologique de Jessy Héroux et de son parti, qu’on en vient presque à se demander si ceux qui y croient le font après réflexion ou par intérêt personnel. D’un côté, selon le sous-fifre des Jeunes péquistes de Québec, il serait mal d’exiger le français dans nos rapports sociaux au Québec. Exiger de pouvoir interagir dans la langue officielle du Québec, notre langue de naissance, notre langue commune, serait une marque de dégoût. Mais de l’autre, il serait souhaitable de refuser l’accès aux écoles anglaises à la « minorité » anglophone. D’un côté on maltraiterait la « minorité » anglophone en leur parlant en français, mais de l’autre il faudrait exiger de se faire servir en français dans un commerce. Vous y comprenez quelque chose?
Il faut être cohérent: ou bien on considère que l’anglais est une langue légitime, une seconde langue officielle au Québec (en attendant de devenir la première), et on se débarrasse de la loi 101 et de toutes les lois linguistiques brimant la pauvre « minorité » anglophone, ou bien on considère que le français est assez en danger et constitue une fierté et une valeur assez importantes pour se donner les moyens de le défendre. Ou bien on considère le français comme une béquille dans un monde où l’anglais devrait constituer la lingua franca internationale même entre les citoyens de notre propre nation, ou bien on affirme la nécessité de viser la pluralité linguistique et culturelle de ce monde en sauvant notre diversité. Ou bien on signe la capitulation de notre histoire et on adopte, finalement, la langue des vainqueurs un quart de millénaire plus tard, ou on continue à se battre et à réclamer le droit d’exister d’une manière différente, selon des valeurs qui nous sont propres. Il faut choisir.
Or, le Parti Québécois et ses grouillots ont décidé depuis longtemps. Ils ont statué qu’au-delà des mots, au-delà des discours forcés de Pauline Marois, au-delà des belles déclarations sur le débat identitaire, une vérité demeure: il ne faut pas faire de vagues. On peut parler d’indépendance, mais on ne doit pas faire de référendum; on peut parler d’identité, mais on ne peut pas réduire l’immigration; on peut parler de langue, mais il ne faut surtout pas s’attaquer aux privilèges des anglophones de Montréal; on peut parler de survie, mais il faut absolument et impérativement se hâter à parler anglais à quiconque en ferait la demande! L’indépendance est devenue une marque de commerce banale devant se faire sans rupture avec un quelconque ordre établi et n’impliquant aucun gain significatif pour le peuple québécois.
Dans un parti politique sainement constitué, les jeunes sont des vecteurs de changement. Quand ils se contentent d’être des béni-oui-oui répétant les mêmes dogmes que leurs ainés en espérant un jour rejoindre la classe vieillissante des apparatchiks bedonnants, ils ne servent plus à insuffler l’énergie vitale permettant au parti de se renouveler, mais ils contribuent, de par leur attachement à des idées désuètes et gangrenées, à l’enterrement définitif des idéaux qu’ils prétendent défendre.
Jessy Héroux n’est qu’un exemple parmi d’autres chez certains Jeunes Péquistes. Quand la méthode remplace le but et quand le but remplace l’idéal, ce ne sont plus des bergers qui mènent les moutons, mais des abatteurs. Et quand ce sont des Québécois eux-mêmes qui se font les plus grands défenseurs de la majorité anglophone, on mesure mieux tout le chemin qu’il reste à parcourir avant d’assurer la survie de notre langue et de nos valeurs.

Hausse des tarifs: dislocation sociale 101

La Presse travaille fort pour nous convaincre de la nécessité de hausser les tarifs d’électricité. L’organe de presse de Power Corporation, sous la plume de son nouveau caniche des pages éditoriales, utilise l’exemple du Vénézuela, où l’essence est peu coûteuse, pour parler du gaspillage systématique d’une ressource lorsque son prix n’est pas fixé par le marché. Derrière cette logique apparente se cache une idéologie beaucoup plus pernicieuse: mettre fin aux services publics et forcer les citoyens à payer le coût réel pour chaque service.

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Ainsi, même s’il a été démontré par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) que les hausses de tarifs d’électricité n’empêchent pas le gaspillage car l’électricité possède une très faible élasticité-prix – elle est à ce point nécessaire dans notre climat froid qu’on ne peut qu’appauvrir la majorité de la population en augmentant son prix – et que ces hausses toucheraient principalement la classe moyenne et les plus démunis, les idéologues de La Presse n’en démordent pas: il faut faire payer le « vrai » prix aux citoyens.
Or, à quoi ressemblerait une société où le principe de l’utilisateur-payeur serait érigé en dogme absolu? Autrement dit: pourquoi s’arrêter à l’électricité si la recette est si efficace?  Si tout ce qui est fourni au citoyen en-dessous de la valeur marchande est gaspillé, pourquoi ne pas s’attaquer aux autres forme de gaspillage?

  • Santé. Les citoyens devraient payer le coût réel de chaque hospitalisation, de chaque opération, de chaque visite chez le médecin.  « Monsieur, vous opérer coûterait 10 000$, avez-vous l’argent? »  Un tel système ressemblerait à ce qui se fait aux États-Unis, qui possède un réseau de la santé presque deux fois plus coûteux qu’au Canada et qui est responsable de la mort de plus de 100 000 personnes par année, conséquence d’une trop grande place faite au privé.
  • Éducation. Pourquoi l’État devrait-il fournir l’éducation à ses citoyens en-dessous du prix du marché?  Il faudrait démanteler le réseau public et facturer directement les parents.  Au Canada, on estime le coût d’une année d’étude à plus de 3500$ au primaire et 4700$ au secondaire.  C’est donc dire que le coût moyen assumé par chaque parent pour assurer une éducation de base à ses enfants serait de 45 000$.  Croyez-vous que beaucoup d’enfants d’Hochelaga-Maisonneuve ou de Montréal-Nord iraient à l’école?
  • Transport. L’entièreté du coût des transports en commun devrait être assuré par les citoyens.  Oubliez la CAM à 70$; s’il faut faire payer le coût réel du service, il faudrait probablement doubler le coût de la passe mensuelle à Montréal.  En outre, assurerait-on des services dans les quartiers pauvres, moins rentables?  Ou la nuit?  Oubliez-ça: comme à Detroit, un service pourri, sur les grandes artères seulement, hors-de-prix, et très irrégulier.   Dans un tel contexte, nombreux sont ceux qui préféreraient utiliser leur voiture!
  • Garderies. Sept dollars par jour, êtes-vous fou?  Qu’importe si les Centres de la petite enfance (CPE) ont contribué à la hausse du taux de natalité.  Non, non, payez mes amis.  Oubliez ça, 35$ par semaine pour faire garder vos enfants; pensez plutôt à 35$ par jour, 175$ par semaine! Il ne faudrait quand même pas gaspiller un tel service en y envoyant « trop » vos enfants!
  • Aide sociale. Quelle est la valeur réelle du B.S.?  Nulle, diraient certains.    Si on doit faire payer le « vrai » prix aux citoyens, il faut être conséquent et éliminer le B.S.  Et ces gens, sans emploi, sans B.S., qui ne peuvent ni se faire soigner gratuitement, ni se faire éduquer, ni se déplacer, ni faire garder leurs enfants, que leur resterait-il?   Le nombre de vols, de meurtres et de délits divers exploserait (les gens doivent se nourrir et on ne peut pas inventer 500 000 emplois demain matin).

Le beau programme. On rêve déjà, n’est-ce pas? Des quartiers entiers poussés dans la pauvreté, la précarité, des gens qui meurent faute de soins, le taux d’analphabétisme qui explose, une mobilité quasi-absente, des vols, de la misère, des riches qui s’isolent derrière des grilles pour se protéger de la rapace…
Mon grand-père, de son vivant, me parlait parfois de Ville Jacques-Cartier, sur la rive-sud, une bourgade dont le territoire compose le gros de l’actuelle ville de Longueuil.  J’habitais à Longueuil, à l’époque, et il m’avait expliqué pourquoi à un certain endroit les rues n’arrivent pas les unes face aux autres: « À l’époque, qu’il me racontait, il y avait une palissade entre Longueuil, son électricité, ses rues asphaltées, son réseau d’égout et ses riches citoyens, et Ville Jacques-Cartier, avec ses rues de boues, ses bécosses, ses maisons délabrées. Ville Jacques-Cartier, c’était la misère noire. »
Ne voilà-t-il pas le comble du comble du paiement du coût « réel » de chaque service? Des quartiers trop pauvres pour avoir l’eau courante, des rues asphaltées… Et on ne parle pas ici des conditions épouvantables de santé ou d’éducation. Voilà ce vers quoi veulent nous amener les gentils idéologues de La Presse de Power Corporation. Tout pour les riches, qui peuvent se payer le coût réel, et rien pour les autres. Dislocation sociale 101.
Payer moins cher que le prix du marché, c’est aussi déclarer qu’un service est trop important pour laisser le jeu de l’offre et de la demande en dicter le prix. Ce n’est pas du gaspillage, mais une juste appréciation de la nécessité de protéger la classe moyenne et les plus démunis. Car à partir du moment où on accepte de hausser les tarifs d’un service aussi essentiel que l’électricité, on ouvre la porte aux pires excès et on redécouvre les plus grandes noirceurs d’un passé qu’on croyait loin derrière soi.