Mois : février 2010

Quand le PQ s'attaque à la social-démocratie

Il y a de ces nouvelles qui se glissent bien dans un entrefilet, entre deux faits divers: le Parti Québécois (PQ) veut tourner le dos à l’État-providence. Rien de nouveau, en fait, quand on lit le programme du parti, qui semble plus à l’écoute des besoins des entreprises et des mieux-nantis que de la population en général. Ce qui frappe, par contre, c’est le misérable synchronisme et la terrible candeur d’un parti qui, face aux affronts répétés d’une droite qui entend se servir de la crise des finances publiques pour mieux dépecer notre État, ouvre toutes grandes les portes de la bergerie aux prédateurs.

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Ainsi, deux jours après la sortie de Cupide Bouchard et de ses amis aumôniers de la misère sur l’éducation et au lendemain de la publication du troisième fascicule des « experts » payés par le gouvernement pour promouvoir et justifier l’idéologie néolibérale, le Parti Québécois aurait pu et aurait dû jouer son rôle d’opposition et proposer une approche différente, plus humaine, moins à droite. À l’image de Québec Solidaire, qui a proposé ses propres solutions pour améliorer les finances de l’État, le Parti Québécois aurait eu la chance de se distancer de ses soi-disant adversaires libéraux et de s’établir comme une alternative crédible. Occasion manquée.
En fait, les péquistes semblent englués dans leur conception méprisante pour les citoyens de l’alternance du pouvoir. Dans les officines du parti, on se dit qu’après trois mandats, il sera naturel que le PQ se fasse réélire en 2012. Il suffit donc de ne pas trop faire de vagues, de suivre le courant, de ne pas s’aliéner les grands argentiers ou les éditorialistes de La Presse. Le pouvoir pour le pouvoir. On se place sous l’arbre, on laisse le fruit mûrir, et on attend qu’il nous tombe dans les mains. Et tant pis pour les citoyens qui espèrent du changement. Qu’on se le tienne pour dit: le PQ désire le pouvoir; pas question de l’utiliser pour changer les choses! En matière économique, Parti Québécois et Parti Libéral du Québec, c’est blanc bonnet, bonnet blanc. Enlevez le concept de souveraineté – à propos de laquelle le PQ n’a rien fait depuis une décennie – et vous avez deux clones à l’Assemblée nationale.
Or, avant de s’arrimer aux positions conservatrices, de rejeter l’État-providence et de s’aliéner définitivement ce qui reste des reliquats de son aile-gauche, ne faudrait-il pas se questionner, au-delà du désir de prendre le pouvoir, sur les conséquences d’une telle mesure? Ce n’est pas rien tout de même: ce que le PQ vient de nous dire, c’est qu’il rejetait les progrès de la Révolution tranquille et qu’il adoptait le dogme du moins d’État, cette stratégie pour « affamer la bête », dixit Josée Legault.
Pourtant, l’État-providence, loin d’être la tare dénoncée par nombre d’idéologues de droite, fonctionne. Malgré ses défauts, il s’agit encore de la manière la plus équilibrée, entre les extrêmes du communisme et du capitalisme sans garde-fous, de gérer une société humaine. Avant les années 60 et la Révolution Tranquille, le Québec était, sous Duplessis, l’endroit le plus réfractaire à celle-ci. Le « cheuf » détestait tout ce qui représentait la moindre intervention de l’État dans l’économie. Résultat? Le Québec constituait une des sociétés les moins avancées d’Amérique du Nord avec une économie à la solde d’entreprises étrangères, et une population largement paupérisée. Le politicologue Yves Vaillancourt explique:

La timidité de l’interventionnisme de l’État québécois à la veille de la Révolution tranquille signifiait un énorme coût social pour la majorité de la population qui demeurait en quelque sorte à découvert par rapport au risque de la maladie, du chômage, de l’insuffisance des revenus de travail. Il faut le dire avec clarté: sur une base comparative avec les autres provinces canadiennes, notamment la Saskatchewan, où l’État provincial assumait davantage ses responsabilités sociales, le système de services sociaux et de santé qui prévalait au Québec était carrément artisanal. Bien sûr, pendant ce temps-là, les compagnies privées d’assurance-maladie, auxquelles les Québécois versaient $ 50 millions de primes en 1955, faisaient de bonnes affaires. Mais pour les deux tiers de la population québécoise qui n’étaient pas assurés, la maladie était une catastrophe et, accepter de se faire soigner et hospitaliser, c’était s’endetter pour des années, comme devait le rappeler Jean Lesage dans son premier Discours sur le budget en 1961.

Concrètement, le Parti Québécois, en rejetant l’État-providence, juge que cette situation pré-Révolution Tranquille était préférable à la situation actuelle. On aura beau appeler cela une « redéfinition de la social-démocratie » jusqu’à l’Apocalypse, on parle bel et bien d’un état de fait où l’État, en se retirant, laisse les citoyens seuls face aux compagnies privées et aux aléas du destin.
Par ailleurs, si l’État-providence méritait d’être jeté aux poubelles, pourquoi ceux qui le maintiennent réussissent-ils à conserver une société cohérente, moins pauvre? Le Danemark, par exemple, est le pays industrialisé qui impose le plus lourdement ses mieux-nantis, et qui, selon une étude comparative du Luxembourg Income Study, possède le plus fort État-providence des pays industrialisés. Mais il s’agit également de celui dont la pauvreté de la population y est la plus faible. En fait, selon cette même étude, les probabilités qu’une personne en âge de travailler vive dans la pauvreté sont près de 17 fois plus élevées aux États-Unis, pays développé à l’État le plus faible, qu’au Danemark. Et c’est vers cela que le PQ désire nous amener? C’est cela, le projet de société péquiste?
Une société constitue une chaîne entre les humains et on mesure la force de cette chaîne à la force de ses maillons les plus faibles. Nous avons mesuré ce qui arrivait à des pays qui, comme l’Islande en ce moment ou l’Argentine il y a une décennie, ont tourné le dos à l’État et ont décidé de laisser les acteurs privés s’offrir un buffet « tout ce que vous pouvez manger »: la crise financière. En désirant accélérer le processus de désengagement de l’État que nous subissons depuis déjà plusieurs décennies, ce n’est pas seulement la santé et la sécurité des citoyens de la classe moyenne et des moins-nantis qu’on met en jeu, mais également la santé financière de l’État. Un État déjà affecté par plusieurs décennies de gouvernements de droite pour qui tous les prétextes sont bons pour s’attaquer à l’État-providence.
Les ressources existent. Les moyens de s’enrichir aussi. Il faut en avoir la volonté. Selon Statistiques Canada, dans les années 50 les contribuables versaient 50,8% des revenus d’impôts de l’État, les Compagnies 49,2%. En 1993: les contribuables versaient 88,6% de ces revenus et les Compagnies, 11,4%. La colère des citoyens de se sentir surtaxés est légitime. Ce n’est pourtant pas une raison pour se débarrasser de services qui contribuent à notre richesse collective, mais peut-être plutôt pour s’interroger sur la nécessité d’adhérer à un système de valeurs faisant des entreprises privés et des individus les principales locomotives de notre développement quand nous jouissons d’un État autrement plus efficace et adapté à cette tâche.
Les forces s’attaquant à notre État sont fortes, vives et organisées dans des think-tanks ayant leurs entrées au gouvernement et des journaux à la solde d’entreprises comme Power Corporation et Quebecor, qui ont des intérêts directs dans le marchandisage de nos services publics. Force est de constater qu’elles ont aussi accès au Parti Québécois et que ce parti, qui pouvait autrefois prétendre représenter l’ensemble de la société, n’en représente aujourd’hui que la faction la plus riche. Et encore, seulement si cela lui permet de se faire élire. Le pouvoir pour le pouvoir, c’est bien tout ce qui compte au PQ, n’est-ce pas?
Il serait peut-être temps pour tous ceux qui se croient sociaux-démocrates et indépendantistes, dans ce parti, qu’ils réalisent que le PQ n’a rien fait pour l’indépendance depuis quinze ans et qu’il s’affaire à détruire ce qui constituait notre plus grande richesse: notre social-démocratie.
Suis-je le seul à rêver d’un vaste parti de centre-gauche s’intéressant à la fois aux enjeux identitaires, au désir de survie de la nation québécoise et qui fait la promotion d’une plus juste redistribution de la richesse?

Les grands démolisseurs

Parfois, il faut aller au-delà des chiffres pour comprendre l’étendue de l’entreprise idéologique cherchant à nous imposer des hausses de tarifs et des baisses de services. On aura beau démontrer noir sur blanc que de telles mesures seraient régressives, qu’elles nous appauvriraient, qu’elles ont échoué un peu partout où elles ont été appliquées, rien n’y fait. Josée Legault l’a noté avec justesse dans son dernier billet: nous ne sommes pas en présence de libre-penseurs cherchant philosophiquement à améliorer la société, mais d’une vaste entreprise de démolition de notre État.

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En fait, la dernière décennie aura constitué une sorte de pause, ou presque. Jusque vers 2001, on appliquait la doctrine à la lettre, et de nombreux mouvements sociaux ont éclos, convergé dans ce qu’on a appelé d’abord les anti-mondialistes, puis les alter-mondialiste. Par la suite, les mouvements d’opposition ont perdu de l’ampleur, peut-être parce que la croissance économique a permis de donner les miettes nécessaires à acheter la classe moyenne et les plus démunis pendant que les gros bonzes de la finance s’en mettaient plein les poches. On a coupé les impôts des mieux-nantis d’une manière irréfléchie, mais l’État était tout de même assez riche pour satisfaire les intérêts minimums du citoyen lambda.
Aujourd’hui, pourtant, ce n’est plus le cas. Après avoir dilapidé l’argent public dans des baisses d’impôts aux grandes entreprises et aux particuliers les mieux-nantis, le manège recommence. Il faudrait « se serrer la ceinture », faire preuve de réalisme, éviter la catastrophe. Bref, il faudrait encore une fois demander à la classe moyenne d’écoper pendant qu’on laisse les privilèges des plus favorisés intacts.
En 1998, Bourdieu écrivait déjà, à propos du néo-libéralisme:

Comme le marxisme en d’autres temps, avec lequel, sous ce rapport, elle a beaucoup de points communs, cette utopie suscite une formidable croyance, la free trade faith (la foi dans le libre-échange), non seulement chez ceux qui en vivent matériellement, comme les financiers, les patrons de grandes entreprises, etc., mais aussi chez ceux qui en tirent leurs justifications d’exister, comme les hauts fonctionnaires et les politiciens, qui sacralisent le pouvoir des marchés au nom de l’efficacité économique, qui exigent la levée des barrières administratives ou politiques capables de gêner les détenteurs de capitaux dans la recherche purement individuelle de la maximisation du profit individuel, instituée en modèle de rationalité, qui veulent des banques centrales indépendantes, qui prêchent la subordination des États nationaux aux exigences de la liberté économique pour les maîtres de l’économie, avec la suppression de toutes les réglementations sur tous les marchés, à commencer par le marché du travail, l’interdiction des déficits et de l’inflation, la privatisation généralisée des services publics, la réduction des dépenses publiques et sociales.

Le mot est lancé: foi. C’est une véritable foi dans le libre-marché. Ça n’a rien de rationnel. On en arrive à une logique complètement circulaire et fermée où toute proposition promettant de seulement limiter ou contrôler le marché se voit immédiatement discréditée à coups d’arguments idéologiques issus du petit catéchisme néolibéral. Hausser les impôts des plus riches? Êtes-vous fou, pensez à notre productivité! Mieux imposer les entreprises? Ça ne va pas, elle vont partir en Chine! Les propagandistes ont réponse à tout. Il faudrait accepter son sort, considérer le libre-marché et la libre circulation des biens et services comme inéluctable et observer une minorité de riches se la couler douce pendant que les autres s’appauvrissent, et tout cela parce que c’est la chrétienne économie.
Pourtant, les solutions existent. Celles de Québec Solidaire me semblent particulièrement intéressantes:

  • Redevances sur l’eau de 0,01$ du litre: 775 millions $;
  • Maintien de la taxe sur le capital: 503 millions $;
  • Diminution de 20% des subventions aux entreprises: 1203 millions $;
  • Un nouveau palier d’imposition pour les plus riches et une limite des RÉER: 533 millions $;
  • Imposition optimale des gains de capital: 818 millions $;
  • Suspendre le versement du Fonds des générations: 880 millions $;
  • Augmentation des redevances minières: 340 millions $.

Ces mesures permettraient d’aller chercher 5 milliards de dollars, soit grosso modo l’équivalent du déficit.  Elles ne constituent peut-être pas la panacée, mais elles ont le mérite de s’attaquer à ceux qui ont les moyens de payer.   Évidemment, ne comptez pas sur La Presse (Power Corporation), le Journal de Montréal (Quebecor) et d’autres médias dont les dirigeants auraient tout à y perdre pour en faire la promotion.
Voilà peut-être la seule réponse possible contre l’abrutissement généralisé que cherche à nous imposer ce gouvernement et son équipe de l’Inquisition de la vieille droite: la démocratie. Être capable, le jour du vote, dans l’isoloir, même si c’est dans trois ans, de se rappeler qui a eu notre sort à coeur et qui se contente de hausser les épaules en nous imposant leur remède de cheval.
Pour ma part, dans trois ans, je me souviendrai de Québec Solidaire. Je me rappellerai que c’est un des rares partis politiques au Québec qui, en un moment aussi critique où on cherche encore une fois à nous imposer des mesures faisant reculer notre nation, a eu le courage de développer un argumentaire alternatif et des mesures concrètes permettant de déboulonner les statues de fumier de ces fausses idoles issues d’un autre siècle.
Nous avons travaillé pendant des décennies pour bâtir un Québec moderne et démocratique qui, malgré ses défauts, fait l’envie du monde entier.
Ne les laissons pas tout démolir.

Il faut RÉDUIRE les frais de scolarité

Lucien Bouchard est en mission. Ayant entendu le vibrant appel d’André Pratte à la recherche d’une relève des forces fédéralistes face à un Parti Québécois lui semblant mieux en selle, il a réussi, en une semaine, à semer la pagaille entre les indépendantistes sur la question identitaire et à choquer toute l’aile-gauche avec ses propositions de hausses de frais de scolarité. S’il se préparait un retour en politique active, il ne ferait pas mieux. Et qu’importe si ses idées ne fonctionnent pas et si une telle hausse des frais ne ferait que nous appauvrir collectivement.

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Ainsi, comme je l’ai déjà noté, l’éducation constitue un investissement et non une dépense. Le taux de rendement public relié au passage d’un étudiant du secondaire jusqu’à l’obtention d’un baccalauréat, se situe autour de 8,5%, ce qui signifie que chaque fois où nous incitons nos jeunes à rester à l’école, nous nous enrichissons. Les dépenses reliées à l’éducation sont facilement compensées par celles du décrochage, où chaque étudiant laissant ses études coûte annuellement près 8098$ en soins de santé privé, 4230$ en assistance sociale, 224$ pour ce qui est des crimes, 3491$ en revenus perdus, 226$ en taxes non payées, 68$ en primes d’assurance-emploi et 2767$ en assurance-emploi. Une étude du Conseil canadien sur l’apprentissage, publiée en février 2009, évaluait le coût du décrochage à 37 milliards $ par année. Financer l’éducation, c’est s’enrichir. Les étudiants universitaires sont plus en santé et plus politisés; ils apportent une plus-value considérable à la société.
Or, lorsqu’on hausse ces frais, on réduit l’accessibilité. Malgré toutes les précautions et les appels à la protection des plus démunis, il s’agit d’une vérité indéniable. En 1990-1991 et 1991-1992, par exemple, les frais de scolarité, à l’échelle canadienne, se sont accrus de 15,2% et 16,% respectivement. Le nombre d’étudiants a chuté significativement, passant de 677 157 en 1992 à 668 535 l’année suivante, puis 658 284 en 1994-1995 et jusqu’à 633 018 en 1997-1998. En fait, il a fallu attendre le début des années 2000 pour qu’il y ait autant d’étudiants qu’avant les hausses des frais de scolarité. (( Statistique Canada, Tableau 477-00131, Effectifs universitaires, selon le régime d’études, le niveau d’études, la Classification des programmes d’enseignement, regroupement principal (CPE_RP) et le sexe, annuel (nombre) )) Au Québec, également, on a constaté la première chute du nombre d’étudiants universitaires de la décennie à partir de 2005, année de la première hausse de ces frais. Concrètement, en haussant les frais de scolarité, on diminue le rendement de notre investissement. On contribue à l’augmentation du nombre de décrocheurs, ce qui coûte très cher à la collectivité.
D’une certaine manière, Lucien Bouchard nous demande, à défaut d’avoir suffisamment de bois à l’extérieur, d’utiliser le bois des murs pour chauffer notre maison. En apparence, il est possible de le faire, mais plus on détruit les murs pour se chauffer, plus il faut chauffer pour compenser pour les courants d’air. C’est la même chose qui risque de se produire si on suit ses idées: plus on demandera aux étudiants de payer eux-mêmes leurs études, plus ils décrocheront, plus ils décrocheront, plus ils coûteront cher à la société, et plus ils coûteront cher, moins l’État disposera de ressources pour payer l’éducation. Parfait cercle vicieux.
Il faudrait peut-être se poser une question fondamentale: peut-on se passer d’éducation? Si l’éducation constitue une richesse, ne devrait-on pas la rendre plus accessible à tous afin de s’enrichir collectivement? Pourquoi, à la limite, faire payer les étudiants pour celle-ci? Peut-on sérieusement gaspiller l’éducation; peut-on être trop éduqué? Je ne crois pas. Même quelqu’un qui « perd son temps » à l’école risque d’apprendre des concepts qui lui seront très utiles dans la vie, et, plutôt que de l’envoyer dans les affres d’un emploi mal payé ou du chômage, ne risque-t-il pas plutôt de finir, à force d’essais et d’erreurs, par découvrir sa vraie passion?
Malgré tout, Lucien Bouchard a raison sur un point: les universités sont sous-financées. Elles le sont parce que le gouvernement ne leur donne pas les ressources dont elles on cruellement besoin pour accomplir leurs tâches. Et notre gouvernement, plutôt que de prendre l’argent dans les poches des mieux-nantis, qui ont profité de plusieurs milliards de dollars de baisses d’impôts depuis une décennie, la demande directement aux étudiants. Prendre du pauvre, donner au riche; voilà le leitmotiv des Bouchard et Charest de ce monde.
Enfin, si on considère l’éducation comme une richesse, si on comprend que ce n’est pas à ceux qui débutent dans la vie que revient la tâche de financer ce qui enrichira ensuite l’ensemble de la société, il faut en tirer la seule conclusion logique permettant d’améliorer notre situation financière collective: il ne faut non seulement pas hausser les frais de scolarité, mais il faut les réduire, afin que de la forge à idées que représentent nos écoles puisse jaillir les outils qui nous permettront de briller dans le futur.
Un futur qu’on espère plus juste et où on ne gaspillera pas des talents sous prétexte qu’ils sont trop pauvres ou indécis pour les réaliser.
On ne saurait assez le répéter: si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez donc l’ignorance…

Quand les Ontariens ne tolèrent pas l'alcool

On en avait peu parlé, mais l’agression sauvage dont a été victime Kevin Parent a été l’oeuvre d’une dizaine d’Ontariens en visite dans notre paisible capitale. Une attaque gratuite, ou presque. Mauvais endroit, mauvais moment. Mauvais endroit: notre capitale; mauvais moment: tomber face à face avec une bande d’attardés ontariens qui ne tolèrent pas l’alcool. Fait divers?

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Certains sont prompts à affirmer que le fait que les agresseurs soient Ontariens ne change rien à la donne, que ça n’a pas plus d’importance qu’autre chose. Un de mes contacts Facebook a même comparé la relation entre Ontariens et Québécois à celle entre les gens de Calgary et d’Edmonton! Exit les différences culturelles! Exit les différences linguistiques! Nous ne serions qu’un magma difforme d’identités mélangées soumis aux aléas du hasard. La victime était québécoise, connue, et les agresseurs étaient tous ontariens, tous en visite. Pure coïncidence, disent les apôtres de ce multiculturalisme relativiste.
Pourtant, j’aurais envie de le dire bêtement, platement, comme ça: les différences existent. Des peuples ont certaines qualités que d’autres n’ont pas. Et certaines cultures ont des comportements qui sont étrangers à d’autres. J’aurais envie de le dire: les anglophones ne tolèrent pas aussi bien l’alcool que nous. Est-ce mal? J’en ai connu combien des anecdotes d’anglophones qui, avec un verre dans le nez, devenaient violents et écervelés? Oui, de tels Québécois existent également, mais globalement, j’ai l’impression, voire la certitude, que nous sommes beaucoup plus civilisés lorsque nous buvons.
Tenez, prenez un Québécois qui visite un pays ou une province étrangère. Il prend son trou, il parle la langue de l’endroit où il se trouve, il essaie de s’adapter à sa société d’accueil et la dernière chose qu’il souhaite, c’est de terminer sa soirée au poste de police. L’Ontarien, lui, arrive avec ses gros sabots, impose son anglais, parle fort, cherche la bataille. Ce n’est pas systématique, mais j’en ai connu tellement comme cela que je ne peux pas ne pas dire que c’est faux. À Ville Saint-Laurent, l’alcool rendait agressif; à Hochelaga, elle rend sympathique. C’est culturel ou génétique, mais ça existe; je l’ai vu de mes propres yeux.
Il y a une dizaine d’années, alors que j’étais sur la route de Détroit avec mon sac à dos, j’ai croisé un Québécois en camping prolongé à Windsor, en banlieue de Détroit. Il me contait de quelle façon il évitait systématiquement les bars en Ontario après 23h00. « Trop violent; les Ontariens ne savent pas boire. Tu reçois un coup derrière la tête parce que t’as fixé le vide un peu trop longtemps » me disait-il. Même constatation chez de nombreuses personnes d’Outaouais, qui subissent les allées-venues d’anglophones venus faire la fête au Québec après une heure du matin (heure de la fermeture de leurs bars).
La vérité, il ne faut pas avoir peur de la dire franchement: certains peuples tolèrent l’alcool, d’autres non. Nous avons des origines latines, de bon vivants, de rigolards, de fêtards, mais d’autres ont des origines saxonnes et sont plus belliqueux et arrogants. Simplement. Cela ne signifie pas qu’il faille généraliser à l’extrême (ce qui reviendrait au même que de nier ces différences, mais à l’opposé), mais simplement reconnaître qu’il y a deux peuples différents au Canada, tant par leur langue, leur culture, que leur façon d’anticiper une soirée arrosée entre amis.
Or, quand on accepte ces différences, quand on reconnaît ces spécificités, on ne peut pas ne pas considérer la nécessité pour le peuple du Québec d’avoir les moyens de mieux contrôler ce genre d’éléments nuisibles qui viennent faire la fête pendant la relâche scolaire et brutalisent un de nos meilleurs chanteurs. Il ne faut pas, comme certains excités l’affirment, utiliser les mêmes moyens et aller « taper de l’anglais ». Ce serait une erreur fondamentale. Il faut être plus intelligent et seulement démontrer que le racisme dont on affuble parfois les Québécois qui tentent de défendre leur identité, est en fait celui d’Ontariens qui, non contents de venir nous mépriser en refusant notre langue, s’en prennent ensuite à nos icônes.
L’indépendance ne réglerait peut-être pas tout, mais qui ne rêverait pas d’une frontière, avec inscription au dossier de tous les visiteurs, et capacité de suivi pour ceux qui commettent de tels actes? Qui ne rêverait pas d’un vol nolisé suivi d’une expulsion définitive du Québec pour les jeunes voyous qui n’auraient pas appris ni à nous respecter, ni à boire comme des adultes?
Souvent, l’instauration d’une barrière ne constitue pas un isolement ou un repli, mais une simple délimitation définitive de l’endroit où s’appliquent nos lois et un rappel à ceux qui la traversent de leur devoir absolu de respecter ce que nous sommes, c’est-à-dire un peuple différent, unique, qui ne tolère pas ces comportements.
À trop laisser la porte grande ouverte, à trop se considérer comme une province comme une autre, à trop vouloir s’adapter aux autres plutôt que de les forcer à s’adapter à nous, nous sommes en train de devenir une carpette de choix où de fanatiques Ontariens viennent s’essuyer leurs bottes fangeuses.
AJOUT: Kevin Parent confirme qu’il a été agressé parce qu’il est francophone.

Ailleurs

« Si les gens ne veulent pas payer les loyers qui sont affichés…ben qu’ils aillent dans un autre quartier, y a personne qui force quelqu’un à prendre un logement. » C’est ainsi qu’un de mes contacts sur Facebook répondait à mon indignation de me retrouver face à des logements trop chers pour ma capacité de payer. Aller ailleurs, c’est toujours ainsi que ça commence. On va plus loin, toujours plus loin, on voyage davantage le matin pour se rendre au travail, on réduit sa qualité de vie et, finalement, à force de se rendre « ailleurs », on finit par habiter nulle part.

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En fait, ça m’a fait penser à Vancouver, où se tient un gigantesque bidonville au coeur de la capitale des Jeux Olympiques. Les squatteurs dénoncent ces Jeux qui ont coûté six milliards de dollars pendant que la pauvreté y est criante. Le quartier Downtown Eastside est le ghetto nord-américain qui concentre le plus de pauvreté et de toxicomanie en Amérique du Nord et qui a le pire taux de séropositivité du monde industrialisé. C’est un dépotoir de l’humanité dans ce qu’elle a de plus désespérée, de plus hideuse, de plus condamnée par les événements et la spéculation sur sa valeur marchande.
À côté du ghetto, la flamboyante ville de Vancouver, avec ses logements hors de prix et ses maisons dont la « valeur » moyenne atteint plus de 600 000$, le double de celui d’une ville comme Montréal. Et ceux qui n’ont pas moyen de se payer des chambres à 1500$ par mois? Qu’ils vivent ailleurs. Et cet ailleurs, c’est souvent la rue, car Vancouver a connu une hausse du nombre de sans-abris de plus de 106% entre 2002 et 2005. Allez ailleurs, mes amis; c’est l’économie, n’avez-vous pas compris?
On établit généralement que le niveau acceptable de paiement d’un loyer est de 30% du revenu mensuel. Au salaire minimum, à Vancouver, cela représente près de 385$ par mois. Or, en décembre 2007, moins de 1% des garçonnières se louaient à moins de 400$, et plus de la moitié de ces logements à une chambre coûtaient au-dessus de 800$ mensuellement! Et on est loin ici d’un logement de qualité! Même des logements subventionnés, réservés aux familles démunies, coûtent plus de 1600$. Vous imaginez?
À Montréal, pendant ce temps, certains stigmatisent les locataires qui veulent un logement abordable et leur recommandent d’aller vivre « ailleurs » pour payer moins. On fait croire à ces derniers qu’ils jouissent d’un prix « trop bas », que c’est un rabais. On les rend coupables de s’attacher à des valeurs comme le droit de se loger et de vivre dans la dignité, le droit de pouvoir aspirer à habiter près du lieu de travail, le droit à une qualité de vie. Non, non. La qualité de vie, ça se paie, et c’est le marché qui décide. Toi, tu fermes ta gueule et tu sors ton chéquier. Ou tu vas vivre à Joliette et tu te tapes trois heures d’autobus par jour.
Ce marché déréglementé, cette machine inhumaine se nourrissant de l’idéologie de gens qui ont déifié l’économie, a causé la crise actuelle, et c’est précisément parce que nos gouvernements n’ont pas le courage de limiter la spéculation et de réglementer le coût des logements qu’une ville comme Vancouver voit ses écarts sociaux exploser et son nombre de sans-abris augmenter continuellement.
On parle souvent de la nécessité de soustraire la santé, la culture et l’éducation du libre-marché, arguant que ces secteurs sont trop vitaux pour être laissés aux aléas d’actionnaires anonymes. Mais si on osait parler du droit de se loger, d’avoir un toit au-dessus de sa tête, ce qui est peut-être encore plus important?
Si on osait arrêter un peu de penser aux spéculateurs et aux propriétaires de logements et qu’on s’assurait que l’économie travaille pour les citoyens, et non le contraire?
Voilà des idées qui ne manqueraient pas de choquer une certaine élite de droite pleurnichant sur ses millions en professant de vibrants plaidoyers pour un libre-marché qui ne fonctionne pourtant pas sans puissants garde-fous, mais qui aurait le mérite de nous rappeler qu’avant de célébrer le sport, avant promouvoir une croissance économique artificielle, il faudrait peut-être s’assurer que la classe moyenne et les plus démunis ont encore la capacité de se loger dans la dignité.
On ne pourra pas éternellement cacher l’appauvrissement des locataires et se déculpabiliser en les envoyant « ailleurs ».