Mois : juin 2010

Le client n'a pas toujours raison

« Le client a toujours raison! » vociférait la femme d’un ton qui se voulait sans appel, argument final, fin de la discussion, un à zéro. Hé bien non, que je lui répondis: quand votre mari jette ses déchets dans le stationnement par la fenêtre de votre voiture et qu’il m’invective et veut porter plainte parce que je lui ai demandé poliment de se ramasser, non, le client n’a pas raison. Elle est restée l’air béat, me fixant avec des yeux arrondis, la bouche en cul de poule, stupéfaite qu’un employé – un serviteur, que dis-je! – puisse insinuer que le client ait autre chose que des droits.

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Pourtant, on l’oublie souvent, mais avant d’être des clients ou des employés, nous sommes des citoyens, des gens de la cité. Nous avons des droits, mais aussi des responsabilités. Notre emploi ne constitue qu’une facette de notre identité, une simple transformation de notre temps en argent nous permettant de (sur)vivre. Le caissier chez Wal-Mart ou la pompiste chez Esso ne cessent pas d’être des membres de la communauté parce qu’ils sont au travail; leurs employeurs peuvent exiger certains codes, certaines manières, mais on ne devrait en aucun cas permettre que ces règles outrepassent les valeurs citoyennes.
Or, le problème découle précisément du fait que de nombreux emplois sont tellement précaires – sans aucune protection syndicale – que les patrons peuvent exiger n’importe quoi de leurs employés, y compris de devoir tolérer l’inacceptable: des clients qui insultent, des clients qui menacent, des clients qui intimident… et des clients qui jettent leurs ordures à terre. L’employé est ainsi dépossédé de son statut de citoyen et devient une sorte d’esclave des temps modernes, un sans-voix devant accepter de servir de défouloir pour n’importe quels frustrés se cherchant une cible facile.
Quand un de ces consommateurs-roi n’ayant jamais été éduqué socialement, à qui on n’a jamais expliqué que l’employé devant lui est un humain méritant le respect, que ce n’est pas parce qu’il gagne moins d’argent qu’il vaut moins, que la rue ou le stationnement ne sont pas un dépotoir à ciel ouvert, quand un de ces abonnés du je-me-moi fait face à un citoyen au travail, un vrai, jouissant d’une certaine forme de protection d’emploi, il frappe un noeud, un vrai. Il ne comprend pas, il s’insurge, il élève la voix; un peu plus et il ferait sa crise de l’enfant gâté à qui on enlève une sucette. « Vous n’avez pas le droit de me dire de ramasser mon papier! Vous êtes un employé, je suis le client et le client a toujours raison! » Non, monsieur. Vous êtes client et vous avez tort. Ramassez vos déchets, excusez-vous de vous être emporté, merci pour votre achat et revenez nous voir.
Mais le client ne reviendra pas. Il ira ailleurs. Il se cherchera un autre employé à mépriser, un autre stationnement où jeter ses ordures, un autre commerce où il pourra se croire important pour quelques minutes.
Un autre avantage du syndicalisme
Et si, au-delà de la protection d’emploi et de conditions de travail moins dégradantes, il s’agissait d’un autre bienfait du syndicalisme? Être syndiqué et travailler dans le public, c’est avoir la chance de continuer à être un citoyen. C’est avoir le privilège de ne pas laisser sa conscience à la maison le matin en partant pour la retrouver, usée et poussiéreuse, le soir en rentrant à la maison.
S’il y avait davantage d’employés syndiqués ne se laissant pas écraser par le premier malotru venu, de telles personnes n’auraient pas le choix de modifier leurs méthodes. Si, à quarante ans, on en est encore au stade de jeter ses cochonneries par la fenêtre de sa voiture, on peut parier que c’est parce qu’il n’y a pas eu beaucoup de citoyens pour remettre les pendules à l’heure et expliquer que la propreté est l’affaire de tous. Si à chaque fois qu’un client agissait d’une manière contraire aux valeurs sociales il se faisait reprendre poliment par un employé-citoyen, gagez-vous que la société fonctionnerait mieux et serait un peu plus cohérente?
Un collègue de travail m’a conté comment il a été sensibilisé au fait de ne pas jeter ses papiers dans la rue. Il y a quelques décennies de cela, il était au Maroc, et dans un quartier relativement sale, il s’est senti justifié de se délaisser d’un emballage quelconque. Quelques secondes après, il a senti un objet dur derrière un de ses genoux, s’est retourné et a vu un soldat avec une mitraillette le pointer de son arme et pointer le déchet ensuite. Apprentissage à la dure, mais ce collègue n’a plus jamais jeté quoi que ce soit ailleurs que dans une poubelle et il se fait un devoir, lui aussi, d’inciter les gens à avoir une meilleure conscience citoyenne et à ne pas polluer notre environnement commun.
Évidemment, on peut faire les choses autrement. Avec fermeté, politesse, voire avec empathie, on fait comprendre au client que s’il a le droit d’être bien servi, il a la responsabilité de ne pas agir d’une manière contraire aux valeurs citoyennes et qu’il n’est pas justifié de se prendre pour le nombril du monde. On appelle cela l’éducation citoyenne. La société qui complète l’apprentissage d’individus manquant cruellement de valeurs sociales.
Cet enseignement, il est la responsabilité de chaque citoyen, qui doit pouvoir le faire, dans le respect, dans toutes les sphères de sa vie.
J’ai été poli, mais j’ai été chanceux: je suis syndiqué et une cliente a laissé son numéro de téléphone pour plaider en ma faveur. Qui peut se targuer d’avoir cette veine? Combien d’employés doivent se faire violence au quotidien, endurer, souffrir, nuire à leur propre santé pour endurer les insanités d’individus désolidarisés habitant ici mais ne faisant partie d’aucune communauté sinon celle de leur propre nombril?
Citoyens, syndiquez-vous, car le client n’a pas toujours raison!

Quand l’Autre St-Jean interdit le drapeau patriote

Mercredi le 23 juin dernier, de nombreux citoyens se sont fait interdire l’entrée au parc Pélican, à Montréal, pour le spectacle de l’Autre St-Jean. Quels crimes avaient-ils commis? Étaient-ils en possession d’explosifs, de carabines, de couteaux, de cocktails molotov, de scies tronçonneuses ou d’armes nucléaires tactiques? Non. Ils arboraient un drapeau des Patriotes, symbole du désir de libération des Québécois depuis cent cinquante ans. Un drapeau qui, pourtant, est reconnu tant par nos politiciens, qui ont même instauré une fête en l’honneur de ses créateurs, que par une municipalité comme Gatineau, qui l’a hissé bien haut à sa Maison du Citoyen. Un drapeau respectable, symbole de notre lutte pour un Québec français et libéré de ses entraves. Un symbole qu’a foulé de ses pieds la direction de C4, qui a organisé cette triste soirée.


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Pierre Thibault, président de C4, avait pourtant affirmé, pour justifier cette seconde édition d’une fête nationale anglicisée: « C’est la fête du Québec, peu importe sa couleur ou sa langue ». Mais qu’est-ce que le Québec, sinon une nation française? Dans quel sorte de brouillard neigeux lui effleurant le bout du nez peut donc vivre cet individu pour ne pas comprendre qu’une fête nationale… célèbre une nation? Il doit choisir: ou bien on fête un territoire – et qu’importe si des individus vivent ici sans s’intégrer à la majorité de la population – ou bien on fête un peuple. Et si on ne fête pas un peuple, si on ne célèbre qu’une idée d’un Québec en tant que territoire, une sorte d’abribus d’individus épars attendant un quelconque autobus vers l’éternité, comment peut-on justifier l’acceptation de toutes ses composantes tout en rejetant le drapeau qui représente les aspirations de près de 50% de la population?
En interdisant un drapeau plutôt qu’un autre sur le site de sa Saint-Jean anglicisée, Thibault donne raison à tous ses détracteurs. Lui qui se faisait le grand défenseur d’une vision édulcorée de fausse diversité culturelle, de la bonne-entente et de la nation tant que celle-ci ne veut rien dire, démontre aujourd’hui jusqu’où va sa conception de la pluralité. Fêter la St-Jean, d’accord, mais pas question qu’on y voit tel drapeau ou tel autre. Le tien est bleu et blanc, tu passes. Vert, blanc, rouge, tu ne passes pas. Noir, blanc, tu ne passes pas non plus. Quelle sera la prochaine étape? Se fera-t-on fouiller à la recherche d’une carte de membre de la Société Saint-Jean-Baptiste, du Mouvement Montréal français ou du Parti Québécois? Jusqu’où doit-on reculer? L’année dernière, on nous enlevait notre fête francophone, cette année nos drapeaux; faudra-t-il faire un serment d’allégeance à la reine ou chanter le Ô Canada l’an prochain?

Qu’est-ce qui est pire, dites-moi? Exiger une fête nationale dans la langue de la nation en acceptant toutes ses composantes se reconnaissant dans notre langue commune ou faire la promotion d’une St-Jean faisant place à une langue étrangère et refusant l’accès à quiconque ne porte pas le bon drapeau? Qui fait preuve de tolérance, et qui refuse de considérer la diversité du peuple québécois?

C4, un problème explosif

Le problème avec cet événement est très simple: C4 est une entreprise à but lucratif. Privé, comme dans profits, intérêts, retours sur l’investissement. Même s’ils ont créé un OSBL fantoche appelé Société de développement des nouveaux événements culturels de Rosemont, une recherche rapide dans le registraire des entreprises nous permet d’y découvrir que Pierre Thibault se trouve derrière les deux organisations. En fait, C4 a même volé la marque de commerce de l’Autre St-Jean, qui appartenait à l’Association culturelle Louis-Hébert (ACLH), un organisme à but non lucratif et qui organisait jusqu’alors la fête nationale du quartier. Comparez les deux extraits du registraire suivant: SODNEC et ACLH. L’Autre St-Jean, à l’origine, appartenait à l’ACLH, et Pierre Thibault, pour ne pas se faire accuser de privatiser ouvertement la fête, a donc créé son OSBL de façade pour obtenir des subventions et pouvoir organiser « sa » fête.

Et des subventions et de l’aide, il en a obtenues! Notamment de la part du bar Chez Baptiste, où travaille Marilyn Lacombe (la blonde de Thibault qui, selon plusieurs de mes sources, a eu énormément de difficulté à produire des factures réelles alors qu’elle gérait l’événement l’an dernier) qui, lors de la dernière campagne électorale municipale, a servi de quartier général officieux à François Croteau, aujourd’hui maire de Rosemont-La Petite-Patrie. Seriez-vous surpris d’apprendre que Croteau a accordé son appui à cette fête? Seriez-vous même étonné si je vous disais qu’il a appuyé l’OSBL de C4 en février… alors que celle-ci n’a été créée qu’en mars?

C’est d’une nébuleuse dont il s’agit. Des individus aux méthodes peu recommandables, faisant la promotion de leurs propres projets, et qui se foutent éperdument de la fête nationale des Québécois. Gratte-moi le dos, je te gratterai le tien; donne-moi de quoi garnir mon c.v. et moi je te supporterai le moment venu. Un réseau d’individus sans scrupules, prêts à tout pour mousser leurs carrières respectives et n’ayant pas le moindre problème à mépriser les Québécois venus, en toute naïveté, fêter leur fête nationale avec le drapeau représentant le mieux leur nation.
En fait, au-delà de la langue et du contrôle absolu – et abusif – des carriéristes à la tête de cette fête, il s’agit d’un exemple supplémentaire des dérives possibles lorsque nos élus se délaissent de leurs responsabilités et privatisent notre bien commun. Qu’on se le dise et qu’on le redise: la fête n’appartient pas à C4, à Pierre Thibault ou à Simon Jodoin, son sous-fifre de fouille-merde qui fait sa sale job de bras dans les médias. La fête appartient aux Québécois. C’est une possession collective. On n’a pas davantage le droit de privatiser une fête, comme l’a permis François Croteau dans Rosemont, que de privatiser l’eau. La fête est à tout le monde, elle est vitale, elle nous transcende, elle nous rend fier, elle nous ressemble et nous rassemble. Peu importe la couleur de notre peu, notre habillement, notre âge, notre sexe, notre religion, notre drapeau, nous nous sentons interpellés par elle parce qu’elle fait partie de nous.

Et c’est cette partie de nous-mêmes qu’ont offert à C4 les élus de Rosemont. C’est ce profond respect de la diversité de notre nation, de notre ouverture aux diverses manifestations du nationalisme, aux différents drapeaux qui animent notre Histoire, qu’on souillé non seulement C4, mais ceux qui leur ont permis d’occuper l’espace public tout en se permettant de décider quel drapeau pouvait se manifester et quel drapeau devait rester cacher, bien loin dans le fond des poches de notre mémoire.

Notre fête nationale, nous la voulons inclusive. Nous désirons intégrer toutes les cultures à notre langue et à notre identité communes. C’est une foule de bleu et de blanc, mouchetée de vert-blanc-rouge et de quelques drapeaux noirs, venue écouter des artistes – même ceux n’ayant pas le français comme langue maternelle – chanter dans la langue nationale et se reconnaître en nous, qui fait la richesse de notre fête et qui représente sa réelle ouverture. Si on nous vole cette ouverture, si on nous enlève cette capacité à intégrer l’autre dans le respect de la diversité des formes de célébration de notre nation francophone, que nous reste-t-il? Ce n’est pas seulement un drapeau qu’on nous perquisitionne, c’est notre voix, celle de nos ancêtres qui sont morts pour que nous ayons, aujourd’hui, le droit de vivre dans la dignité.

Il serait peut-être temps de cesser d’offrir nos espaces publics et l’organisation de quelque chose d’aussi important que la fête nationale à un organisme privé, quand bien même se couverait-il de la fausse apparence d’un OSBL. Et si on rappelait aux François Croteau de ce monde que les Québécois rejettent toute forme de privatisation de leur Saint-Jean-Baptiste et n’acceptent pas de se faire dépouiller ni de leur identité, ni de leurs drapeaux?
Qui aurait cru qu’en 2010 le drapeau patriote serait toujours aussi dangereux pour les traîtres et les carriéristes!
À nous de démasquer ceux qui leur permettent de prospérer.

Pause estivale

Je prends une pause du blogue pour quelque temps. J’ignore combien de temps. J’ai d’autres projets dans des casseroles bouillonnantes sur le rond du poêle de mon imagination et je ne trouve pas la moindre inspiration pour écrire des textes de qualité présentement. J’aime mieux ne rien écrire que de me rabattre sur une écriture rapide, médiocre, simple lien avec vous, lecteurs, qui méritez mieux qu’une façade artificielle de pensée décharnée. Je planche présentement sur un projet de roman (après quinze ans à y penser et cinq ans à y rêver) et je fais le choix de ne pas trop m’éparpiller.
Ce n’est pas un adieu, ni même un au revoir. Une simple pause, salutaire. De toute façon, l’été, la politique tourne au ralenti, et je ne crois pas que quelques semaines plus tranquilles changeront grand chose dans le contexte de la disparition du peuple québécois, de sa langue, de sa culture, de ses valeurs, de son histoire, de ses villes, de ses campagnes, de son identité, de son essence. Nous continuerons de nous effacer devant le rouleau-compresseur anglomane et multiculturel un peu plus tard cet automne. Nous serons toujours aussi à genoux devant tout ce qui vient d’ailleurs et méprise nos valeurs, nous serons toujours aussi veules, mollassons et il sera toujours tout autant temps plus tard de constater notre manque de courage collectif afin de prendre des décisions courageuses assurant la survie de nos idéaux.
Je souhaite un bon début d’été à tous mes lecteurs, et à bientôt!
Louis P.

Loi 101 ou financement proportionnel?

La possibilité de plus en plus sérieuse que le Parti Québécois puisse inclure dans son programme l’application de la Loi 101 au cégep ne saurait être passée sous silence. Si le PQ allait vraiment jusqu’au bout avec cette idée, ce serait une grande victoire pour la nation québécoise. Ceci dit, il y a une autre avenue qui mériterait d’être étudiée: le financement en fonction du poids démographique des anglophones.

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On ne saurait assez le répéter: l’idée d’appliquer la Loi 101 au cégep est une bonne idée, une excellente idée. On réussit, à l’aide d’une loi, à assurer ce qui va de soi dans la quasi-totalité des pays industrialisés: l’enseignement public dans la langue commune. La Loi 101 permet cela, et ce n’est pas rien. Elle nous permet d’exister. Avant son application au primaire et au secondaire, en 1977, 85% des immigrants allaient à l’école anglaise; grâce à elle, nous repoussons encore un peu notre disparition.
Malgré tout, elle possède une faiblesse intrinsèque: c’est une loi. Et, comme toute loi, elle implique des pénalités à ceux qui ne la respectent pas. En d’autres mots: elle est coercitive. Même s’il va de soi que les lois sont utiles et permettent un meilleur vivre-ensemble, elles donnent parfois l’impression d’empêcher les gens de vivre comme ils le désirent. En appliquant la Loi 101 au cégep, plutôt que de parler de l’intégration maximale des immigrants qu’elle permettrait d’accomplir, n’importe quel anglomane de service arrive à marquer des points, si faibles soient ses arguments, en rappelant que la Loi empêcherait les uns ou les autres de profiter d’un service auquel ils prétendent avoir droit. Bref, qu’importe si la loi est bénéfique et souhaitable, elle demeure une loi et à une ère de l’individualisme triomphant et du « j’existe donc je peux », n’importe quelle mesure qui « empêche » est mal vue.

Pour un financement proportionnel au poids démographique

La solution n’est ni nouvelle ni bien compliquée. Plutôt que d’avoir un réseau public anglophone bien financé dont on prive d’accès les francophones et les immigrants, il suffit d’établir un financement proportionnel au poids démographique de la population de langue maternelle anglaise.
Déjà, en 1970, le Parti Québécois le proposait dans son programme:

Le Québec entend reconnaître les droits scolaires de la minorité anglophone. Le chiffre de cette population sera déterminé par un recensement général qui aura lieu tous les cinq ans. Ce chiffre permettra d’établir la proportion du budget du ministère de l’Éducation qui doit être consacrée aux établissements scolaires anglophones, de l’école élémentaire à l’université, que ce soit pour leur création, leur maintien, leur développement ou leur budget annuel de fonctionnement.

En clair, en ce moment, les anglophones de langue maternelle forment 8,2% de la population, mais ils reçoivent près de 19% des subventions pour leurs cégeps et 27% pour leurs universités. En finançant ces institutions en fonction du nombre d’inscrits, on ne fait que perpétuer la domination séculaire de la langue anglaise sur la française. La Loi 101 agit comme un pansement sur une plaie qu’on se refuse à bien cautériser.
Chaque année où nous continuons à sur-financer les établissements anglophones est une année où les allophones et les francophones de langue maternelle viennent gonfler le nombre d’anglophones de langue d’usage.
Si on désire vraiment régler le problème, une fois pour toutes, il faut se sortir de toutes les acrobaties juridiques et législatives. Revenons à la base. Les anglophones forment 8,2% de la population; qu’on finance leurs cégeps et leurs universités à 8,2% du budget total. Et qu’on donne la balance aux institutions francophones.
Renverser la vapeur
Une telle politique, qui mettrait fin au sous-financement des institutions francophones tout en respectant le poids démographique de la minorité historique anglophone, permettrait naturellement de franciser les études supérieures. Les institutions anglophones perdraient rapidement de leur superbe en étant obligées de faire face à l’importance numérique réelle des anglophones au Québec et les établissements francophones disposeraient des moyens nécessaires afin d’assurer un enseignement de la plus haute qualité. C’est d’un renversement total de la situation dont on parle.
Ainsi, l’étudiant francophone désireux de poursuivre ses études collégiales en anglais pourrait le faire, mais son choix impliquerait qu’il choisisse un réseau anglophone plus modeste et qu’il tourne le dos à un réseau francophone mieux financé.
On passe d’une logique de coercition avec une Loi 101 qui empêche le choix à une logique rationnelle qui incite naturellement le Québécois à poursuivre ses études dans un réseau qui est financé à la hauteur de son poids démographique.
On passe du « tu ne peux pas faire cela » à « fais ce qu’il te plaît », mais dans un contexte où l’État cesse de sur-financer le réseau anglophone.
La carotte plutôt que le bâton.
Et la fin de la victimisation des « pôvres » anglophones tellement opprimés par les méchants nazis et leur LOI…
Malgré tout, si le PQ allait de l’avant avec la Loi 101 au cégep, ce serait un pas dans la bonne direction. Il s’agirait d’une victoire, mais qui ne doit pas nous faire oublier les autres luttes à mener, notamment celle pour mettre fin à une situation où le gouvernement finance des études dans une langue qui nous menace à deux ou trois fois la hauteur de la minorité traditionnelle de cette langue.
Et, de la même manière, que nous, Québécois, disposons d’un réseau scolaire moins bien financé que ne le justifie notre poids démographique.
Les boeufs sont lents, mais la terre est patiente, disait Pierre Falardeau. Quarante ans après que le PQ ait pour la première fois proposé de mettre fin au sur-financement des écoles anglaises, il serait peut-être temps de remplacer les boeufs par des tracteurs mécaniques et de labourer en grand cette terre qui attend toujours la première récolte.
Tant que nous accepterons de vivre chez nous comme des citoyens de seconde classe, les autres nous traiterons comme tel.


Ajout: Joignez-vous au groupe Facebook qui propose de mettre fin au sur-financement des institutions scolaires anglophones!

Loi 103: la dictature de l'arbitraire

Le retour des écoles-passerelles, permettant aux parents plus fortunés de contourner la Loi 101 afin d’envoyer leurs enfants au réseau public anglophone, constitue le pire des reculs pour la société québécoise, personne ne peut en douter. Désormais – merci au gouvernement libéral de Jean Charest – l’argent permet de s’acheter des places à l’école publique anglaise après seulement trois ans dans des écoles privées non-subventionnées. Le gouvernement s’en défend en disant qu’il y aura d’autres facteurs permettant de juger du « parcours authentique » d’un élève, mais c’est précisément cette justification au cas par cas qui risque de nous entraîner vers les pires excès et consacrer le pire des reculs: celui de l’application d’une loi unique et impartiale pour tous.

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En effet, à partir du moment où la loi ne s’applique plus d’une manière claire et univoque à chaque citoyen, à partir du moment où une foule de facteurs particuliers permettent d’établir une règle arbitraire, on ouvre la porte aux pires des excès. On a déjà vu le gouvernement libéral se servir des garderies privées ou de l’industrie de la construction pour se financer, mais il serait désormais possible d’imaginer que les enfants de donateurs du parti pourraient se voir traiter différemment et se faire offrir une voie rapide (« fast track » pour la prochaine génération de Québécois) vers l’école anglaise. Le principe est relativement simple: la ministre de l’éducation, qui jouit d’un pouvoir discrétionnaire, serait en mesure de faciliter le passage des enfants des argentiers du parti. À partir du moment où une loi s’applique au cas par cas, il devient beaucoup plus facile de prendre un dossier, de le mettre sur le dessus de la pile, et de recommander un traitement favorisé.
Or, c’est précisément le problème avec le gouvernement actuel. Plutôt que d’instaurer des règles claires et des garde-fous qui s’appliquent à tous les citoyens, on préfère saupoudrer quelques mesures par-ci ou par-là afin de satisfaire les uns et les autres. Plutôt que de réaffirmer la laïcité de l’État et la primauté du respect du calendrier scolaire, on tente de le modifier en cachette pour plaire à quelques écoles juives. Plutôt que de déclencher une commission d’enquête publique sur la construction, on organise une escouade Marteau et on lui fait accomplir des actions ciblées. Plutôt que de réellement nationaliser les Centres de la Petite Enfance (CPE) ou de mandater un organisme indépendant d’attribuer les permis, on permet à un ministre de s’attribuer ce pouvoir et de décider, en dernier recours, qui aura la chance de s’occuper de nos enfants. Plutôt que de réaffirmer le caractère français du Québec, d’appliquer la Loi 101 aux écoles non-subventionnées ou de mettre fin au sur-financement des institutions anglophones, on propose une loi qui gérera le cas par cas et permettra, encore une fois, des passe-droits qui minent la confiance des citoyens dans l’appareil gouvernemental.
Le courage
Le courage, dans un État comme le nôtre, ce n’est pas de voter des lois « respectueuses des individus » comme l’affirmait bêtement Jean Charest. La loi 103 ne respecte pas les individus, car une société est formée d’autre chose que d’une somme de personnes désolidarisées et individualisées, vivant les unes et les autres repliées sur elles-mêmes. La loi 103 ne respecte pas les individus, car ce qui permet aux individus de s’épanouir, c’est précisément l’existence d’une société où les lois sont impartiales et où les règles sont claires et s’appliquent d’une manière identique à chacun. Lorsque je brûle un feu de circulation, je m’attends à ce que le policier me donne une contravention, pas à ce qu’il me mette à nu et commence à me fouiller. De la même manière, j’exige que mon voisin reçoive la même pénalité; ce sont ces règles identiques pour chacun de nous qui permettent notre vivre-ensemble et qui empêchent que l’arbitraire et le « cas par cas » nuisent à la cohésion sociale.
Le courage, c’est de définir les valeurs collectives qui nous animent et d’adopter des lois qui permettent de protéger celles-ci. C’est aussi de réaliser que sans société cohérente, sans société régie par des valeurs collectives appliquant des lois impartiales, nous vivrions dans un état d’anarchie, en guerre perpétuelle les uns contre les autres. Ce courage, c’est de réaffirmer que l’attachement du Québec à sa langue et à sa culture françaises ne sont pas que des mots vides de sens, mais que ceux-ci doivent précéder l’action. Ce courage, c’est de voter les lois qui permettent à nos valeurs communes de persister et qui réaffirment que la langue nationale, commune et consensuelle au Québec doit être le français et qu’il ne saurait être question pour l’État de faciliter d’une quelque façon que ce soit l’apprentissage d’une langue qui mine ce consensus.
Ce courage, le gouvernement actuel en manque cruellement. Cette loi 103, c’est le retour vers le « bill » 22, qui précédait la Loi 101 et qui décidait de l’attribution de places dans les écoles anglophones en fonction de tests de compétence en langue anglaise. Cette loi 103, c’est aussi un énième pas en arrière vers le « bill » 63, qui conférait le libre-choix dans l’apprentissage des langues à l’école et qui permettait de financer notre propre disparition avec l’argent de nos impôts. Cette loi 103 consacre également la suite du recul de notre démocratie et du retour insidieux à cette vieille façon de faire de la politique où le courage était remplacé par le patronage et où l’impartialité de la loi s’écrasait devant la toute puissance d’un cas par cas profitant surtout au parti au pouvoir.
La loi 104, qui empêchait les écoles-passerelles et qui réaffirmait la nécessité de soumettre tous les citoyens à la Loi 101, n’était pas parfaite. On pourrait même dire qu’elle était aussi timide que le gouvernement péquiste qui l’a adoptée. Cependant, elle était nécessaire et elle a réussi à stabiliser la croissance continuelle de la clientèle des écoles anglaises depuis le début des années 1990. Le gouvernement libéral actuel fait honte à son vote de 2002, alors qu’il l’avait appuyée, et il ajoute l’insulte d’avoir non seulement été incapable de la protéger, mais d’avoir ouvert la porte aux pires reculs linguistiques ET démocratiques en faisant du cas par cas son nouveau dogme.
En attendant d’avoir de vrais politiciens courageux au parlement, des gens honnêtes qui sauront faire entrer le Québec dans le vingt-unième siècle en mettant fin au financement d’un réseau anglophone public parallèle au réseau francophone national, en attendant que le Québec rejoigne les autres nations du monde qui ont choisi de ne financer qu’un seul réseau éducationnel dans la langue de la majorité, en attendant d’avoir autres choses que de veules opportunistes et carriéristes à l’Assemblée nationale, on peut tout de même se contenter des quelques grains de bon sens échappées de la loi 103 et qui nous donneront à picosser pendant que le bourreau de notre anglicisation affûte sa hache et prépare la scène finale de notre présence française en Amérique.
Au moins, lors de notre disparition finale, il n’y aura pas d’arbitraire.
Ce sera aussi systématique que le gaélique en Irlande ou le français en Ontario.