Mois : août 2010

La natalité québécoise se porte très bien

La colère gronde. La population en a plus qu’assez de devoir accueillir une immigration toujours plus nombreuse. « Renvoyez les Tamouls chez eux! » titrait un texte relatif à un récent sondage questionnant les Canadiens et les Québécois sur la meilleure façon d’agir avec les soi-disant réfugiés tamouls (soi-disant parce qu’un sondage tenu privé par le gouvernement démontre que près de 70% des demandeurs d’asile tamouls retournent au Sri Lanka par la suite). Mais il se trouve toujours des âmes sensibles prêtes à nous ressortir le sempiternel argument usé selon lequel « on ne fait pas assez d’enfants » et qu’on devrait ainsi ouvrir encore davantage nos portes.


Source de l’image

En fait, ce n’est même plus une question de réfugiés. Nous sommes envahis, littéralement, par une immigration plus nombreuse que la plupart des pays développés. Comme je l’écrivais ici, si le Québec réussit à atteindre son objectif de 55 000 immigrants par année, nous en recevrions, proportionnellement à notre population, 1% de plus que l’Autriche, 15% que l’Angleterre, 18% que la Suède, 22% que la République Tchèque, 26% que la Corée du Sud et la Norvège, 83% que les Pays-Bas, 86% que les États-Unis, 104% que l’Italie, 108% que la Belgique, 111% que le Danemark, 140% que l’Allemagne, 150% que la France, 176% que la Hongrie, 189% que la Finlande, 202% que la Turquie, 391% que la Slovaquie, 539% que le Portugal, 601% que la Pologne, 1003% que le Japon et 1806% que le Mexique! C’est cela, une invasion.

Or, l’argument selon lequel nous ne faisons pas assez d’enfants ne tient pas. Il ne suffit pas de compiler les données du nombre d’enfants par femme pour obtenir un résultat concret. Des pays extrêmement pauvres ont des femmes qui ont en moyenne près de quatre enfants, mais beaucoup ne survivent pas cinq ans et d’autres meurent très tôt par la suite, n’ayant pas la possibilité d’enfanter. Ces chiffres sont au mieux anecdotiques; ce qui compte, ce n’est pas le nombre d’enfants qu’une femme met au monde, mais plutôt le ratio total entre le nombre de naissances et de décès. En extrapolant: si nous vivons extrêmement vieux et en santé, nous n’avons pas besoin de beaucoup d’enfants pour assurer la croissance de notre population.
Observez le graphique ci-dessous.

Ratio naissances/décès des pays à l’indice de développement humain le plus élevé (( Les données sont pour l’année 2009 et proviennent d’Eurostat, sauf pour le Québec et le Canada, dont les données proviennent de Statistique Canada, l’Australie, les États-Unis et le Japon, dont les données sont pour 2008 et proviennent de l’INED et la Corée du Sud, dont les données proviennent d’une estimation de l’ONU pour la période 2005-2010. ))

Pays Naissances (en milliers) Décès (en milliers) Ratio
Irlande 75 29 2.59
Islande 5 2 2.50
Nouvelle-Zélande 64 29 2.21
Australie 285 137 2.08
Corée du Sud 263 144 1.83
États-Unis 4247 2453 1.73
Québec 89 57 1.56
Canada 381 246 1.55
Norvège 62 41 1.51
France 822 546 1.51
Luxembourg 6 4 1.50
Royaume-Uni 790 560 1.41
Pays-Bas 185 134 1.38
Espagne 495 391 1.27
Suède 112 90 1.24
Suisse 78 63 1.24
Belgique 126 104 1.21
Finlande 60 50 1.20
Danemark 63 55 1.15
Grèce 118 110 1.07
Lichtenstein 0 0 1.00
Autriche 76 77 0.99
Japon 1108 1142 0.97
Italie 569 592 0.96
Allemagne 651 841 0.77

Si on observe ce graphique, on réalise que sur l’ensemble des vingt-cinq pays (incluant le Québec) à l’indice de développement humain le plus élevé, le Québec arrive au septième rang de ceux dont le ratio entre les naissances et les décès est le plus élevé. Concrètement, nous ne sommes pas en train de mourir et nous ne sommes pas en train de nous éteindre. La natalité québécoise se porte mieux que des pays très prospères comme le Canada, la Norvège, la France, le Royaume-Uni, la Suède, les Pays-Bas, le Japon et l’Allemagne. Si nous vivions en vase clos, le Québec verrait sa population augmenter plus rapidement que tous ces pays.

Mais alors, pourquoi nous impose-t-on une immigration aussi nombreuse, sinon pour nous diluer dans un multiculturalisme à la canadienne faisant des Québécois une ethnie comme une autre? Pourquoi devons-nous subir une immigration beaucoup plus nombreuse à la fois que notre capacité d’intégration et que la plupart des pays développés?

La colère gronde, mais elle n’est pas encore entendue. Nous pouvons accueillir de nombreux immigrants, leur offrir la chance de vivre dans une société pacifique et hautement développé, les aider à se réaliser parmi nous, mais à plus de 50 000 immigrants par année, nous n’arrivons ni à intégrer ces gens ni à nous offrir la chance de protéger notre langue, notre culture et nos valeurs.

Il serait peut-être temps, au Québec, de réaliser que notre natalité se porte très bien et que nous n’avons pas besoin du fardeau d’une immigration trop nombreuse pour notre capacité d’intégration.

Et si on osait accueillir un nombre d’immigrants plus restreint – peut-être 15 000 par année – et qu’on se permettait ainsi de mieux les intégrer?

Les Tamouls doivent repartir. Mais qu’ils nous permettent d’avoir un sain débat sur le rôle de l’immigration et sur la pertinence de diluer encore plus une société plus en quête de sens que jamais.

Lois linguistiques: une normalité mondiale

L’automne sera chaud. La Consultation générale sur le projet de loi 103 débutera le 8 septembre; le lendemain, l’Institut de recherche sur le français en Amérique (IRFA) publiera une importante et dévastatrice étude portant sur plus de 3000 cégépiens et démontrant de quelle façon la fréquentation d’un cégep anglais mène à une intégration en anglais; le 18 septembre aura lieu un gigantesque rassemblement pour le français au centre Pierre-Charbonneau, à Montréal, avec Michel Rivard, Luc Picard, les Loco Locass, les Zapartistes, Daniel Boucher et plusieurs autres. Toute cette activité doit nous mener vers notre prochaine action collective courageuse: l’application de la Loi 101 au cégep.

Source de l’image
Or, je les entends déjà ces journalistes pleutres et ces Marie-Madeleine de la cause des pauvres anglophones opprimés: « On ne peut pas renforcer la Loi 101! Ce n’est pas normal d’avoir à faire ça; que penseront les autres de nous? Ce n’est pas ce qu’un pays démocratique ferait! » Balivernes. Qu’on cesse un peu d’écouter ces acrochordons de la pensée qui passent le plus clair de leur temps à nous qualifier d’incapables et qui se réjouissent du moindre de nos échecs. Légiférer pour protéger la langue commune, c’est précisément ce que font la plupart des pays sur la planète.
En rafale (( Les données proviennent du site Trésor de la langue française au Québec, du Département de Langues, linguistique et traduction de l’Université Laval. )):

  • Afrique du Sud: Selon la Politique linguistique cadre pour l’enseignement supérieur de juillet 2001, « tous les établissements d’enseignement supérieur doivent participer à la facilitation et la promotion des objectifs de la politique linguistique nationale ».  Ces institutions ont la responsabilité de par la loi d’assurer une cohérence avec les langues nationales.
  • Albanie: Selon l’article 6 de la loi relative au système d’enseignement pré-universitaire de 1995, « l’enseignement dispensé dans les établissements publics d’enseignement de la république d’Albanie l’est en albanais, sauf dans les cas où la présente loi en dispose autrement ».
  • Algérie: L’article 8 d’une ordonnance de 2005 fixant les règles régissant l’enseignement dans les établissements privés impose que l’intégralité de l’enseignement (hormis les cours de langues étrangère) se fasse en arabe dans toutes les disciplines et à tous les niveaux.
  • Andorre: Selon la loi du 20 juin 1996 sur les dénominations commerciales, les raisons sociales et les enseignes d’établissement,  une dénomination commerciale ne peut être enregistrée que si elle est écrit en catalan.
  • Angleterre: La loi sur la nationalité britannique de 1981 exige la connaissance de l’anglais, du gallois ou du gaélique écossais pour l’obtention de la citoyenneté.
  • Argentine: Dans un accord-cadre pour l’enseignement des langues, adopté en 1998, on réaffirme que l’espagnol est la langue de la majorité des habitants, que c’est celle d’usage courant, celle des documents officiels, de l’école et du travail.
  • Arménie: Dans l’article 2 de la loi sur la langue, adoptée en 1993, l’Arménie exige un examen d’entrée sur la langue arménienne et l’enseignement de la langue arménienne pour tous les établissements d’enseignement secondaires spécialisés, professionnels et supérieurs.
  • Azerbaïdjan: Selon la loi sur la langue officielle de 2002, tout citoyen de la République azerbaïdjanaise est dans l’obligation de connaître la langue officielle.  Toute admission dans un établissement d’enseignement secondaire ou supérieur est conditionnelle à la réussite d’un examen de connaissance de la langue azerbaïdjanaise.
  • Belgique: Au sein de la communauté française, le Décret Spaak-Lagasse de 1978 a interdit l’emploi exclusif d’une langue autre que le français dans toutes les relations avec l’État et au niveau de l’affichage sur les bâtiments.   La communauté flamande, elle, a adopté une loi, en 2006, qui fait du néerlandais la seule langue de tout le processus de votation.
  • Biélorussie: Selon la loi sur les langues de 1990, « le travail d’instruction et d’éducation à l’école générale se fait en biélorusse ».
  • Brésil: L’État de São Paulo a adopté une loi, en 1999, statuant que l’utilisation du portugais est obligatoire dans l’enseignement et l’apprentissage, dans le travail, dans les relations juridiques, dans l’expression officielle, dans l’expression lors des événements publics, dans les moyens de communication de masse, dans la production et la consommation de biens, produits et services et en ce qui concerne la publicité de ceux-ci.
  • Bulgarie: La loi sur l’éducation nationale de 1991 demande à ce que l’éducation permette une maîtrise de la langue officielle et que les élèves dont la langue maternelle n’est pas le bulgare ont le droit d’étudier leur propre langue maternelle, mais à l’extérieur de l’école publique.
  • Colombie: La loi en faveur de la langue espagnole, qui  a été adoptée en 1960 (mais abrogée par la suite), décrétait  que tous les documents officiels, tout nom, enseigne, annonce de commerce ou quoi que ce soit à la portée de tous devait être écrit en espagnol.  Si la loi n’était pas respectée, l’autorité responsable avait le droit d’ordonner l’enlèvement de l’annonce.
  • Costa Rica: La loi sur la défense de la langue espagnol et des langues aborigènes costaricaines de 1996 oblige les raisons sociales, les brevets et les marques les documents publics, la publicité et les brochures a être dans les langues nationales.
  • Espagne: Dans la région autonome de la Catalogne, la loi sur la politique linguistique de 1998 a statué que le catalan constitue la langue de l’enseignement en Catalogne et cela à tous les niveaux et dans toutes les branches de l’éducation.
  • États-Unis: De nombreux États ont voté des lois linguistiques, dont l’Arizona, avec sa proposition 103, en 2006, qui a interdit toute forme de mesure officielle ignorant, nuisant ou diminuant le rôle de l’anglais comme langue du gouvernement.
  • France: La loi Toubon de 1994 stipule, dans son article 3, que « toute inscription ou annonce apposée ou faite sur la voie publique, dans un lieu ouvert au public ou dans un moyen de transport en commun et destinée à l’information du public doit être formulée en langue française ».  En outre, cette loi a des dents: on peut retirer une inscription délinquante.  Dans la même loi, à l’article 11, on statue également que la langue d’enseignement dans les enseignements publics est le français.
  • Irlande: L’article 28 de la loi sur la radiodiffusion de 2001 stipule que que la programmation doit absolument offrir du contenu dans la langue irlandaise, et pas seulement en anglais.
  • Islande: L’article 15 de la loi sur les étrangers de mai 2002 impose qu’un cours d’islandais de 150 heures, avec une assiduité minimale de 85%, soit imposé à tout étranger espérant obtenir un permis de séjour.
  • Lettonie: L’article 12 de la loi sur la citoyenneté de 1998 stipule qu’une personne ne peut obtenir une naturalisation si elle ne parle pas couramment le letton.
  • Macédoine: L’article 7 de la loi sur l’emploi de la langue macédonienne (1998) demande à ce que les textes officiels, mais également les manuels scolaires et la presse soient obligatoirement édités en macédonien.
  • Maroc: L’article 111 de la Charte nationale d’éducation et de formation de 1999 rend obligatoire l’enseignement en arabe de tous les enfants marocains et ce, dans toutes les institutions éducatives du Maroc.
  • Russie: La loi sur la langue officielle de la fédération de Russie de 2004 affirme que le russe doit être la langue obligatoire pour l’activité des pouvoirs publics, pour les noms des pouvoirs publics, lors de la tenue d’élections, dans le domaine de la justice, dans la correspondance entre les pouvoirs publics, dans l’orthographe des lieux géographiques, dans les publicité, etc.
  • Suisse: La Suisse est un cas un peu spécial, car chaque canton peut adopter ses propres règlements.  Ceci dit, des organes fédéraux, comme la Société suisse de radiodiffusion et télévision, doivent s’assurer que les langues officielles des cantons sont respectées et que la programmation y est égale entre chaque langue.
  • Turquie: L’article premier de la loi sur l’usage du turc dans les établissements stipule qu’aucune société ou établissement ne peut supprimer le turc de leur commerce, de leurs contrats ou de leurs communications.  Les délinquants s’exposent à des amendes.

Ces nations ne sont pas des dictatures et elles ne violentent pas leurs minorités. Simplement, elles ont compris que c’est en légiférant qu’on peut assurer que la cohérence et la stabilité sociales issues du partage d’une seule langue commune bien établie puisse prévaloir. Elles ont saisi que si des lois permettent de protéger les individus, en interdisant tout ce qui pourrait s’attaquer à leur intégrité, de telles lois sont tout autant nécessaires pour protéger la nation, cette collectivité d’individus partageant des valeurs communes, dont la langue est généralement la principale.
Il faut appliquer la Loi 101 au cégep
L’application de la Loi 101 au réseau collégial ne constitue donc rien de plus radical que ce qui se fait ailleurs, n’en déplaise à ceux qui aiment nous dépeindre comme des extrémistes alors qu’on réclame, précisément, la normalité des peuples libres. En fait, on pourrait même dire que c’est une mesure bien timide, un simple premier pas, quand on se compare avec des pays qui ont décidé de ne financer que l’éducation publique dans la langue nationale, alors que nous finançons davantage l’éducation des anglophones que la nôtre!
Si le Québec était indépendant, la question ne se poserait pas. Il suffirait d’instaurer un seul réseau public d’éducation en français avec quelques exceptions pour les minorités anglaise et autochtones.
Mais la réalité étant ce qu’elle est, la Loi 101 au cégep constituera un nouveau rempart contre l’assimilation qui nous guette et nous permettra, en attendant le Grand Soir, d’aspirer à une existence un peu plus normale, à l’image de celle des centaines d’autres nations de la Terre.
Il n’y a rien de mal à éduquer nos enfants dans notre langue et à demander que ceux qui vivent sur notre territoire le fassent également. C’est ainsi que cela fonctionne partout sur la planète. C’est commun, presque banal.
La réaction des anglophones et de leurs sbires anglomanes ne doit pas nous surprendre. Ce sont des gens qui se prétendent ouverts d’esprit parce qu’ils parlent la langue impériale mais qui ignorent tout des lois linguistiques de par le monde. Ils nous dépeignent comme des radicaux, ils parlent de « police de la langue », mais ce n’est pas parce qu’ils ont raison de le faire, mais plutôt parce qu’ils espèrent jouer sur notre séculaire sentiment d’infériorité de peuple ayant vécu trop longtemps l’échine courbé.
Si toutes ces nations, ci-haut, ont ressenti le besoin de protéger leur langue commune, pourquoi le Québec, qui n’est pas un pays et qui vit entouré d’une mer d’anglophones, ne pourrait pas également le faire?
Cessons d’avoir peur de ce qu’en diront les incultes et appliquons la Loi 101 au réseau collégial. Ouvrons-nous sur le monde en protégeant notre langue et en joignant les centaines de peuples qui ont décidé d’enrichir l’humanité de leur présence en se donnant les moyens de survivre. Leur combat pour la diversité linguistique est aussi le nôtre.
Oui, l’automne sera chaud. Mais pas autant que l’enfer du quotidien de l’ethnocide de nos descendants si nous n’agissons pas maintenant.

Le poids réel de la « minorité » historique anglaise

Nous ne sommes pas des sauvages. Les anglophones font leur possible pour éliminer la présence française en Amérique du Nord, eux qui ont interdit tout enseignement français dans la plupart des provinces canadiennes pendant près d’un siècle, mais nous confirmons des droits à la « minorité anglaise historique » du Québec. Que ce soit en santé ou en éducation, nous sommes fiers – peut-être trop fiers – de leur offrir de généreux services dans leur langue. Mais quel est le poids réel de cette minorité historique? À quelle hauteur devrions-nous financer leurs institutions?

Source de l’image

J’ai souvent parlé, dans de nombreux billets, du fait que nous sur-financions les institutions anglophones. Me basant sur la simple observation qu’il y a 8,2% d’anglophones de langue maternelle au Québec, j’en concluais que les institutions anglophones étaient sur-financées. La situation est pire que cela.
En fait, c’est Pierre Serré qui m’a mis la puce à l’oreille, alors que je lui demandais une analyse critique d’un mémoire que je rédigeais pour la prochaine consultation sur la loi 103. Le chiffre 8,2% ne représente PAS la minorité historique anglophone du Québec; il s’agit simplement de ceux qui ont la langue anglaise comme langue maternelle, que ce soit des immigrants, des gens nés dans d’autres provinces canadiennes ou des résidants permanents. Les anglophones « de souche » sont encore moins nombreux.
J’ai fait les calculs. Les anglophones de langue maternelle nés au Québec représentent 5,4% de la population. En répartissant au prorata les réponses multiples, et selon le recensement de 2006 – ce qui ne serait sûrement plus possible si Harper allait de l’avant avec ses attaques contre le questionnaire long – ils ne sont que 401 526 personnes sur une population totale de 7 435 902 citoyens. Un gros 5,4%, le voilà le poids de la minorité historique anglaise. (( Les données brutes sont ici.))
Or, cette minorité jouit d’un réseau anglais de cégeps et d’universités publics engouffrant respectivement 19% et 27% du financement total et d’un méga-hôpital engloutissant 45,4% (1,5 milliards de dollars contre 1,8 milliards pour l’hôpital francophone) des ressources consacrées aux méga-hôpitaux. Tout ça, oui, pour 5,4% de la population.  Le colonialisme continue.
Soyons cohérents!
Le Québec est français. Article premier de la Charte de la langue française. Nous consentons des accommodements à la minorité historique anglophone. Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire? Cela veut dire que nous leur donnons un financement juste et équitable en fonction de leur poids démographique mais que nous intégrons l’ensemble des autres citoyens à la société française constituant le cœur de cette nation. Si les anglophones « de souche » forment 5,4% de la population, cela signifie que 94,6% des citoyens doivent s’intégrer en français et que l’État doit faire tout son possible pour les y intégrer. Cela signifie que nous désirons intégrer les immigrants à l’école française et que tout citoyen n’appartenant pas à la minorité anglaise historique devra fréquenter des institutions lui permettant de s’intégrer en français.
Malheureusement, ce n’est pas le cas. Comment peut-on espérer intégrer près de 95% des citoyens du Québec en français alors que nos cégeps ne sont financés qu’à 81%, que nos universités ne le sont qu’à 73%, que notre méga-hôpital – dont la construction n’est même pas commencée – obtiendra à peine 54,5% du budget alloué pour les deux méga-hôpitaux? Ce sous-financement des institutions francophones ne peut qu’inciter davantage de citoyens à s’intégrer en anglais.
En fait, nous ne finançons plus seulement les institutions de la minorité anglophone historique, mais nous aidons l’intégration en anglais de tous les nouveaux arrivants, y compris ceux venant d’autres provinces, dont le nombre ne peut être sous-estimé. Sur un total de 291 040 citoyens étant nés dans une autre province canadienne, 37,4%, soit 108 992, ont l’anglais comme langue maternelle. Ces gens-là, plutôt que de les intégrer en français, nous leur donnons des services en anglais, dans leur langue maternelle. Nous sommes donc très loin de financer les institutions de la minorité historique; nous finançons plutôt les institutions de la majorité canadienne sur notre territoire; nous nous privons de ressources qui auraient pu servir à assurer une meilleur intégration à la langue commune et nationale du Québec.
Le déséquilibre du financement des institutions doit être au cœur des enjeux
Le problème du déséquilibre du financement – le sur-financement des institutions anglophones et le sous-financement des institutions francophones – ne peut plus être ignoré. À un moment aussi critique que le nôtre, alors que le pourcentage de citoyens de langue maternelle française a glissé sous 80% au Québec et sous 50% à Montréal pour la première fois depuis qu’on tient de telles statistiques, nos descendants nous jugeront cruellement si nous n’avons pas le courage d’agir.
Affirmer que le Québec est français, que la langue française constitue la langue d’inclusion et d’intégration des nouveaux arrivants, c’est bien. Cesser de sur-financer des institutions anglophones pour 5,4% de la population, c’est beaucoup mieux.
Le jour où nous financerons équitablement, en fonction de leur poids démographique, les institutions anglophones, sera le jour où le français deviendra réellement la langue commune et d’inclusion des Québécois.
En attendant, on pourra quantifier notre recul en silence. Jusqu’à ce qu’un gouvernement borné nous enlève ce dernier droit et nous empêche d’avoir accès jusqu’aux statistiques faisant état de notre déclin.
De toute façon, ces gens-là, ils n’ont pas été à l’UQAM ou à l’UdM, n’est-ce pas?

Pour qui travaillera Jean-Marc Fournier?

La politique, c’est comme une partie d’échecs. Il y a un principe au jeu d’échecs consistant à toujours juger une position comme elle est présentement et à faire fi des erreurs commises. Je viens peut-être de faire une gaffe incroyable, mais je commets une autre gaffe en tentant de la réparer. Je dois observer l’échiquier tel qu’il est et tenter d’en tirer le maximum. Persister avec une façon de faire ayant mené à un échec est la meilleure façon de conduire à un nouvel échec. Voilà une leçon que Jean Charest aurait dû apprendre avant de sortir Jean-Marc Fournier des boules à mites.

Source de l’image
Théoriquement, l’idée fait du sens. Les stratèges libéraux se sont rendu compte que le ton acrimonieux à l’Assemblée nationale nuit principalement au Parti Libéral et très peu au Parti Québécois. Malgré tous les hauts-cris et les dénonciations de Jean Charest, la population ne le croit plus: c’est son parti qui, à ses yeux, est responsable de la dégénérescence des relations au parlement. En se débarrassant d’un Jacques Dupuis très agressif pour le remplacer par un Jean-Marc Fournier ayant déjà démontré qu’il pouvait accomplir cette tâche avec davantage de respect, le PLQ croit pouvoir changer la donne et se redonner une image respectable. Ça, c’est le calcul.
Le problème – et il est majeur – vient du fait que Jean-Marc Fournier a eu une vie entre son départ de la politique, en 2008, et son retour aujourd’hui. L’homme qui est avocat de formation est devenu, début 2009, vice-président principal de la planification stratégique au sein de la division Socodec, une filiale de SNC-Lavalin. Socodec, rappelons-le, est l’entreprise ayant construit le toit en kevlar du stade, au milieu des années 1980. Et c’est SNC-Lavalin qui était pressentie pour remplacer la toile du stade olympique par un toit fixe, jusqu’à ce que la Régie des installations olympiques décide, fin juin, de lancer un avis d’intention international.
Oui, vous avez bien lu. En plein scandale sur l’industrie de la construction, au moment où même le dernier des nouveaux-nés dans le dernier des hôpitaux de fond de rang demande une enquête sur les liens entre le gouvernement et cette industrie, Jean Charest va chercher un individu relié à ce secteur et qui a œuvré, jusqu’à tout récemment, à faciliter l’attribution du contrat du nouveau toit du stade à sa compagnie.
Odeur de fin de mandat
Évidemment, on pourrait rétorquer que ce ne sont que des allégations. Mais combien faut-il d’allégations avant qu’on puisse tirer des conclusions? Combien de personnes doivent-elles composer le 911 et affirmer qu’il y a de la fumée suspecte avant que les pompiers ne quittent leur caserne pour aller y voir de plus près? Le gouvernement aura beau dire qu’il ne s’agit que d’allégations, mais plus personne ne le croit.
En allant chercher Fournier, Jean Charest espérait peut-être redonner un nouveau souffle à son parti. Il confirme plutôt ce que beaucoup affirment depuis des mois: ce gouvernement est en fin de mandat et ses actions ne sont pas justifiées par la recherche du bien commun mais par la futile tentative de se sauver les fesses d’une situation dans laquelle il s’est lui-même placé. Et la présence de Jean-Marc Fournier ne constituera qu’un autre filon à exploiter par des journalistes curieux d’en savoir davantage sur les apparences de corruption de ce gouvernement.
Jean Charest est en train de perdre la partie. Il essaie n’importe quoi et joue des coups désespérés. Rien n’y fera. La seule façon pour lui de s’en sortir serait d’espérer une opposition péquiste assez faible et désorganisée pour espérer un énième miracle.
Avec Marois au volant, il garde peut-être espoir…
En attendant, la question mérite d’être posée. Pour qui travaillera Jean-Marc Fournier? Les citoyens, ou son portefeuille et ses amis de chez SNC-Lavalin?

Profilage racial: laissons les policiers travailler

La sortie d’un rapport prétendant démontrer que les policiers de Montréal font du profilage racial tombe à point. Près de deux ans après que Fredy Villanueva ait été abattu après avoir agressé un policier, plusieurs aimeraient mettre la police au banc des accusés, l’accusant de faire du profilage racial. Qu’importe si ce rapport a une méthodologie douteuse, et qu’importe si les personnes de race noire sont sur-représentées lorsque des crime sont commis: il faut défendre les gentils citoyens contre la « méchante police ».

Source de l’image
Soyons sérieux une seule minute. Ce rapport constitue une vraie blague. Il compare le nombre d’interventions à la population totale. Cela signifie que si la majorité des individus traînant la nuit sont Noirs, mais qu’ils habitent dans un quartier majoritairement Blanc, la police ferait automatiquement du profilage racial en les abordant. Comme le souligne avec justesse le directeur adjoint Jean-François Pelletier, qui dirige l’équipe ayant produit le rapport, il aurait fallu comparer le nombre d’interventions visant des Noirs avec le total des interventions sur des individus dans une situation similaire. En d’autres mots: il ne suffit pas de dire que près de 30% des individus interpellés une nuit sont de race noire; il faudrait également tenir des statistiques sur l’origine ethnique de l’ensemble des individus qui étaient dans une situation justifiant de les aborder. Il faudrait également quantifier les crimes commis par des personnes de chaque race.
On fait également grand cas de l’importante augmentation des interpellations de personnes noires à Montréal-Nord entre les années 2001 et 2007. Cela constituerait une nouvelle preuve que le profilage racial serait en hausse dans le quartier. Dans les faits, cela ne prouve rien, sinon que l’immigration y est fortement en hausse (plus de 6530 nouveaux immigrants entre 2001 et 2006, et le pays d’origine le plus représenté est Haïti), que le crime l’est possiblement et que la police fait peut-être simplement face à davantage d’individus de race noire dans ses interventions.
Sur-représentation des Noirs concernant les crimes commis
Les statistiques sur les crimes en fonction de la race sont beaucoup plus difficiles à trouver au Québec et au Canada qu’aux États-Unis. Ici – surtout au Québec – on ne parle de race que lorsqu’il est question de crime haineux. Au niveau canadien, on tient quelques rares statistiques. On peut y voir ce graphique, par exemple, qui démontre que les Noirs représentent près de 2% de la population canadienne, mais que près de 6% sont emprisonnés et 7% sous supervision judiciaire. Chez les femmes, la situation est semblable: un rapport du Service correctionnel du Canada faisait état d’un pourcentage d’emprisonnement entre 5% et 7% pour les années 2001 à 2003.
Chez nos voisins du sud, par contre, de telles statistiques sont beaucoup plus élaborées. On y apprend que pour une population noire de près de 13%, celle-ci est responsable de près de 37% des homicides, 39% des crimes violents non-mortels, 30% des crimes contre la propriété et 30% des crimes à col blanc. Quand Patrick Lagacé affirme que les chiffres utilisés par l’étude sont les mêmes que ceux utilisés aux États-Unis, il oublie sciemment de souligner le fait que les personnes de race noire y sont largement sur-représentés.
Il faut agir intelligemment et politiquement
Ces données ne doivent pas servir à encourager le racisme ou la discrimination à l’égard des personnes de race noire. Elles doivent nous aider à prendre conscience d’une réalité: ces individus sont plus susceptibles de commettre des crimes et d’être emprisonnés que les Blancs. C’est une réalité, un fait. Être Noir, au Canada et au Québec, augmente la possibilité qu’on commette un crime ou qu’on finisse en prison. Au fait, y a-t-il beaucoup de Gagnon et de Tremblay dans les gangs de rue?
Évidemment, la couleur de la peau ne constitue pas une cause de ce problème. Il y a la pauvreté, il y a des différences culturelles, il y a une immigration trop importante pour notre capacité d’intégration, il y a des politiques économiques de droite favorisant les écarts de richesse et la paupérisation de nombreux quartiers. Les causes sont multiples, mais elles ont toutes une chose en commun: ce sont des enjeux politiques devant être adressés au niveau politique. Ce sont des politiciens – nos représentants – qui doivent s’occuper de ces enjeux. Ce sont nos élus qui doivent améliorer la cohésion sociale et prendre des positions courageuses pour améliorer l’intégration des immigrants déjà présents et réduire la pauvreté.
Or, quand on demande aux policiers de jouer les intervenants sociaux et d’adapter leur façon d’agir en fonction de la couleur de la peau des gens avec qui ils font affaire, on réduit notre capacité à faire face à ces troubles. Quand un crime est commis, quand des gens louches traînent la nuit, quand des individus terrorisent leur voisinage, quand ils vendent de la drogue ou commettent d’autres délits, on ne veut pas que le policier commence à se demander si son intervention sera considérée comme du profilage racial. On ne veut pas qu’il se questionne quant à savoir si son ratio d’interpellations noires est trop élevé pour la nuit; on ne veut pas qu’il se mette à considérer les individus en face de lui comme étant, précisément, des gens de couleur noire. On veut qu’il agisse. On veut qu’il fasse respecter la loi, indépendamment de la race. Et si cela implique d’interpeller davantage d’individus Noirs parce que ceux-ci sont sur-représentés au niveau du crime ou parce qu’il suspecte qu’un crime risque d’être commis, qu’il puisse le faire l’esprit en paix.
La police, malgré ses imperfections, est là pour nous défendre. Ce n’est pas de sa faute si les individus de race noire commettent plus de délits que ne le justifie leur poids démographique. Ce n’est pas son rôle de faire de la politique et de cesser d’apostropher des individus sous prétexte que cela pourrait être mal interprété. Si, toute la soirée, elle reçoit des appels de commerces ou de résidants se plaignant de gangs de Noirs volant ou terrorisant la population, elle est justifiée d’utiliser cette information au même titre qu’elle aurait le droit d’arrêter un individu avec un tatouage en forme de demi-lune sur l’épaule gauche si cela constituait un des signes distinctifs. On doit la laisser travailler.
Au-delà du profilage racial, il y a le respect de la loi et des valeurs qu’elle protège. Si nous pouvons œuvrer collectivement à améliorer la cohésion sociale et à réduire la pauvreté des populations immigrantes, qu’on le fasse au niveau politique. En attendant, les policiers sont justifiés d’interpeller qui ils ont envie d’interpeller car, de toute façon, quand on n’a rien à se reprocher, on ne craint pas les forces de l’ordre.
Quand on est un honnête citoyen, les policiers sont nos alliés.
Qu’importe la « race ».
Au-delà du profilage racial, si on agissait pour mettre fin au profilage de profession, qui consiste à dénigrer et à stigmatiser les policiers qui travaillent, au quotidien, pour maintenir nos valeurs et notre démocratie intactes?