Mois : septembre 2010

Laissons Andrew Coyne vomir son Maclean's

Que n’importe quel torchon canadien écrive quoi que ce soit à propos d’un soi-disant gène structurel ou intrinsèque typique des Québécois et les poussant à la corruption ne devrait même pas nous surprendre ou nous choquer. L’histoire du journalisme jaunissant canadien regorge de ce racisme abâtardi, des incitations à la haine et à l’émeute de The Gazette ayant mené à l’incendie du parlement de Montréal en 1849, en passant par les hallucinations de Jan Wong qui établissait un lien entre la tuerie de Dawson et la Loi 101, en 2006, ou encore par les insanités de Diane Francis et autres créatures qui, dans un pays sainement constitué, auraient de la difficulté à tenir captive une audience d’une dizaine de personnes.
Dès qu’il est question du Québec, le vieux fond orangiste, suprémaciste et raciste colonial des Canadiens prend le dessus sur ce qui devrait leur faire office de cerveau et c’est avec une insolente bonhommie qu’ils défèquent sur notre nation et se prétendent observateurs de notre prétendue infériorité, nous, les colonisés, qui ne mériteraient que de disparaître ou d’être enfin civilisés. Et nous qui avons tellement peur d’exister, nous qui ne sommes Québécois que du bout des lèvres, mordons à l’hameçon de notre propre infériorisation.

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Réglons la question dès le départ. Les arguments de Maclean’s sont tellement faibles qu’il est d’une facilité déconcertante de les invalider.

  • Le Québec, plus corrompu que le reste du Canada? Allons donc. Disons plutôt que le Québec règle ses problèmes de corruption quand ils arrivent. Trois premier ministres de la Colombie-Britannique ont démissionné à cause de scandales de corruption au cours des dernières décennies et le Canada lui-même s’est construit sur la corruption de John A. MacDonald.
  • La corruption, symptôme du nationalisme québécois? N’importe quoi. C’est bel et bien Lévesque qui a instauré les règles les plus strictes de gouvernance et aucun gouvernement du Parti Québécois – malgré tout ce qu’on peut lui reprocher – n’a jamais été accusé du tiers des actions reprochées présentement à Charest.
  • La corruption, causée par une trop grande présence de l’État? C’est exactement le contraire! Les données démontrent que les pays les moins corrompus (Nouvelle-Zélande, Danemark) sont ceux qui ont une présence étatique plus importante alors que les plus corrompus (Somalie, Afghanistan) n’ont pour ainsi dire pas de gouvernement ni d’institutions; en fait, c’est d’une logique implacable: c’est bel et bien le privé qui augmente les risques de corruption et c’est toujours parce que l’État se désengage et réduit ses garde-fous que les enveloppes brunes circulent plus facilement.

Maintenant, passons aux choses sérieuses. Qu’en avons-nous à foutre de l’opinion du Maclean’s ou de n’importe quel autre revue jaunie? « C’est une revue sérieuse », qu’on entend dire un peu partout. Ah oui? C’est quoi le sérieux pour vous, dites-moi? Du papier glacé, une propriété de Rogers et du papier de toilette à fleur de lys? Non, le Maclean’s n’est pas plus ou moins sérieux que n’importe quel autre média. En fait, il nous prouve, avec cette aberration, qu’il est tout sauf sérieux. Il entretient les mythes à l’égard du Québec chez les Canadiens et il contribue à démontrer, comme l’a affirmé Bernard Landry aujourd’hui, qu’il y a bel et bien deux nations dans ce pays.
Ne serait-il pas temps un peu pour nous d’arrêter de sur-réagir quand n’importe quel scribouilleur vomit sa prose sur notre nation? Ne serait-il pas temps de comprendre et d’accepter que c’est NORMAL que le Canada, à l’aide de ses médias, se serve de n’importe quel prétexte pour démoniser les Québécois? Ce n’est pas notre faiblesses intrinsèque qui est mise en cause ici, mais plutôt notre statut de peuple conquis ayant des réflexes du colonisé plus à l’écoute des besoins de son maître que de ses propres désirs de liberté. Oui, Maître. Merci, Maître. Voulez-vous vous essuyer encore davantage les pieds sur mon dos, Maître? C’est ce que nous sommes: des conquis.
Maintenant, si nous voulons changer les choses, si nous voulons à nouveau être un peuple fier, qu’on ignore un peu ce qu’écrivent ces ferrailleurs de la stupidité et qu’on cesse de se préoccuper des « quand dira-t-on » canadiens. Nous avons le droit d’exister, nous avons le droit de vouloir la liberté et les mensonges ne changeront jamais rien à notre fierté; ils ne peuvent que renforcer notre désir de nous séparer d’un Canada fétide, raciste et francophobe où pullulent toutes sortes de déchets journalistiques à la Andrew Coyne.

L'aéroport politique

C’était la première fois que j’entrais à l’Assemblée nationale. C’était un peu comme pour l’aéroport: on arrive beaucoup en avance, on part toujours trop tard, on se fait fouiller de la tête aux pieds et on regarde bêtement les uniformes des employés, les gens et la décoration tout en cherchant les toilettes. Parti à 6h30 de Laval, arrivé à 10h30 au parlement à cause des bouchons et des travaux, j’avais un peu l’impression de souffrir du décalage horaire. Qu’à cela ne tienne, la cause valait pleinement le déplacement: l’occasion de dire à la ministre St-Pierre et à ses acolytes libéraux ce que je pense de son projet de loi 103.

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J’étais très bien entouré. La fine équipe. Impératif français, dont j’avais écrit la quasi-totalité du mémoire. Et Jean-Paul Perreault, son président, un homme dont j’admire la fougue, la détermination (ça fait trente-cinq ans qu’il se bat pour notre langue) et qui n’a pas peur d’aller au bâton et de bousculer pour faire valoir ses idées. J’étais présent pour l’épauler dans l’exhibition du mémoire de l’organisme et je dois dire que ça fut pour moi une expérience très positive.
Nous avons martelé nos points avec – j’ose croire – beaucoup d’aisance et au moyen d’arguments pouvant difficilement être réfutés. Signe de respect ou de décontenance devant la solidité de notre discours, la ministre St-Pierre n’a pas osé ou n’a pas été capable de nous coincer avec les nombreux pièges qu’elle avait tendus aux autres participants.
Bien que cette consultation ne jouit certainement pas de la visibilité de la Commission Bastarache ou des débats houleux de la période de questions, peut-être avons réussi, à tout le moins, à fournir des arguments aux opposants à cette loi… Je l’espère, et c’était avec grande joie que j’ai expliqué plus en détails certains passages du mémoire à certaines personnes d’influence.
VOIR LA VIDÉO DE NOTRE PRÉSENTATION ICI: LIEN ou LIEN ALTERNATIF (certains ont eu de la difficulté avec le premier lien) (Vous pouvez également lire le journal des débats ici: LIEN)
De la politique, moi?
Un député m’a félicité chaudement pour ma performance, une autre m’a dit que j’avais un talent naturel pour cela, un autre a parlé positivement de ma pugnacité. Ai-je si bien fait que cela? À vous de juger. Une chose est certaine, cela m’a fait goûter au pouvoir de l’art oratoire. J’avais déjà eu l’occasion de me faire les dents à diverses émissions de télévision, mais jamais n’avais-je eu le temps de bien développer mes idées comme aujourd’hui. Dans un monde idéal, cette vocation – car c’en est une – m’intéresserait probablement, même si je devais pour cela contrôler une forme d’anxiété paralytique transformant mes avant-performances en cauchemar neurologique. Le problème, c’est bel et bien qu’il ne s’agit pas d’un monde parfait. Si en Théorie, tout fonctionne pour le mieux, au Québec, la situation est plus morose.
En effet, si dans un monde idéal les discussions éclairées serviraient à trouver la vérité et le bien commun, dans celui de notre réalité, j’ai parfois l’impression qu’il s’agit davantage d’un spectacle pour épater la tribune. Le parti Rouge dit Noir, le parti Bleu dit Blanc et gare au député qui déroge! On ne se mouille pas, on ne prend pas de risques. On aseptise notre discours, on le pré-mâche jusqu’à ce qu’il soit tellement facile à digérer qu’on puisse le faire avaler à n’importe qui, indépendamment de ses valeurs intrinsèques.
Si je devais faire de la politique, pourrais-je garder ma liberté de parole? La réponse est non. Je devrais calculer. Sacrifier ceci pour cela. Au PQ, par exemple, je devrais piler sur mes convictions sociales-démocrates et accepter une évolution monstrueusement lente de la question identitaire. Et si je me battais à l’intérieur du parti, comme d’autres me l’ont suggéré, je me battrais dans le vide, contre des fantômes, étant poussé vers les limites du marginal et me voyant refuser toute possibilité d’avancement. Blanc c’est Blanc, Noir c’est Noir, toi le Gris tu fermes ta gueule. Et j’aurais le choix: me la fermer et devenir un parfait apparatchik satisfait de son veston de chez Simons et ayant une « carrière » en vue, ou bien parler et en subir les conséquences.
Non, ce n’est pas la politique qui m’intéresse. Celle des idées, celle des personnalités fortes, celle des créatifs et des battants, elle n’existe plus en ce moment. On l’a tuée. On se demande souvent pourquoi il n’y a personne de charismatique et de frondeur pour remplacer Charest et Marois. C’est pourtant très simple: si un individu avait la capacité de changer les choses, il aurait été exclu de son parti depuis longtemps.
Denis Trudel et La division des troupes
J’ai rencontré Denis Trudel à la cafétéria de l’Assemblée nationale. Il venait présenter le mémoire du Mouvement Montréal français (que j’ai également écrit). Il n’était pas très content de mon dernier texte, où je me servais de lui pour exprimer une problématique du discours indépendantiste.
« Louis, tu aurais dû m’appeler et m’en jaser! » Bien sûr que je lui ai répondu, « sauf que le texte ne parle pas vraiment de toi. C’est une image, un simple exemple de ce qu’il faut modifier dans le discours indépendantiste ». Discussion franche mais agréable. Car j’adore Trudel. Sérieusement. Ce type est une bonne personne. Mais à ses yeux, comme aux yeux de beaucoup de mes détracteurs, de tels textes divisent notre mouvement.
Moi, je lui ai répondu que je n’ai qu’un seul mouvement: la langue française.
Encore une fois, comme j’avais tenté de l’exprimer dans ce texte, le problème vient, à mon avis, d’une mauvaise conception de ce qui divise ou rassemble le mouvement pour la survie du français. Ce n’est pas la critique entre militants qui divise. Non, celle-ci, à l’image de deux frères qui se chamaillent et apprennent ainsi à devenir plus fort et à se battre, nous permet de devenir plus confiants dans notre argumentaire. Cette critique permet de déterminer les faiblesses de notre discours et, véritable argumentation darwinienne, de permettre aux meilleurs arguments de détruire les plus faibles. En nous critiquant mutuellement DANS LE RESPECT, nous contribuons à rendre notre discours plus fort, voire invulnérable. C’est ainsi et seulement ainsi que nous vaincrons.
Parlant de respect, j’en ai manqué envers certaines personnes, même si c’était en réaction à leur comportement (dans la plupart des cas). Yvan Major, Luc Lapointe, Jonathan Dépot, Patrick Bourgeois, Tania Longpré, Sonya de Rosby, Philippe Leclerc. Mea culpa. Je m’excuse. Vous savez pourquoi. Je pourrais dire que pour certains c’était mérité, mais ce ne l’était pas. Ce que j’ai appris aujourd’hui en confrontant des idées abominables avec le sourire, et que je vais tenter d’appliquer dans le futur, ce n’est pas l’hypocrisie ou la violence qu’on se fait soi-même, mais la capacité à ignorer ce qui est contre-productif et à ne pas perdre de temps avec la roche qu’on cherche à mettre au pied de quiconque décide d’avancer, seul, vers la recherche de la vérité.
Peut-être que je deviens plus politique, après tout.
On a tous un avion à prendre.
Beurk?

Langue française: Trudel doit être plus agressif

J’adore Denis Trudel. C’est un comédien hors-pair et une excellente figure populaire pour la cause du français. J’ai eu la chance de travailler avec lui sporadiquement alors que j’étais sous contrat avec le Mouvement Montréal français (MMF) et je n’ai que du bien à dire à propos de lui. Ceci dit, en tant que porte-parole du MMF, il aurait avantage à modifier son discours, à le rendre un peu plus revendicateur et à être moins sur la défensive.

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Par exemple, pour faire la promotion du méga-spectacle contre la loi 103, il était en entrevue à la télévision. Radio-Canada ou LCN, je ne me souviens plus. Il disait à peu près ceci:

« Nous ne sommes pas contre le bilinguisme, nous voulons le mieux pour nos enfants. Nous ne sommes pas contre l’anglais, nous sommes ouvert sur le monde. Mais nous voulons protéger le français car il risque de disparaître. »

Qu’on me pardonne l’approximation, mais j’ai presque échappé mon repas par terre en l’entendant tenir ce discours. Quelques mots, trois phrases tout au plus, et il venait de reproduire lui-même – et volontairement – les principaux mythes propagés par les adversaires du Québec français. Trente secondes, peut-être moins, et il a réussi à dire:

  1. Que le bilinguisme est quelque chose de souhaitable et de compatible avec un Québec français;
  2. Qu’il est justifié d’apprendre l’anglais à nos enfants pour assurer leur bien-être individuel;
  3. Que la lutte pour un Québec français ne se fait pas contre la langue anglaise;
  4. Que l’apprentissage de l’anglais constitue un pré-requis pour une « ouverture » sur le monde.

Rien que ça. À trop vouloir prévenir les coups de nos adversaires, Trudel a tenu un discours peureux et faible. Plutôt que d’avoir le courage d’aller au front et de faire face aux mythes, il a préféré s’excuser de vouloir défendre notre langue et rassurer ceux qui pourraient croire qu’on oserait réclamer autre chose qu’une réserve de sauvages francophones en terre d’Amérique anglophone. Des nègres blancs 2.0, quoi.
Ce qu’il faut plutôt, actuellement, c’est la capacité d’adopter un discours plus agressif, plus revendicateur.
Par exemple :

  1. Oui, nous sommes opposés au bilinguisme. Ce mot – bilinguisme – doit être descendu de son piédestal;le bilinguisme en tant que langage n’existe pas. Le bilinguisme, comme le disait le linguiste Albert Dauzat, c’est un état transitoire entre deux langues, le passage d’une langue faible vers une langue forte. Aucun peuple dont la langue était dominée n’est devenu bilingue avec la langue dominante sans perdre sa langue. Que des gens veuillent apprendre des langues étrangères, cela les regarde. Mais le bilinguisme en tant que concept généralisé ne peut que mener à la disparition du français en terre d’Amérique. Nous avons tous les Canadiens et les Louisianais bilingues pour le prouver.
  2. Le mieux-être de nos enfants passe par la langue française. Si nous adhérons à l’idée que pour maximiser leurs chances de réussite individuelle il faudrait absolument leur apprendre une langue étrangère, nous abdiquons notre rôle collectif qui devrait être de leur permettre, précisément, d’atteindre les plus hauts échelons de la société en parlant français. Si nous affirmons qu’il faille parler anglais pour réussir dans la vie, nous faisons du français une langue de perdants et nous oublions que pour la plupart des nations du monde, la seule langue nationale permet d’accéder à tous les pouvoirs et toutes les possibilités. Nous n’avons pas besoin de mettre en danger notre nation française pour le 2-3% de citoyens qui devraient travailler en relation directe avec un pays anglophone.
  3. Oui, la lutte pour un Québec français se fait contre la langue anglaise. Cessons d’être dupes : ce n’est pas le mandarin ou l’espagnol qui menacent le français au Québec. Il ne s’agit pas d’un jeu gagnant-gagnant où tout le monde fait une ronde à la fin de l’émission de Passe-Partout. La réalité est aussi crue que cela : chaque gain de l’anglais se fait en grande partie au détriment du français et, inversement, chaque gain du français se fait largement au détriment de l’anglais. Nous voulons un Québec français, mais pour y arriver, nous n’aurons pas le choix de nous attaquer aux privilèges des anglophones, par exemple à leurs institutions qui sont sur-financées par rapport à leur poids démographique.
  4. Qu’on cesse un peu de nous dire que l’anglais nous ouvre sur le monde! D’abord, l’anglais n’est que la troisième langue la plus parlée au monde, derrière le mandarin et l’espagnol. Ensuite, le monde ne parle pas qu’une seule langue, mais des centaines de langues différentes. La richesse de cette humanité, c’est sa pluralité, sa diversité. Concevoir un monde anglais, c’est recouvrir de bitume l’ensemble de l’Amazonie sous prétexte de s’ouvrir à elle. On détruit précisément ce à quoi on cherchait à s’ouvrir. On communique à Taïwan, à Bangkok, à New York ou à Londres, mais ce sont toujours les mêmes individus vivant selon la même culture anglicisée, les mêmes rites d’une world-culture ayant délaissé les identités nationales. L’ouverture sur le monde, plutôt, c’est assurer la survie de ces identités et s’assurer que le Québec, en étant en mesure de protéger sa langue commune, puisse continuer, à l’image d’autres peuples, à assurer la richesse culturelle et linguistique de cette humanité.

BOUM. BOUM. BOUM. BOUM. Je ne demande pas un argumentaire parfait, mais je veux voir quelqu’un au combat. Je veux le voir monter sur le ring contre le discours tout en muscles que les ennemis du Québec français cogitent depuis des décennies. Je veux le voir en prendre plein la gueule, mais se battre, tomber, se relever encore, à l’image d’un Québec qui n’acceptera jamais de dénaturer son discours de peur de voir le type dans l’autre coin du ring venir nous sacrer des volées. Je veux le voir saigner, conscient qu’il n’est pas seul dans cette lutte et qu’il a l’appui des centaines d’autres peuples au prise avec la même problématique – même si elle est moins aiguë qu’ici.
Quand on parle d’appliquer la Loi 101 aux écoles privées non-subventionnées et au cégep, on tient un discours offensif, revendicateur. Les militants sont prêts. Mais la population, elle, doit se faire dire les vraies choses. On doit cesser de la dorloter et de lui inventer des bouts de pensées patchées comme des collages d’intelligence qu’on colle dans le grand cahier de la bêtise argumentaire. Qu’on arrête un peu de lui dire en même temps qu’elle doit devenir bilingue et qu’elle doit exiger le français partout. Qu’on arrête de donner des cellulaires aux enfants en leur demandant d’utiliser la vieille cabine téléphonique. Qu’on soit honnête avec elle : notre langue nationale est en danger et il faut en finir avec l’anglomanie propagée par nos élites.
Denis Trudel constitue une élite de rechange, un modèle d’inspiration pour une nouvelle génération de Québécois désireux d’entendre un discours alternatif. Il n’a pas le droit de faillir à la tâche. Il doit se relever les manches, mettre les gants et monter dans le ring.
Sinon, et peu importe ses immenses qualités, il doit céder sa place à un autre.

Trois mille fois non à la loi 103!

La ministre Christine St-Pierre n’a qu’à bien se tenir: les Québécois lui ont répondu plus de trois mille fois « NON » à son infecte loi 103, garantissant le « droit » des mieux-nantis de contourner la Loi 101 pour envoyer leurs enfants dans un réseau public anglophone destiné, à l’origine, à la seule minorité historique anglophone. Contre ses larmoyants appels en faveur de la protection des droits individuels de gens méprisant notre langue commune et nationale, des milliers de citoyens lui ont opposé la conception inclusive d’un Québec uni autour de sa langue et offrant la cohésion sociale et linguistique de toutes les nations modernes.

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Plus de trois mille fois, les citoyens québécois lui dont répondu: l’éducation dans une langue étrangère et avec nos impôts ne constitue pas un droit, mais un privilège consenti à une minorité anglophone historique ne représentant qu’un peu plus de 5% de la population. Il est inadmissible qu’un réseau public consenti comme privilège à ces anglophones accueille près de 11% des étudiants au secondaire, 16% au cégep et près de 25% à l’université.
Plus de trois mille fois, les citoyens québécois lui ont affirmé: le Québec est peut-être la seule nation au monde à financer deux réseaux d’éducation publics et parallèles dans deux langues différentes et sur un même territoire. Le Québec ne brime pas davantage les droits individuels des citoyens en finançant un enseignement en français que l’Angleterre ne le fait avec son unique réseau public anglais, l’Allemagne avec son unique réseau public allemand ou la Russie avec son unique réseau public russe. Partout sur cette planète, des nations établissent des lois linguistiques protégeant leur langue nationale et consentent un enseignement public dans la langue nationale. Si Christine St-Pierre croit que le Québec brime la liberté individuelle de ses citoyens avec sa Loi 101, elle devra accuser l’ensemble des nations au monde de faire la même chose.
Plus de trois mille fois, les citoyens québécois lui ont clamé: le français recule en Amérique du Nord, au Canada, au Québec et à Montréal. Si nous n’agissons pas énergiquement et rapidement, il sera bientôt trop tard. Notre louisianisation est en marche et si nous ne sommes pas en mesure de prendre les moyens nécessaires pour protéger notre langue, nous subirons le même sort que celui des Acadiens et autres Franco-Canadiens en voie de disparition. Mme. St-Pierre a la responsabilité historique de défendre la nation québécoise bien au-delà de ses particularismes.
Plus de trois mille fois, les citoyens québécois lui ont crié: notre lutte en est une pour la diversité culturelle! Si le français disparaît au Québec, c’est l’ensemble de l’humanité qu’on prive de notre présence. C’est l’extinction d’une forme particulière du genre humain, avec sa langue propre, sa culture, sa façon de concevoir le monde. Contre l’homogénéité d’un monde fade et anglicisé, le combat pour un Québec français en est un pour la survie de toutes les langues et cultures du monde afin de permettre à une humanité plurielle et ouverte sur ses différences de pouvoir rayonner de ses milles peuples.
Plus de trois mille fois, les citoyens québécois se sont embrassés, se sont réconfortés: nous ne sommes plus seuls. Vous n’êtes plus seuls à vous battre pour pouvoir travailler en français. Vous n’êtes plus seuls à exiger la fin du bilinguisme institutionnel, prélude à notre anglicisation. Vous n’êtes plus seuls à avoir de la difficulté à vous faire servir dans la langue nationale à Montréal. Vous n’êtes plus seuls à refuser de plier l’échine et à vous faire violence pour accommoder une langue impériale qui, sous prétexte d’un libre-choix n’existant que par le sur-financement systématique des institutions anglophones, s’impose contre vous.
Non, nous ne sommes plus seuls. En avril, nous étions plus de mille au rassemblement pour la Loi 101. Aujourd’hui, nous sommes plus de trois mille. La prochaine fois, nous serons dix mille, et nous renverserons le socle de notre propre lâcheté et déboulonnerons toutes nos fausses idoles nous enfonçant notre disparition dans la gorge à grandes bouchées de bilinguisme et d’une prétendue ouverture ne pouvant conduire qu’à notre disparition.
Le combat ne fait que commencer. Le Québec français, libéré de ses institutions étrangères sur-financées, affranchi de ses élites corrompues et anglomanes, libérales comme péquistes, reste encore à construire.
Le route vers la survie nous est ouverte. Il faut cesser d’avoir peur et foncer. Sans jamais se retourner ou regretter ceux qui, comme Christine St-Pierre, ont choisi de disparaître au nom de principes qui nous ne serons d’aucune utilité du fond de notre tombe au cœur du cimetière des peuples.

Le javel mortuaire

Richard Martineau publie aujourd’hui un billet sur son blogue où il critique Patrick Bourgeois, le chef du Réseau de Résistance du Québécois (RRQ), pour son acceptation de commentaires désobligeants sur son site web à propos de la mort de Claude Béchard. Pour Martineau, ce sont des messages haineux, dégoûtants, qui n’auraient rien à voir avec l’ensemble d’un Québec « secoué » par le décès prématuré de Béchard. Quand quelqu’un meurt, on n’a pas le droit ni de se réjouir, ni de le critiquer, voilà le message en filigrane. Il s’agit d’une forme particulièrement vicieuse de pensée.

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En effet, au nom de quelle justification moralement tordue une personne décédée gagne-t-elle soudainement en valeur et peut-elle s’épargner le jugement d’autrui? Un individu peut être toute sa vie le dernier des salauds, massacrer des enfants, tuer six millions de Juifs comme Hitler l’aurait fait, mais à l’heure de son décès il faut tout oublier sous prétexte qu’il est mort, que c’est la vie et qu’on ne s’en prend pas à un mort. Critiquer un mort, c’est mal vu, c’est laid, c’est sale. On a tellement peur de la mort qu’on la sacralise. Rédemptrice, elle transforme le pire des hommes en personne respectable dont la mémoire doit être respectée.
Je ne dis pas que Béchard doit être méprisé pour autant. On peut clairement objecter que Béchard n’a rien fait pour mériter le mépris. Sauf qu’il s’agit d’une opinion personnelle et que le propre de telles opinions est précisément qu’elles peuvent se discuter. Si des gens considèrent que l’œuvre de Béchard doit être critiquée, pourquoi devraient-ils s’en empêcher sous prétexte qu’il est mort? S’ils croient que Béchard était une nuisance, pourquoi devraient-ils se taire? Béchard, après tout, était l’homme derrière le Suroît, derrière la privatisation avortée du Mont Orford, derrière le projet Rabaska… Si l’homme a œuvré de son vivant à dilapider les richesses naturelles ou écologiques du Québec, et si nos descendants auraient eu à en payer le triste prix n’eût été de l’opposition de la population à ces tristes projets, cela ne doit-il pas être dénoncé? Le javel mortuaire ne peut pas tout blanchir.
Quand on pense à la mort d’un individu foncièrement mauvais, à un meurtrier par exemple, s’épargne-t-on la joie de dire « bon débarras » par respect pour la mort de l’homme? Non. On juge sa vie, on la méprise et on l’oublie. Pourquoi agit-on différemment avec d’autres personnes? Si un individu tue un seul humain, on peut le mépriser, mais s’il a tenté de vendre l’héritage des Québécois aux amis du parti et qu’il a contribué toute sa vie au succès d’une formation politique corrompue, contribuant à la fois au recul de la démocratie et à l’affaiblissement environnemental du Québec pour des générations à venir, on devrait respecter son dernier repos?
Patrick Bourgeois lui-même m’avait reproché, après le décès de Lhasa de Sela, mes critiques selon lesquelles cette grande dame ne représentait rien de la culture québécoise. Bourgeois avait tort alors, mais il a raison aujourd’hui: on a le droit de juger de l’importance d’un individu pour notre nation, mort ou vivant. La mort ne blanchit rien, elle n’excuse rien. Une femme qui, malgré son incroyable talent, ne représentait pas la culture québécoise avec ses chansons dans des langues étrangères, c’est une vérité avant ou après la mort. Un homme qui, malgré sa gentillesse et son respect des individus, se sert de son rôle de représentant de la population pour affaiblir le Québec, c’est une vérité avant ou après la mort.
Le passage vers l’au-delà ne doit pas constituer un tamis permettant de séparer ceux qui peuvent se faire juger de ceux qui ne peuvent pas. Nous allons tous y passer; qu’on ne donne pas l’illusion à ceux qui sont ici et nuisent au Québec que nous allons les célébrer avec des funérailles nationales et oublier leurs travers au moment de leur décès.
Qu’ils deviennent des hommes et des femmes de bien dès aujourd’hui ou qu’ils assument le fardeau du jugement de ceux qui seront encore là à l’heure de leur mort!