Mois : octobre 2010

Des mensonges de Pratte à la libération d'un peuple!

La Presse est en guerre. Ou plutôt, le multimilliardaire Paul Desmarais, propriétaire de celle-ci et ayant déjà affirmé que l’indépendance du Québec signerait sa fin, met tout en œuvre pour empêcher tout renforcement de la Loi 101. Et qui de mieux que son laquais numéro un, l’éditorialiste André Pratte, pour accomplir l’ingrate besogne?

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En moins d’une semaine, Pratte a signé trois textes sur la question. Le 19 octobre dernier, il affirmait que l’indifférence des Québécois vis à vis de la question linguistique témoigne de l’approche modérée (sic) du gouvernement Charest. Le 22 octobre, il blâmait les francophones quittant l’île de Montréal pour justifier l’anglicisation de la métropole. Le 26 octobre, il vantait la présence « respectueuse » des anglophones montréalais et expliquait qu’il ne servirait à rien d’étendre l’enseignement obligatoire dans la langue nationale de 12 à 14 ans en appliquant la Loi 101 au cégep.
Trois textes, trois morceaux de propagande. Pratte est en campagne, et la fin du Québec français constitue son seul objectif. La maison est en feu, mais il ne faudrait surtout pas s’inquiéter! Démontons ses mensonges un par un.
Premier mensonge: les Québécois sont indifférents à propos de leur langue.
Non, ce n’est pas parce qu’il n’y a eu « que » 3000 à 5000 manifestants le 18 octobre dernier pour dénoncer la loi 115 que les Québécois sont indifférents. Un sondage publié l’an dernier démontrait d’ailleurs que près de 90% des Québécois croient que le français est menacé à Montréal. Et cinq mille manifestants, c’est déjà 40% plus de participants qu’au rassemblement contre la loi 103 du 18 septembre et près de cinq fois le nombre de spectateurs au premier spectacle du 11 avril dernier! Bien sûr, nous sommes encore loin de la marche en faveur du retour des Nordiques, mais le fait que les gens marchent plus facilement pour un club de hockey que pour la langue ne témoigne peut-être pas de leur indifférence quant à celle-ci, mais peut-être simplement de leur implication supérieure à propos de cet enjeu et du fait que celui-ci requiert un engagement politique beaucoup moins exigeant (tout le monde veut le retour des Nordiques; il est beaucoup plus difficile de défendre une opposition à un projet de loi complexe).
Deuxième mensonge: l’exil des Québécois de Montréal explique l’anglicisation de la métropole.
Pratique comme analyse, ne trouvez-vous pas? Il suffit de démontrer que les Québécois quittent Montréal plus massivement que les anglophones, de parler du déplacement de la limite traditionnelle des quartiers francophones et anglophones et BINGO l’affaire est ketchup. Or, j’ai déjà démontré à plusieurs reprises que cette perception est erronée: si l’exode des Québécois de Montréal était un facteur de l’anglicisation de la métropole, comment pourrait-on expliquer que la banlieue s’anglicise tout aussi rapidement? André Pratte parle du départ des Québécois vers Repentigny, Terrebonne et Varennes; sait-il seulement que la croissance des locuteurs de langue d’usage anglaise pour ces villes, entre 2001 et 2006, était respectivement de 69%, 60% et 7%? S’il y avait un tel exode de francophones vers la banlieue, pourquoi la croissance des locuteurs de langue anglaise pour l’ensemble des banlieues rapprochées était de 7,6% alors qu’elle n’était que de 4,4% pour Montréal elle-même? Mathématiquement, les prétentions d’André Pratte ne fonctionnent pas. Le départ de nombreuses familles québécoises vers la banlieue ne constitue PAS un facteur d’anglicisation de la métropole. La réponse est ailleurs.
Troisième mensonge: il ne sert à rien d’appliquer la Loi 101 au cégep.
André Pratte commet l’erreur de nombreux fédéralistes (et même de certains indépendantistes) qui croient que l’application de la Loi 101 au cégep constituerait une sorte de parachèvement de la Loi 101, la fin du combat des Québécois pour la survie de leur langue. « Douze ans ou quatorze ans d’éducation en français, qu’est-ce que ça change? » pourraient-ils affirmer. L’étude de l’IRFA, publiée le mois dernier, est assez convaincante à ce sujet: le cégep anglais anglicise fortement. Mais il faut voir plus loin. Il faut concevoir l’application de la Loi 101 au cégep non pas comme une finalité, mais comme le début d’un renouveau où les Québécois cesseraient de se contenter de défendre une Loi 101 sacralisée (mais pourtant dépecée plus de deux cent fois depuis son adoption) et prendraient l’initiative pour véritablement franciser le Québec. Et le dés-angliciser, forcément.
Il faut désacraliser la Loi 101
La vérité, c’est que le Québec et Montréal s’anglicisent non pas seulement parce que les Québécois sont indifférents, qu’ils quittent Montréal vers les banlieues ou parce que la Loi 101 n’est pas appliquée au cégep. Tout ça est beaucoup trop facile. Même si ces facteurs peuvent jouer, une des véritables causes de l’anglicisation m’a été expliquée par Pierre Serré il y a quelques mois: il s’agit du solde migratoire interprovincial du Québec. Concrètement: si les anglophones quittaient le Québec massivement au cours des dernières décennies, ils ont plus tendance à s’accrocher aujourd’hui, faisant porter un fardeau supplémentaire sur notre langue nationale.

Regardez le tableau suivant: (( Données provenant de Statistique Canada. ))

Période
Anglophones
Migration nette (arrivées moins les départs)
1976 à 1981 -123 053
1981 à 1986 -50 193
1986 à 1991 -30 747
1991 à 1996 -36 159
1996 à 2001 -44 548
2001 à 2006 -16 005

On y constate que si les anglophones ont été nombreux à quitter le Québec après l’élection du Parti Québécois en 1976, ils ne sont plus qu’une minorité à le quitter aujourd’hui. Ces anglophones « québécois », loin d’être les anglophones respectueux du français qu’idéalise André Pratte, forment plutôt une nouvelle catégorie de citoyens ne se réclamant plus du Canada, mais s’affichant fièrement comme Québécois ou Montréalais, même s’ils ne parlent pas toujours la langue nationale du Québec. Plutôt que de faire face à des anglophones dans un processus soit de francisation ou d’exil – des anglophones acceptant le statut francophone du Québec – , nous avons désormais des anglophones travaillant activement à l’anglicisation du Québec et s’enracinant durablement au sein de la société québécoise.
Cette situation n’existe que parce que nous avons sacralisé la Loi 101 et refusé de la remettre en question. Tellement fiers de nous être enfin libéré du joug colonialiste avec la charte de la langue française, nous en avons fait un idéal tel que nous n’osons plus la renforcer à un moment où elle en a cruellement besoin. Nous avons peur de l’adapter aux nouvelles situations, peur de s’en servir pour véritablement faire du Québec la nation française qu’il prétend être. Peur d’exister non pas par défaut, mais parce que nous voulons enrichir l’humanité de notre présence. Peur d’OSER modifier la Loi 101 non pas parce qu’une cour politique d’une nation étrangère nous le demande, mais parce que nous avons le désir de le faire par nous-mêmes.
Voici ce qu’un peuple courageux ferait:

  1. L’abolition du réseau scolaire public anglophone. Un peuple fier ferait exactement comme font toutes les nations du monde. Il ne financerait qu’un seul réseau d’éducation dans la langue nationale. Actuellement, pour 5,6% d’anglophones de langue maternelle nés au Québec, nous finançons leurs écoles primaires et secondaires à 11%, leurs cégeps à 16% et leurs universités à 27%.
  2. L’application de la Loi 101 à toutes les écoles privées du Québec, de la maternelle à l’université. Un peuple audacieux refuserait de décerner un diplôme national à une école refusant le statut francophone de la nation québécoise.
  3. La fin de toute subvention à un établissement (santé, éducation ou autre) qui ne soit pas francophone. À l’image de dizaines d’États refusant de financer avec des derniers publics des organismes œuvrant dans une autre langue que la langue nationale, un Québec brave cesserait d’encourager la dislocation sociale et l’anglicisation en ne finançant que des organisations francophones.
  4. L’obligation que tous les services gouvernementaux soient dispensés dans la langue nationale. Vous voulez votre permis de conduire? Un Québec véritablement libéré ferait à l’image de dizaines d’État américains et vous obligerait à parler la langue nationale. Idem pour la santé, pour le droit de vote ou pour n’importe quel service gouvernemental. Fini le « press nine ».
  5. Francisation de toutes les marques de commerce. Plusieurs États forcent non seulement l’affichage dans la langue nationale, mais également que le nom des compagnies soit affiché dans cette langue. Un Québec qui se tient debout devrait faire la même chose.
  6. Interdiction d’exiger la connaissance d’une langue étrangère pour tout emploi œuvrant spécifiquement au Québec. Il n’est pas normal que de nombreux commerces exigent la connaissance d’une langue étrangère quand ceux-ci ne font pas affaire avec un pays anglophone. Aucun emploi s’adressant exclusivement à des Québécois ne devrait nécessiter la connaissance d’une langue étrangère.
  7. Obligation pour tous les médias s’adressant aux Québécois d’avoir un certain pourcentage de leur contenu en français. The Gazette, CHOM, et même des sites internet existent entièrement en anglais. Il faudrait qu’une certaine partie du contenu soit en français. On peut penser, par exemple, à 25% des pages en français dans The Gazette et à 25% des interventions en français pour CHOM ou d’autres stations de radio anglaises. En ce qui concerne le contenu musical, il faudrait augmenter les quotas de musique québécoise. Notons que plusieurs pays ont légiféré en ce sens.
  8. Obligation pour toutes les entreprises d’écrire dans un bon français. Fini les « École de conduite du camion et d’auto » et autres traductions approximatives. Dans un Québec fier, aucun permis d’exploiter une entreprise ne pourrait être donné sans une utilisation d’un français grammaticalement correct.
  9. Augmentation des heures d’école consacrées à l’Histoire et au français. Il n’est pas normal que notre jeunesse ne sache rien ni de notre histoire ni de l’écriture correcte de notre langue nationale. Plutôt que de miser sur une langue étrangère (une seule, de surcroît) il faudrait d’abord leur apprendre à savoir d’où ils viennent et de quelle façon écrire leur langue.
  10. Diminution de l’immigration pour atteindre un seuil mieux gérable. À près de 50 000 immigrants par année, nous recevons davantage d’immigrants que la plupart des pays développés. Or, nous ne jouissons pas de leur cohésion culturelle et linguistique et avons donc encore plus de difficulté à les intégrer.
  11. Refus de reconnaître toute décision émanant de la Cour suprême du Canada. Un Québec libéré ne reconnaîtrait pas le droit de la cour politique d’une nation étrangère à décider de ce qui est le mieux pour lui.

Voilà ce que ferait un peuple qui se tient debout. Ce peuple se battrait pour exister. Il donnerait des coups de griffes partout. Il reconnaîtrait que le départ d’anglophones constitue une excellente nouvelle et que le modèle MONDIAL d’États homogènes d’un point de vue linguistique constitue le meilleur gage de survie pour la langue française en Amérique. Il lutterait de toute son âme pour la diversité culturelle et la pluralité mondiale en s’assurant que cesse le génocide culturel des francophones du Canada.
Ce peuple, il se tiendrait face au vent, il cesserait de lire tous les mensonges des Pratte de ce monde et il oserait enfin crier, du poids de son nombre et avec la force que lui confère son État: J’EXISTE!
La quasi-totalité des nations du monde se sont dotées de lois linguistiques assurant la survie de leur langue nationale. Qu’attendons-nous, dites-moi? Attendons-nous, après avoir été minoritaires en Amérique du Nord, puis minoritaires au Canada, de devenir minoritaires au Québec?
Reprenons l’initiative linguistique et réchauffons l’hiver de notre peuple en brûlant la grosse Presse à Pratte!

Le gros jambon de la vieille droite

Quand Martineau parle de langue ou d’identité, ses analyses sont sensées. Malheureusement, et un peu à l’image d’autres individus aux idées tout aussi arrêtées que basées sur des préjugés, ses positions radicales et quasi d’extrême-droite sur le plan économique le rendent pénible à lire et lui enlèvent beaucoup de crédibilité. C’est encore le cas aujourd’hui alors qu’il compare, sur son blogue qui lui sert aussi de plate-forme pour jouer les scabs au Journal de Montréal, l’État québécois à un jambon. Sauf que le jambon n’est pas celui qu’on croit.

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En effet, Martineau tient le même discours que tout un pan de la droite québécoise, qu’elle soit au pouvoir comme le PLQ ou qu’elle se drape de feue sociale-démocratie en parlant de réussite individuelle comme le PQ. Il oppose l’État aux citoyens. D’un côté, dit-il, les citoyens font des efforts pour boucler leur budget. De l’autre, l’État devrait faire la même chose. C’était le discours, remarquez-bien, que le gouvernement libéral tenait au lendemain du dernier budget. L’État serait devenu une sorte de monstre froid, glouton, volant nos impôts pour payer des cours de feng shui aux fonctionnaires. Plus de préjugés que cela et tu te laves les mains après avoir serré la main d’un Noir.
Dans les faits, on ne peut pas opposer l’État et les citoyens. L’État fonctionne pour les citoyens, précisément. Demander à la population de se serrer la ceinture en attendant que l’État fasse de même, c’est imposer une privation collective comme récompense d’une privation individuelle. Le gras que Martineau et les extrémistes comme lui aimeraient couper, en bout de ligne, ce serait peut-être une sortie à la piscine publique pour un enfant, une visite à l’hôpital pour un malade, une poursuite des études pour un étudiant. Ce « gras » qu’on enlève à court terme, combien nous coûterait-il à long terme? Combien de rêves brisés, de vies gâchées? Combien de morts?
Le système de santé? Trop gros, au régime! Qu’importe si un système largement privé comme celui des États-Unis coûte, per capita, un peu moins du double de celui du Canada tout en laissant sur le carreau près de 15% de la population. Et qu’importe s’il est tellement sous-performant que les citoyens étatsuniens y meurent largement plus qu’au Canada.
Le système d’éducation? Les frais sont trop bas, haussez-moi ces tarifs et faites payer les utilisateurs, pas l’État! Et qu’importe si toute hausse de frais de scolarité se traduit par une baisse de fréquentation et qu’une population moins éduquée est généralement plus malade (et coûte donc plus cher à soigner). Rien à foutre, comprenez-vous, il faut couper!
Les fonctionnaires? Foutez-moi ça à la porte. Et à coups de pieds dans le derrière SVP! Un participant du Réseau Liberté-Québec (sic) n’a-t-il pas été chaudement applaudi en fin de semaine dernière après avoir déclaré que la seule chose qui l’intéressait, c’était de les foutre à la porte? Oui, c’est à ce niveau que vole Martineau. Pourtant, comme l’a noté avec justesse sur ce blogue un commentateur, le nombre de fonctionnaires au Québec, et seulement dans la santé, a baissé de 40% à 50% entre 1990 et 2009 au même moment où la population augmentait de près de 11%! Jusqu’où ces fanatiques de la droite veulent-ils couper? Ne seront-ils heureux que lorsqu’il n’y aura plus d’État, plus de société, plus de civilisation?
Car n’est-ce pas de cela qu’il s’agit, en bout de ligne? Des pays avec un État quasi-inexistant, on en connaît: Somalie, Haïti, Afghanistan. S’agit-il là du véritable rêve de ces coupeurs de gras? Ou peut-être le retour au Moyen-Âge quand l’État se limitait au Seigneur, l’impôt à une partie des récoltes, au servage et au droit de cuissage? On aimerait savoir. La population sait ce qu’ils dénoncent – le méchant Satan étatiste québécois – mais elle est tout aussi consciente de jouir d’un des plus hauts niveaux de vie au monde grâce à lui. Elle attend seulement de voir ce qu’ils proposent.
Malheureusement, de ce côté, les réussites sont bien faibles. L’Islande? Cet ancien paradis libertarien (dixit Milton Friedman, le gourou de ces bouchers de la misère) est en faillite. L’Irlande? À peine mieux. Les États-Unis? Leur dette est si élevée et la pauvreté y est si généralisée qu’on peut difficilement en faire un exemple.
Couper dans le gras, c’est bien beau sur papier (et encore!), mais quand on ne peut pas nommer un seul pays qui réussit durablement à réduire ses inégalités sociales et que chaque État ayant tenté ces réformes de droite en a subi de lourdes conséquences, ça donne l’impression que ces idées ne proviennent pas d’une froide analyse de la situation, mais plutôt d’une idéologie anti-étatiste presque maladive, ayant peut-être davantage à voir avec le manque d’éducation sociale et les préjugés d’une minorité adoptant ce discours passéiste.
Il faut hausser les impôts des mieux-nantis
Martineau, au lieu de traiter Claudette Charbonneau de dinosaure parce qu’elle propose une hausse des impôts, devrait s’en inspirer. Car c’est la meilleure des solutions. Nous avons baissé les impôts de près de dix milliards de dollars en une décennie. Entre 1998 et 2007, par exemple, le taux implicite d’imposition du quintile supérieur est passé de 27,3% à 22,9%. C’était beaucoup trop. Les impôts des plus riches au Canada sont actuellement parmi les plus BAS au monde!
Avant de penser à affamer l’État sous prétexte d’un endettement trop élevé (alors que le Québec est exactement dans la moyenne des pays de l’OCDE à ce niveau, malgré les mensonges d’Éric Dumaine) et de s’enfermer dans le cycle décrit par Josée Legault comme une destruction programmée de la « bête étatique », il serait peut-être temps de revenir à un peu de bon sens et à reconnaître que si l’État québécois n’est pas parfait, c’est précisément l’augmentation de sa présence qui nous a permis de sortir de la Grande Noirceur et c’est sa braderie par le Parti Libéral du Québec qui ouvre la porte à la corruption.
Qu’on se le rappelle bien: ceux qui ont le plus à perdre d’une destruction de notre État-providence ne sont ni Éric Duhaime ni Richard Martineau, mais bien la classe moyenne et les moins-nantis.
Mais si on osait hausser les impôts des plus riches et mettre ainsi fin aux privilèges consentis par les deux derniers gouvernements de droite, je vous laisse deviner qui seraient les premiers à devoir se contenter d’un gros jambon au lieu de manger leur caviar volé aux lockoutés du Journal de Montréal…

Joanne Marcotte et son Réseau Libâââârté-Québec

C’est en fin de semaine qu’aura lieu le lancement du « Réseau-Liberté Québec », un regroupement de la droite économique rassemblant une belle brochette d’idéologues, d’opportunistes, de carriéristes et de gens ayant l’apparence d’une santé mentale fragile. À RDI ce soir, on pouvait entendre Joanne Marcotte, la réalisatrice d’un torchon cinématographique intitulé « L’illusion tranquille » et qui dénonçait le « modèle québécois », prédire que ce mouvement marquerait la fin pour les « socialistes et les syndicats qui gouvernent le Québec ».

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Bon, je ne sais pas trop pour vous, mais du côté sain de la pensée politique des trente dernières années, il n’y a pas eu grands socialistes qui ont gouverné le Québec ou le Canada. En fait, c’est exactement le contraire: depuis les premières désassurances dentaires péquistes de 1982, tous les gouvernements québécois ou canadiens ont été du côté droit du spectre politique. On a simplement à penser aux tentatives de privatisations du milieu des années 80, à l’enrichissement éhonté consenti aux entreprises du Québec Inc. (dont Vidéotron, qui était une « binerie sur la rive-sud », dixit Léo-Paul Lauzon, avant que l’État québécois ne l’engraisse), au déficit zéro de Lucien Bouchard, aux hausses de frais de scolarité, à la réduction des prestations de l’assurance-emploi, aux incroyables baisses d’impôts consenties aux mieux-nantis depuis une décennie et qui font que le Canada est un des pays développé ayant aujourd’hui les impôts les plus bas pour cette classe de citoyens.
On aurait envie d’être tendre avec les individus comme Joanne Marcotte. On voudrait les prendre dans nos bras et leur susurrer à l’oreille: « ne pleure pas, les méchants syndicats ne sortiront pas de dessous ton lit pour venir te manger pendant la nuit! ». Mais rien n’y fait. Qu’une personne déconnectée de la réalité comme cette Marcotte puisse s’exprimer publiquement, voilà qui est normal; ce qui l’est moins, c’est qu’il se trouve sérieusement des individus pour l’écouter et participer à son délire. Le Québec est autant dirigé par des socialistes que la Corée du Nord est un modèle de libre-entreprise. C’est du gros n’importe quoi.
D’un point de vue global, les pays qui ont le mieux réussi sont ceux qui sont équilibrés et qui dosent bien leurs mesures économiques. Ce ne sont pas – contrairement aux lubies de cette dangereuse ignorante – des pays qui ont un taux de syndicalisation plus faible ou qui ont effectué des coupes sauvages dans leur budget ou effectué des privatisations à outrance. Nous avons comme preuve l’Islande, techniquement en faillite après avoir suivi à la lettre les recettes de l’extrême-droite économique et que Miltron Friedman, un des gourous de la droite économique, qualifiait d’utopie réalisée. Nous avons également l’Irlande, qui ne s’en sort qu’à peine mieux, elle qui avait pourtant vu son taux de syndicalisation baisser de près de 10% en une décennie.
J’ai déjà écrit:

Si l’État-providence méritait d’être jeté aux poubelles, pourquoi ceux qui le maintiennent réussissent-ils à conserver une société cohérente, moins pauvre? Le Danemark, par exemple, est le pays industrialisé qui impose le plus lourdement ses mieux-nantis, et qui, selon une étude comparative du Luxembourg Income Study, possède le plus fort État-providence des pays industrialisés. Mais il s’agit également de celui dont la pauvreté de la population y est la plus faible. En fait, selon cette même étude, les probabilités qu’une personne en âge de travailler vive dans la pauvreté sont près de 17 fois plus élevées aux États-Unis, pays développé à l’État le plus faible, qu’au Danemark.

La vérité, c’est que les pays les plus évolués ont souvent un taux de syndicalisation plus élevé. On peut notamment parler de la Suède (près de 90%) et de la Finlande (près de 80%). En comparaison, le Québec, à quarante pourcent, fait piètre figure. Il faut le dire et le redire: syndicalisme et progression sociale vont main dans la main. Le Québec, un des territoires où la population était la plus pauvre pendant une grande partie du dernier siècle, s’est inscrit dans la modernité et s’est enrichi grâce à l’union de ses travailleurs. Les syndicats permettent cette union et ils incitent à une meilleure redistribution de la richesse permettant à l’ensemble de la société de devenir plus égalitaire, plus juste, plus prospère. Ce sont des outils démocratiques à l’origine de l’amélioration de la société. Ils nous enrichissent collectivement.
Or, le problème avec les Marcotte et autres extrémistes de droite de ce monde, c’est qu’ils croient pouvoir améliorer le Québec en s’attaquant précisément à sa classe moyenne syndiquée. On veut couper dans les services, s’attaquer aux travailleurs, couper dans une fonction publique déjà passablement amochée parce qu’on ne réengage qu’une personne à toutes les deux retraites, hausser les tarifs, mais jamais JAMAIS JAMAIS on n’ose proposer d’aller chercher l’argent là où elle est, c’est-à-dire dans les poches des mieux-nantis. Ce qu’on propose, dans les faits, c’est simplement une réorganisation dans la gestion des miettes d’une tarte rétrécissant d’année en année parce que nos gouvernements n’ont pas le courage de mieux imposer les entreprises et les plus riches.
Ainsi, pendant que les Péladeau et les Desmarais de ce monde déclarent des bénéfices de plusieurs milliards de dollars, on fait une syncope parce qu’un col bleu s’est endormi sur son lieu de travail ou qu’un fonctionnaire a pris congé le vendredi après-midi. C’est cela, la vision Marcotte et la vision Libâââârté-Québec. Le Québec est incroyablement riche, mais cette richesse qui se promène au-dessus de nos têtes ne doit pas nous appartenir. Non. Nous, on préfère taper sur la tête du travailleur qui allonge sa pause du matin.
Dans les années 50, les entreprises fournissaient près de 50% de la richesse de l’État, alors que ce n’est plus que près de 10% aujourd’hui (les contribuables devant participer pour le reste). Plutôt que d’avoir le courage de mieux imposer les entreprises et de lutter contre un libre-échange encourageant notre appauvrissement collectif par les délocalisations qu’il impose, on s’écrase et on se laisse piller. Alors que nous sommes ultra-riches, peut-être davantage que nous ne l’avons jamais été, on se la joue au profil bas et on veut couper « dans le gras » (des vies, des humains, des rêves brisés, voilà le gras!) plutôt que d’avoir le courage d’aller chercher la richesse là où elle se trouve.
Ce n’est donc pas le modèle québécois qui doit être jeté aux ordures, mais plutôt les idées arriérées de ces pleutres du Réseau Libââââtré-Québec qui, faute d’avoir les couilles de se battre pour une meilleure société pour l’ensemble des Québécois, légitiment des solutions économiques draconiennes ayant prouvé leur échec un peu partout dans le monde.

DEHORS CHAREST!

C’est une grande fuite vers l’avant. Pendant que la population est en émoi, qu’elle réclame une commission d’enquête sur la construction, qu’elle s’interroge quant à savoir pourquoi tout ce qui est Libéral sent aussi mauvais, pendant que Le Devoir nous apprend que des dirigeants d’écoles-passerelles ont contribué au Parti, pendant que Montréal s’anglicise, que notre langue commune recule, pendant que Cyberpresse et tout ce qui appartient à Power Corporation nous entretient de la réouverture du restaurant Hélène-de-Champlain aujourd’hui et évite systématiquement de relayer la colère des gens, pendant qu’on accuse Vigile, Rhéal Mathieu (je lui avais donné une rose bleue lors de son arrestation au début des années 2000, a-t-il jamais su qu’elle venait de moi?), Bernard Drainville, Pauline Marois, pendant qu’on méprise les gens comme moi, qui a manqué une journée de travail pour aller donner mon avis lors d’une consultation n’ayant servi à rien, pendant tout ce temps, Charest parade encore, du haut de son trône, et se moque de la population.
Je n’ai presque plus de mots à écrire. Je passe entre huit et dix heures par jour à travailler sur mon projet de livre qui portera sur notre langue. La seule chose qui me reste à dire, après avoir donné le meilleur de moi-même dans quelque chose qui sera sûrement plus durable que ce blogue, et qui pourrait résumer tout le reste, est ceci:
SI TU ES UN HOMME, JEAN CHAREST, DÉMISSIONNE.
Nous t’avons assez vu. Casse-toi. Même la chaise vide ferait mieux que toi.
Notre langue, c’est non négociable, et s’il me fallait ignorer jusqu’au dernier de mes idéaux pour qu’on puisse abroger cette loi, comme l’a affirmé Pauline Marois, je le ferai.
Mais si cela doit être notre dernière limite, notre pied à terre, qu’on se décide enfin à cesser de reculer et qu’on passe à l’offensive. Soyons imaginatifs, soyons fiers, soyons cohérents.
N’imposons pas seulement la Loi 101 au cégep; imposons-la au premier cycle universitaire.
Ne nous contentons pas d’abroger la loi 103; mettons fin au sur-financement des institutions anglophones.
Ne luttons pas seulement contre le bilinguisme institutionnel; cessons d’offrir des services gouvernementaux aux citoyens dans une autre langue que la langue nationale.
Les historiens de demain nous regardent, et si nous ne voulons pas qu’ils nous jugent comme nous jugeons nous-mêmes les Canadiens-français qui se sont laissé disparaître, il nous faut agir maintenant et avec force.
Il nous faut renverser l’Histoire, une fois pour toutes, et implanter durablement un peuple francophone fier dont le futur ne sera plus composé de reculs linguistiques imposés par quelque voyou nommé premier ministre.
Il nous faut cesser de penser en colonisés, en peureux, en mollassons qui veulent la liberté sans déranger le voisin.
C’est d’une guerre linguistique séculaire qu’il s’agit, et il est plus que temps de passer à l’attaque et d’en finir avec les droits indus aux anglophones, la minorité la plus choyée du monde.
Soyons courageux, et n’oublions pas qu’avant tout débat identitaire ou national, avant toute forme de division pouvant être causée par les orientations de droite ou de gauche, nous sommes des francophones d’Amérique et nous avons le droit de faire TOUT en notre pouvoir pour assurer la survie de notre langue.
Nous avons le droit d’exister et ce droit réclame ses responsabilités: finissons-en avec ce gouvernement corrompu plus à l’écoute de la minorité rhodésienne anglophone que du peuple québécois.

Force Québec ou Capitulation Québec?

La création annoncée d’un nouveau parti politique fédéraliste et de droite (comme si cela manquait au Québec), articulé autour de François Legault et Joseph Facal, ne peut que laisser songeur. Deux ans après la mort annoncée de l’ADQ et sept ans après que Jean Charest ait promis sa propre révolution du « bon sens » inspiré des réformes de droite de l’ancien premier ministre ontarien Mike Harris, c’est encore une fois la même rengaine: une nouvelle bande de joyeux politiciens s’improvisent guérilleros du grand capital pour lutter contre « l’immobilisme ». Les visages changent, mais le but demeure: en finir avec une social-démocratie qui empêche les mieux-nantis de s’en mettre plein les poches.

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Typiquement, une fois au pouvoir, ou près de celui-ci, les mentalités finissent par évoluer. On se rend compte, chiffres à l’appui, que le modèle québécois est de loin supérieur à beaucoup d’autres modèles dans le monde. Nous sommes plus en santé, notre dette est dans la moyenne des pays de l’OCDE, nos bas frais de scolarité encouragent l’accessibilité, nous enrichissent, et ceux qui ont appliqué les recettes des « Lucides » sont aujourd’hui ruinés. On constate également que la population est capable de se mobiliser, que les syndicats, représentant démocratiquement leurs membres, sont en mesure de s’opposer à la mise aux enchères de notre bien commun. Les positions finissent ainsi par s’adoucir et on réalise, finalement, qu’il vaut mieux respecter la population et y aller à petits pas.
Or, cette fois-ci, on nous promet que ce sera différent. Contre l’immobilisme! Contre le statu quo! Pour une fois, on va réellement bouger! Alors que les trois quarts des Québécois veulent la démission d’un premier ministre ayant trop jouer à touche-pipi avec le privé, on nous en promet davantage! Alors que les mouvements de citoyens ont permis de faire reculer le gouvernement libéral lorsqu’il exagérait dans ses réformes (Mont-Orford, Suroît, etc.), on nous promet presque, pour mieux vendre sa salade, que la population ne sera plus écoutée. Pour en finir avec l’immobilisme, on va tout brûler.

On a parlé d’appeler ce parti « Force Québec ». Pourquoi pas. En Italie, ils ont le Forza Italia, parti d’un Berlusconi qui transforme en échec pour la population tout ce qu’il touche. Au moins, on saura à quoi s’attendre!
Le cas Facal
Joseph Facal représente à lui seul tout ce qui ne marche pas en politique au Québec actuellement. Belle-mère péquiste parti pelleter des nuages, il a passé les dernières années à parler d’indépendance, d’identité et de culture québécoise dans les pages du Journal de Montréal de Pier-Karl Péladeau. L’indépendance, oui, mais pas pour tout le monde. Et certainement pas pour le lockouté qui vit dans la misère depuis un an et demi parce que M. Facal a décidé d’encourager Quebecor. Une indépendance proprette, déconnectée de sa base, loin des préoccupations du citoyen lambda. Une indépendance tout à fait hostile à la réalité d’un combat de libération nationale ayant toujours marché main dans la main avec la libération collective des travailleurs, des chômeurs et des moins-nantis.
J’ai connu plusieurs Péquistes qui ne juraient que par lui. Et moi, je leur disais: « ce type n’est pas de notre côté ». Qu’importe, qu’on me répondait, car il est indépendantiste! Et bien non, il ne l’est plus. Il a décidé de la rejeter aux calendes grecques, ce qui ne saurait surprendre quand on part du principe que tout projet de libération collective basé sur des prémisses économiques hyper-individualistes ne fait pas de sens. Facal était indépendantiste parce qu’il voulait un pays « sur la mappe », pas par un quelconque désir d’inventer une société différente permettant d’assurer à la fois la survie du français ET une réduction des inégalités sociales. Pour lui, l’indépendance du Québec ne constituait qu’une façon supplémentaire de l’enchaîner aux accords économiques internationaux et d’y appliquer des réformes économiques qui ont déjà prouvé leurs échecs un peu partout.
Il tente maladroitement de se justifier sur son blogue en parlant de la nécessité de gouverner à court terme – et d’oublier l’indépendance – afin d’infléchir une situation qu’il considère comme catastrophique. Encore une fois, notons-le, avec le thème archi-utilisé des « Lucides »: nous serions trop endettés (ce qui est faux, Lisée l’a noté). Facal y va même d’une loufoquerie: « Les gouvernements ne peuvent plus emprunter ni hausser les impôts pour se financer. » Étrange, ne trouvez-vous pas, qu’après avoir baissé les impôts des mieux-nantis pendant une décennie, jusqu’à un point où ils sont parmi les plus bas des pays industrialisés, il se refuse jusqu’à considérer une saine hausse de ceux-ci?
C’est le principe qu’avait si bien expliqué Josée Legault: on affame la bête étatique en préparant le démantèlement de l’État-providence. À chaque période de croissance, on réduit les impôts, et à chaque recul de l’économie, on coupe les services et augmente les tarifs régressifs. On coupe les impôts, et cinq minutes après l’avoir fait, il est trop tard, on ne peut plus les hausser. On appelle cela un aveuglement idéologique.  On appelle cela une capitulation.
Si Facal se contentait de parler de culture, de langue et d’identité; s’il gardait ses thèses de l’extrême-droite économique pour APRÈS l’indépendance, on pourrait presque le trouver sympathique. Mais quand il torpille le projet indépendantiste et cherche à dépecer notre État pour satisfaire sa soif de pouvoir et son penchant idéologique de droite, il devient une nuisance.
La seule chose qu’il prouve, outre son profond manque de jugement, c’est la nécessité pour le Parti Québécois d’adopter un échéancier rapide et clair pour l’indépendance, sous peine de finir écartelé entre son aile-gauche et son aile-droite. En ce sens, Facal nous est très utile: il expose clairement le manque de leadership de Pauline Marois et l’incapacité du PQ à faire la seule chose pour laquelle il devrait exister: l’indépendance du Québec.
La seule Force dont le Québec a besoin, en ce moment, c’est celle devant mener à la libération nationale et commune de ses citoyens, à la fois du carcan canadien et des idéologues désirant privatiser notre bien commun et nous appauvrir collectivement.
Et à court terme, cela signifie tourner le dos aux traîtres comme Joseph Facal et sa Force Québec qui, aveuglés par leur idéologie passéiste, risquent de nous éloigner de notre mieux-être.
Plus que jamais, la vraie force ne consiste pas à se plier aux diktats économiques des grandes entreprises et des lobbys de droite, mais à se tenir debout pour le plus grand nombre de citoyens.
Ce n’est peut-être pas Force Québec, finalement, qui devrait constituer le nom de ce mouvement, mais bien Capitulation Québec.  Quand nous sommes agressés au quotidien par une idéologie ayant fait tant de ravage partout sur la planète, l’immobilisme constitue peut-être un moindre mal…