Mois : décembre 2010

L'ultradroite démasquée

Ce que même la CSN qualifie de « montée de la droite » n’en est pas réellement une. Ce n’est pas la droite comme telle qui monte, mais plutôt sa forme la plus extrémiste. La droite, elle, est au pouvoir depuis le début des années 80, nous imposant ses désassurances, son libre-échange, son déficit zéro se faisant sur le dos de la classe moyenne et des moins nantis, ses baisses d’impôts aux plus riches, ses hausses de tarifs pour les autres, son dogme de la productivité (qui profite aux patrons, évidemment), sa valorisation de l’enrichissement individuel, son à-plat-ventrisme devant les compagnies étrangères. Cette droite, on la connaît, on vit avec.

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La nouveauté, en 2010, est plutôt la montée d’une ultradroite tellement radicale et qui s’auto-nourrit d’un discours à ce point extrême qu’il lui faut modifier jusqu’à la réalité pour pouvoir tenter de faire passer ses folles idées auprès de la population. Tentant de profiter du sempiternel sentiment d’identification des Québécois pour le concurrent négligé, elle se présente comme étant minoritaire au sein d’une société dominée par la gauche alors que n’importe quel individu ayant un minimum de conscience politique comprend que c’est plutôt son extrémisme de droite au sein d’une société déjà largement de droite – avec tous ses médias et partis politiques – qui l’isole.
Par exemple, considérons ce fait divers qu’était la présence du seul député d’une formation de gauche, Amir Khadir, à une manifestation de l’organisme Palestiniens et Juifs unis lors d’une campagne de boycottage des produits israéliens sur le Plateau. Cette histoire a été montée en épingle d’abord par Éric Duhaime – un agent à la solde d’organisations paravents de la CIA, selon certains -, pleurant le sort du « pauvre » commerçant vendant les produits de l’apartheid israélien et demandant aux gens d’aller acheter en masse ses produits. Bock-Côté, lui, à qui les médias n’accorderaient certainement pas la moindre attention s’il ne tenait pas un discours résolument de droite, parlait « d’hostilité viscérale à la civilisation occidentale ». On oublie systématiquement de parler des atrocités israéliennes, du lent génocide que ce pays impose aux Palestiniens. On ne parle pas non plus du fait que Khadir est présent à une foule de manifestations pour le sort des défavorisés, qu’ils soient du Québec ou d’ailleurs dans le monde. Non. Khadir dans le coin rouge, le pauvre commerçant et la civilisation occidentale dans le coin bleu.
En fait, l’ultradroite, face à un monde de plus en plus complexe, fait de la simplification à outrance sa véritable marque de commerce. On peut lire, par exemple, Ian Sénéchal, co-fondateur du Réseau Liberté-Québec (sic), affirmer la légitimité pour les baby-boomers de ne plus avoir à payer pour l’éducation de la génération suivante et lancer un véritable plaidoyer en faveur de l’utilisateur-payeur. Ce type de discours plaît à une certaine frange de la population – souvent moins éduquée – parce qu’il est simple: j’utilise, je paie. Mais ce type de raisonnement n’en est pas moins con pour autant. Ce n’est pas la liberté que de réclamer de ne rien payer pour son voisin; c’est de l’égoïsme qu’on désire ériger en système et une désintégration sociale. Jusqu’où cela pourrait-il aller? Je paie pour l’asphalte dans ma rue, mais pas pour la rue derrière. Je paie pour le feu de circulation au coin de ma rue, mais pas pour celui sur l’autre rue. Je n’ai pas de voiture alors je ne veux pas de rue devant chez moi. Je réclame la liberté de ne pas arrêter à un feu de circulation qu’on m’impose. Je n’utilise pas les services policiers alors je ne paie pas pour eux. Je n’ai pas d’enfants alors je ne veux pas payer pour les balançoires dans les parcs. Je, je, je.
La complexité et l’interdépendance des relations entre les citoyens au sein de notre société découlent d’une compréhension issue de décennies de luttes sociales: l’individu, isolé, est faible. C’est collectivement que nous sommes forts. Le capitalisme sauvage du 19e siècle, véritable machine à broyer les hommes, encourageait cet isolement. Le résultat était que Montréal était la ville avec le plus haut taux d’analphabétisme et de pauvreté infantile en Amérique du Nord. L’ultradroite salive juste à penser à cette merveilleuse époque où l’État était minimal et où l’argent pouvait tout payer et où on pouvait crever de froid et de maladie tout en sachant que son voisin, plus riche, avait la « liberté » de se payer bien mieux.
Si notre société a évolué, si le Québec jouit aujourd’hui d’un niveau de vie parmi les plus élevés au monde, c’est précisément à cause de politiques étatiques redistributrices de la richesse et luttant contre le principe de l’utilisateur-payeur. C’est parce que l’État a décidé de brimer la soi-disant liberté d’une minorité que la majorité s’est élevée. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si tous les pays ayant un haut indice de développement humain ont un État relativement fort tandis que des pays sans État, comme la Somalie, croupissent dans les bas-fonds d’à peu près tous les classements du genre. On entend peu l’ultradroite vanter la Somalie, pourtant. Un si beau pays où personne ne paie pour personne. Autre preuve de sa malhonnêteté.
En rejetant ces compromis, en faisant passer leur désir infantile d’une toute-puissance égoïste que la plupart des individus sains d’esprit ont laissé tomber en même temps que le passage des couches au petit pot, cette ultradroite ne s’en prend pas seulement aux partis politiques traditionnels, mais également aux fondements de notre société.
Heureusement pour elle, nous sommes en démocratie. Elle a le droit, à l’image des marxistes-léninistes, son équivalent de l’opposé du spectre politique, de crier son mécontentement et d’appeler à des solutions radicales pour mettre fin à des problèmes qui sont davantage tributaires d’une forme d’autisme politique de ses membres que d’une compréhension sociétale avancée.
Et l’État – ce méchant appareil gauchiste – pourra même assurer leur protection la prochaine fois qu’ils tiendront des rencontres où ils vomiront leur haine de tout ce qui est le moindrement syndiqué et qu’ils élaboreront le merveilleux programme d’un Québec du futur avec ses citoyens isolés, brisés, non-syndiqués, vivant dans la pauvreté et ayant enfin la liberté de ne rien faire du tout sinon de quêter des trente sous.

L'inconscient collectif

Google vient de lancer un outil tout à fait fantastique: Ngram Viewer. En numérisant plus de 5,2 millions de livres, l’entreprise a construit une gigantesque base de données permettant de recouper la fréquence d’utilisation des mots en fonction de leur époque. Au-delà de l’aspect purement statistique de la chose, c’est d’un voyage au fond de notre inconscient collectif qu’il s’agit. En comparant divers mots ou expressions, on peut établir la force d’une idée ou mieux comprendre les changements sociétaux.
Par exemple, en observant le graphique de l’expression « indépendance du Québec », on constate que celle-ci n’a jamais été plus utilisée qu’en 1976, avec l’élection du Parti Québécois. Pendant les années 80, avec le « beau risque », sa fréquence a chuté, pour se stabiliser dans les années 1990, avant de chuter de nouveau après le dernier référendum.
Autre exemple: en croisant les mots « Canada » et « Québec », on obtient à peu près l’année 1970. C’est donc dire que dans la littérature francophone, le Canada a perdu de son importance au profit du Québec à peu près dans ces années. Il s’agit d’une évidence pour tout observateur aujourd’hui, mais on peut établir statistiquement le moment de ce changement dans l’inconscient collectif.
Exemple supplémentaire: on peut croiser les mots « nationalisation » et « privatisation ». Alors que le premier monte jusque vers 1980, témoin de son époque, il chute par la suite, croisant son opposé vers le milieu de la décennie. Il n’y a pas de coïncidence: c’est bel et bien dans les années 1980 que les premières réformes de droite, les premières désassurances, les premières privatisations ont eu lieu. On constate depuis que la droite économique a le vent dans les voiles, comme le témoigne la croissance du concept.
Un autre exemple? Regardez ce graphique superposant les expressions « Loi 101 » et « Québec français ». Aucun hasard ici non plus: c’est vers le début des années 1990 que les fruits des mesures scolaires et de la francisation découlant de la Loi 101 paraissaient le plus; on remarque également la corrélation entre les deux expressions; selon ce graphique, on peut déduire que le destin du Québec français est relié à celui de la Loi 101.
Encore une fois: en recoupant « Canadien français » et « Québécois » et en observant le moment où ces deux données se croisent, on peut obtenir la date presque précise du début de la Révolution tranquille.
Les exemples ne manquent pas, on le constate. L’intérêt d’un tel outil ne consiste pas seulement à valider les événements passés, mais peut-être à prévoir ceux du futur. Pour le moment, les données s’arrêtent à 2008, mais nous ne sommes qu’au début de la Révolution numérique. D’ici quelques années, on pourrait imaginer une base de données encore plus complète – appuyée par les nombreux livres en format numérique qui sortent à chaque année – et actualisée plus fréquemment. On pourrait imaginer, après les sondeurs et les politologues, des analystes de tendance qui, comme les boursicoteurs et leurs données statistiques, pourraient quantifier l’inconscient collectif et faciliter l’actualisation d’idées et de concepts devenant en vogue.
Mieux encore: on pourrait imaginer des algorithmes de recherche plus poussés augmentant la puissance d’un tel outil, un peu à la manière de la recherche sur Internet. Rappelons-nous qu’au début du Web, les pages étaient trouvées en fonction du nombre de mots sur chacune de celles-ci; il a fallu attendre Google, qui, en comptabilisant les liens, a pu établir la crédibilité de chaque site et donner une valeur différence aux mots selon celle-ci. Avec les livres électroniques de type Kindle, IPad ou autres, qui deviendront la norme d’ici une ou deux décennies, il n’est pas exclu qu’un tel algorithme tenant compte du nombre de téléchargements ou d’achats d’un livre pour en établir la crédibilité soit créé.
Il deviendrait donc possible de naviguer non plus seulement dans le présent du contenu en ligne, mais dans l’inconscient collectif total, représenté dans son imaginaire par la création littéraire.
Nous vivons à une époque fantastique, ne trouvez-vous pas?

Cessons de financer le Festival d'été de Québec

La radio-poubelle de Québec a atteint les plus profonds abysses d’une pleutrerie qu’on croyait déjà inégalable. En organisant une campagne de boycottage de la musique québécoise pour le temps des fêtes, son Opération Merry Christmas du FM93 s’en prend au cœur et à l’âme des Québécois. Et tout ça pour quoi, dites-moi? Parce que de nombreuses personnes, dont Luc Plamondon, Nicolas Lemieux, Nathalie Petrowsky et votre humble serviteur ont souligné l’anglomanie croissante d’un festival de plus en plus déconnecté de ses racines et allant jusqu’à mépriser le caractère francophone du Québec en folklorisant et en dévalorisant sa musique. Tempête dans un verre d’eau? Pas du tout. Il s’agit à la fois d’un symptôme de plus de la bâtardise d’une population frustrée de ne pas pouvoir disparaître un peu plus vite et un signe de la nécessité croissante de couper toute subvention publique à ce festival.

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Comment meurt une langue? Elle meurt lorsque l’élite, d’abord, la considère comme superflue, comme un boulet qu’on traîne pour satisfaire une populace trop niaise pour parler la langue qu’on considère comme supérieure. Elle meurt lorsque des gens comme Dominique Goulet, responsable de la programmation du Festival d’été de Québec, affirme que « la chanson française ne semble pas être la voie d’avenir ». Si NOTRE chanson ne constitue pas une voie d’avenir, qu’est-ce que cela implique, sinon l’acceptation du caractère irréversible de notre disparition? L’avenir se crée de nos mains, pourtant, et il y a encore des Québécois ici, des survivants, des résistants, qui ont envie de rêver et de se chanter autrement que dans une langue étrangère. Des Québécois qui n’ont pas la chance de vivre dans une ville aussi francophone que Québec et qui sont sur la première ligne de l’anglicisation qui nous gangrène. Des Québécois qui méritent la solidarité des gens de Québec. Si la musique québécoise n’a pas d’avenir, alors nous n’avons pas d’avenir, et c’est là une réalité qu’il serait suicidaire d’accepter.
Une langue meurt également quand les jeunes la considèrent de plus en plus comme étant ringarde et se dissocient de ses expressions culturelles. Elle meurt quand on considère comme quétaine la majorité de nos chanteurs et artistes, qu’on plaint le ton plaintif des complaintes représentant pertinemment la détresse d’un peuple d’Amérique du Nord constatant le recul, année après année, de son influence. Elle meurt parce que des attardés sur les ondes d’une radio polluant les ondes de la capitale nationale accusent nos artistes de ne vouloir que de l’argent. Ne manque-t-on pas un peu de souffle pour affirmer qu’un artiste qui choisit de se faire la voix de son peuple et de chanter dans sa langue veut s’enrichir, quand on contemple le triste guidounage de produits culturels aussi vides qu’insipides que forment les Simple Plan de ce monde? Qu’on vienne me dire, à moi, qu’un homme dans son sous-sol s’est dit, un bon matin: « je veux devenir riche, alors je vais chanter en français »! Quand on fait le choix de chanter pour faire de l’argent, on le fait comme un prédateur à la recherche de nouveaux marchés et on le fait en anglais.
Une langue meurt aussi comme est mort le gaélique irlandais: quand les enfants avaient honte de leurs parents qui osaient encore le parler. « Labhraím Béarla. Je parle anglais. » Le bilinguisme et « l’ouverture sur le monde » n’ont pas permis aux Irlandais de conserver leur langue autrement que dans un musée (ou à peu près); au contraire, ils l’ont perdue, parce qu’ils en étaient rendus à ce point où ils la considéraient comme étant inférieure à l’anglais et à mépriser quiconque espérait un futur en irlandais. Nous n’en sommes heureusement pas là encore, mais comment apprécier autrement le mépris le plus total dont fait acte une certaine frange de la population à l’égard de la culture musicale de leurs parents? Ces gens, n’en doutez pas, ont honte de leur musique. Ils crachent leur dédain d’une machine artistique commerciale québécoise, mais n’hésitent pas à embrasser une machine commerciale étrangère, sous prétexte qu’il s’agirait « d’une voie d’avenir ». Voie d’avenir? Je ne crois pas. Voie d’assimilation? Certainement. Quand il n’y aura plus personne pour écouter de la musique en français, c’est qu’il n’y aura plus rien de français en nous. Ce ne sont tout de même pas les Black Eyed Peas qui serviront d’exemple à une culture québécoise forte et fière…
Vouloir boycotter nos artistes sous prétexte qu’on s’en prend à un festival étant devenu une grosse machine à faire de l’argent et à rassembler des foules – avec l’argent de nos impôts – autour d’événements aussi futiles qu’étrangers à la culture québécoise, c’est contribuer au recul de notre langue commune et à sa marginalisation.
La culture est subventionnée au Québec, et c’est tant mieux. L’argent public, c’est NOTRE argent. C’est notre force collective, notre capacité à nous opposer COLLECTIVEMENT à des forces anglicisantes nous isolant dans nos petites réalités et arrachant petit à petit le peu d’amour que nous puissions avoir pour ce tout que constitue la nation québécoise. Cet argent, cette force, il faut qu’elle serve non pas à encourager les pressions anglicisantes et marginalisantes sur le français, mais plutôt à s’y opposer. Il faut que l’argent public serve précisément à encourager NOTRE culture et NOTRE langue parce qu’il s’agit bel et bien de NOTRE argent.
Même si nous ne pouvons rien faire, à court terme, pour nous opposer aux radio-poubelles et à leurs sales tactiques tenant davantage du suicide collectif que de quoi que ce soit d’autre, nous pouvons tout de même réclamer que ce festival ne reçoive plus un seul dollar de l’argent public et qu’il auto-finance ses activités anglophiles et dénationalisantes.
Sauf que cela nécessiterait des politiciens ayant le désir de se battre pour le mieux-être du peuple québécois, au risque de déplaire à quelques colonisés qui aimeraient pouvoir continuer d’agoniser en paix.
Ce n’est pas gagné.


Vous pouvez écouter l’entrevue que j’ai effectuée au FM93 avec Sylvain Bouchard.

Pourquoi j'ai décidé de joindre le RRQ

Un jour, il y avait un peuple qui avait peur, qui n’existait que sur la pointe des pieds. Un peuple dont on niait l’existence depuis des siècles et qu’on aurait aimer éliminer. Un peuple dont on diluait l’identité dans un grande fourre-tout canadien n’ayant comme finalité que de détruire sa spécificité.
Un jour, pourtant, ce peuple a changé. Il s’est pris en main, il s’est affirmé, il s’est libéré de ses chaînes. Il a réussi à jeter les bases d’une existence francophone à long terme en Amérique du Nord. Même s’il craint encore de se libérer intégralement, il est aujourd’hui reconnu par ses semblables peut-être pas encore comme on regarde un égal, mais il a à tout le moins obtenu le respect.
Ce peuple a changé.
Et si un peuple peut changer, tout le monde peut changer.

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Je n’ai jamais aimé les mouvements trop organisés. Je n’aime pas qu’on me dise comment penser ou agir. J’aime rester libre de mes idées.
Je me souviens, entre 1996 et 1998, j’étais à la fois membre du Mouvement de Libération Nationale du Québec (MLNQ) de Raymond Villeneuve et de l’Association pour la défense des droits sociaux (ADDS) de Montréal-Métropolitain. J’étais vraiment jeune, même pas majeur, mais je portais en moi déjà les germes des deux causes qui sont miennes: la libération nationale du Québec – qui s’est transformée en un désir encore plus fort et précis de sauvegarder avant tout notre langue – et une société économiquement plus juste où les pauvres ne seraient pas laissés de côté.
Or, il m’est arrivé deux anecdotes assez intéressantes. À peu près au même moment, en plus, ce qui augmente l’ironie de la chose.
D’un côté, avec le MLNQ, nous avions eu une réunion dans un café rue Saint-Denis si ma mémoire est bonne. Et je me souviens d’individus tenant un discours résolument de droite m’ayant fait sentir absolument pas à ma place. J’avais parlé de mon militantisme à l’ADDS avec le résultat qu’on a méprisé celui-ci, qualifiant cette cause de « défense des B.S. » ou autres quolibets. Je suis peut-être retourné une ou deux fois dans des activités, notamment lorsqu’on a « attaqué » des partitionnistes dans l’ouest de l’île, mais je n’étais plus bien avec ce groupe.
De l’autre côté, j’avais une réunion à l’ADDS près du Stade Olympique. Et lorsque j’ai dit que je militais également pour le MLNQ, je me suis fait sortir du local en me faisant crier des noms comme quoi j’étais facho, raciste, etc. Nul besoin de dire que si j’ai gardé ma carte de membre encore un moment, je ne l’ai pas renouvelée.
Ces deux expériences ont fait monter en moi le désir d’allier ces deux causes qui me sont chères et m’ont incité à me poser les questions suivantes: comment libérer le Québec si ses plus pauvres ne le sont pas, et comment intéresser ceux-ci à la cause nationale s’ils sont laissés de côté?
Aussi, elles m’ont fait comprendre que je ne serais jamais heureux dans un mouvement désirant embrigader ses membres.
* * *
L’automne dernier, je travaillais à la SSJB. Mario Beaulieu était venu me chercher pour mes talents d’écriture. Qu’ai-je fait pour la Société? Rien de très révolutionnaire: des discours, des communiqués, de la recherche, etc. La SSJB est une grande organisation et Mario Beaulieu savait comment gérer son équipe.
D’une manière fortuite, à un certain moment, j’ai entendu des anecdotes. Diverses anecdotes. Je ne veux pas entrer dans les détails, mais certaines personnes que je croyais reliées au RRQ avaient eu des problèmes avec la SSJB et ne pouvaient même pas s’y pointer. Incidemment, j’ai eu un conflit sur Facebook avec une de ces personnes, ce qui a engendré des conséquences plutôt désastreuses en ce sens que le conflit s’est transformé d’une affaire entre un individu X et la SSJB en une guerre ouverte entre moi et Patrick Bourgeois, dirigeant principal de l’organisation. Comment cela a-t-il été possible, je ne le sais même pas encore clairement aujourd’hui. Je dirais que j’ai écrit un texte qui a été mal écrit, que des gens l’ont mal compris, que j’ai tenté maladroitement de me justifier, que je me suis emporté, que j’ai le sang chaud, que je m’y suis pris un peu au sérieux, etc. Bref, la grosse merde. Et le fait que j’avais critiqué certaines méthodes du RRQ, notamment celle de ne pas porter plainte à la police quand on agressait un de ses membres, n’a sûrement pas aidé.
Malgré le conflit qui était devenu davantage un conflit d’égo entre moi et Patrick Bourgeois qu’entre moi et le Réseau de Résistance du Québécois (RRQ), j’ai eu, au cours de la dernière année, un respect croissant pour ce qu’a fait notamment Les Éditions du Québécois, avec son livre dénonçant le génocide culturel des francophones du Canada, ou avec sa réédition de Jules-Paul Tardivel, un homme qui aurait avantage à être mieux connu, même s’il voulait tout autant la protection du français en Amérique que l’établissement d’une théocratie.
J’aurais eu plusieurs occasions de régler le conflit avec Patrick Bourgeois. René Boulanger me l’avait même offert une fois, et j’ai eu la chance de travailler avec lui dans une relation extrêmement positive alors que j’ai préparé les textes qui ont été lus lors du spectacle du 11 avril dernier. Mais le fruit n’était pas mûr.
Pas encore.
Pourquoi l’est-il aujourd’hui? Simplement parce que le respect croissant que j’ai pour les activités du réseau a dépassé l’orgueil de conflits qui n’ont pas leur raison d’être. Autrement dit: je réalise que c’était con. Et je le fais en tant que simple citoyen, ne travaillant plus pour la SSJB – j’avais choisi d’y réduire drastiquement mes heures pour des raisons personnelles et Mario m’avait rendu les choses plus faciles en me proposant de m’offrir des contrats ponctuels à la place.
C’était con. C’était foutrement con.
Ce qui était con, ce n’était pas seulement ce conflit entre moi et Patrick Bourgeois, ou entre moi et le RRQ en général (ce qui s’est transposé en conflit avec au moins un autre membre du réseau), mais plutôt l’idée qu’il puisse y avoir quelque chose d’assez important pour me faire oublier que le RRQ représente la plus grande partie de mes croyances.
Je cherchais à comprendre pourquoi autant de gens ressentaient le besoin d’afficher ces trois lettres, jusqu’à en faire des vidéos où celles-ci prenaient presque la plus grande partie de l’image, mais j’ai également compris que tout est une question de symbole et que ce symbole que représente le RRQ en est un d’espoir pour une partie croissante de la population.
En clair, ces conflits étaient stupides parce qu’au niveau de la communauté de pensée, j’étais d’accord avec 95% de ce que proposait le RRQ. Et de plus en plus, au fur et à mesure que je constatais la pusillanimité de certains membres influents d’autres organisations – la petitesse de deux historiens ayant refusé que je m’en prenne à la mollesse intrinsèque du Devoir et ayant réclamé ma tête à la SSJB pour ne nommer qu’eux – et que mes recherches pour l’écriture d’un livre sur la langue française me faisaient comprendre la nécessité d’adopter des gestes de cassure – des gestes radicaux – pour sauver notre langue, je réalisais qu’il n’y avait pas « un » RRQ, mais « des » RRQ, c’est-à-dire que le réseau permet une certaine liberté de pensée en son sein et qu’il n’impose pas de mot d’ordre précis – du moins c’est mon impression alors que j’écris ce texte.
Je ne suis pas un militant au sens classique du terme. Je suis un auteur, un écrivain, un blogueur, un recherchiste, un ce-que-vous-voulez-qui-tape-sur-un-clavier. J’ai de la gueule, je dérange. Mais j’ai choisi de me joindre au RRQ également parce que ce mouvement dérange. Parce qu’on aimerait le faire taire. Parce qu’on en a peur. Parce qu’il représente la frange la plus radicale de la société et que l’indépendance – quoi qu’on en dise – constitue un geste de rupture impliquant une bonne dose de radicalisme.
Si je rejoins le RRQ aujourd’hui, ce n’est pas pour y changer quoi que ce soit, ni pour militer activement dans ses instances. C’est avant tout un vote d’appui, un coup de pouce signifiant que si je ne suis pas d’accord avec tout ce que font tous les membres du réseau, j’approuve la direction du mouvement et je considère que celui-ci, dirigé par Patrick Bourgeois, avec l’aide de René Boulanger et l’appui intellectuel de Pierre-Luc Bégin, est le mouvement le plus en mesure de faire avancer la cause des résistants.
Car contrairement au MLNQ de 1996-97, qui constituait un mouvement me semblant davantage d’arrière-garde et moins orienté vers le futur, le RRQ est à la fine pointe de la recherche de moyens permettant aux peuples en situation minoritaire d’assurer la survie de leur langue et de leur identité.
Face au rouleau-compresseur d’une anglomanie rampante qu’on veut nous faire passer pour une ouverture, viendra peut-être le jour où ce seront d’autres peuples qui se tourneront vers le Québec à la recherche de façons de sauver leur langue et de protéger ce qu’ils sont. Cette résistance, cette construction d’un nouveau monde pluriel où les peuples aspirent à survivre, elle se fait grâce à des mouvements comme le RRQ et c’est avec fierté que je choisis d’ajouter ma voix aux milliers de Québécois qui ont déjà compris qu’il y a un seul destin qui attend un peuple qui se couche: la disparition.
Nous sommes en guerre. Si nous ne nous battons pas, nous disparaîtrons.
L’heure n’est plus aux divisions.