Mois : janvier 2011

L'incohérence méprisante de Françoise David

Deux paragraphes. C’est tout ce qu’il aura fallu de la part de Françoise David pour qu’elle me convainque de déchirer définitivement ma carte de membre de Québec Solidaire (QS). Fini pour moi. Fi-ni. J’étais devenu membre l’an dernier, après l’énième enfoncement à droite du Parti Québécois et alors que le parti violait ses propres règlements internes pour éliminer le SPQ-Libre, c’est-à-dire à peu de choses près ce qu’il restait de feue son aile centre-gauche. J’avais décidé de me pincer le nez devant les positions multiculturalistes de QS en espérant y trouver mon compte dans un programme économique de centre-gauche tout ce qu’il y a de plus avant-gardiste pour le Québec. Malheureusement, Françoise David vient de me rappeler pourquoi ce parti ne pourra jamais réellement parler au nom des Québécois: ce parti n’a de Québécois que le nom.

Source de l’image
En effet, en traînant dans la boue un militant nationaliste de gauche comme Jean-Roch Villemaire, sous prétexte que son mouvement entend réduire l’immigration ou qu’il s’oppose aux dérives d’un multiculturalisme transformant insidieusement la nation québécoise en un fourre-tout sans queue ni tête, elle s’attaque de front à tous ceux qui, à des degrés divers, ont à la fois conscience de la nécessité d’un ordre économique plus solidaire ET d’une société valorisant la protection de l’identité et de la langue des Québécois. En accusant frauduleusement M. Villemaire d’être un raciste – alors que sur son site il est clairement indiqué que l’homogénéité nationale prônée ne doit pas être raciale – Françoise David se met à genoux devant les Éric Duhaime, Mathieu Turbide, Joanne Marcotte et autres scribouille-merdes de ce monde, eux qui ont tout fait pour monter en épingle une simple manifestation contre l’apartheid israélien.
Ainsi, David, plutôt que de resserrer les liens contre la propagande de Quebecor et d’encourager les manifestations contre l’achat de produits israéliens, justifie la manipulation orchestrée par Quebecor – appuyée par le Réseau Liberté(sic)-Québec, qui reçoit d’importantes sommes de grosses entreprises et qui s’affilie aux extrémistes de la droite économique afin de tenir son discours anti-étatiste, rappelons-le – et les accusations de l’extrême-droite économique voulant que ce soient des extrémistes qui s’opposent à l’apartheid israélien.
Un air de déjà-vu
Cette dénonciation d’un individu sur la base de propos approximatifs donne une impression de déjà-vu. Évidemment, David n’est pas Bouchard et Villemaire n’est pas Michaud, mais il s’agit d’un réflexe typiquement québécois – et colonisé – que de se vouloir plus saint que le pape et d’être les premiers à dénoncer quiconque aurait pu éventuellement tenir l’ombre d’un propos permettant de croire au manque d’ouverture des Québécois, ce peuple si ouvert qu’il en vient presque à disparaître au nom de celle-ci.
Disons-le d’emblée, c’est bien ce dont il s’agit. Quand Villemaire parle de « droit du sang », il n’affirme pas, contrairement aux mensonges de David, qu’un citoyen à la peau basanée et vivant ici depuis longtemps n’aurait pas les mêmes droits que les autres. Ce concept est d’ailleurs très bien expliqué sur le site du MNRQ:

L’État-Nation, moteur de l’histoire, doit être homogène, non pas sur un plan strictement racial, ce que l’expérience historique ne prouve absolument pas, mais sur un plan de cohésion et de coopération mutuelle entre les divers participants de ce groupement historique. Les éléments qui refusent cette cohésion ne sont pas les bienvenus dans cet Etat-Nation et, au minimum, ne doivent pas avoir la possibilité matérielle de développer leur influence et leur puissance au détriment de la communauté nationale.

Ce droit du sang n’a rien de raciste, redisons-le. Il s’agit simplement de la capacité, pour les Québécois, d’affirmer qu’un Québécois ne constitue pas seulement un individu habitant le territoire du Québec. Il y a nombre de citoyens nouvellement arrivés sur notre territoire qui ne reconnaissent ni notre langue commune, ni nos valeurs communes, encore moins l’égalité des sexes si chère à Françoise David. Ces gens sont-ils Québécois? Par la loi, oui. Mais le sont-ils vraiment? Villemaire, plutôt que de laisser la question en suspens, y répond directement: non, un individu ne doit pas seulement résider au Québec pour être Québécois; il doit soit descendre d’une lignée typiquement québécoise ou avoir vécu un certain laps de temps et fait preuve d’une certaine intégration pour être considéré comme tel. Peut-on sérieusement considérer de la même manière un individu dont les ancêtres sont arrivés en 1671 et un autre arrivé hier matin? Je ne crois pas.
Cette position n’a rien d’extrémiste. De nombreux pays ne donnent pas le droit de vote avant plusieurs mois, et n’accordent que difficilement la citoyenneté. Nous, au Québec, nous sommes littéralement envahis par un contingent d’immigrants largement supérieur à notre capacité d’intégration. Comme je l’ai déjà écrit dans un billet, le Québec reçoit, proportionnellement à son poids démographique, plus d’immigrants que la plupart des pays développés. Et le pire, c’est que nous ne jouissons pas de la garantie identitaire d’un pays indépendant, ce qui signifie que nous sommes constamment sur le ligne de front pour les intégrer. Québec Solidaire, en rejetant du revers de la main à la fois le problème de l’immigration trop nombreuse et celui de notre incapacité à intégrer les immigrants déjà présents sur notre sol, se désolidarise du peuple québécois, cet ensemble de citoyens partageant une langue et des valeurs communes.
Par ailleurs, la Loi 101, véritablement fondement du Québec moderne et dont la popularité et l’affection des Québécois est démontrée sondage après sondage, ne s’appuie-t-elle pas sur une forme particulière de droit du sang, elle qui réserve l’école anglaise aux enfants d’anglophones? Françoise David aurait-elle la cohérence – ou l’indécence – d’affirmer son opposition à cette Loi si fondamentale?
L’incohérence de Québec Solidaire
En faisant primer le droit individuel d’un immigrant à pouvoir jouir du statut de « Québécois » – même s’il ne partage rien de sa société d’accueil – sur les droits collectifs des citoyens québécois, QS commet la même erreur que le Réseau Liberté(sic)-Québec, mais au niveau identitaire. Le RLQ affirme que l’individu doit être le centre de l’économie, que sa liberté est strictement individuelle et qu’il n’a pas à se faire « brimer » par l’État ou par qui que ce soit pour s’épanouir dans un monde désolidarisé; Québec Solidaire, au contraire, affirme que l’État doit constituer la volonté commune des Québécois d’agir au niveau économique, notamment en haussant les impôts de mieux-nantis et en brimant une partie de leur « liberté » pour le mieux-être de tous.
Mais Québec Solidaire, pour une raison inconnue, se montre incapable d’appliquer le même raisonnement au niveau identitaire. Brimer la liberté individuelle pour le bien de tous est possible pour l’économie, mais tabou en ce qui concerne l’identité. Sur ce point, on doit au moins reconnaître que le RLQ est cohérent: il prône l’absence de solidarité collective à tous les points de vue. QS, au contraire, refuse de réaliser que si l’État doit être libre de légiférer pour le bien-être collectif au niveau économique, il doit en être de même au niveau des valeurs communes et intrinsèques des Québécois et qu’un citoyen comme Villemaire, qui réclame la fin du laisser-aller dans ce domaine, n’a pas à être trainé ainsi dans la boue sous prétexte que ses idées sont davantage cohérentes et assumées que celles du parti de Françoise David.
Pour ma part, j’ai choisi mon camp. Ma carte de membre de Québec Solidaire est déchirée et dans la poubelle. Et j’appuie Jean-Roch Villemaire. Je ne suis pas en accord avec toutes ses positions et je suis beaucoup plus modéré que lui quant à savoir qui doit être considéré comme Québécois, mais je reconnais chez lui le désir de cohérence de la pensée et d’intégrité dans la recherche d’une société québécoise plus juste et solidaire au niveau économique, mais dont la solidarité ne saurait être exploitée par des gens méprisant la culture et la langue des Québécois.
Si on me le demandait, je dirais que le Front Québécois serait ce qui se rapproche le plus de mes idées, même si ce proto-mouvement n’est encore, précisément, qu’une idée.
En attendant, je suis orphelin. J’attends qu’un parti politique ait la cohérence de me proposer à la fois une société économiquement plus solidaire et un Québec véritablement maître de son passé, de son présent et d’un futur qui serait autre chose qu’un bouillon mondialiste et anglais.

La peur d'avancer

Le Québec a peur d’avancer. Les individus, eux, bougent, s’expriment, donnent des coups dans le destin pour améliorer leur sort personnel. Chacun, individuellement, pense à son futur. Mais collectivement, tout est bloqué, toute notion d’amélioration du sort collectif des Québécois est de plus en plus évacuée du débat à grand renfort de soi-disant libertés individuelles, prônées par l’ultradroite, tous les Mathieu Bock-Côté et Éric Duhaime de ce monde, grands négationnistes des bienfaits de la Révolution tranquille. Le résultat? Il est de plus en plus difficile de prendre des décisions pour améliorer le bien-être collectif de la société québécoise et nous vivotons, sclérosés, dans l’incapacité d’adopter de nouvelles façons de protéger les valeurs qui nous sont chères.

Source de l’image
Par exemple, lorsque le Parti Québécois propose d’appliquer la Loi 101 au cégep, il le fait du bout des lèvres. Pas de fanfare, pas de trompettes, on en parle comme s’il s’agissait d’un changement mineur. Point 3.1f de la proposition principale du parti, au milieu d’un document faisant la vive promotion des institutions de la minorité anglophone. Même l’étude publiée aujourd’hui par Pierre Curzi – depuis quand les politiciens produisent des études; ne doit-on pas les élire pour qu’ils gouvernent? – parle de la nécessité de ne pas créer de « ghettos anglophones » dans les cégeps anglais en y augmentant l’homogénéité de leur clientèle et en s’assurant que les cégeps anglais soient véritablement destinés à la minorité anglophone historique du Québec. Autrement dit: nous appliquerons la Loi 101 au cégep, mais n’ayez crainte, les cégeps anglophones continueront d’intégrer les immigrants en anglais. Il ne faudrait tout de même pas modifier l’ordre des choses!
Ce type de pensée est tributaire d’une forme de paralysie de l’esprit propagée au sein des instances péquistes. Sous prétexte d’une realpolitik interdisant toute forme d’action affirmée pour la protection des valeurs collectives des Québécois – dont la langue française est sans aucun doute la principale – on dilue le discours jusqu’à faire de l’application de la Loi 101 au cégep une ballade dans le parc où anglophones et francophones se tiennent par la main et chantent des comptines. En voulant s’arrimer au discours ambiant propagé par une droite individualiste et désolidarisée, on fait de l’application de la Loi 101 au cégep une mesure sectorielle, avec quantité d’exceptions, et n’étant en mesure que de modifier très légèrement le rapport de force entre une langue francophone numériquement et intellectuellement déclinante et une langue anglaise s’imposant avec de plus en plus d’arrogance et de fermeté.
Pierre Dubuc explique bien les enjeux dans une véritable leçon politique qu’il a administré récemment à Jean-François Lisée:

D’un côté, il y a une politique linguistique qui découle de la Charte de la langue française et de ses deux principes fondamentaux : le français, langue officielle et le français, langue commune. De l’autre, il y a une politique linguistique qui origine de l’arrêt Ford de 1988 de la Cour suprême du Canada qui impose le principe de la « nette prédominance du français », en prenant pour référence la Charte canadienne des droits, la Charte de Trudeau.

Ce qu’explique Dubuc est très simple à comprendre: ou bien on fait véritablement du français la langue commune des Québécois, comme on le clame depuis presque trente-cinq ans, et on s’attaque réellement à ce qui permet aux anglophones de passer outre cette langue commune, ou bien on applique des mesures pusillanimes permettant de calmer les militants francophiles pendant qu’on saupoudre une généreuse quantité d’anglais un peu partout, réduisant à néant les fruits de l’application de la Loi 101 au cégep.
Il faut revenir à la base. Le jeu est celui de la survie des francophones en Amérique du Nord face à un ethnocide programmé permettant, sous prétexte d’un libre-choix faisant triompher le poids du nombre et la langue des affaires, la réduction constante du poids démographique des locuteurs de langue française en Amérique du Nord. Ou nous nous battons, ou nous disparaissons. Il ne s’agit pas d’une situation où tout le monde peut gagner ensemble. Si nous gagnons et si nous arrivons à mettre fin à la menace anglaise au Québec, les anglophones auront perdu. Et si nous perdons, c’est que les anglophones auront gagné. C’est aussi simple que cela.
Finissons-en avec le culte de la bonne-entente et des molles mesures prétendant protéger la langue française tout en respectant le « patrimoine institutionnel de la minorité anglophone ». Le patrimoine des francophones en Amérique du Nord a été maintes fois pillé, détruit, annihilé, anéanti, démoli, écrasé, pulvérisé et ruiné. De la déportation des Acadiens en 1755 jusqu’à la nuit des longs couteaux en 1982, en passant par l’interdiction des écoles françaises dans presque toutes les provinces canadiennes pendant un siècle, sans oublier l’union des deux Canada ou les crises de la conscription, les valeurs chères aux francophones ont été méprisées et foulées des pieds par ceux qui ont toujours considéré que nous n’étions dignes de vivre que dans la mesure où nous accomplissions nos tâches de laquais avec le brio de ceux qui n’ont d’autres espoirs que de plaire à leurs maîtres.
Les Québécois se sont pourtant levés à moitié dans les années soixante-dix. Ils ont tourné le dos à un libre-choix n’ayant de libre que le choix de 92,1% des allophones de choisir l’école anglaise en 1971. (( Commission Gendron, Les groupes ethniques, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1972, p. 218. )) Ils ont décidé que face au droit individuel d’anglophones ayant déjà assis leur pouvoir sur toute l’Amérique et s’étant assurés que leur langue était la seule digne d’être parlée dans les officines du pouvoir, il fallait imposer le droit collectif de la majorité francophone à pouvoir brimer en partie la liberté individuelle de certains pour le plus grand bien collectif.
Aujourd’hui, parce qu’on a peur, parce que tous nos médias nous enfoncent jour après jour les histoires désillusionnées d’individualités fragmentées se complaisant dans leur individualisme crasseux, nous avons perdu de vue cette vérité toute simple: il est parfois légitime de brimer la liberté d’autrui si cette liberté nuit à la collectivité. Depuis la présence de feux de circulation « brimant » les automobilistes jusqu’aux lois « brimant » les criminels, il est normal et souhaitable pour toute collectivité de briser l’inertie débilitante de ceux qui, parce qu’ils écoutent leurs désirs individuels profonds, nuisent au plus grand nombre.
Le Parti Québécois, en valorisant l’application de la Loi 101 au cégep, se situe donc dans la bonne voie pour faire primer les droits collectifs sur ceux d’individus nuisant aux valeurs de la collectivités. Cependant, en le faisant à reculons, en s’engageant plus fermement à défendre les institutions anglophones que la volonté des Québécois d’assurer la survie de leur langue, en en parlant comme d’un détail plutôt que d’une réappropriation des institutions de la toute-puissante minorité anglophone par la majorité francophone, il offre le flanc à toutes les critiques et à tous ceux qui, conscients de l’incapacité péquiste à assumer sa position jusqu’au bout, ne vont manquer d’utiliser la place publique pour clamer la sacro-sainte sainteté des droits individuels.
Un parti qui se tient debout, qui est réellement au service des Québécois, n’aurait pas peur d’assumer pleinement ses positions et s’engagerait à faire du Québec non pas une nation un peu moins colonisée et respectueuse de ses maîtres, mais plutôt une nation « normale », comme le disait Lévesque, c’est-à-dire une nation qui finance des institutions scolaires supérieures dans la langue nationale.
Le cégep français ne doit donc constituer qu’une première étape. La suivante doit consister à mettre fin au sur-financement des universités anglaises, elles qui siphonnent près de 27% des ressources universitaires pour une minorité anglophone historique de moins de 6% de la population totale.
Oui, il faut s’attaquer aux institutions anglophones. C’est le but: reprendre possession, institution par institution, de notre nation et en faire une nation aussi française que le Canada est devenu un pays anglais. Nos méthodes seront peut-être différentes, mais il s’agit de la seule finalité permettant d’offrir une chance de survie au français en Amérique du Nord. C’est notre but et nous devons l’affirmer aussi honnêtement que possible.
Cessons d’avoir peur. Cessons de ramper. Marchons la tête haute pour des institutions scolaires supérieures en français!

Citoyen de seconde classe

Je suis en train de lire un livre tout à fait fascinant intitulé « La reconquête de Montréal », de Marc V. Levine, un expert américain de la question québécoise. La thèse est assez simple: c’est la puissance collective des citoyens, représentée surtout par l’État québécois, qui a réussi à briser le monopole politico-financier de la poignée d’anglophones de Montréal qui réussissaient, grâce au jeu de coulisse de l’argent, à imposer leur langue et leur agenda anglophone à des Québécois désolidarisés. Alors que Montréal avait un visage essentiellement anglais avant la Révolution tranquille, les Québécois se sont organisés afin de se faire respecter et de créer, véritablement, une ville française, représentative de la majorité qu’ils formaient dans la province.

Source de l’image
Aujourd’hui, tous les voyants lumineux sont au rouge. Montréal, qui était majoritairement francophone depuis la fin des importantes vagues d’immigration des années 1820-1850, a vu sa population de langue maternelle française chuter sous les 50%. Au Québec, également, nous sommes passés sous la barre historique des 80%. Les anglophones ont vu leur proportion de locuteurs augmenter pour la première fois depuis que Statistique Canada tient de telles données. L’exode des anglophones vers les autres provinces est presque terminé. Les banlieues ont une croissance de leurs locuteurs anglophones plus rapide que la ville-centre. Le cégep Dawson fait tellement d’embonpoint qu’il place ses élèves au forum Pepsi. On construit un méga-hôpital anglophone de 2,225 milliards pour une minorité…
On recule.
Nous en voyons les signes à tous les jours.
Tenez, par exemple, ce soir, j’ai été magasiner au Village des Valeurs, à Laval (votre humble serviteur vit pauvrement, imaginez-vous). Me promenant dans les allées, j’entendis soudain un long message audio, s’adressant aux clients en anglais seulement. Pas trois secondes, pas quelques mots. Long. Une minute peut-être. En anglais. À Laval, au Québec, nation francophone où le français constitue la seule langue officielle.
Offusqué, je décidai de me plaindre. La caissière, très gentille, m’avoua que c’était nouveau. « Ça fait peut-être deux mois, pas plus. Avant c’était en français, mais des anglophones se sont plaints, qu’elle m’expliqua.
– Quoi, ici, à Laval, dans le quartier le plus francophone de l’Île?
– Je sais, je trouve ça bizarre moi aussi, me répondit-elle. »
Je lui dit que je voulais porter plainte et elle appela sa gérante. « Karine est demandé à la caisse cinq, Karine à la caisse cinq! » Lorsque la gérante fut arrivée, je lui fis part du fait que je trouvais inacceptable qu’on s’adresse ainsi aux clients en anglais alors que la (seule) langue officielle du Québec est le français.
« Nous avons beaucoup de clients bilingues ici, me répondit sèchement la gérante.
– S’ils sont bilingues, ils parlent français. Pourquoi ne mettez-vous pas ces messages en français alors?
– On a eu des plaintes de clients, c’est pour ça qu’on les a changés, me lança-t-elle avec un regard méprisant.
– Je suis un client moi-aussi, madame, et j’aimerais me plaindre.
– Ça ne marche pas comme ça ici, me cracha-t-elle avant de tourner les talons et de s’en aller en marmonnant. »
Les deux bras me sont tombés. J’ai regardé la caissière, lui faisant un signe du genre « as-tu vu cela? » et elle a opiné du chef. Je demandai le nom de la gérante dans le but de faire une plainte au service à la clientèle, ce que j’obtins assez facilement (la caissière était d’accord avec moi et comprenait ma frustration, qu’elle me dit).
Or, arrivé à la maison, et alors que le goût amer de la saveur « citoyen de seconde classe » me pourrissait encore sous la langue, je tentai d’obtenir les coordonnés me permettant de me plaindre à la fois du mépris de la langue officielle du Québec et de l’attitude de la gérante. Peine perdue: le bureau-chef est aux États-Unis et tout indique qu’on ne pourra pas m’y répondre dans ma langue.
Speak White mon chum.

* * *

On m’accuse parfois de m’en prendre, dans ces pages – en passant, merci d’être toujours aussi fidèles; ce blogue bat des records de fréquentation depuis quelques semaines – aux anglophones. En fait, je ne m’en prends pas véritablement aux anglophones individuellement, car nous avons les anglophones que nous méritons. Ce sont nous, les Québécois, qui sommes à blâmer pour la dérive de la situation de notre langue nationale.
Cette petite Karine, gérante du Village des Valeurs, combien y en a-t-il comme elle au Québec, toujours prêtes à servir le client anglophone dans sa langue, à écouter ses revendications et à mépriser le Québécois exigeant d’acheter dans un milieu francophone? Combien de femmes et d’hommes comme elle, toujours prêts à donner plus de crédibilité à tout ce qui est anglais et à mépriser les siens?
Cette situation, ces Karine, c’est NOUS qui les avons créées. Alors que ce fut collectivement que nous nous sommes libérés, et collectivement que nous nous sommes élevés, qu’enseigne-t-on aujourd’hui dans nos écoles, quels messages lancent nos politiciens, quelles idéologies polluent les ondes de nos radios, de nos télévisions, d’Internet? L’anglais, l’anglais, l’anglais. Il n’y en a que pour l’anglais. On se moque de la capacité de Pauline Marois à parler cette langue étrangère, mais qui se moque du ministre Sam Hamad, par exemple, qui massacre notre langue dès qu’il ouvre la bouche? On parle d’imposer l’anglais intensif au primaire ou au secondaire, mais qui parle d’imposer le français intensif dans les écoles anglaises? Pire: dans un contexte budgétaire difficile, qui parle de réduire les privilèges des écoles anglaises, sur-financées? On n’en a que pour la réussite individuelle alors que c’est précisément lorsque nous avons décidé d’embrasser le concept de réussite collective, lors de la Révolution tranquille, que nous avons pu réduire substantiellement les écarts de salaires entre les anglophones et les francophones.
Nous créons, quotidiennement, ces Karine. La génération montante ne s’inspire pas de ce que nous disons alors que nous nous gargarisons de langue française comme d’un reliquat folklorique qu’on ressort occasionnellement pour se faire croire que nous avons encore des racines. La génération montant s’inspire de ce que nous faisons. Elle ne veut rien savoir de nos discours sur le français, sur l’importance de la langue, sur le statut officiel de celle-ci; elle nous regarde, à genoux devant l’anglais, prenant des cours du soir pour le parler, faisant des pieds et des mains pour que nos bambins puissent avoir le luxe de se remettre à ramper dès qu’ils ont appris à marcher.
Nous sommes les coupables.
Alors oui, je vais tenter de me plaindre contre cette Karine. Mais ce n’est même pas contre elle; c’est contre nous tous, ceux qui rampent, ceux qui se méprisent et ceux qui croient qu’il vaut mieux apprendre l’anglais pour réussir que de réclamer, collectivement, de pouvoir réussir en français. C’est fort de la conviction que de nombreux peuples se lèvent contre cette anglomanie que j’avancerai pour le respect de nos droits.
Esdras Minville écrivait, en 1934:

Et comment attendrions-nous des anglophones qu’ils mettent du français en ce pays, quand nous, les intéressés, nous employons à y diffuser l’anglais, à barbouiller d’anglais tout ce qui nous entoure?

Les anglophones nous respecteront le jour où nous nous respecterons nous-mêmes. Lorsque nous arrêterons de « barbouiller » nos vies d’une langue étrangère, ils comprendront peut-être, enfin, qu’ils vivent au sein d’une nation francophone et qu’ils n’ont de choix que de s’intégrer.
Ou de partir.
En attendant, nous sommes redevenus ce que nous avons toujours été, depuis 1760: des citoyens de seconde classe.
Des nègres blancs d’Amérique qui n’ont rien reconquis sinon leur séculaire agonie d’un peuple qui n’en finit plus de mourir.


MISE À JOUR: J’ai contacté le responsable des magasins du nord de la région de Montréal. Il a été réceptif pour ma plainte concernant la gérante et m’a dit que s’il préférait les annonces en français, il laissait ses gérants libres de choisir français ou bilingue. Il m’a dit qu’il allait en discuter avec le gérant et qu’on verrait s’il peut y avoir des changements à apporter. Il m’a également avoué qu’il est possible que les responsables de ce magasin ne pensaient pas déplaire aux Québécois en passant à l’anglais.
Bref, j’ai fait ma part.
À vous, maintenant.
À nous.


MISE À JOUR (27 janvier):
La gérante du Village des Valeurs m’a rappelé pour s’excuser de la manière dont j’ai été traité et pour m’annoncer qu’elle avait fait la demande pour que le système audio unilingue français soit de retour et qu’elle s’attendait à ce qu’il le soit bientôt.
Le leçon? Plaignez-vous quand on vous manque de respect et exigez le français partout!
En tant que citoyen québécois, je me sens de nouveau respecté et non seulement je retournerai à ce magasin, mais je le conseillerai à mes amis et à ma famille.
DEBOUT, QUÉBÉCOIS!

Lisée et le PQ: unis contre le Québec français

Les historiens du futur seront impitoyables dans leur analyse du déclin du français au Québec en ce début de vingt-unième siècle. Ils se gratteront d’abord la tête en cherchant à comprendre de quelle façon un parti qui a officialisé les aspirations de tout un peuple en paraphant la Charte de la langue française a par la suite œuvré à la dévalorisation de ses acquis, puis ils trouveront la seule conséquence logique: le sursaut nationaliste du Québec français de la fin du vingtième siècle constituait le plus tardif des chants du cygne d’un Canada français ne sachant pas disparaître sans au moins tenter un dernier baroud d’honneur qu’on pourrait ensuite mettre sur le compte d’une jeunesse idéaliste et archaïque.

Source de l’image
En effet, c’est bien ainsi que sont considérés, tant chez Jean-François Lisée que dans la proposition principale du Parti Québécois, ceux qui rêvent encore d’un Québec français comme flambeau de la pensée française en Amérique, comme lumière de la francophonie sur un continent ayant littéralement massacré ses populations francophones à grand coup de lois anglicisantes ou, la majorité fermement assurée, les laissant mijoter dans les oubliettes d’un multiculturalisme indigeste faisant de notre langue un simple ingrédient pimentant le grand potage canadien.
Lisée d’abord. Ce grand disciple du « bon-ententisme », comme le souligne Pierre Dubuc, pleure, dans son dernier texte, le sort de notre minorité anglophone, qualifiant ceux qui désirent un Québec aussi français que l’Ontario est anglaise d’archaïques, s’opposant à toute politique entraînant la diminution du poids démographique des anglophones. Jean-François Lisée, qui blâme, comme nos ennemis fédéralistes, l’exode des francophones de Montréal comme cause principale de la chute du français, alors qu’il a été démontré qu’il s’agit d’un mythe et que les banlieues s’anglicisent aussi vite sinon davantage que la ville centre. Jean-François Lisée, qui désire permettre une immersion anglaise aux francophones du cégep, mais qui n’explique pas de quelle façon les anglophones pourraient vouloir une immersion française alors que des études ont récemment démontré leur peu d’intérêt pour notre langue et notre culture.
Le PQ ensuite. Sa proposition principale, qui sera vraisemblablement adoptée par tous les carriéristes qui portent la sacoche de Marois comme leurs ancêtres ont été des porteurs d’eau, propose non seulement l’immersion anglaise au cégep, mais s’engage également à protéger les « droits linguistiques » et le « patrimoine institutionnel » de la « communauté anglophone ». En échange de l’application d’une Loi 101 au cégep ne voulant à peu près rien dire si on y permet l’immersion anglaise et qu’on a déjà anglicisé tous nos jeunes – première étape vers l’assimilation définitive -, le PQ s’engage également à intensifier l’apprentissage de l’anglais au primaire et au secondaire. En fait, comme le notait Bernard Desgagné, le PQ fait une fixation totale sur l’anglais, sur la nécessité d’en faire la promotion, mais ne parle nulle part de la nécessité d’améliorer la connaissance du français, la qualité de son enseignement; on ne parle pas non plus d’une intensification des cours de français alors, pourtant, que près d’un million de Québécois sont analphabètes et qu’un grand nombre d’anglophones ne parlent toujours pas la langue nationale. Non, non. Anglais, anglais, anglais. Et surtout, ne touchons pas aux institutions anglophones, méchants Québécois que nous sommes. Ce qui compte dans la proposition du PQ, ce n’est pas l’État national francophone, mais une simple primauté du français.
Les historiens de demain ne seront pas dupes. Le passage d’un État francophone à un État à primauté francophone ne constitue qu’un énième glissement vers la disparition définitive du français sur ce continent. La Nouvelle-France fut française, elle ne le fut plus. Le Canada fut majoritairement français, il devint majoritairement anglais. Le Québec ne peut échapper à cette damnation que s’il assure définitivement non seulement la prédominance du français, mais son statut indispensable pour fonctionner au Québec. Il doit être tout autant impossible de pouvoir vivre en anglais au Québec qu’en italien à Moscou ou en espagnol à Pékin. Ce n’est pas de devenir une langue prédominante qu’a besoin le français – elle l’a déjà été à de nombreuses reprises sur ce continent – mais de devenir une langue indispensable.
Un parti politique résolument nationaliste et au service du peuple québécois n’encouragerait pas l’immersion anglaise; il franciserait le plus gros cégep du Québec, Dawson. Un parti politique conscient du statut précaire de la langue française au Québec n’encouragerait pas l’augmentation de l’enseignement de l’anglais; il franciserait l’Université McGill et doterait enfin l’UQAM d’une faculté de médecine et d’un budget lui permettant de rayonner. Un parti politique ayant fait du français la seule langue officielle du Québec ne ferait pas la promotion de sa primauté, mais construirait une société française en s’assurant que l’État ne communique avec les citoyens que dans la langue nationale. Un parti politique se réclamant du Québec, des Québécois et ayant contribué à les libérer d’un ordre économique et linguistique où ils étaient des citoyens de seconde classe s’assurerait non pas de protéger les institutions de la minorité anglophone, mais reconnaîtrait plutôt le statut majoritaire de celle-ci à l’échelle continentale et encouragerait la solidarité avec les francophones hors-Québec en finançant leurs institutions pour assurer la survie de ce qui fut déjà une zone tampon entre le Québec français et l’Amérique anglaise. Un parti réellement QUÉBÉCOIS ne permettrait pas la construction, à Montréal, d’un méga-hôpital anglophone de 2,225 milliards de dollars, prenant l’argent des régions pour engraisser une minorité montréalaise déjà plus que riche.
Ce n’est pas archaïque, comme le soutient Lisée, de vouloir un Québec français. C’est être conséquent. Le rejet de l’identité canadienne-française par les Québécois des années soixante n’a eu de sens que si nous formons une majorité capable d’agir en tant que majorité et en mesure de défendre le français. Tant que nous n’oserons pas nous attaquer aux privilèges indus d’une minorité anglaise parmi les plus choyées au monde, tant que nous permettrons aux anglophones du Québec de surfer, grâce à leurs institutions sur-financées, au-dessus de la nation québécoise, ils n’accepteront pas leur statut de minorité et continueront de se percevoir comme des ayant-droits canadiens au sein d’une province comme les autres.
Ce qui est archaïque, par contre, c’est cette croyance que la bonne-entente et à l’à-plat-ventrisme devant le tout-anglais puisse mener à un résultat différent que ce que les trois derniers siècles de la même rengaine nous ont appris.
Les peuples qui survivent ne se couchent pas devant la menace, ils n’avancent pas à reculons en s’excusant d’exister et en répétant qu’ils ne toucheront pas à un cheveu des privilèges dont leurs vis-à-vis disposent. Les peuples qui survivent se tiennent debout et affirment, face au vent, qu’ils ont le droit d’exister et qu’ils prendront tous les moyens pour assurer leur survie. Les peuples qui survivent n’attendent pas un référendum ou le Saint-Esprit pour agir; ils défendent leur langue et leur identité au quotidien.
Olivar Asselin écrivait qu’il faudrait apposer l’épitaphe suivante sur la tombe du peuple canadien-français: « Ici gît un peuple mort de bêtise. »
Les divagations de Jean-François Lisée et la proposition principale du PQ ne peuvent que lui donner raison.

Le délire persécutoire des extrémistes anglophones

Il est surprenant de constater qu’il existe encore, en 2011, une frange de la population minoritaire anglophone du Québec n’ayant pas pris acte et accepté le caractère français du Québec, tel qu’institué en 1977 par la Charte de la langue française. Pleurant leur sort de minorité « opprimée » sur Facebook, sur les blogues, sur leurs sites racistes, en appelant à l’ONU pour que cesse le « nettoyage ethnique » du « Kebekistan », ils tentent même présentement d’organiser une manifestation contre la Loi 101 en avril prochain. Leur délire persécutoire n’a d’égal que leur ignorance absolument totale du sort des autres minorités dans le monde et du fait qu’il serait difficile de trouver une minorité plus choyée que la leur.

Source de l’image
Pour une population totale d’à peine plus de 400 000 anglophones nés au Québec – la minorité anglophone historique -, les anglophones disposent pourtant de plus d’une quinzaine d’hôpitaux, d’écoles primaires, secondaires, du plus gros cégep au Québec, de l’université la mieux financée, de plusieurs dizaines de villes bilingues, de services gouvernementaux largement bilingues, de commerces les servant dans leur langue, de groupes de défense, d’un gouvernement fédéral finançant généreusement leurs institutions, d’une Cour suprême vaillant au grain afin de les défendre. Un peu plus et on leur construit un TGV en or vers l’Ontario.
Connaissez-vous une seule minorité au monde jouissant de tels privilèges? Pas moi. Ou si peu. Il est possible que les Rhodésiens aient eu de tels avantages, mais ceux-ci n’ont pas perduré dans le temps, contrairement à ceux des anglophones du Québec. Si la minorité anglophone du Québec avait une plus grande connaissance du monde, si elle cessait de vivre repliée sur elle-même dans un sempiternel complexe de supériorité vis à vis d’autochtones québécois refusant d’accepter de disparaître, elle se rendrait compte de l’incroyable chance dont elle jouit. Elle serait même peut-être un peu honteuse de l’ampleur des avantages dont elle dispose.
En Suisse, par exemple, où la population germanophone forme plus de 60% de la population, de nombreux cantons sont unilingues francophones, ne dispensant virtuellement aucun service dans la langue majoritaire au pays. Loin d’en appeler au génocide parce que les cantons de Jura, Neuchâtel, Vaud et Genève fonctionnent intégralement en français, les locuteurs germanophones acceptent leur qualité de minorité et comprennent qu’ils ont le loisir de déménager dans un canton germanophone s’ils veulent des services dans leur langue.
En Belgique, également, où la population néerlandophone compose près de 55% de la population totale, ses locuteurs ne disposent d’aucun droit dans toute la Wallonie (à l’exception de « communes à facilités » offrant une certaine forme de bilinguisme et d’où origine la majorité des conflits linguistiques). En clair, ils sont peut-être majoritaires dans l’ensemble du pays, mais la Wallonie fonctionne exclusivement en français. La minorité flamande accepte son sort sans broncher, sachant qu’elle peut aller vivre en Flandre si elle le désire.
Même chose pour la province d’Åland, appartenant à la Finlande. Bien que la langue officielle de la Finlande soit le finlandais, tous les services d’Åland sont offerts exclusivement en suédois. On offre pourtant des services à la minorité finlandaise, c’est-à-dire des traducteurs! Imaginez-vous le scandale que cela ferait au Québec?
Idem pour les îles Féroé, appartenant au Danemark mais où presque toutes les institutions fonctionnent en féroïen. Vous ne verrez jamais un locuteur danois des îles Féroé parler de nettoyage ethnique, car il est entendu que ce territoire est principalement féroïen. Un locuteur désirant parler le danois a le loisir de déménager au Danemark.
Il serait possible de citer des dizaines d’autres exemples du genre – notamment de pays ou nations démocratiques n’allouant que des peccadilles à leurs minorités – mais ce serait inutile. Ce n’est pas tant à nos lois ou à ce qu’ils perçoivent comme un manque de respect à leur égard que certains anglophones en ont; c’est à notre existence en tant que collectivité francophone d’Amérique du Nord qu’ils en veulent. Au-delà de l’affichage ou des mesures scolaires, ils refusent d’accepter l’article premier de la Loi 101: « Le français est la langue officielle du Québec ». Près de trente-quatre ans après le dépôt de la Loi 101 par Camille Laurin, cette simple réalité d’un État dans l’État, d’un Québec unilingue français dans un Canada offrant un français de façade pour mieux assimiler sa minorité francophone leur est inacceptable.
Robert Laplante parlait de ce phénomène comme étant celui de la « double-majorité »: la minorité anglophone du Québec refuse d’accepter son statut de minorité au Québec et s’accroche à son désir ancien de former de nouveau la majorité canadienne au Québec. D’où son attachement à des institutions sur-financées, que ce soit McGill ou le méga-hôpital de 1,5 milliards qu’on lui construit à nos frais, ce qui la conforte dans son statut majoritaire, voire colonial. Chaque école, chaque hôpital, chaque présence institutionnelle anglaise sont considérés comme autant de drapeaux plantés dans le cœur de la majorité québécoise afin non seulement de l’affaiblir, mais de faire reconnaître la primauté de la majorité anglophone canadienne sur celle-ci.
Or, puisque les Canadiens-français ont compris, au regard de l’ethnocide les décimant depuis près d’un siècle dans la fédération canadienne, qu’ils n’avaient pas d’avenir en tant que minorité pancanadienne et qu’ils ont décidé, face à un Canada devenant de plus en plus unilingue anglais, de former une majorité francophone au Québec, toute forme de remise en question du droit de cette majorité d’imposer sa langue sur son territoire réduirait la capacité de survie du français. Autrement dit: en tentant de faire primer la majorité canadienne (anglophone) sur la majorité québécoise (francophone), la minorité anglophone tente de refaire des Québécois une minorité dépossédée d’elle-même et n’ayant pas la capacité d’assurer sa survie.
Le fait d’assurer un Québec français ne constitue donc aucunement un « nettoyage ethnique » ou une discrimination. Il s’agit de la conséquence logique de l’incapacité du Canada d’assurer la survie des francophones. Nous sommes devenus des Québécois précisément parce qu’il s’agissait de la seule façon d’assurer notre survie collective. Ainsi, toute tentative de refaire de nous des Canadiens-français – ou des « Québécois francophones », ce triste pléonasme qu’on entend de plus en plus – en discréditant nos lois et nos institutions ou en déplorant que nous n’accordions pas davantage de « droits » aux anglophones ne pourrait que conduire à un insupportable recul affaiblissant encore une fois notre capacité à assurer la survie de notre langue.
Le fait de devenir Québécois a eu deux conséquences: nous avons choisi, après que le Canada ait décidé lui-même de ne rien faire pour le français, de laisser tomber nos compatriotes francophones des autres provinces et nous avons choisi, également, d’imposer le français aux anglophones du Québec. Si les premiers ont compris l’importance de ce geste et ont été nombreux à se joindre à nous pour assurer le développement d’un État francophone en Amérique du Nord, plusieurs des seconds ont préféré vivre dans le doux souvenir d’une époque où nous étions de dociles Pea Soup canadiens-français disparaissant en silence.
On dit parfois de la folie qu’il s’agit d’une reproduction constante des mêmes erreurs en espérant une conséquente différente. Cette minorité d’extrémistes anglophones ne peut, en affichant son délire persécutoire basé sur l’ignorance de ses (trop nombreux) privilèges, que nous encourager à mieux comprendre la nécessité, pour le Québec, de réaffirmer la primauté du français sur son territoire afin d’enrichir l’Amérique du Nord d’une présence française majoritaire et sûre d’elle-même.
En nous méprisant de la sorte, ces extrémistes nous font peut-être le plus beau des cadeaux: ils nous incitent à reconsidérer à la baisse les privilèges qu’on accorde à la minorité anglophone du Québec afin de réduire le niveau de nuisance de sa minorité la plus extrémiste n’ayant pas pris acte du désir de survie d’une nation aspirant au même traitement que toutes les autres sur cette planète.