Mois : février 2011

Comment meurt notre langue

Notre langue ne meurt pas parce nous oublions sa valeur, parce que nous ne nous considérons plus comme des résistants francophones sur ce continent du tout-anglais. Elle ne meurt pas non plus parce nous ne savons plus apprécier sa beauté, ses rimes, sa sonorité, sa précision, ses particularités; ce n’est pas parce que nous cessons de la chérir qu’elle meurt. Elle ne meurt pas également parce que nos enfants oublient leurs parents, que leurs parents oublient leurs grands-parents et que nos ancêtres sortent de nos vies comme autant de blessures trop lourdes pour être rappelées à la conscience.

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Notre langue meurt parce que nous ne la considérons plus comme étant une chose allant de soi. Déconnectée de nous-mêmes, nous l’intellectualisons, nous la « cérébralisons », nous demandons aux gars d’en bas, ceux des tripes, ceux du ventre, ceux des couilles, d’abdiquer, de faire confiance à ceux d’en haut, ceux qui remettent tout en question, ceux qui n’existent que pour relativiser, qui ne s’attachent ni à la terre ni aux cieux, ceux qui, par la raison, aimeraient nous convaincre que notre langue ne vaut pas la peine d’être par et pour elle-même.
Notre langue meurt parce que nous ne la vivons plus autrement que par les mots qui s’attachent à notre rationalité, aux rares livres que nous lisons, aux discussions raisonnées que nous avons avec nos semblables. Quand vient le temps d’exprimer une émotion, une joie, un accord, une colère, une fraternité, les premiers mots qui viennent à notre esprit sont, invariablement, un « yeah » bien senti, un « oké », un « fuck », un « man ». La langue du bas, celle qui s’impose depuis deux siècles comme celle du pain et du beurre sur la table ne fait qu’une bouchée de la langue intellectualisée, celle qui se superpose au cerveau reptilien par un obscur désir collectif de ne pas disparaître.
Notre langue meurt parce que notre musique, nos arts, sont déjà anglicisés. Notre raison parle français, mais la musique qui nous fait vibrer, celle qui nous fait bouger, celle qui fait déhancher les femmes, celle qui donne chaud aux hommes, est anglophone. La joie, l’allégresse, la fête, la sexualité, la violence-exutoire trouvent toutes leurs mots dans la langue d’Amherst; notre musique, sauf de rare exception, chante surtout la mélancolie, la tristesse, la perte, le vide, l’amour. Nous ne voulons plus nous attacher à ces sentiments montant du fond de l’histoire, ceux d’un peuple qui n’en finit plus de mourir et qui, deux siècles plus tard, chante encore « Évangéline » un trémolo dans la voix. Notre âme a déjà abdiqué là où notre raison veut poursuivre le combat.
Notre langue meurt aussi parce que nous ne considérons plus le français comme étant suffisant pour réussir. Notre raison, résistant aux mutineries des cols bleus du bas depuis si longtemps, montre des signes d’essoufflement. Nous sommes épuisés de penser au prochain; nous ne voulons pas intellectualiser un combat collectif impliquant de s’unir pour qu’il puisse être possible de réussir, ensemble, en français. Les gars du bas veulent l’argent rapide, ils veulent l’argent facile. Ils veulent réussir individuellement, non pas pour améliorer le monde dans lequel ils vivent ou faire partie d’un grand tout, mais simplement pour avoir le ventre plein et tirer un bon coup le vendredi soir.
Notre langue meurt parce que nous ne rêvons plus de territoires glorieux, d’une francophonie enracinée, d’une Abitibi, d’une Baie James, d’un Grand Nord à coloniser, de territoires où apporter nos Lumières et planter notre croix. Notre horizon, loin de s’être ouvert au monde, se limite désormais à une planète de cités urbaines interchangeables où on parle une langue interchangeable et où se croisent des gens interchangeables. L’anglais ne nous a pas ouvert les possibilités; il a au contraire résumé cette ouverture aux grands boulevards, un éternel chemin bétonné d’un gris tiède où, si ce n’était de quelques spécificités locales en voie de disparition, l’humanité serait Toronto, New York ou Londres. Notre territoire infini, celui du contact avec la nature, avec les autres peuples, de climats différents, d’une langue se portant comme on porte un flambeau, n’existe plus qu’en imagination.
Notre langue meurt parce que nous ne la croyons plus nécessaire pour vivre ici. Nous nous sommes fait un devoir d’apprendre l’anglais, nous l’imposons à nos enfants de sixième année comme le lourd tribut d’une disparition que nous n’avons pu assumer nous-mêmes, au même moment que nous sommes tout à fait satisfait de savoir que les anglophones, eux, n’ont, dans leurs écoles, que quelques cours d’un français saupoudré à subir. L’apprentissage intensif d’une autre langue constitue notre corvée; il ne nous viendrait jamais à l’esprit qu’un gouvernement responsable devant l’Histoire ou face à notre destin devrait au contraire prioriser l’apprentissage intensif du français chez ceux qui, même parmi les nôtres, ont encore de la difficulté à en saisir toute la richesse.
Notre langue meurt parce que nous voulons être aussi doux avec autrui qu’on a été rude avec nous-mêmes. Elle meurt parce que nous octroyons des privilèges à ceux qui habitent ici sans la parler, des privilèges qu’aucune nation au monde n’accorde. Elle meurt parce que, plutôt que de la porter à bras le corps, dans un geste viril de défiance face à la fatalité de notre Histoire, nous sommes plus inquiets du sort de ceux qui ne la parlent pas que de nous-mêmes. Elle meurt parce que nous sommes des lâches qui préférons le pire des compromis au nécessaire combat de la terre, de la sueur, des poings levés, de l’identité nationale affirmée, d’un peuple québécois dont la maturité ne se mesure pas aux privilèges qu’il octroie à une minorité anglophone n’attendant que le moment propice pour nous couper la tête, mais qui se respecte assez pour s’assurer, une fois pour toutes, que plus jamais ni notre langue ni notre identité ne seront menacées.
Notre langue meurt parce que nous avons oublié de la parler, d’utiliser la richesse de ses mots non pas pour vivre de misérables vies individuelles se terminant soit en terre soit dans une urne, mais pour parler de ce cri du fond des âges, de cette parole-humanité criant la vérité, hurlant l’existence d’une vie autrement plus riche que la bourbe mondialiste qu’on nous enfonce dans le crâne comme autant de clous dans le corps d’une humanité qui aurait pu, avec un peu de courage, devenir réellement plurielle.

Anglais au primaire: la traîtrise de nos élites

La corruption, les fausses promesses, les tentatives de privatisation du bien public, rien ne saurait égaler, chez Jean Charest, la traîtrise de son nouvel objectif: imposer l’anglais à tous les élèves pour la moitié d’une année en sixième année du primaire. Notre démocratie, nos finances publiques ont certes leur importance, mais quand on s’attaque à l’âme de la nation québécoise, sa langue, et qu’on précipite le déclin de notre peuple, que peut-il exister de pire? Quand la langue d’un peuple disparaît, l’essentiel du peuple disparaît avec elle. Et il n’y a pas de seconde chance pour les peuples disparus.

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Évidemment, les éditorialistes et les politiciens vont glousser de satisfaction. Pour les premiers, c’est déjà commencé: on ne demande pas s’il est opportun d’imposer une langue étrangère à des enfants sachant à peine lire et écrire leur langue maternelle; on se questionne quant à savoir si c’est suffisant. Pour les seconds, Gérard Deltell a fait de l’anglicisation des Québécois sa priorité et Pauline Marois ne le dira pas directement, mais il s’agit d’une épine de moins dans son pied, puisque la proposition principale péquiste contenait cette mesure controversée. On va se questionner pour la forme, mais au fond, de la fesse gauche péquiste à la fesse droite libérale, en passant par l’entre-deux adéquiste, pour paraphraser Chatrand, on a déjà capitulé devant le tout-anglais et on a fait du bilinguisme généralisé un objectif incontournable.
Or, cette proposition est extrêmement dangereuse. Dans un contexte nord-américain où le peuple québécois ne forme que 2% de la population continentale, vouloir imposer l’anglais à tous est l’équivalent linguistique de jouer avec de la dynamite autour d’un feu de camp. Autrement dit: le jour où l’ensemble des Québécois saurait parler anglais serait le jour où l’anglais deviendrait la véritable langue commune du Québec. Si tous les Québécois étaient bilingues, pourquoi un immigrant aurait-il le désir d’apprendre notre langue? J’ose le dire: si les membres anglophones d’Arcade Fire, par exemple, faisaient face à un haussement d’épaule à chaque fois qu’ils s’adressaient en anglais à un Québécois dans les commerces, est-ce qu’ils ignoreraient toujours notre langue après dix ans à Montréal? Disons-le clairement: c’est PARCE QUE les Québécois sont de plus en plus bilingues que les anglophones et les immigrants peuvent faire abstraction de notre langue commune.
On a tendance à l’oublier, mais une des raisons ayant précipité la Révolution tranquille fut l’arrivée, à Montréal, de plusieurs centaines de milliers de Québécois unilingues francophones entre 1940 et 1960. Ce contingent d’unilingues fit augmenter de près de 33% la proportion totale d’unilingues francophones dans la métropole. ((LEVINE, M. (1997). La reconquête de Montréal, Montréal, VLB Éditeur, p. 34. )) Contrairement aux Montréalais francophones largement bilingues d’alors, pour qui le bilinguisme équivalait systématiquement à s’écraser devant le pouvoir de l’anglais, les nouveaux unilingues ont réclamé la possibilité de pouvoir s’émanciper collectivement en français. Ils ont également exigé des mesures pour franciser les immigrants, notamment en faisant du français la langue incontournable de la vie en société et la langue normale de l’éducation.
En fixant comme objectif le bilinguisme pour tous les enfants du Québec – car c’est bien ce dont il s’agit – Charest trahit le principal héritage de la Révolution tranquille: le français, langue véritablement commune des Québécois. Il renforce également l’impression, pour les immigrants et la minorité anglophone, que le français ne constitue qu’une langue parmi d’autres, facultative, ne permettant même plus de rejoindre les Québécois puisque ceux-ci deviennent largement bilingues. Une langue inutile, bref, morte, juste bonne pour les sauvages qui la chérissent comme un vieux bibelot poussiéreux.
Pourtant, nous avons l’expérience franco-ontarienne pour nous renseigner sur les conséquences du bilinguisme généralisé dans un contexte minoritaire. Un rapport, publié en 1995, expliquait:

Pour de nombreux jeunes Franco-Ontariens, le français demeure la langue maternelle, mais il devient effectivement une langue seconde, enseignée comme un outil de communication, mais un outil plus ou moins efficace dans le contexte ontarien. Inconsciemment et naturellement, l’anglais, qui était au point de départ la langue seconde, se transforme subrepticement en langue première, celle qui exprime les réalités fondamentales de la vie, celle dont les mots portent une charge émotive, celle qui baigne dans une culture et une histoire ; en d’autres mots, la langue de Shakespeare. Pour plusieurs francophones minoritaires, Molière est rentré à Versailles ; ils ont le français comme langue maternelle, mais l’anglais comme langue première. De la bilinguisation de l’univers culturel, nous passons maintenant à la secondarisation de la langue française.

Voici ce qui risque de se produire ici, d’abord dans les quartiers plus anglophones de Montréal, puis dans les autres quartiers, en banlieue, et éventuellement dans tout le Québec.
Quand une langue minoritaire perd sa principale qualité fonctionnelle, soit celle d’être la seule en mesure de rejoindre toute une communauté, au profit d’une langue plus dominante, elle devient inutile. Autrement dit: le français, actuellement, est tout à fait incontournable pour quiconque désire communiquer avec le 60% d’unilingues francophones. On ne peut pas, dans la plupart des villes du Québec, faire autrement que l’apprendre, même si cette langue n’ouvre que les portes du Québec. Mais si tous les Québécois étaient bilingues, on offrirait le choix à l’immigrant entre l’utilisation d’une langue typiquement québécoise, et une autre permettant de rejoindre, outre l’ensemble des Québécois bilingues, le reste de l’Amérique du Nord et une partie de la planète. La décision ne serait pas difficile à prendre.
En fait, les peuples bilingues, ça n’existe pas. Le bilinguisme, comme le disait le linguiste Albert Dauzat, constitue simplement le passage transitoire d’une langue faible vers une langue forte. Les peuples, les nations et les individus tendent vers l’unité linguistique, c’est-à-dire vers l’utilisation d’un seul et même système linguistique logique et cohérent. C’est ainsi que les Irlandais sont d’abord devenus bilingues, puis ont perdu leur langue. Idem pour la majorité des Franco-Canadiens. Le sondage publié il y a deux semaines le démontre également: le bilinguisme des anglophones de l’ouest canadien est marginal; qui a besoin d’une langue seconde quand cette langue est devenue inutile? Et c’est ce qui va se produire ici si on persiste à dépenser davantage d’énergie à angliciser notre jeunesse qu’à franciser les anglophones sur notre territoire.
Des élites vraiment à l’écoute de l’intérêt supérieur de la nation québécoise n’encourageraient pas son anglicisation, même en l’enrobant d’un bilinguisme indigeste. Elles œuvreraient à rendre indispensable l’intégration en français et n’imposeraient pas une immersion en anglais dans les écoles françaises, mais la francisation généralisée des écoles anglaises. Elles ne demanderaient pas aux citoyens d’apprendre, autrement que par choix personnel, une langue étrangère pour réussir; elles prendraient ses responsabilités et s’assureraient qu’il soit possible, au Québec, de travailler et de réussir sa vie en français.
Toutes les statistiques le démontrent: le français est en recul au Québec. Nous avons le choix: une mort lente et atroce à grand renfort de bilinguisme ou des actions rapides et concrètes pour assurer la survie de notre langue.
Nos élites à Québec, Jean Charest en tête, trahissent la nation québécoise et accélèrent notre anglicisation.
Il serait peut-être temps de se doter d’élites réellement à notre service et qui, plutôt que de vouloir chambouler notre écoles francophones pour y augmenter la présence anglaise, mettraient fin au sur-financement des institutions anglophones d’éducation et en finiraient, une fois pour toutes, avec la menace anglaise au Québec.
Des élites moins repliées sur leur anglomanie et qui seraient en mesure de s’ouvrir à la diversité et à la pluralité d’un monde parlant des centaines et des milliers de langues et où la protection d’une langue comme le français au Québec servirait d’exemple à toutes les autres langues menacées.

Arcade Fire à la St-Jean: pas question!

À l’origine, il s’agissait d’une non-nouvelle. Suite à la victoire d’Arcade Fire à un concours de l’industrie américaine de la musique, un journaliste de la Presse Canadienne eut l’idée de demander aux organisateurs de la Fête nationale si Arcade Fire pouvait y jouer. Question tout à fait inutile puisque le groupe sera en Europe à ce moment-là. Mais la non-nouvelle a été reprise par Patrick Lagacé, qui n’a pas hésité à traiter ceux qui conçoivent la Saint-Jean-Baptiste comme étant une fête francophone de « tribaux » arriérés portant des «ceintures fléchées [et] qui ont les deux pieds barrés en 1970 ». N’en déplaise à certaines de mes compatriotes qui ne voient qu’un complot de Gesca contre la nation québécoise, il s’agit effectivement d’un enjeu important et la preuve que la question de la nation, au Québec, n’est pas réglée.


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En effet, cette polémique créée de toutes pièces nous démontre qu’il y a encore deux conceptions de la nation qui s’affrontent: celle qui conçoit la Fête nationale comme étant la fête d’un territoire physique – l’équivalent du Civic Holiday ontarien – et celle qui la voit comme faisant partie d’un territoire mental, rassemblant des individus partageant certaines valeurs entre eux, notamment la langue française. Malgré la Révolution tranquille, malgré deux référendums, malgré la reconnaissance de la nation québécoise, malgré la commission sur les accommodements raisonnables, la réponse finale n’a pas encore été trouvée à cette question: qui est Québécois?
Pour les Patrick Lagacé de ce monde, la réponse est simple: est Québécois qui habite au Québec. Le changement de nom de la Saint-Jean-Baptiste en Fête nationale justifierait « l’ouverture » aux « Québécois » d’autres langues et d’autres cultures. C’est l’idéologie multiculturaliste, échec lamentable dans toute l’Europe. Pas besoin de parler français, pas besoin de respecter certaines valeurs; on prend la vache, on la met dans l’écurie et elle devient magiquement cheval. La nation est territoire, point. Tu habites à l’est de la rivière des Outaouais, tu es Québécois; tu déménages de l’autre côté et tu deviens Ontarien. C’est la nation civique.
Or, cette conception de la nation s’avère extrêmement réductrice. Elle rejette toute forme de droits collectifs – comme celui du français d’être la langue commune des Québécois dans leur tentative d’en assurer la survie sur ce continent -, nuit à la cohésion sociale et rejette toute dynamique identitaire. Sous prétexte de s’opposer à un ancien nationalisme ethnocentrique basé sur la filiation héréditaire, elle rejette toute spécificité nationale autre que le mélange original d’individus déracinés se mouvant sur un territoire physique sans histoire ni futur.
Gérard Bouchard, ayant co-dirigé la commission sur les accommodements raisonnables et qu’on peut difficilement qualifier de « ceinture fléchée » tant ses molles positions sur l’identité avaient été décriées, conçoit pourtant la nation comme étant « sociologique », c’est-à-dire qu’elle n’est ni reliée à une souche originale qu’il faudrait retrouver ni exclusivement à un territoire.

La nouvelle nation québécoise a aboli l’affiliation exclusive à la religion catholique et aux origines (la « souche ») comme critères d’appartenance. Elle se définit principalement, sur le plan culturel, par la référence à la langue française comme langue officielle et, pour le reste, elle admet sous cette enseigne très large toute la diversité ethnique et culturelle qui caractérise la population du Québec. […] La langue, ce n’est pas négociable. La langue, c’est le fond, le cœur de l’affaire […]. Elle est le premier étage de l’édifice que nous sommes en train de réaménager, de toute la culture nationale québécoise. […] Nous ne pouvons pas, comme Canadiens français, jeter du lest ici. [Je souligne.] ((BOUCHARD, G., cité dans PLOURDE, M. et P. GEORGEAULT (sous la direction de) (2008). Le français au Québec : 400 ans d’histoire et de vie, 2e édition, s.l., Conseil supérieur de la langue française, Éditions Fides, p. 431. ))

Ce qu’explique Bouchard est relativement simple à comprendre. Nous étions des Canadiens-français éparpillés dans le Canada et nous définissant principalement selon le modèle ethnique. Pourtant, nous disparaissions. Étant minoritaires dans toutes les provinces en-dehors du Québec, nous ne pouvions nous opposer au génocide culturel imposé par la majorité canadienne anglophone. En faisant le choix, pendant les années soixante, de devenir des Québécois, il fallait laisser tomber l’ancienne nation ethnique pour s’emparer d’un territoire et le faire nôtre. Ce territoire ne pouvait être que français, parce que toute autre conception – y compris celle de la nation civique, prônée par Lagacé – aurait rendu inutile la scission d’avec les autres Canadiens-français. En d’autres mots: la langue constitue le cœur de ce que nous sommes parce que nous sommes devenus des Québécois pour avoir les moyens d’agir pour la protéger. Nous ne pouvons donc pas jeter du lest sur la langue, comme le dit Bouchard.
Or, Arcade Fire constitue l’exemple d’un modèle national que nous rejetons. Comme nous en avons déjà parlé, la plupart de ses membres viennent d’ailleurs – ce qui, jusqu’à maintenant, ne cause pas problème dans l’optique d’une nation sociologique -, habitent à Montréal depuis dix ans, mais n’ont jamais véritablement intégré le cœur de notre nation: la langue. Après une décennie complète en territoire québécois, ils sont, pour la plupart, incapables de dire davantage que deux ou trois mots en français. Ils vivent ici, mais ils ne vivent pas avec nous; ils surfent au-dessus du Québec dans un univers nord-américain anglophone pour qui le Québec, précisément, constitue un territoire comme un autre et non pas le site d’une nation unique, francophone, prête à s’ouvrir en autant qu’on respecte ses valeurs fondamentales.
Permettre à Arcade Fire de jouer, en anglais, à notre Fête nationale, c’est-à-dire à celle de tous ceux qui se sont identifiés à la langue française, représenterait donc la consécration d’un abâtardissement de la nation québécoise, où celle-ci ne représenterait plus le lieu de tous les espoirs pour une fragile francophonie nord-américaine, mais la continuité d’un territoire canadien où le français ne constituerait qu’un fait parmi d’autres, une richesse qu’on considère d’autant qu’on la garde loin de soi. Lui permettre de se produire en anglais, ce serait également reconnaître notre impuissance à intégrer à notre langue commune des gens habitant parmi nous depuis une décennie. Lui permettre de chanter en anglais, ce serait tirer un trait sur les gains de la Révolution tranquille et refaire de nous des colonisés sans territoire, sans nation, sans capacité à imposer, par notre majorité, une langue jusqu’au cœur de la fête représentant ce qu’il y a de plus sacré pour nous.
En donnant l’occasion à Arcade Fire de dénaturer notre Fête nationale, ce serait revenir à l’époque des ceintures fléchées dont parle Lagacé. Des Canadiens-français à qui on volait symboles sur symboles et qui n’avaient pas le pouvoir politique d’agir. Les « pieds barrés », dans les années soixante-dix, ont permis l’émancipation de ce peuple et ont réussi à lui faire croire qu’il lui serait possible, enfin, d’être véritablement chez lui quelque part. Voulons-nous réellement renier ce gain?
Et si on relevait la tête un peu? Le Québec constitue autre chose qu’une tache de terre sur une planète bleue. Il est l’hôte d’un peuple à l’histoire aussi riche qu’elle fut tragique et qui, par sa présence, par sa langue toujours aussi vivante après plus de deux siècles de domination étrangère, par les nouveaux arrivants qu’il intègre à son destin, constitue un formidable exemple de résilience et de survivance pour l’ensemble de la planète.
C’est cela qu’on devrait mettre sur scène à la Fête nationale.


Ajout: Comme le suggère un lecteur de ce blogue, pourquoi Arcade Fire n’interpréterait pas des chansons québécoises, en français, en y mettant un peu de leur couleur? Ce serait la preuve de leur désir de s’intégrer à la nation québécoise. Une culture qui demeure française, mais enrichie de la contribution originale d’immigrants ayant fait le choix de vivre ici non pas malgré nous, mais avec nous.
Pourquoi « l’ouverture » devrait toujours être à sens unique et en méprisant notre langue nationale?

La mort du bilinguisme

Le bilinguisme à la canadienne est mort. Pierre Elliot Trudeau avait bien tenté de faire revivre, dans les années soixante-dix, l’idée d’un pacte entre anglophones et francophones offrant respectivement des privilèges à leurs minorités nationales – anglophone au Québec, francophone dans les autres provinces – mais un sondage publié il y a quelques jours a démontré la fin de cette utopie: le français est devenu inutile pour les Canadiens. Seuls les Québécois, bons joueurs jusqu’à en disparaître, croient encore aux vertus de l’apprentissage de la seconde langue officielle fédérale.


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Ainsi, alors que 84% des Québécois jugent important l’apprentissage de l’anglais – même si cette langue n’est aucunement officielle au Québec – ils ne sont que 32% dans les Maritimes, 29% en Ontario, 25% en Colombie-Britannique, 10% en Alberta et 8% en Saskatchewan et au Manitoba à le croire pour le français. Plus de 72% des anglophones, dans l’ensemble du pays, croient que l’apprentissage du français n’a pas la moindre importance, contre seulement 17% des francophones pour l’anglais. L’attrait du bilinguisme, on le constate, constitue une vertu – ou un vice – typiquement francophone. Les anglophones semblent immunisés contre toute francophilie.
Paradoxalement, il semble que plus on trouve inutile l’apprentissage de l’autre langue canadienne, plus on croit vivre dans un pays bilingue. Ainsi, 67% des anglophones ont l’impression de vivre dans un pays bilingue, contre seulement 45% – une minorité – pour les francophones.
Ce paradoxe peut être résolu d’une seule manière: les anglophones comprennent l’inutilité du bilinguisme mais en apprécient les vertus, soit la disparition progressive et inéluctable du fait français en Amérique et le bilinguisme croissant des francophones du Québec, prélude à notre assimilation définitive.
Il faut mettre fin au bilinguisme à sens unique
Puisque le culte du bilinguisme constitue une religion ne s’opérant plus qu’à sens unique – le plus souvent à genoux – et que les anglophones n’ont même plus l’intérêt d’y participer, il est grand temps d’y mettre un terme.
Cette vérité, déjà expliquée par le linguiste Albert Dauzat, qui qualifiait le bilinguisme de passage transitoire d’une langue faible vers une langue forte, est de plus en plus relayée par une génération montante de Québécois lucides face à une anglicisation de Montréal et du Québec s’appuyant sur des services institutionnels bilingues permettant aux nouveaux arrivants de vivre en ignorant la langue commune.
Alexis Cossette-Trudel, doctorant en science des religions et détenant une maîtrise en science politique, est l’un de ceux-ci. Il écrivait, dans une lettre ouverte publiée cette semaine dans Le Devoir:

Sous les nombreux appels à l’adoption du bilinguisme comme mode de vie couve l’idée fallacieuse selon laquelle le français, langue de l’universel s’il en est une, ne suffirait plus à assurer à lui seul le plein épanouissement sociocognitif des Québécois. Le français manquerait de coffre, de profondeur. On voudrait faire croire que l’unilinguisme serait au mieux un handicap, au pire une tare sociale.

Le français disparaît des autres provinces canadiennes précisément parce qu’on le considère comme un handicap n’étant plus suffisant par lui-même pour fonctionner au sein de la société. Évidemment, les anglophones ont donné un bon coup de pouce à cette croyance en éliminant l’enseignement français en Ontario, au Nouveau-Brunswick, au Manitoba et en Saskatchewan pendant plusieurs décennies, créant ce que la Fédération des francophones de Saskatoon qualifiait, en 1974, « d’ethnocide du fait français ».
Individuellement, les francophones conservent, en partie, leur langue à la maison, mais, fidèles à la vieille maxime selon laquelle une langue parlée après cinq heures de l’après-midi est déjà une langue morte, ils finissent par la troquer pour une langue réellement utile, autre chose qu’un bibelot ancestral posé sur quelque étagère poussiéreuse.
Il faut l’affirmer avec force: la langue constitue un bien collectif et elle joue un important rôle de cohésion sociale. À partir du moment où le bilinguisme est généralisé et que les langues sont mises en libre concurrence, il est inévitable que la langue la plus faible va périr face aux possibilités sociales offertes par la langue dominante. Le choix, collectivement, pour les locuteurs de la langue dominée, se résume à ceci: garder, chérir leur langue comme héritage à offrir à leurs enfants et voir les possibilités individuelles limitées, ou s’assimiler à la langue dominante et pouvoir, individuellement, gravir les échelons sociaux.
Lionel Groulx a bien résumé cette conception:

Nous avons méprisé l’expérience universelle, oubliant que le bilinguisme généralisé, c’est d’ordinaire, à sa première phase, l’agonie d’une nationalité. On nous a entraînés à ces imprudences, au nom de la libération économique et de l’unité nationale. Cependant, je n’ai pas grand mérite à constater que le bilinguisme ne nous a pas empêchés de devenir plus que jamais les domestiques de la minorité dans notre province.

Il y a une seule façon de mettre fin à ce drame: il faut faire cesser la libre concurrence entre la langue forte et la langue faible; il faut séparer le loup et le mouton, non pas pour faire violence au premier, mais plutôt pour protéger le second. Et la seule façon de le faire, c’est par une intervention musclée de l’État – cet appareil collectif – permettant, par des lois, de rendre la langue faible plus attrayante et nécessaire que la langue forte.
Pour ce faire, il faut mettre fin, définitivement, à toute forme de cohabitation entre le français et l’anglais au sein des services gouvernementaux et en finir avec toute forme d’exigence du bilinguisme, cette brèche ouverte permettant la compétition inégale entre les deux langues. Les gens qui ont des aptitudes pour l’apprentissage de langues étrangères peuvent les apprendre, mais cet apprentissage doit être un choix personnel et ne doit pas être encouragée par l’État, étant donné son caractère nuisible pour la survie du français, langue commune des Québécois.
Les anglophones ont beau jeu de hurler que la Loi 101 viole les droits individuels. Ils n’ont tout simplement pas compris que la langue est un bien collectif et que dans un jeu où une langue aussi forte que l’anglais veut jouer d’égale à égale avec un peuple québécois ne représentant que 2% de l’Amérique du Nord, il ne peut y avoir qu’un seul gagnant.
En fait, les anglophones tiennent ce discours sur les droits individuels spécifiquement parce que la libre compétition entre le français et l’anglais constitue le moyen le plus simple pour eux d’assurer la disparition du français. Comme nous l’avons écrit plus haut, alors que la domination anglaise n’était pas encore assurée dans les provinces canadiennes, ils n’ont pas hésité à utiliser les moyens légaux pour rendre le français hors-la-loi. Cette hypocrisie où on tente de refuser au Québec le droit d’utiliser des moyens qui ont déjà été éprouvés et qui ont permis, alors, de limiter l’expansion française hors-Québec, ne peut que renforcer notre conviction quant à la nocivité de la présence québécoise au sein de la fédération canadienne.
Ce nouveau sondage ne fait que révéler au grand jour cette hypocrisie de mauvais joueurs anglophones qui, plutôt que d’assumer leurs convictions d’un Canada bilingue en tant qu’outil permettant à la langue minoritaire de survivre et de s’émanciper, voient dans le bilinguisme généralisé le fardeau devant être porté sur les seules épaules des francophones comme le lourd tribut d’un peuple vaincu qui, maintenant qu’il ne constitue plus une menace numérique, a droit à toutes les douceurs du condamné à mort.
Aux Québécois d’être plus intelligents et de réclamer, face à l’unilinguisme anglophone canadien, un unilinguisme francophone québécois permettant d’atteindre les plus hauts échelons sociaux dans notre langue collective, ce bien le plus précieux, le seul que les Anglais n’ont jamais réussi, après plus de 250 ans d’occupation, à nous enlever complètement.
Oser la pluralité linguistique mondiale
Le monde d’aujourd’hui, contrairement à ce qu’affirment les anglomanes, ne se limite pas à l’anglais. Cette langue n’est ni la première, ni la seconde langue la plus parlée sur cette planète. C’est la langue des lieux communs et des affaires simplement parce que les États-Unis constituent encore – et ce règne achève – la première économie mondiale.
Hier, c’était l’empire britannique; aujourd’hui, l’empire globalisé d’une monoculture avilissante et irrespectueuse des peuples. Pour ceux qui méprisent les identités nationales, hier comme aujourd’hui, la survivance d’un peuple unique et authentique au nord de l’Amérique constituera toujours la pire des hérésies, et encore davantage s’il refuse la soi-disant suprématie de la langue anglaise. Nous avons su nous libérer, même partiellement, de Britanniques qui possédaient presque la moitié du monde. Ne croyons pas qu’il serait impossible, pour nous, de faire la même chose dans le contexte global actuel où les peuples ont plus besoin que jamais d’affirmer leurs identités respectives.
Le monde de demain, ne serait-ce qu’avec la montée de la Chine, de l’Inde et d’autres pays, sera pluriel, et un Québec résolument français sera le témoin de la capacité pour des langues plus faibles à fleurir dans un monde de diversité culturelle et de pluralité linguistique.
Un monde où, l’identité collective de chaque peuple étant bien assurée grâce au pouvoir d’un fort État démocratique assurant la cohésion linguistique, il sera possible de s’ouvrir réellement aux autres peuples, à leurs langues, à leurs cultures, à leurs identités propres, où ceux-ci, ne constituant plus une menace, enrichiront effectivement l’identité de chacun.
En attendant, si on commençait par mettre fin aux privilèges injustifiés des anglophones habitant sur notre territoire, à commencer par le sur-financement de leurs institutions ou le bilinguisme des services gouvernementaux?
Nous sommes à l’avant-garde de la défense des langues nationales.
En 1977 comme aujourd’hui, le monde nous regarde. À nous d’agir et de rendre le français aussi indispensable, incontournable au Québec que l’est l’anglais dans le reste du Canada.
Au nom de la survie du français et de l’espoir que celui-ci peut inspirer aux autres langues dominées, osons un Québec unilingue français!

Le Québec doit aider les Franco-Ontariens

« Il y a deux langues officielles au Canada: l’anglais. Il y a une seule langue officielle au Québec: le français et l’anglais. » Cette boutade, glanée je-ne-sais-plus où, représente bien la situation dans la région de Sudbury, en Ontario, où la minorité francophone se bat à la fois pour s’assurer des services en français dans son hôpital et pour empêcher des coupures dans les cours en français offerts par l’Université Laurentienne. Malheureusement, aujourd’hui comme hier, les droits collectifs des minorités ne s’appliquent qu’à la minorité anglophone du Québec. Tant pis pour ceux qui sont assez naïfs pour croire que la survie du français a une quelconque importance aux yeux des autorités canadiennes.

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Ainsi, alors que l’hôpital de Sudbury qualifie simplement le bilinguisme « d’atout » lorsqu’il est question d’embauche des employés – même si la population francophone du Grand Sudbury atteint près de 28% – le Québec assure, depuis que la loi 142 a été adoptée dans les années 1980, des services en anglais garantis dans tous ses hôpitaux de la région montréalaise alors que la minorité de langue maternelle anglaise n’y atteint que 13%. (( Source: Statistique Canada, 2006 )) La minorité francophone de Sudbury est deux fois plus importante que la minorité anglophone de Montréal, mais on considère que de lui offrir des services dans sa langue est au mieux un « atout ». À Montréal, pendant ce temps, on construit un méga-hôpital de 2,225 milliards de dollars pour notre minorité anglophone et on a de la difficulté à se faire servir en français dans nos propres hôpitaux francophones. Vous y comprenez quelque chose?
De la même manière, l’Université Laurentienne se targue d’être bilingue et contribue à donner l’impression que l’Ontario offre des services universitaires de qualité à sa minorité francophone. Dans les faits, moins de 17% des cours y sont donnés en français. Les coupures budgétaires prévues par l’administration, dans un contexte de marchandisation croissante de l’éducation, conséquence de politiques économiques de droite poussant les universités à opérer de plus en plus comme des entreprises privées, réduiront encore davantage ce pourcentage, contribuant à faire de l’université le miroir de la fédération canadienne, c’est-à-dire aussi bilingue que l’impose la nécessité d’assurer la disparition rapide et définitive de sa minorité francophone. Les étudiants auront beau faire de gigantesques tintamarres dans la plus pure tradition canadienne-française, c’est d’un miracle qu’ils auraient besoin pour assurer le futur de leur langue dans un contexte où l’assimilation des leurs atteint près de 40% et où leur communauté risque de ressembler de plus en plus à de la viande morte sur le comptoir du boucher de l’Histoire.
Pourquoi pas de l’aide du Québec?
Le Québec peut aider. Le Québec DOIT aider. Dans les années soixante, le gouvernement québécois avait tenté de se servir du pouvoir de l’État pour fournir une assistance à nos frères canadiens-français à l’aide d’un organisme appelé le Service du Canada français outre-frontières (SCFOF). De 1961 à 1975, et malgré un budget limité, le SCFOF finança des organismes et des activités dans le reste du Canada et aux États-Unis. Les francophones du Québec ayant finalement réussi à agir en majorité au sein de leur province, ils ont tenté d’utiliser l’État pour faire rayonner notre culture sur tout un continent.
Malheureusement, l’expérience fut un échec pour plusieurs raisons. Les principales étaient que les Canadiens-français n’étaient pas prêts à laisser tomber leur crainte de l’État et leurs structures nationales archaïques, qu’ils ne pouvaient accepter que le Québec formait une nation séparée semblant tout aussi préoccupée de leur sort que du rayonnement de sa nouvelle culture typiquement québécoise, et le Québec, lui, était empêtré dans ses propres politiques linguistiques à définir au sein de son propre territoire et ses politiciens ne voyaient pas de gains politiques à obtenir en dépensant de l’argent dans des provinces où il n’y avait pas d’électeurs québécois.
Or, aujourd’hui, les temps ont changé. L’État s’est substitué aux vieilles formes de solidarité et de charité chrétiennes, le statut unique du Québec a été accepté, celui-ci est plus mature et la politique, malgré les scandales des dernières années, est beaucoup plus propre et en mesure de dissocier le financement public du vote de l’électeur.
Le fruit est mûr: un gouvernement nationaliste au Québec devrait entendre l’appel des Franco-Ontariens et contribuer au financement de leurs institutions, non seulement par un quelconque sentiment de devoir à l’égard de ceux qui, outre leur territorialité différente, font encore partie, d’une certaine manière, du même peuple que nous, mais également par intérêt propre: le Québec ne peut se passer d’une zone-tampon entre son caractère français et une Amérique du Nord largement anglophone.
En contribuant à financer les institutions des francophones d’Ontario, le Québec n’inventerait rien de nouveau. Le Danemark finance déjà les institutions de la minorité danoise de la province du Schleswig-Holstein, dans le nord de l’Allemagne.
Ce type de solidarité permettrait, outre de rebâtir des liens détruits par la territorialité, d’élargir le champ d’influence de la nation québécoise et de transformer les Franco-Ontariens d’une minorité formant à peine 3-4% de la population de leur province, en une minorité beaucoup plus puissante, représentant, avec l’aide du Québec, plus de 20% de l’ensemble du Canada. Bref, il s’agirait de faire ce que fait déjà le fédéral chez nous, lui qui finance beaucoup plus que nécessaire une minorité anglophone et contribue ainsi à lui donner l’impression qu’elle fait partie d’une majorité canadienne plutôt que de l’aider à accepter son statut de minorité québécoise.
Les indépendantistes québécois, ou ceux qui s’en réclament, sont restés depuis beaucoup trop longtemps perdus dans des objectifs stratégiques à la petite semaine, sacrifiant leurs idéaux un à un en espérant qu’un Grand Soir hypothétique arrive et règle tous les problèmes d’un coup de baguette magique.
On a oublié le principal: l’indépendance ne constitue pas une fin, mais un moyen. Le moyen d’assurer la survie du français en Amérique, car c’est bien là l’essence de notre combat.
Les péquistes, plutôt que de faire grand cas, dans leur proposition principale, de la protection des institutions de la minorité anglophone – la minorité nationale la plus choyée au monde – et de l’intensification de l’apprentissage de l’anglais, auraient grand intérêt à concevoir le Québec non plus comme un territoire qu’on administre à genoux devant les diktats d’Ottawa en attendant un OUI ou un NON, mais comme le flambeau de la francité en Amérique du Nord, l’outil de choix permettant d’assurer le futur du français non seulement sur son territoire, mais illuminant les noirceurs de l’abîme assimilateur canadien et offrant un modèle de fierté permettant peut-être, enfin, d’obtenir une indépendance significative pour la population.
Les Franco-Ontariens n’attendent pas de se faire poser une question référendaire pour bouger.
Et nous?