Mois : juin 2011

Une dernière chance de survie pour le PQ

La crise au Parti Québécois est beaucoup plus profonde qu’elle n’y parait. Malgré toute l’antipathie qu’on peut éprouver pour les méthodes autoritaires de Pauline Marois et de son entourage, le simple fait de changer de chef n’offrirait pas de solution durable au problème fondamental du parti: c’est l’idée-même d’indépendance qui est en crise et le PQ ne pourra survivre s’il ne se réapproprie pas le côté révolutionnaire du projet.

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Comme le soulignait récemment l’historien Pascal Cyr, l’indépendance prônée par le Parti Québécois s’affiche de plus en plus comme étant une idée d’un autre temps; on n’a pas pris acte des profonds changements des dernières décennies et de la subordination croissante des États aux impératifs économiques d’organisations n’ayant aucun compte à rendre à la population. Pris dans la tourmente de la libéralisation des échanges économiques, et n’étant plus en mesure d’imposer adéquatement des multinationales menaçant de délocaliser leur production, les pays soi-disant indépendants ne le sont déjà plus réellement. On n’a qu’à observer de quelle façon le FMI tente d’imposer son plan d’austérité et de privatisations à une Grèce affaiblie… précisément par des années d’une même recette économique.

L’intellectuel français Alain Soral explique bien l’étendue du problème dans son dernier essai Comprendre l’empire dont le sous-titre « Demain la gouvernance globale ou la révolte des nations? » résume l’ampleur du problème. En clair, selon lui, le moteur de la politique des derniers siècles est la tentative de la Banque de s’émanciper du contrôle politique. Cette quête a notamment expliqué la Révolution française, de même que les nombreuses tentatives ratées cherchant à redonner le pouvoir économique à la collectivité (communisme, fascisme). Rejoignant Pascal Cyr, il explique d’ailleurs les conquêtes de la social-démocratie nationaliste du vingtième siècle comme constituant le lest jeté par la Banque face à la peur de voir les deux idéologies pré-citées se répandre au sein de la population. L’appétit financier des grands de ce monde a donc accepté une réduction de son appétit de peur de perdre toute son assiette; ce fut le printemps des peuples, ou la création de cette troisième voie représentée par le gaullisme français ou, d’une certaine manière, par la social-démocratie québécoise et la quête d’indépendance politique prônée par le Parti Québécois dès ses débuts.

Or, aujourd’hui, après la chute du Bloc communiste, l’indépendance politique ne veut plus rien dire parce que le pouvoir politique est tout à fait à genoux devant les intérêts économiques. La population – cette sagesse populaire – sent bien ce glissement puisqu’elle semble avoir perdu non seulement son respect pour les politiciens, mais également parce qu’elle ne se donne même plus la peine d’aller voter. On a compris que le pouvoir, s’il était largement à Québec en 1976, ne s’y trouve que très réduit en 2011. Du côté d’Ottawa, c’est à peine mieux: les accords économiques signés par le Canada rendent ce pays tout aussi aliéné que le Québec a pu l’être au cours des siècles.

Pourtant, on ne peut simplement affirmer que l’idée d’indépendance est dépassée, comme le fait Pascal Cyr, sans expliquer clairement par quoi. Dire que le Québec ne peut plus être indépendant parce que le politique s’est éclipsé devant l’économique est une chose. Faire face aux conséquences réelles de cette éclipse en est une autre. Ces conséquences sont pourtant tout à fait terribles: atomisation croissante de la société, recul du français, corruption, appauvrissement généralisé de la classe moyenne et des moins-nantis. Ces tares ne sont uniquement québécoises: c’est à l’échelle mondiale qu’on voit les inégalités sociales augmenter, les langues nationales perdre de leur influence et les intérêts privés prendre le pas sur les intérêts collectifs.

Un parti contre l’Empire

Le mot fait peur, mais osons l’écrire: nous faisons désormais partie de l’Empire. Un empire qui n’est plus britannique comme au 19e siècle, qui n’est plus étasunien comme au vingtième, qui n’est même pas canadien. Nous sommes à la botte d’un système économique ayant fait de nos politiciens des collaborateurs d’un ordre économique injuste privilégiant une minorité – au détriment du bien-être de la majorité – et transformant nos représentants en bouffons d’un jeu où toutes les décisions sont prises en-dehors de notre Assemblée nationale.

Le Parti Québécois, depuis 1976, a oscillé tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Parfois, on a pris le parti du peuple, parfois celui des banquiers. Depuis Lucien Bouchard, on a définitivement choisi la seconde option, et la création de Québec Solidaire a été le premier pieu que le parti s’est lui-même planté en son cœur.

L’indépendance, n’en déplaise à certains, constitue un projet révolutionnaire. C’était vrai en 1837, c’était vrai en 1976, et c’est encore vrai aujourd’hui. Les Patriotes se battaient contre le pouvoir colonial britannique, les indépendantistes des années soixante-dix luttaient contre l’oppression canadienne; aujourd’hui, le combat a évolué et c’est contre le mondialisme, le libre-échange et l’affaiblissement du pouvoir des nations qu’il faut reprendre la lutte.

Tout projet ne prenant pas acte de la perte de pouvoir des États et se contentant de réclamer un « pays sur la mappe » sans expliquer de quelle façon celui-ci permettrait de lutter contre l’hégémonie de la finance internationale est condamné à échouer.

À l’inverse, un parti comme celui que propose de créer François Legault ne ferait que lier encore davantage le Québec à ces mêmes intérêts.

La seule solution durable, à long terme, est celle consistant à réclamer non pas une indépendance de papier, mais une indépendance effective. Il faut développer un discours plus combatif, et cesser d’avoir peur de pointer les chaînes qui nous oppriment, à commencer par notre adhésion à l’OMC, au FMI et à l’ALÉNA. Tout parti réellement indépendantiste devrait cesser de jouer les prostitués d’un ordre économique rendant l’indépendance des peuples de plus en plus improbable et se réclamer d’une réelle solidarité nationale, prélude à une solidarité internationale de peuples vivant chacun chez eux, selon leurs us et coutumes, mais se respectant les uns les autres.

L’autre option porte un nom: démission. La démission non pas des politiciens qui ont quitté le Parti Québécois, mais celle d’un peuple qui, usé par des décennies de verbiage sur une indépendance imaginée, risque de choisir des chaînes qui ont au moins le mérite de s’assumer.

Révolution, contre-révolution.

Nous en sommes là.

Ou le Parti Québécois s’assume pleinement et devient le fer de lance d’un nouveau mouvement anti-mondialisme de reconquête de l’économique par le politique, ou bien il disparaît.

C’est sa dernière chance.

Quand Marois tue la Révolution tranquille

Est-ce que le message est clair cette fois-ci? Pauline Marois va tourner le dos à ses militants et tuer le projet de Loi 101 au cégep. Vous faut-il une lettre recommandée, un affidavit, un télégramme ou qu’on vous le crie en plein visage? Approchez un peu de l’écran. Plus près. Allez. Vous y êtes? Lisez: LE PARTI QUÉBÉCOIS N’EST PLUS UN PARTI AU SERVICE DE LA NATION QUÉBÉCOISE. C’est clair, maintenant?

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Un parti au service des Québécois fait passer les intérêts de la collectivité avant ceux des individus. Il reconnaît, comme l’ont montré plusieurs études, que la situation du français au Québec n’a jamais été aussi périlleuse depuis des décennies. Il prend acte du vaste sondage de l’IRFA démontrant à quel point le cégep anglais anglicise. Il s’inscrit dans une tradition de revendication de la nation québécoise pour assurer la survie de sa langue, de ses valeurs, de sa culture.

Combien de militants péquistes ai-je rencontré depuis quelques années, notamment alors que je travaillais pour la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal? De vrais croyants. La ligne de démarcation entre un militant péquiste et un fervent religieux était parfois bien mince; on avait beau parler des nombreuses trahisons de ce parti depuis des décennies, que ce soit le Beau Risque, le refus de l’affichage public français en 1994, le célèbre miroir de Bouchard alors que celui-ci affirmait qu’il ne pourrait plus se regarder dans celui-ci si on invalidait la loi 86, l’anglais en troisième année du primaire, la bilinguisation insidieuse des services publics, commencée sous un gouvernement péquiste, les conditions gagnantes, la gouvernance souverainiste… Rien ne pouvait même égratigner leur foi. Plusieurs m’ont même dit: cette fois-ci, avec la Loi 101 au cégep, c’est la bonne. C’est la preuve que le PQ est de retour et qu’il va agir pour lutter contre notre déclin. Mon cul oui.

Qu’on le répète une dernière fois. La Loi 101 au cégep constitue un MINIMUM. Il faudrait l’appliquer également au premier cycle universitaire, voire même davantage. La situation au Québec, actuellement, est une anomalie mondiale. Nous sommes probablement la seule nation au monde à disposer du pouvoir dans le domaine de l’éducation et à financer un réseau parallèle dans une langue étrangère, qui menace notre existence au surplus. Pire: les institutions de la minorité de langue anglaise sont largement sur-financées par rapport aux nôtres. Nous sommes les dindons de la farce. Nous finançons notre propre disparition. La Loi 101 au cégep, c’est une tentative de faire de nous un peuple NORMAL.

Révolution ou Révolte tranquille?

En tournant le dos aux efforts de ses militants, aux résolutions passées en congrès, en s’attaquant au cœur de cette seule mesure significative pour le français proposée par le Parti Québécois depuis plus de quinze ans, Pauline Marois achève d’anéantir les idéaux de la Révolution tranquille. La démission de trois icônes du parti – Pierre Curzi, Lisette Lapointe et Louise Beaudoin – en est d’ailleurs symptomatique; les temps ont changé, le Parti Québécois a changé. D’une époque où la politique était très populaire, poussée par des idéaux collectivistes, permettant d’améliorer les conditions collectives de la population, nous sommes revenus à l’ère des intérêts partisans, de la petite politique. Marois observe la présence de Charest au provincial et de Harper au fédéral, et elle se dit: pourquoi ne pas suivre la même recette? Tant pis pour les idées, tant pis pour le peuple, tant pis pour l’indépendance, tant pis pour notre langue commune: le pouvoir pour le pouvoir. Si ça marche à Calgary, pourquoi pas ici aussi?

Victor Hugo écrivait:

Révolution est précisément le contraire de révolte. Toute révolution, étant un accomplissement normal, contient en elle sa légitimité, que de faux révolutionnaires déshonorent quelquefois, mais qui persiste, même souillée, qui survit, même ensanglantée. Les révolutions sortent, non d’un accident, mais de la nécessité. Une révolution est un retour du factice au réel. Elle est parce qu’il faut qu’elle soit.

En s’arrimant à la realpolitik fédéraliste centrée sur le culte de la personnalité et la subordination totale du parti aux intérêts de la seule atteinte du pouvoir, Pauline Marois œuvre à transformer la Révolution tranquille, devant être permanente, en simple Révolte tranquille. Tout ce que nos parents et grands-parents ont bâti pour être perpétuel, cette gigantesque libération d’un peuple perclus dans le petit-jeu politique d’élites se servant de son infériorisation séculaire pour atteindre le pouvoir, cette disparition du fait français qui semblait inéluctable et qu’on déplorait seulement en invoquant le libre-marché comme excuse pour ne rien faire, tout ceci a été détruit parce que c’était faux. Le retour du réel, ce fut le Québec fier de ce qu’il était, s’étant doté de règles éthiques parmi les plus avancées au monde, ayant agi pour protéger sa langue et sa culture. Ça, c’était la réalité.

Marois, en méprisant la démocratie au sein de son propre parti, en agissant d’une telle manière qu’elle met en grave danger la survie de notre langue, insulte ainsi non seulement ses militants, ses délégués, ses députés qui se sont battus pour le bien-être collectif des Québécois, mais elle renie le travail de tous ceux qui ont œuvré à la libération du peuple québécois. Elle tue la Révolution en espérant que cela lui permettra d’être couronnée.

Et ceux qui ne veulent pas la suivre dans cette édification d’un Parti Québécois en tant que simple clone du Parti Libéral, strict véhicule non plus d’idées mais du pouvoir pour le pouvoir prôné par tous ceux pour qui la politique constitue une carrière bien plus qu’une vocation, ceux qui sont encore capables de se regarder dans un miroir le matin en souhaitant faire du Québec une nation normale, ceux-là n’ont plus qu’à quitter et à attendre le moment propice pour faire avancer la nation québécoise autrement.

La Loi 101 au cégep, pour plusieurs, constituait la dernière chance accordée au Parti Québécois.

Que ceux qui n’acceptent pas de mourir en silence s’organisent et fondent un parti qui soit réellement au service de la nation québécoise. Un parti qui n’acceptera pas de sacrifier ses idéaux pour une poignée de votes.

Sinon, autant dire que le dernier demi-siècle fut une crise d’adolescence d’un peuple dont la révolte a été mâtée.

Business as usual, comme on dit de plus en plus au Québec.

Et au bureau de Pauline Marois.

Pause

Je ne vous conterai pas de blagues: je n’ai plus l’énergie ou le temps, en ce moment, d’écrire sur ce blogue. Depuis que j’ai commencé à bloguer à la fin 2006, c’est la première fois que ça m’arrive. Je ne peux même pas donner l’excuse d’avoir d’autres projets. La vérité, c’est que si j’ai déjà eu d’autres projets, ceux-ci ne m’ont jamais empêché d’écrire sur ce blogue. Même quand on me laissait savoir qu’une occasion X ou un emploi Y l’exigeait, j’ai continué d’écrire et j’ai simplement mordu plus fort encore.

En ce moment, pourtant, je ne peux pas. Outre le fait que je travaille d’une manière très intellectuelle ces temps-ci, l’autre vérité, c’est que je ne sais plus quoi écrire. Faire autre chose, peut-être en aurais-je l’énergie, mais à quoi bon? Ça fait quoi, plus de 940 billets que j’écris, et pas toujours des billets à l’eau-de-rose. J’ai parlé de tout. Et de rien. Et mon dernier billet sur les ti-counes résume peut-être mieux que quoi que ce soit d’autre ma pensée actuelle sur la politique québécoise.

Dit autrement, et plus platement: pourquoi passer des heures à écrire, des semaines à argumenter, des mois à s’informer et à propager la raison, les statistiques, la science, des idées de progression humaine et de gestion collective de notre environnement si plus personne ne lit, si les décisions politiques se prennent sous le coup de l’émotion, si les cliques et le carriérisme ont remplacé l’ouverture et les joutes verbales.

À quoi bon écrire quand ceux qui vous lisent ont voté pour des individus ne parlant même pas leur langue, ne s’étant même pas présenté dans leur comté et n’ayant même pas fait campagne?

À quoi bon? À ce point, je pourrais prouver que la Terre est ronde qu’on continuerait de la dire plate.

Obscurantisme.

Alors, je prends une pause. Non, je ne quitte pas définitivement. Je déteste les gens qui quittent et qui reviennent ensuite, ayant empoché tous les remerciements d’usage comme autant de félicitations jetables et usées. Je prends une pause, ça laisse une ouverture.

Un jour, une semaine, un mois, une année, dix ans. Qui sait?

Plus de 940 billets d’écrit, et au fond ça donne quoi?

Harper est majoritaire, le seul parti indépendantiste à Ottawa a été virtuellement rayé de la carte, le Parti Québécois fait la promotion du bilinguisme généralisé à l’école, on va imposer l’anglais aux enfants québécois du primaire pendant qu’on refuse d’imposer le français aux anglophones vivant chez nous, on baisse les impôts des entreprises, on coupe nos services, on lit Écho Vedettes.

Tiens, c’est ça que je vais faire moi aussi.

Le monde part en chiotte, mais on va s’intéresser à la vie secrète du Sperminator.

C’est ainsi que meurent les grandes nations.

À bientôt.
(J’espère)

Louis P.