Mois : août 2011

Citoyens 1 – Extrémistes anglophones 0

Nous étions plus d’une quarantaine. Eux, huit. La manifestation contre la Loi 101 organisée par l’anglo-suprémaciste Hugo Shebbeare a lamentablement échoué. Malgré des mois de préparation, malgré un nouveau drapeau tout aussi laid qu’insignifiant, malgré des forces de sécurité engagées pour l’occasion, malgré des pancartes, malgré des amis dans les médias, malgré tous ses appels à la révolte des « pauvres » anglophones opprimés, seulement huit personnes se sont déplacées hier après-midi au métro Lionel-Groulx. Voilà qui dit tout sur le caractère extrémiste des idées défendues par ces gens.

Photo de Jennifer Pawluck

Le clivage était impressionnant. De notre côté, il y avait des individus de tous les âges, de 16 ans à peut-être 75 ans; il y avait des travailleurs, des étudiants, et plusieurs avaient un argumentaire développé et convainquant. Du leur, quelques-uns des leurs manifestants semblaient littéralement déconnectés de la réalité. Une avait une pancarte de Bob Marley, un autre se contentait de répéter, comme un mantra: « Nous sommes au Canada! ». Leur discours était tellement faible et ridicule qu’un citoyen passant par là est venu leur expliquer, dans un français approximatif, qu’il venait d’arriver au Québec et qu’il était fier que la Loi 101 lui permette d’apprendre le français.

En fait, la plupart de ces manifestants opposés à la Loi 101 ne semblaient pas connaître grand chose à propos du concept d’aménagement linguistique. J’ai eu la chance de discuter avec un descendant mohawk qui m’affirmait que nulle part au monde n’existait des lois comme la Loi 101. J’ai eu grand plaisir à lui faire le recensement des pays et nations ayant des lois linguistiques encore plus complètes et puissantes que la Loi 101. J’ai aussi pu discuté avec une jeune femme qui s’est presque décrochée la mâchoire de surprise quand je lui ai parlé de la quinzaine d’hôpitaux de langue anglaise au Québec contre un seul en français en Ontario. Elle a également semblé étonnée et s’est retrouvée sans mots quand je lui ai expliqué que le 5,6% d’anglophones nés au Québec se partageaient plus de 29,3% du financement universitaire.

Après quelques heures d’argumentation, où la quasi-totalité des discussions se sont tenues en français, nous avons réussi à isoler Hugo Shebbeare et à affaiblir l’argumentaire de la plupart de ceux qui étaient avec lui. Bien sûr, nous n’en ferons pas des défenseurs du français demain matin, mais il y a fort à prévoir qu’on risque moins de les revoir dans une manifestation la prochaine fois.

Voilà d’ailleurs le point le plus important, à mon avis, de telles manifestations: on décourage l’adversaire. La SSJB, le RRQ et d’autres mouvements n’ont pas voulu participer et ils en avaient le droit. Ceci dit, notre présence citoyenne contribue à démotiver ces extrémistes anglophones, car à chaque fois où ils tentent de faire la promotion de leur discours haineux en public, ils nous ont dans la face et ils doivent subir nos arguments. Leurs défenses, à la longue, finissent par s’affaiblir.

Lorsqu’ils sont partis, nous avons entamé le « Nanana HeyHey Goodbye » à l’unisson. Nous avions gagné la bataille du nombre, nous avions gagné celle de l’argumentaire et nous avions gagné celle de l’usure. Le soir, en rentrant chez lui, Hugo Shebbeare s’est même permis de s’en prendre aux siens sur Facebook en qualifiant la présence de seulement sept personnes en plus de lui-même de « honteuse ». Sa « carrière » d’organisateur de manifestations haineuses est terminée.

De notre côté, il faudrait faire de telles manifestations plus souvent. Des activités qui, comme celle-ci, sont organisées en-dehors des réseaux traditionnels et qui ne sont pas récupérées par qui que ce soit. Les manifestants étaient libres, il n’y avait pas de sigles d’une quelconque organisation, des individus ont harangué la foule, d’autres ont joué du tambour, de la trompette, etc.

Ces citoyens qui se sont présentés librement, sans contrainte, à cette manifestation, constituent, à mes yeux, les plus grands des Patriotes.

Notre cause est juste et quand bien même nous n’aurions qu’un seul adversaire, il n’est pas question qu’on laisse qui que ce soit s’attaquer à la seule Loi qui permet la survie du français en Amérique du Nord.

L’anglomanie de la FEUQ

Le discours de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) est tout à fait incohérent. D’un côté, cette organisation se prétend au service des étudiants et lance une vaste campagne contre la hausse des frais de scolarité. De l’autre, elle méprise notre langue nationale et anglicise sa manifestation organisée le 10 novembre prochain.

En effet, si vous allez sur l’événement créé sur une page Facebook, vous verrez que non seulement on a imposé une traduction anglaise, mais qu’on a en plus ajouté un « English version follows » avant le texte en français. Qu’on comprenne bien: cet événement concerne uniquement le Québec et les Québécois, et la langue commune du Québec et des Québécois est le français. Non seulement méprise-t-on ce fait en traduisant l’événement en anglais, mais on a le culot d’avertir les personnes intéressées par celui-ci qu’une version anglaise s’y trouve plus bas, question qu’elles ne se salissent pas trop les yeux en ayant à endurer la langue nationale du Québec.

Il s’agit ici d’une profonde contradiction de la part de la FEUQ, représentée sur cette page par Yanick Grégoire et David Charbonneau, qui n’ont pas hésité à censurer plusieurs Patriotes ayant souligné l’aberration de leur démarche. Lorsque interrogés sur la raison de ce mépris de la langue nationale des Québécois, M. Grégoire a répondu qu’il fallait respecter les anglophones et les allophones. Outre le fait que celui-ci semble assimiler implicitement les allophones à la langue anglaise, à l’opposé de toute démarche d’intégration, il méprise également le fait que la langue française doit être amplement suffisante pour fonctionner au Québec.

La vraie question, en fait, est la suivante: comment peut-on prôner une action collective visant le bien commun – une éducation accessible pour le plus grand nombre – et en même temps adopter une approche clientéliste visant à traiter les étudiants non pas comme un groupe collectif favorisant le mieux-être de notre nation mais comme des individus pouvant étudier ici et mépriser notre langue nationale? Comment peut-on oser demander au citoyen lambda de s’opposer aux hausses de frais de scolarité, d’adopter un comportement en faveur du bien commun et du même souffle fouler de ses pieds la langue commune des Québécois? Qui a décidé que l’éducation valait plus que la langue?

Cette approche clientéliste est vouée à l’échec. À partir du moment où on considère l’étudiant québécois comme un client ayant le droit de se faire servir dans une langue étrangère s’il le désire – For English Press Nine – on perd de facto toute crédibilité pour prétendre parler au nom d’un quelconque « mouvement » étudiant. Un mouvement, n’en déplaise aux anglomanes de la FEUQ, vise une embellie collective de ses conditions et fait passer le bien commun avant les intérêts particuliers.

En matière d’éducation, le bien commun constitue des études gratuites ou à peu de frais. En matière de langue, le bien commun consiste à respecter la langue nationale des Québécois comme seule langue en mesure de tous nous rallier. La FEUQ, en prônant d’un côté la primauté du bien collectif sur le bien individuel et de l’autre l’exact opposé, tient un discours tout à fait contradictoire. Elle méprise au mieux l’intelligence des Québécois sensibles au discours en faveur de frais d’éducation raisonnables, au pire celle des Québécois conscients de la nécessité de protéger notre langue d’autant plus fortement qu’elle est intensément menacée.

Il fut une époque où le mouvement étudiant était en phase avec sa communauté, allant au front pour l’amélioration de l’ensemble de la société. Aujourd’hui, si on devait résumer ce mouvement à la FEUQ, on y verrait un conglomérat d’individus désolidarisés se considérant chacun comme des PME déçues de voir leur ratio investissement-retour sur l’investissement baisser et méprisant non seulement le combat pour la préservation de notre langue nationale, mais également l’intelligence de Québécois.

L’éducation doit être gratuite du primaire au doctorat.

Mais pas au prix de notre disparition.

La FEUQ ferait mieux de militer pour qu’on mette fin au sur-financement des institutions de langue anglaise au Québec, qui reçoivent 29,3% du financement alors que la minorité anglophone historique forme seulement 5,6% de la population.

Voilà un enjeu COLLECTIF cohérent avec cet autre enjeu collectif que constituent les frais de scolarité.

De la soi-disant division des indépendantistes

Plusieurs militants, députés et stratèges péquistes, dont Jean-François Lisée, parlent de la création d’un nouveau mouvement indépendantiste comme représentant une énième division entre indépendantistes. Selon ce spin, relayé par plusieurs médias d’allégeance fédéraliste, hors du PQ, point de salut. Dans les faits, ce ne sont pas les indépendantistes qui se divisent, mais plutôt les nationalistes.

Cette analyse est celle du politologue Denis Monière, signataire du manifeste du Nouveau Mouvement pour le Québec, qui expliquait en début de semaine à Radio-Canada de quelle manière le Parti Québécois est devenu un parti autonomiste, s’accommodant du fédéralisme canadien et cherchant à obtenir des pouvoirs fédéraux plutôt que de bâtir un nouveau pays, notamment par l’écriture d’une constitution.

Je suis tout à fait d’accord avec cette analyse. Ce ne sont pas les indépendantistes qui se divisent, mais plutôt les nationalistes, entre d’un côté ceux qui s’accommodent du Canada et jouent la carte autonomiste et ceux qui ont décidé de faire face à l’échec de quarante ans d’étapisme péquiste n’ayant conduit qu’à la stagnation du mouvement et à la corruption des idéaux du parti par des carriéristes n’ayant comme objectif et finalité que de gérer une province.

Faire face à la réalité

De nombreux péquistes ont peur de faire face à cette réalité: la stratégie péquiste a échoué. Les vieux discours du genre « on a besoin du pouvoir pour préparer un référendum » ne convainquent plus personne. On a vu le PQ au pouvoir, et on a vu le PQ se mettre à genoux devant Péladeau pour une poignée de votes à Québec dans le dossier de l’amphithéâtre. On a aussi vu que le PQ, après plus de quarante ans d’existence, n’a toujours pas écrit de constitution d’un Québec indépendant. De la même manière, il nous faut avoir l’honnêteté de reconnaître que le dernier geste important en faveur de notre langue nationale, ce dernier geste d’État, a été accompli en 1977, alors que l’auteur de ces lignes n’était même pas né.

La première étape pour faire face à une situation difficile, c’est la reconnaissance de cette situation. On peut tout à fait comprendre la douleur, en particulier pour des baby-boomers ayant connu le Parti Québécois des années soixante-dix, de reconnaître que le Parti Québécois a été au bout de sa logique attentiste et autonomiste. On préfère s’attacher à ses vestiges et couler avec le bateau que de reconnaître qu’il n’y a plus rien à tirer de ce parti. Alors on s’en remet sur les vaines attaques des tentatives de division, du contrôle des médias, de l’acharnement contre Marois… On refuse de faire face à la réalité.

Peu importe la forme que prendra le nouveau mouvement, il ne pourra réussir que si les derniers indépendantistes au PQ le joigne et participent à la construction d’un nouvel État, ce qui implique de se départir de la pensée magique de molle de la construction graduelle d’un pays sans heurt et sans douleur. Créer un pays constitue un geste de rupture. C’est autant radical que nécessaire. Comme toute femme accouche dans la douleur, le pays ne peut naître sans confrontation et gestes d’affirmation.

On ne peut pas accepter, collectivement, de se laisser dicter les règles du jeu par le gouvernement canadien ou qui que ce soit. Un parti politique qui veut l’indépendance du Québec doit refuser de gouverner une province. Il doit déclarer qu’au jour UN de son élection il gouvernera un pays, qu’il rapatriera les impôts, qu’il fermera les bases militaires canadiennes, qu’il constituera sa propre monnaie, qu’il appliquera une nouvelle constitution d’un État indépendant.

C’est cela, se tenir debout. C’est radical ET nécessaire.

De plus en plus d’indépendantiste réalisent que le PQ les a entraînés dans un cul-de-sac. Certains se demandent même si le PQ n’aurait pas été infiltré tellement il a réussi à tuer le mouvement.

Il est plus que temps de tuer la bête puante de l’opportunisme politique et de l’autonomisme afin de bâtir un nouveau mouvement ayant comme seule et ultime finalité la création d’un État québécois pleinement indépendant et seul rempart contre l’assimilation des francophones sur ce continent.