Mois : novembre 2011

La nation schizophrène

La schizophrénie est une maladie mentale caractérisée par une dissociation de la personnalité, affectant le rapport du malade avec la réalité. Elle se manifeste principalement par des hallucinations auditives, des délires paranoïaques, un discours déconstruit et des schémas de pensée désorganisés. Source: Wikipedia.

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Y a-t-il un meilleur mot pour décrire le peuple québécois en ce début de vingt-unième siècle? Qu’est-ce qu’une nation schizophrène?

La nation schizophrène impose l’anglais intensif à tous ses enfants au primaire (sans imposer le français intensif aux anglophones, doit-on le rappeler), mais elle veut ensuite les obliger à ne parler que le français partout dans l’école.

La nation schizophrène dépense des milliers de dollars pour faire appliquer une loi statuant sur la grosseur des caractères sur les affiches commerciales, mais elle traite avec tous les commerçants en anglais si ceux-ci le désirent.

La nation schizophrène s’offusque que des dirigeants de la Caisse de dépôt et placement soient anglophones, mais elle s’attend à ce que tous ses enfants parlent l’anglais.

La nation schizophrène s’indigne de voir l’état de décrépitude du réseau universitaire francophone, mais elle accepte qu’on sur-finance les universités de langue anglaise à près de 29% pour une minorité historique de moins de 6% de la population.

La nation schizophrène refuse d’appuyer les politiques guerrières du gouvernement canadien, mais elle acclame des militaires ayant été tuer des innocents de l’autre bout du monde.

La nation schizophrène appuie les Indignés du Square Victoria, mais elle ne lève pas le petit doigt quand on va les expulser.

La nation schizophrène veut défendre ses intérêts à Ottawa, mais elle vote pour un parti ultra-fédéraliste et anglomane.

La nation schizophrène veut défendre ses intérêts à Québec, mais elle appuie un individu n’ayant ni programme, ni idées et dont la contribution se résume à « on verra ».

La nation schizophrène hait le Plateau mais rêve d’y habiter.

La nation schizophrène déchire sa chemise quand on l’accueille dans une langue étrangère au restaurant, mais elle se dépêche de parler cette langue étrangère au premier touriste rencontré.

La nation schizophrène se considère québécoise, mais elle se refuse le droit d’occuper l’ensemble de son territoire parce que son territoire est le sien sauf le 25% aux Inuits, le 25% aux Autochtones et le 25% aux anglophones et aux immigrants.

La nation schizophrène trouve que les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent, mais elle lit le Journal de Montréal qui recommande davantage d’enrichissement pour les uns et d’appauvrissement pour les autres.

La nation schizophrène trouve qu’il n’y a pas assez de musique en français à la radio, mais elle honore un groupe canadien comme Arcade Fire, qui habite ici depuis dix ans sans jamais avoir appris sa langue.

La nation schizophrène trouve normal que le méga-hôpital anglophone reçoive 43% du financement alors qu’il est conçu pour une minorité historique de moins de 6% de la population.

La nation schizophrène aimerait intégrer les immigrants, mais elle s’adresse à eux systématiquement en anglais.

La nation schizophrène se considère libre, mais elle refuse de se donner la vraie liberté politique.

La nation schizophrène pourfend ceux qui la défende et encense ceux qui la méprise.

La nation schizophrène vit sur du temps emprunté.

La nation schizophrène va disparaître non pas parce qu’on l’a décimée, mais parce qu’au-delà des discours et des belles idées, personne n’a le courage d’agir pour éviter sa disparition. N’était-ce pas Olivar Asselin qui disait qu’il faudrait écrire, sur notre tombe: « Ci-gît un peuple mort de bêtise »?

Empêcher les enfants de parler la langue de leur choix dans la cour d’école?

C’est EXACTEMENT ce que fait une nation schizophrène, trop déconnectée d’elle-même pour obliger le gouvernement à traiter avec les entreprises en français seulement, abolir le réseau scolaire de langue anglaise pour le remplacer par un seul réseau dans la langue nationale, abolir le réseau hospitalier de langue anglaise, obliger la connaissance du français pour obtenir la citoyenneté, rendre les cours de langue étrangère facultatifs, occuper l’ensemble du territoire pleinement et entièrement, mettre fin au quasi-monopole de Quebecor sur l’information, créer sa propre monnaie, déclarer son indépendance à la fois du Canada et des banques, nationaliser ses richesses naturelles, cesser de financer tout média n’étant pas dans la langue nationale.

Ben non.

Nous, on préfère mourir dans la dictature du cosmétique et se peinturer un sourire sur le visage pendant qu’on nous enfonce un pieux dans le dos.

Nous aurions vraiment besoin d’un parti nationaliste au Québec.

Ça, ou d’en finir pour de bon, collectivement.

C’est pas avec des flancs-mous comme Aussant et sa bande de multiculturalistes anglomanes à la Philippe Leclerc (ou sa blonde Élisabeth Émond, aussi colonisée que lui) qu’on va s’en sortir.

C’est tout le peuple qu’il faut rééduquer.

Ou le pousser vers la disparition au plus vite, qu’on passe à autre chose.

Au choix.

L’argent-dette

Une vidéo très intéressante et pertinente pour comprendre l’origine de l’argent et mieux saisir de quelle manière les dettes ne seront jamais remboursées. La droite économique, quand elle prétend qu’il faut s’attaquer à la dette publique, fait montre d’une incompréhension totale de ce que constitue cette dette. Collectivement, s’il n’y avait pas de dettes, il n’y aurait pas d’argent. C’est le système en entier qui ne fonctionne pas…

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=kgA2-bWXSN4&w=650&h=471]

Vers la fin de la vidéo, on rejette l’idée d’un retour à l’or ou à l’argent (le métal) pour favoriser une création publique de l’argent. Je crois, personnellement, que c’est la seule partie un peu plus faible de la vidéo, notamment quand il est question d’avoir un sac plein de pièces d’argent pour payer l’épicerie. L’argent étant présentement gravement sous-évalué (le ratio historique argent/or est d’environ 15,5/1; ce qui donnerait un prix de l’argent, par once, supérieur à 100$), une seule pièce devrait théoriquement permettre de faire une épicerie. De plus, l’utilisation des métaux précieux protège contre toute inflation.

En théorie on peut croire que l’inflation, si elle est contrôlée et pas créé dans la dette, constitue simplement une taxe, mais en pratique on peut imaginer les dérives possibles d’un tel système. Dans tous les cas, cette vidéo a le mérite d’exposer d’une manière assez facile à comprendre le ridicule du système actuel.

À voir ce qui se passe actuellement en Europe, alors que le cartel bancaire impose ses pions en Grèce et en Italie et que la population se prépare à souffrir largement, on comprend, comme l’explique la vidéo, que la seule finalité du système actuel est l’accaparement total de TOUTES les ressources par les banques.

Ainsi, ce n’est pas en privatisant ou en coupant les services à la population qu’on va régler quelque problème que ce soit. C’est en changeant le système.

Et inévitablement, il va s’effondrer de lui-même puisque les ressources énergétiques ne permettent plus sa croissance exponentielle, condition indispensable de son existence.

Ce n’est même plus une question de décennies…

Carl Contant doit partir

Dans un récent article, j’expliquais de quelle façon Carl Contant, chef de section du Réseau de résistance du Québécois (RRQ) dans Lanaudière, avait tenté de faire avorter une manifestation pour un renforcement de la Loi 101. Depuis que j’ai écrit cet article, M. Contant harcèle deux de mes amis qui ont également été témoins de ses méthodes et il a vraisemblablement demandé à ses amis du RRQ de me faire la vie dure.

Aujourd’hui, Carl Contant a décidé de poster une vidéo sur une page publique sur Facebook; puisqu’il l’a fait lui-même et que le site était ouvert à tous, je me sens justifié, légalement, de la montrer ici.

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=C5Mw0pdq3AU&w=500&h=369]

Après avoir vu cette vidéo, pouvez-vous me dire, sans rire, que cet individu devrait avoir le droit de diriger une section du RRQ? Qu’il devrait avoir le droit de représenter le RRQ?

Le bureau politique du RRQ doit mettre ses culottes et montrer la sortie à Carl Contant. On n’a pas plus le droit, quand on représente une organisation indépendantiste se voulant crédible, de chercher à faire dérailler une manifestation amie que de s’en prendre de cette manière et avec ces mots à des gens pour la simple raison qu’ils ont dénoncé l’intimidation dont ils ont été victimes.

Si Patrick Bourgeois veut montrer la crédibilité de son mouvement, il doit agir dès maintenant.

P.S. Je ne suis pas parfait moi non plus, mais je ne représente que moi-même et je ne tenterais pas d’empêcher une manifestation pour le français, pas plus que je ferais ce genre de vidéo diffamatoire.


AJOUT (12 novembre 2011): Une plainte a été déposée à la police contre Carl Contant pour menaces contre Renaud Léger. À suivre…

Les Fils de la poubelle

Quand on pense aux radio-poubelles, on pense spontanément à la ville de Québec et à une certaine droite populiste sans classe qui y sévit depuis plusieurs années. Pourtant, ce genre de radio existe à Montréal, sur Internet, dans l’indifférence la plus totale. Ainsi en est-il d’un obscur groupuscule de pseudo-militants indépendantistes qui pollue la toile avec des propos homophobes, sexistes, discriminatoires et haineux. J’ai nommé les « Fils de la liberté ».



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Derrière ce nom pompeux, affublé d’un sous-titre tout aussi prétentieux – « La réponse à 1984 est 1837! », comme si le simple fait de juxtaposer le célèbre livre d’Orwell avec la rébellion patriote pouvait prouver quoi que ce soit sinon le manque total de culture historique de ceux qui ont eu cette idée bizarre – se cachent Jean-Philippe Décarie-Mathieu, Simon Thouin, Fred Pageau, Mathieu Duchesne, Christian Bergevin et André Forget.

Dans leur émission de la semaine dernière, ils s’en sont d’abord pris aux homosexuels: « Si tu veux vraiment voir de quoi ça a l’air 100 000 personnes, va-t-en à la parade des tapettes » (4:24). Ils ont également parlé de la Grèce comme ayant seulement réussi à produire « Nana Mouskouri, les Jeux olympiques et la sodomie » (15:50). Finalement – et le pire de tout – ils ont parlé de Françoise David (vers 5:30), la cheffe de Québec Solidaire, de la manière la plus dégradante qui soit:

Pour promouvoir son prochain livre, euh, de rage et de tampons, euh, de frustration et de lesbianisme… euh c’est pas témoignage d’une femme fontaine… aaaahhh merci… la fontaine est tarie depuis très longtemps, c’est à sec… (*rires*) … c’est comme du papier sablé. […] Je pensais qu’il y avait un porte-parole homme et femme à Québec Solidaire je vois juste deux hommes.

L’homosexualité et l’apparence physique. Peut-on croire, en 2011, qu’on en soit encore rendu là? Mes lecteurs – qui sont fort heureusement beaucoup plus nombreux que ceux qui suivent les péripéties de ces adeptes de la radiophonie de fond d’égout – savent que je critique parfois des personnes, ou des groupes. Je le fais à propos de leurs idées ou de leurs gestes; c’est-à-dire à propos de ce qui peut se changer.

Il y a en effet une forte nuance à apporter entre la critique de l’essence d’un individu et celle de ses idées ou de ses comportements. Ainsi, lorsque ces individus – dont l’un crache son fiel du fond du placard (de source sûre) – s’attaquent aux homosexuels ou à la féminité de Françoise David, ils s’en prennent à l’essence, à des choses qui ne peuvent pas être changées. C’est l’équivalent le plus clair et net du racisme; dire qu’on déteste un Noir, par exemple, est méprisable parce qu’un individu ne choisit pas la couleur de sa peau. De la même manière, personne ne choisit d’être homosexuel ou d’avoir l’air plus ou moins viril.

Ce qui est le plus triste, c’est que les auteurs de cette émission présentent des thèmes avec une prétention intellectuelle. Je dis « prétention », bien évidemment, car les sujets ne sont traités qu’en surface et avec la subtilité d’un camion de quarante pieds dans une ruelle. Quand on écoute une radio-poubelle de Québec, on s’attend à du ridicule, à des niaiseries, à du langage prépubère; ils ne se prennent pas au sérieux. Dans le cas de cette bande au discours haineux, on ajoute l’intellect au misérable; une belle crotte sur laquelle on étend de la crème fouettée.

Je ne sais pas si Françoise David portera plainte contre ces gens. Elle devrait. Bien sûr, certains pourraient être tentés de dire que ce ne sont que des imbéciles à l’homosexualité refoulée ou des pseudo-révolutionnaires de salon à l’égo aussi gros que leur insignifiance, mais il serait dangereux, collectivement, de ne pas réagir quand on entend de tels propos.

Si on laisse passer de telles aberrations, que laissera-t-on passer la prochaine fois? Il arrive un moment où, collectivement, on doit mettre son pied à terre et se faire respecter. L’intimidation, qu’elle vienne du RRQ, des « Fils de la liberté » ou d’un quelconque autre mouvement pseudo-révolutionnaire, n’a pas sa place.

De la division?

Je devine déjà les haut-cris d’une minorité qui affirme que ce serait encore favoriser la division que de s’en prendre les uns aux autres entre indépendantistes. Non, ce ne serait pas le cas. Le mouvement indépendantiste est un beau et un grand mouvement, mais il y a plusieurs pommes pourries qui le gangrènent.

Dans un article précédent, par exemple, j’ai expliqué – et prouvé à l’aide de copies d’écran – de quelle manière Carl Contant, chef de section du RRQ dans Lanaudière, a tout fait pour empêcher une manifestation pour la Loi 101. Ici, je pourrais également parler d’un des animateurs des Fils de la liberté, Mathieu Duchesne, qui m’a intimidé en me disant qu’il se demandait pourquoi j’étais encore en vie et que je devrais me cacher. On pourrait également parler de Jean-Philippe Décarie-Mathieu – un autre des Fils de la liberté – qui a insulté gratuitement le militant Jason Keays. La liste est longue. La question à se poser est la suivante: jusqu’à quel point doit-on se pincer le nez pour oublier l’existence de ces individus qui se servent de la cause pour se donner une estime d’eux-mêmes qu’ils n’auraient pas autrement?

J’ai rencontré une très bonne personne dernièrement. Un militant, un vrai. Actif, il a occupé un poste important au RRQ, il a organisé une manifestation contre l’exploitation du gaz de schiste, il a coorganisé deux manifestations pour une Loi 101 plus forte, il a été de tous les combats pour la langue. Dernièrement, il m’a annoncé qu’il cessait de militer. Pourquoi? À cause de tous ces gens. À cause de l’intimidation. À cause de membres de son ancienne organisation qui lui cherchent noise et parce qu’il en a assez de ces pommes pourries.

Voilà le vrai prix du silence. Quand on refuse de réagir face à l’intimidation, quand on laisse des gens faire ce qu’ils veulent et qu’on n’agit pas sous prétexte qu’ils sont une minorité, on finit par toucher à la force vitale des vrais militants et on décourage ceux qui auraient envie de s’impliquer dans ce mouvement.


Ajout: Les Fils de la poubelle on affirmé que leur site serait plus populaire que le mien à cause qu’il serait en meilleure position sur le site Alexa; mais ils ont « oublié » de souligner que la réputation du mien est près de deux fois supérieure à la leur, c’est-à-dire qu’il y a beaucoup plus de liens entrants vers le mien, et des liens de qualité, que vers le leur. Enfin, bref, nul besoin de faire un concours de popularité; il est facile d’attirer beaucoup de paranoïaques avec des mots clefs comme « Rothschild » et autres. Le fait est que leur site web est peu visité, beaucoup moins que celui-ci, et que ça n’invalide pas ma dénonciation de leur homophobie et de leurs commentaires haineux à l’encontre de Françoise David.

Option nationale ou Option provinciale?

Un commentateur, sur la page Facebook d’Option nationale, l’a bien exprimé hier: « Mais c’est la plateforme de Québec Solidaire! ». Il a raison: Option nationale se positionne à peu près dans le même registre idéologique que Québec Solidaire, que ce soit sur la question de la nationalisation des ressources naturelles, de la création de Pharma-Québec, de la gratuité scolaire ou de la valorisation du transport collectif. Pourquoi, alors, voter pour Option nationale si un parti déjà établi propose sensiblement le même programme? « Pour l’indépendance », disent certains. Pourtant, Option nationale, sur la plupart de ses propositions, n’est pas davantage indépendantiste que Québec Solidaire (ou le Parti Québécois).



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Le problème fondamental de la plupart des propositions de Québec Solidaire et d’Option nationale tient au fait que l’indépendance n’est pas un pré-requis. Nous n’avons pas davantage besoin d’être « indépendants » (je mets ce terme entre guillemets car la réelle indépendance constitue davantage que de mettre un « pays sua mappe », comme je l’écrivais ici) pour nationaliser nos ressources, pour instaurer la gratuité scolaire que pour donner un mandat différent à la Caisse de dépôt et placement ou pour œuvrer à notre indépendance énergétique. Ce sont là des mesures qui peuvent être prises par une province, n’importe laquelle. René Lévesque n’a pas attendu l’indépendance pour participer à la nationalisation de l’hydro-électricité au Québec, par exemple.

Quand on vise l’indépendance d’un peuple, c’est pour lui offrir les pouvoirs de faire les choses autrement. En France, on a tué le roi pour instaurer la république. Aux États-Unis, on a déclaré l’indépendance pour ne plus se faire imposer des taxes punitives en or alors qu’on tentait d’établir les bases d’un système monétaire différent. En Iran, on s’est débarrassé du Shah pour bâtir une république islamiste. Dans la plupart des pays africains, on a déclaré l’indépendance pour mettre fin à la mainmise coloniale sur les ressources du pays. Or, le Québec, même dans le giron canadien, jouit de la plupart des pouvoirs lui permettant de gérer son éducation, ses ressources, et de vivre selon ses valeurs (dans une certaine limite). La seule façon de justifier l’indépendance serait donc de la réclamer pour obtenir les pouvoirs qui nous manquent afin de mettre fin à une situation d’injustice.

Me suivez-vous? Le cœur des revendications d’Option nationale concerne des pouvoirs que nous avons déjà. Ressources naturelles, c’est à nous. Éducation, c’est à nous. Santé, c’est à nous. Gestion de notre mode électif, c’est à nous. Outils économiques, c’est en grande partie à nous. Ce sont là des combats importants, mais ce sont des combats provinciaux. L’indépendance n’est pas davantage nécessaire pour établir la gratuité scolaire qu’un jeune adulte devrait avoir à quitter la maison parentale pour avoir son propre lit. L’indépendance constitue un moyen non pas d’obtenir des pouvoirs provinciaux, mais d’obtenir des pouvoirs nationaux permettant une réelle indépendance.

Un chèque en blanc?

Il nous faut revenir à la base. Qu’est-ce que l’indépendance? L’indépendance, pour le peuple québécois, c’est sa capacité à se gérer lui-même, à prendre ses propres décisions et à être entièrement maître de son destin. Une constitution, comme le propose Option nationale, constitue un geste d’indépendance; elle n’est cependant pas l’indépendance, mais seulement un médium permettant d’inscrire dans l’imaginaire les valeurs fondatrices du peuple. La constitution doit servir à parapher les valeurs fondamentales et inaliénables d’un peuple, s’opposant aux valeurs qui précédaient l’indépendance et qui opprimaient le peuple. Par exemple, aux États-Unis, la constitution affirme que seul le Congrès peut créer la monnaie physique et que cette monnaie doit être en argent ou en or. Cette mesure s’opposait à l’utilisation exclusive par la Grande-Bretagne de l’étalon-or et à la mainmise de l’économie américaine par celle-ci. En clair, la constitution américaine permettait une libération, même si on a violé cette garantie un siècle et demi plus tard en créant la Réserve fédérale.

Dans le programme d’Option nationale, il y a peu de choses qui peuvent être inscrites dans une constitution. On parle de constitution, mais on parle du véhicule, pas de ce qu’on y met à l’intérieur. On ne parle pas, entre autres, de la mainmise totale du secteur bancaire sur les nations occidentales et de quelle manière on espérerait se libérer de cette situation (ceux qui doutent de cette mainmise n’ont qu’à ouvrir la télévision et voir de quelle façon on a forcé Papandréou en Grèce et Berlusconi en Italie à démissionner). On ne parle pas de création d’une monnaie québécoise. On ne parle pas de la libération de l’ALÉNA, de l’OMC, du FMI et d’autres accords internationaux qui limitent notre indépendance. On ne définit pas de quelle manière on va offrir des services à nos minorités nationales, anglophone ou allophones (dire qu’on va « davantage » respecter le poids démographique des anglophones n’est pas plus significatif que de dire que le mois de février est « davantage » chaud que le mois de janvier). On ne définit pas la création d’une armée québécoise.

En clair, on demande un chèque en blanc. On propose une litanie de mesures provincialistes n’ayant rien à voir avec l’indépendance et on demande à la population d’embarquer avec l’espérance qu’une possible constitution serait écrite et qu’un possible référendum suivrait. Au lieu d’avoir les deux étapes péquistes nous éloignant de l’indépendance – élection et référendum – on ajoute désormais une troisième occasion pour nos ennemis de réduire notre capacité à devenir indépendants. Qu’est-ce qui nous garantit, dans cette plateforme, de ne pas revivre le sempiternel débat sur les « conditions gagnantes », ou de parler de « discussion nationale » et autres péquisteries menant à un cul-de-sac et nous éloignant de la victoire?

Dans le cas de Québec Solidaire, on peut comprendre que l’indépendance passe au second rang. Ce parti a de solides liens avec le NPD, plusieurs de ses membres sont fédéralistes, et on vise clairement la gauche économique. Dans le cas d’Option nationale, cependant, cette attitude est tout à fait inacceptable. Plutôt que d’unir le peuple derrière l’idée du contrôle total de notre territoire, on le divise avec des question secondes sur l’éducation, la santé, ou l’économie. Des questions importantes d’un point de vue provincial, mais complètement triviales sur le strict plan de l’atteinte de la réelle indépendance pour le peuple québécois. Des questions qui risquent d’éloigner plusieurs citoyens un peu plus à droite au plan économique.

Pour une VRAIE indépendance

Il s’agit d’une tautologie que d’affirmer qu’il faut faire l’indépendance pour la faire. C’est pourtant la réalité: tant qu’on se contentera de parler de pouvoirs provinciaux pendant qu’on regarde la plupart des pays soi-disant indépendants se faire littéralement violer par le cartel bancaire dès qu’ils tentent de relever la tête, on n’arrivera à rien. Le Québec n’est pas encore indépendant. La Grèce ne l’est pas davantage. L’Italie non plus. Ni la France. Ni les États-Unis, dans une certaine mesure.

Ce que propose Aussant, c’est de mieux gérer notre petit pré carré, celui qu’on nous laisse et qui n’indispose pas trop les forces à l’œuvre. Un peu comme Lévesque ou Parizeau allaient rassurer les banquiers de Wall Street dans les années 70, Aussant ne semble pas avoir l’envergure d’un politicien en mesure de mener un combat véritablement indépendantiste, soit celui non par pour créer une illusion d’indépendance, mais une véritable indépendance. Celle, significative, qui renverse l’Histoire.

Tout n’est pas noir dans ce programme. Il y a plusieurs idées intéressantes et je suis certain que de nombreux progressistes y trouveront leur compte, hésitant entre ce parti et celui d’Amir Khadir. Il s’agit pourtant d’un programme provincialiste n’ayant pas ni le courage ni le désir de s’attaquer aux privilèges du monde de la finance (pas de monnaie québécoise, pas d’indépendance québécoise), au sur-financement de la minorité de langue anglaise, à la défense de notre territoire, dans le but de créer non pas un clone du Canada que nous désirons créer, mais une véritable forteresse québécoise en terre d’Amérique, flambeau de la pensée française sur ce continent et lueur d’espoir pour les autres peuples – y compris ceux de pays soi-disant indépendants – à la recherche d’un ordre mondial alternatif plus respectueux de la volonté et des valeurs de chaque peuple.