Mois : décembre 2011

Un marché brisé

Normalement, dans une économie capitaliste, le marché est ce lieu quasi-divin de découverte de la valeur des choses. Vendeurs et acheteurs proposent leurs prix et c’est l’équilibre entre la capacité à sacrifier des marges de profit pour l’un et à sacrifier son pouvoir d’achat pour l’autre qui détermine le prix. Ce système séculaire est brisé. FUBAR, comme disent les zulus.

La faillite de la maison de courtage MF Global ne constitue pas un événement fortuit. MF Global constitue le pinacle, le parachèvement d’un système complètement malade où les fonds des clients sont hypothéqués, ré-hypothéqués et re-ré-hypothéqués parfois jusqu’à l’infini. Le principe est aussi simple que ridicule: c’est un peu comme si je vivais dans la maison du beau-frère et que je la ré-hypothéquais auprès de plusieurs banques différentes, que j’empocherais tout cet argent et qu’en cas de défaut de remboursement c’est le beau-frère qui perdrait sa maison. Fou comme ça.

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C’est ce qui s’est passé: de nombreux clients ont perdu leur or et leur argent, car celui-ci, nullement en sécurité, avait été ré-hypothéqué à plusieurs reprises. Lorsque le système de Ponzi s’est écroulé, leurs possessions ont été volées légalement lorsqu’elles ont été remises aux banques qui avaient prêtées à MF Global.

La balle d’argent

Cela va encore plus loin quand on apprend que MF Global aurait déposé plusieurs centaines de millions de dollars chez JP Morgan. JP Morgan, comme plusieurs le savent, constitue la main cachée du marché, la maison-mère (avec Goldman Sachs) du cartel bancaire. Morgan est notamment en charge des plus grandes ventes à découvert sur l’argent-métal au COMEX.

Or, voilà qu’il y avait des indication selon lesquelles l’argent-métal n’était plus disponible au COMEX. En clair: des personnes ont acheté de l’argent-métal au COMEX et ont un reçu en papier, mais il n’y a plus de métal derrière pour l’appuyer; JP Morgan le vend à découvert. Il suffirait qu’un nombre suffisant de personnes prennent possession de l’argent-métal physique pour que le système s’effondre.

En poussant MF Global à l’effondrement, JP Morgan peut mettre la main sur les valeurs hypothéquées, dont BEAUCOUP d’argent-métal, permettant de pr0téger ses valeurs à découvert.

La fin de toute confiance

Les implications de tout ceci sont simples: on ne peut plus avoir confiance dans le marché – on ne peut plus croire que des valeurs sur un écran d’ordinateur ou des reçus en papier ont la moindre valeur – et on ne peut plus croire au juste prix dans les métaux précieux, pour ne nommer que ceux-ci.

Si on ajoute à cela le fait qu’il y a près d’une once d’argent ou d’or physique pour chaque centaine d’onces de contats en papier, la seule conclusion est qu’il faudrait être stupide pour même considérer transiger sur ces marchés.

La fin de partie approche. L’expérience moderne de monnaie fiduciaire, initiée à Jekyll Island en 1910 avec l’élaboration de la FED et concrétisée en 1971 avec la fin définitive de l’étalon-or, ont fait long feu. Les banques, principales bénéficiaires de ce système où ils contrôlent la principale valeur d’échange et de calcul de la richesse, font TOUT ce qu’elles peuvent pour empêcher l’inévitable: le retour d’une monnaie honnête en or et en argent, comme cela fut le cas pour des millénaires.

Alors qu’auparavant elles opéraient principalement dans l’ombre, elles n’hésitent plus aujourd’hui à voler jusqu’à l’argent dans le compte des citoyens pour assurer leur objectif de suppression du prix des métaux précieux et la continuation d’un jeu dans lequel elles seules peuvent gagner.

Le même genre de suppression a eu lieu dans les années soixante et il a échoué. Celle-ci échouera encore. Ils peuvent faire s’effondrer le prix PAPIER de l’argent de 50$ à 5$ s’ils le veulent, la déconnexion entre leur ersatz de valeur et la valeur réelle n’en sera que plus grande.

Plus que jamais, le marché est brisé. La seule façon de se protéger: échanger ses jetons et sortir du casino.

Quand tout sera consumé, une seule monnaie n’aura pas brûlé: l’or et l’argent.

Le français: indispensable

L’entraîneur du Canadien de Montréal, Jacques Martin, est congédié et remplacé par son adjoint, Randy Cunneyworth, un unilingue anglophone. Déjà, on tente de défendre ce choix en affirmant que l’important est de gagner et que le fait qu’il soit incapable de parler la langue nationale ne serait pas important s’il gagne. En clair, on dit ceci: si tu fais bien ton travail – et le fait de gagner pour un entraîneur constitue la preuve de ce bon travail – tu n’as pas besoin de parler la langue des sauvages. Voyons jusqu’où peut mener cette logique trompeuse.

Le chauffeur d’autobus de la STM. Son travail est de conduire un autobus. S’il le conduit bien, pourquoi parlerait-il français?

La caissière chez Wal-Mart. Son travail est de scanner les étiquettes de prix et de recevoir l’argent des clients. Si elle le fait bien, pourquoi parlerait-elle français?

Le politicien. Son travail est de voter les lois. S’il le fait bien, pourquoi parlerait-il français?

Le policier. Son travail est de faire appliquer la loi. S’il le fait bien, pourquoi parlerait-il français?

Le comptable. Son travail est de compter des chiffres et de compiler des données financières. S’il est bon pour faire cela, pourquoi parlerait-il français?

La banque. Sa raison d’être est d’accueillir les dépôts des clients. Si elle s’acquitte très bien de cette tâche, pourquoi aurait-elle besoin de communiquer en français?

Et ainsi de suite.

Si on juge de la compétence de quelqu’un par les résultats très sectorisés de son travail, personne n’a besoin de parler français. Si la compétence se limite à faire son travail en vase clos, loin de la vraie vie, le français peut bien disparaître dans l’indifférence générale.

Or, la compétence peut être autre chose. Peut-être que la banque a également comme mission de bien communiquer avec ses clients. Idem pour le comptable. Peut-être que le policier doit être en mesure de comprendre ce que dit la population s’adressant dans la langue nationale. Peut-être que le politicien doit pouvoir écouter ses citoyens. Peut-être que la caissière chez Wal-Mart doit pouvoir dire quelques formules de politesse et répondre à des questions simples dans la langue nationale. Idem pour le chauffeur d’autobus.

Et peut-être que l’entraîneur du Canadien de Montréal ne doit pas seulement gagner, mais il doit pouvoir expliquer ses choix aux dizaines de milliers de Québécois qui achètent des billets et qui paient son salaire.

Non, gagner n’est pas suffisant.

Au Québec, comme aux États-Unis, en France, en Australie, en Russie et partout sur la planète, il faut pouvoir parler la langue nationale.

Ce respect minimal est compris partout sur la planète.

Mais pas ici.

Faut dire: on est tellement fin et accommodant ici.

« Excuse-moi de respirer. Je vais retenir mon souffle. »

 

Merci

Ce projet a maintenant cinq ans. C’était en décembre 2006 que j’avais commencé à préparer mon premier blogue. Le nom n’est pas important; j’ai même perdu les textes. C’est en janvier suivant que j’ai commencé le blogue « Un homme en colère », sur la plateforme blogspot. Quelques mois plus tard, je créais uhec.net (UHEC = un homme en colère), qui connut pas mal de succès à une époque où les blogues avaient la cote; j’avais plusieurs collaborateurs, et ceci rendait le blogue très vivant. Un an plus tard, au printemps 2008, je déménageais à nouveau en créant le blogue « Le dernier québécois ». À l’automne, je créais « L’électron libre ». Puis, finalement, début 2009, « ledernierquebecois.wordpress.com ».

C’est l’heure du bilan.

Voici une série de questions-réponses. C’est plus simple, ou original, qu’un long texte narratif.

Question: Quel genre d’articles as-tu été le plus fier d’écrire?

Réponse: Sans aucun doute la série sur le sur-financement des institutions de langue anglaise. C’est d’ailleurs ce qui m’a poussé à écrire un livre sur le sujet, qui sera éventuellement publié (je l’espère). J’ai aussi des textes faisant état de l’anglicisation de Montréal, de Laval, et faisant des liens entre les résultats des élections et la langue des locuteurs. En général, tous les textes qui impliquaient de la recherche statistique m’ont rendu très fier.

Q: Quel genre d’articles as-tu été le moins fier d’écrire?

R: Les histoires de règlements de compte avec le RRQ. Ça devait être fait, mais ce n’était pas glorieux. J’aurais aimé ne jamais avoir eu à m’abaisser à un mouvement de fond de ruelle comme celui-là. Ceci dit, il faut toujours terminer ce qui a été commencé. Le Réseau de résistance du Québecois (RRQ) est une organisation profondément nuisible pour le Québec. J’aurais simplement aimé ne pas avoir à l’écrire; j’aurais aimé croire que les Québécois étaient assez intelligents pour tourner le dos à des groupuscules qui toléreraient ou prôneraient, selon certains, l’intimidation, le harcèlement et servant strictement de faire-valoir à un gourou qui, dans sa Gaspésie, vit la grosse vie avec la vente d’une foule de babioles inutiles qui font croire à certains Québécois naïfs qu’ils aident la cause quand ils gaspillent en fait leur argent dans le trou noir sans fond de l’égo d’un groupe d’apparence proto-fasciste faisant davantage partie du problème que de la solution. Mon blogue a généralement été bien au-dessus de tout ce qu’a pu faire ce groupe sectaire depuis le début de son existence, ce qui, avouons-le, n’est pas difficile à battre. Il m’a suffi d’analyser les faits, de proposer des réflexions pertinentes, d’ouvrir les esprits, là où la bande de traîtres du RRQ n’a proposé que préjugés et vieux discours, s’appropriant au passage le travail et les réussites des autres.

Q: Ce sont des mots très durs. Peux-tu nuancer ton opinion?

R: Toute réussite est collective. Quand un groupe revendique en son nom les victoires collectives, il nuit à l’ensemble de la collectivité. En 2009, par exemple, Bourgeois s’était pété les bretelles comme quoi c’était grâce au RRQ que le prince Charles avait dû passer près des poubelles… Bullshit! J’y étais, et il y avait de nombreux groupes, dont la SSJB, dont le MPIQ, dont des membres et officiers du PQ et de simples citoyens, beaucoup de simples citoyens et d’autres encore, et la plus belle banderole était de la SSJB (à l’époque l’organisme n’était pas encore le prolongement de l’égo de Patrick Bourgeois). Le RRQ n’était qu’un des groupes, mais il s’est accaparé le mérite. Il a fait la même chose dans l’histoire de la reconstitution de la bataille des Plaines d’Abraham. Ce groupe sert son image et seulement son image. Il méprise les initiatives qui viennent d’autrui et s’invente sa propre mythologie. C’est typique des mouvements sectaires. Le RRQ n’est pas une organisation patriotiques, c’est une secte qui ne s’assume pas. La meilleure chose qui pourrait arriver au mouvement indépendantiste serait le démantèlement du RRQ. Ce serait une grande journée pour les Québécois, qui pourraient enfin militer dans des groupes honnêtes n’ayant pas besoin d’agir dans l’ombre pour faire progresser notre cause. NOTRE cause. Pas celle du RRQ.

Q: Pourquoi parler publiquement des actions nuisibles du RRQ et ne pas régler ça en privé?

R: Contre un mouvement qui vit dans l’ombre, il faut la lumière. Si je tentais de tout régler en privé, je serais comme eux. C’est PRÉCISÉMENT la magouille et les manœuvres cachées qui sont la cause du problème actuel. On n’arrive pas à se réinventer parce qu’il y a toujours des voyous tapis dans l’ombre à attendre le moment de brûler sur la place publique quiconque diverge de « LA » pensée orthodoxe. C’est le totalitarisme de la pensée avant celui des faits. Je ne peux même plus compter le nombre de militants indépendantistes crucifiés publiquement par Patrick Bourgeois sur sa page Facebook ou ailleurs (ce dont on m’a parlé en privé). Jamais sur les idées, toujours sur la personne. Je crois que c’est notre grosse différence: moi je critique les idées; lui il s’en prend à la nature des gens. C’est peut-être pour ça que son regroupement ressemble de plus en plus à une garderie d’adolescents prépubères; à cet âge on croit souvent que l’intimidation, c’est viril.

Q: Malgré cela, ton blogue t’a-t-il permis de vivre des expériences positives?

R: Plusieurs! Je suis passé à de nombreuses reprises à la télévision et à la radio, et j’ai pu travailler à la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) pendant un an. J’ai également pu faire mes preuves en rédigeant un mémoire de grande qualité pour Impératif français, le groupe pour lequel j’ai le plus de respect, à vrai dire. Et j’ai appris, dernièrement, à mieux comprendre la nature profonde du peuple québécois. Un grand peuple, mais un peuple qui vit tellement dans la peur et qui se sent si fragile qu’il en vient à tolérer l’intolérable. Ça s’applique notamment aux accommodements déraisonnables, et de même qu’à une certaine façon d’occuper la place publique par certains groupes.

Q: Pourquoi n’as-tu pas cessé de bloguer quand tu es entré à la SSJB?

R: À l’époque, je voyais la SSJB comme un tremplin. Faut dire: ça a été une diminution de salaire pour mois la SSJB, et ça a été très difficile de travailler dans un climat où j’avais souvent l’impression de courir après le travail et où les initiatives personnelles étaient rarement encouragées. C’est pour cette raison que j’ai gardé le blogue: j’espérais que ça me mène ailleurs. Je n’étais pas très heureux à la SSJB et plusieurs de ses administrateurs n’aimaient pas mon blogue, notamment Robert Comeau, parce que j’avais critiqué Le Devoir. C’est à ce moment aussi que j’ai eu mes premiers conflits avec le RRQ, parce qu’eux me voyaient comme le représentant de la SSJB et moi je désirais conserver mon indépendance et mon droit de dire que je pensais que leur mouvement était tout à fait merdique et nuisible, ce que je pense toujours (même si j’ai tenté de leur donner une chance, alors qu’ils ont volé mon argent… c’est une autre histoire). Tout ça pour dire qu’au moment de renouveler mon contrat avec la SSJB, je voulais juste garder le contact, faire peut-être 4-5 heures par semaine max., et que la SSJB cherchait plus quelqu’un à temps plein, et, bref, on s’est laissé d’un commun accord.

Q: Pourquoi avoir écrit un livre après avoir quitté la SSJB?

R: En quittant la SSJB, j’ai réalisé que le blogue était un médium qui ne me permettait pas de m’exprimer librement. J’ai donc décidé d’écrire mon livre à ce moment. J’ai eu un peu d’aide de la part de la SSJB, mais je leur ai fourni des données en échange. J’attends toujours d’être publié. J’ai des données exclusives.

Q: Pourquoi ce nouveau conflit avec le RRQ, dernièrement?

R: Le RRQ me reprochait souvent de ne pas être dans l’action. Ça me faisait un peu rire, considérant que je milite depuis l’âge de 16 ans et que j’étais dans des mouvements socialistes ou nationalistes avant même le cégep (j’ai même été candidat aux élections provinciales de 1998, sous la bannière du Parti de la démocratie socialiste, ancêtre de Québec Solidaire), mais toujours est-il que j’ai commencé à m’impliquer davantage, dernièrement, notamment en coorganisant une manifestation au mois d’octobre dernier. Carl Contant, chef de section du RRQ dans Lanaudière, a tout fait pour empêcher cette manifestation. Insultes, harcèlement, intimidation. Il a fallu se faire accompagner par la milice parce que des participants avaient peur du RRQ. Ensuite, on a averti le RRQ du comportement de Carl Contant, et le RRQ n’a pas sévi.

Q: Ce devait être très frustrant, non?

R: Oui, très frustrant. Normalement, une organisation crédible se doit de sévir contre un officier qui intimide des gens, encore plus si ce sont des gens qui ont la même opinion politique. Par la suite, Carl Contant est allé encore plus loin, en me diffamant, en menaçant des amis, et le RRQ n’a toujours pas agi. C’est à ce moment que j’ai appris qu’il y aurait déjà eu des menaces de « cassage de jambes » contre un ancien officier du RRQ qui a quitté le mouvement aujourd’hui. Je ne peux pas en dire davantage, mais je peux dire que ce mouvement a perdu toute crédibilité à mes yeux.

Q: Pourquoi t’en être pris à la SSJB?

R: Il y a environ trois semaines, Mario Beaulieu, président de la SSJB, m’appelait à minuit pour me dire de me méfier du RRQ. Ça faisait déjà plusieurs personnes qui me disaient qu’il avait peur lui-même du pouvoir du RRQ. Je ne les croyais pas. Mais lors de cette conversation j’ai expliqué ce qu’avait fait Contant, je lui ai donné le lien vers la vidéo où Contant menace un autre indépendantiste, je lui ai dit que c’était inacceptable. Bref, lorsque j’ai vu que Contant était responsable de la sécurité lors de la manifestation du Mouvement Montréal français, le premier décembre dernier, j’ai compris que ce n’était plus Mario Beaulieu qui était en charge de la SSJB. On dirait que c’est le RRQ qui contrôle le jeu maintenant. J’ai d’abord écrit à Beaulieu pour lui dire en privé ce que je pensais de son geste (surtout quelques jours après le suicide d’une jeune fille victime d’intimidation), mais il ne m’a pas répondu. C’est pourquoi j’ai publié l’histoire six jours plus tard, après avoir laissé beaucoup de temps à M. Beaulieu pour qu’il explique son geste.

Q: Crois-tu que le Mouvement Montréal français a perdu de la crédibilité dans cette histoire?

R: Un peu, oui. Il devient de plus en plus apparent que ce mouvement n’est qu’une façade et que les forces à l’œuvre derrière cette façade ont peut-être des objectifs nobles, mais elles ont des méthodes douteuses. Le fait de mettre un individu sous enquête policière pour menaces en charge de la sécurité (quel besoin de sécurité, au fait?) fait état d’une possible mainmise du RRQ sur le MMF et la SSJB. Le seul gagnant, dans cet histoire, est le RRQ. C’est typique des mouvements sectaires de devoir tirer les ficelles dans l’ombre. Il y a quelques personnes de quelques organisations reconsidérant leur appui à la SSJB qui m’ont demandé à voir la vidéo de Carl Contant. Ce fut fait. La vérité finit par être connue.

Q: Est-ce que le MMF peut s’amender?

R: Oui. Si la SSJB montre la porte au RRQ et dénonce publiquement les méthodes du RRQ. Gilles Duceppe, qui refusait de participer à tout événement où le RRQ pouvait se trouver, avait bien compris. La SSJB devrait s’en inspirer et refuser de participer, de financer ou d’appuyer toute initiative émanant de ce mouvement sectaire.

Q: Que répondrais-tu à ceux qui disent que tu cherches à diviser?

R: Je leur répondrais qu’ils n’ont rien compris. La force d’un mouvement ne vient pas de son unité forcée, coercitive, de gens qui marchent ensemble en se pinçant le nez. La force d’un mouvement vient de son appui populaire, et cet appui passe par un discours argumenté, cohérent, qui peut venir d’une multitude de partis ou de mouvements différents. Quand un mouvement comme le RRQ, par exemple, ou un individu comme Philippe Leclerc (l’anglomane/multiculturaliste d’Option nationale), décide ce qui doit constituer la vérité, et se permet de considérer comme extérieur au bien commun tout ce qui ne suit pas la ligne directrice, on obtient une marche forcée, précisément, qui est nuisible pour tous. Le RRQ – ou le PQ, en fait, ou la plupart des organisations en ce moment – est un mouvement non-organique, c’est-à-dire qu’il est incroyablement fragile. Il est aussi fragile qu’il a besoin de contrôler l’information. Québec Solidaire, au contraire, est un mouvement organique; le discours est très peu contrôlé et la base est plurielle. Je n’appuie pas davantage Québec Solidaire, mais je respecte tout de même un peu ce parti pour cette raison. En clair, la division ne vient pas du fait de se critiquer les uns les autres; la division vient de ceux qui veulent empêcher les critiques, qui considèrent le mouvement comme étant si fragile que toute critique risquerait de le détruire. Ce sont ces gens-là, le gros problème.

Q: Que répondrais-tu à ceux qui disent que tu es excessif?

R: Je suis excessif parce que je suis passionné. Je prends une idée, et je la pousse jusqu’à sa conséquence ultime. Les demi-mesures, pas pour moi. Je déteste ceux et celles qui croient à moitié. On croit ou on ne croit pas. J’ai cru alors je me suis donné à fond. Je ne crois plus alors j’arrête. C’est tout. Quand on est convaincu d’avoir raison, et quand on a des statistiques, des données, un argumentaire, des idées et tout un coffre à outils idéologique pour appuyer cette conviction, on fonce. Sinon, ce serait comme avoir une voiture sport de l’année et la laisser dans l’entrée. J’aime mieux foncer dans le tas parce que même si je ne me fais pas d’amis, au final ce sont mes idées qui triomphent. Peu de gens le savent, par exemple, mais c’est moi le premier qui a constaté l’anglicisation particulièrement rapide de Laval et qui a compilé ces données. Aujourd’hui, la cellule du RRQ prend l’essentiel de ce travail et se l’approprie; sauf que c’est correct. C’est comme ça. Les idées n’appartiennent à personne. Ce qui compte, ce n’est pas le véhicule. Ce qui compte, ce sont les idées. C’est ça que de nombreuses personnes ne comprennent pas. Pour vouloir être indépendant, il faut se questionner sur cette indépendance et faire le combat des IDÉES, pas celui de savoir si le véhicule doit être le Parti Québécois, Québec Solidaire ou Option nationale. Un mouvement qui tue les idées tue l’indépendance. Un mouvement qui se concentre uniquement sur le comment tue l’idée du pourquoi. Voilà d’ailleurs, en passant, une des raisons pour lesquelles je dis que le Parti Québécois et Option nationale se ressemblent beaucoup (trop).

Q: Tu crois que le RRQ tue l’idée d’indépendance?

R: Oui, exactement. Le RRQ est le pire ennemi de l’indépendance. En tuant les idées, en éliminant tous ceux qui ne pensent pas et ne font pas comme le voudrait la sainte-orthodoxie du bureau politique de l’organisation, on tue toute forme de remise en question, et donc de potentiel d’arrimage avec la population. En évacuant les idées, en ne faisant que petites stratégies sur petites stratégies (comme le putsch raté alors qu’on a tenté, il y a une ou deux semaines, de saborder le PQ-Laval pour le transférer vers Option nationale), on perd de vue les idées. On tue les idées. C’est typique des mouvements sectaires: on opère une forme de rupture avec le monde extérieur, non pas en s’isolant physiquement, mais en s’isolant intellectuellement. On part du principe qu’on a raison, mais le problème est que cette analyse se vérifie de moins en moins avec les faits. Qu’on me comprenne bien: je suis indépendantiste, je veux l’indépendance. Mais on est en 2011; on ne peut pas simplement parler du combat comme étant un combat contre les méchants fédéralistes, par exemple. Aujourd’hui, il faut se battre notamment contre le cartel bancaire et contre les organisations transnationales. Le RRQ tente bien, maladroitement, de rejoindre la population sur d’autres thèmes (notamment la corruption), mais ça n’a rien à voir, en réalité, avec l’indépendance. C’est une idée secondaire, un greffon sur un tronc malade parce qu’isolé intellectuellement depuis trop longtemps. Quand je pense au RRQ, je pense à une maison fermée. J’aurais envie d’entrer et d’ouvrir toutes les fenêtres.

Q: Que penses-tu de Patrick Bourgeois?

R: Le chanteur des B.B.? Bof.

Q: Hahaha. Tu sais ce que je veux dire.

R: Hey c’est mon entrevue alors je déconne si je veux! 😛 Je pense que Patrick Bourgeois constitue la pire nuisance du mouvement indépendantiste depuis des décennies. C’est un chevalier de l’ombre; il fait faire ses basses actions par ses sous-fifres, pendant qu’il vit grâce à quoi au fond… aux t-shirts du RRQ vendus 60$? Cet individu n’a jamais rien fait pour la cause; il détruit la cause. Il a créé un mouvement rigide, hiérarchique, sectaire, qui contrôle tout de la tête jusqu’à la base (et non l’inverse, comme ce serait le cas dans un mouvement sain) et qui décourage toute pensée divergeant de celle du « cheuf ». Son RRQ constitue un rassemblement d’individus dysfonctionnels à qui on fait croire qu’ils aident la cause indépendantiste parce qu’ils achètent une guenille à 35$ ou qu’ils boivent de la bière entre gros bras une fois par semaine. Le RRQ n’a jamais rien fait pour l’indépendance. Même quand il fait des actions, il met toujours sont logo avant son message. Le message du RRQ, c’est: RRQ.

Q: Pourquoi ne pas simplement ignorer le RRQ?

R: Ses membres sont partout! J’avais réussi à les ignorer tant bien que mal, mais c’est rendu difficile. Ils vivent pour les médias. Ils n’agissent que s’il n’y a des médias. Ce sont des vampires médiatiques. En ce moment, c’est assez bénin, mais un tel mouvement sectaire, s’il n’est pas arrêté, pourrait causer beaucoup de dommages à long terme.

Q: Est-ce que tu fermes ton blogue?

R: Oui. Non.

Q: ?

R: Je prends une pause. Je déménage.

Q: Est-ce que ça a quelque chose à voir avec le RRQ?

R: Pas du tout! J’avais annoncé mon désir d’arrêter il y a six mois, soit bien avant les plus récents conflits. Disons simplement que le RRQ a contribué à réduire mon désir de militantisme au minimum. Je suis juste… ben tanné. Je ne vois plus l’intérêt de continuer. Ça fait cinq ans; j’ai fait le tour. Tout recommence. C’est toujours la même chose: Montréal s’anglicise, les riches sont plus riches, les pauvres plus pauvres, le PQ est dans la merde. Y a rien qui a changé en cinq ans. Y a rien qui va changer. Les Québécois veulent disparaître. C’est ce que je crois maintenant. Se battre contre une montagne, quand on regarde à sa gauche et qu’on voit des ados attardés du RRQ et à sa droite une population à genoux. Non merci.

Q: Tu parles beaucoup du RRQ, pourtant, pour quelqu’un qui veut les ignorer et qui dit que ce sont des incapables.

R: Oui, je sais. Le RRQ représente, à mes yeux, l’essence de ce qui ne fonctionne pas. Je pourrais inclure d’autres groupes. Il y a trop de gens qui pensent que des partis mollassons comme le PQ et radicaux comme le RRQ constituent deux extrêmes. En fait, ce sont deux faces d’une même médaille, soit celle des magouilles, des manœuvres cachées et de la peur des débats publics. Le PQ de Pauline Marois ressemble beaucoup au RRQ de Patrick Bourgeois; c’est d’ailleurs typique des organisations dirigées d’en haut. Le fait que je parle du RRQ exprime, à mes yeux, un problème plus fondamental, soit, comme je l’ai dit plus haut, la peur séculaire du peuple québécois de ne pas être à la hauteur, et cette crainte irrationnelle de croire que de faire les débats en public de ou se critiquer constructivement pourrait mener à notre affaiblissement. Marois, Bourgeois, ont la même peur, au fond: perdre leur petit piédestal. Toute critique contre leurs organisations respectives est une critique du chef. Toute dissidence est éliminée. Je parle du RRQ parce que je connais mieux le RRQ que le PQ. J’ai reçu des dizaines (bon, ok, neuf ou dix personnes différentes) de courriels ou de messages au cours des dernières semaines me donnant de l’information à propos d’actions nuisibles de la part du RRQ (je garde ces informations comme un « Joker » si jamais le RRQ s’en prenait à moi). La tentative de détourner le PQ-Laval vers Option nationale ne constitue que la pointe de l’iceberg. L’idée, en bout de ligne, c’est que ces actions cachées nuisent à tout le monde. Si on veut embarquer la population, il faut ne pas avoir peur des débats publics et avancer à masque découvert. Sinon, tout est perdu.

Q: Crois-tu que le français va survivre?

R: Je le crois de moins en moins. Je crois de plus en plus que tout est fini. La population a accepté de disparaître. Les années soixante, c’était un dernier regain de vie dans une cause perdue. C’est trop d’énergie à dépenser, trop difficile. Je vais continuer à parler uniquement français sur le territoire du Québec, mais je vais le faire à titre personnel. Je me réserve le droit d’avoir un regain d’énergie, mais je crois que l’heure n’est plus à l’action. Il faut redevenir semeurs. Et, croyez-moi, la récolte est très très lointaine.

Q: Tu es défaitiste.

R: Oui. J’entrevois de gros changements économiques au cours de la prochaine décennie, ce qui conduira à une « simplification rapide » (effondrement) de la plupart des structures héritées de la Révolution tranquille. La Loi 101, déjà, n’existe plus qu’en façade. Les gens n’y croient plus. Ils ont baissé les bras. Et quand ils voient des voyous se proclamer patriotes, ils décrochent encore davantage.

Q: Te considères-tu comme un militant?

R: Non. Ce fut ma grosse erreur. Peut-être ma pire erreur. J’ai déjà milité, mais je ne suis pas un militant. Un militant, c’est quelqu’un qui se définit par son action. Un militant, c’est quelqu’un qui accepte de se laisser endoctriner par sa cause. Non. On peut militer, mais on n’est pas un militant. Quand on devient un militant, on est déjà sclérosé, on a déjà cessé de penser. Quand on est un militant, on ne remet plus rien en question et on fait l’inacceptable pour « la cause ». Moi, je suis un penseur. Quand la SSJB est venue me chercher, elle a cru que j’étais un militant. Je suis un militant dans la même mesure où Victor Lévy-Beaulieu peut être un militant (bien que celui-ci ait beaucoup plus de talent que moi). J’ai milité, mais sans cesser d’être un individu à part entière. Et ça, pour certains, c’est très dangereux.

Q: Combien de textes as-tu publiés?

R: 973, avec celui-ci. J’aurais bien aimé me rendre à 1000… Mais qu’est-ce que cela aurait changé?

Q: Combien de personnes ont visité ton blogue, en moyenne?

R: En 2007-2008, environ 400 personnes uniques par jour. En 2009, environ 600-700, avec des pointes à plus de 2000. En 2010-2011, environ 400 personnes.

* * *

Merci à ceux qui m’ont suivi depuis ces cinq dernières années. Je me suis fait beaucoup d’ennemis, mais quelques amis aussi. Et j’aime mieux être apprécié de quelques personnes qui en valent la peine que d’une masse d’imbéciles qui se pensent patriotes parce qu’ils vont harceler des maires francophones sur la rive-nord ou qui gaspillent leur argent pour payer le train de vie du cheuf ou un avion à 1000$ avec une banderole.

Le blogue est né, il a vécu, et il est temps de tourner la page.

Oh, je vais sûrement écrire encore. Je vais d’abord déménager mes textes ailleurs, au cours des prochains mois (mon abonnement se termine en février, je crois, et je n’ai plus les moyens de me réabonner). Je vais les laisser car il y a une foule d’informations utiles dans ceux-ci, notamment des statistiques et des résumés. Ensuite, je vais peut-être écrire, ou peut-être pas. Qui sait.

La leçon de base est qu’écrire constitue une œuvre de communication. On écrit quand on a quelque chose à dire. Il y en a qui en font un métier; on peut penser à un larbin comme Bock-Côté qui se fait le porte-parole de Péladeau et qui est bien récompensé (et rémunéré) malgré son absence totale de talent. Je ne voudrais pas devenir comme ça. On peut dire que je suis présomptueux, mais je trouve que j’ai trop de talent pour terminer comme un Bock-Côté, un Éric Duhaime, un Richard Martineau et autres cruches qui polluent la place publique. Ces gens sont les représentants du patronat. Ce sont des idiots utiles interchangeables. Ils n’ont rien à dire, ils n’ont pas de talent, et ils sont simplement récompensés parce qu’ils sont dociles. Non, ça ne m’intéresse pas.

Je crois que le vrai pouvoir se trouve dans les livres. On peut se servir de baudruches comme Bock-Côté ou Duhaime pour passer un message de propagande de droite très rapide et sans consistance, mais le livre, lui, travaille sur le fond des choses. Il nourrit une terre souvent stérile et il prépare la relève. En étant moins dans l’immédiat, dans la rétroactivité souveraine, il peut prendre le temps d’établir un discours cohérent, complexe, violent. On ne s’y perd pas en guerres de ci ou de ça comme sur un blogue. On ne se laisse pas affecter par le bruit de fond que constitue le quotidien.

L’idée, c’est de s’expatrier sans s’expatrier. Pas besoin de fuir comme un Sylvain Racine, par exemple, qui a fuit vers la Suède et qui se pense Grand Patriote parce qu’il pond un ou deux textes ordinaires sur Vigile une fois de temps en temps. Non, ça c’est la lâcheté.

Le livre, c’est l’expatriation imaginée, c’est le réel enraciné ici, mais qui s’ouvre au vrai en élargissant ses horizons, loin du babillage ambiant.

Donc, merci à ceux qui m’ont lu toutes ces années. Vous me relirez peut-être à un autre moment. Mais je n’ai plus d’énergie à perdre dans des guerres stériles.

La colère est piètre conseillère et la colère ne m’aide pas à réaliser ce que je veux réaliser. Je sais que ce texte lui-même comporte son lot de colère, mais j’ai tenté de l’exprimer le plus rationnellement possible, malgré la haine que je ressens pour certain mouvement. C’est mon baroud d’honneur, et je l’assume pleinement. C’est ma dernière bière avant la cure, ma dernière virée avant le mariage, choisissez l’image qui vous plaît. Je dis ce qu’il en est, et je passe à autre chose. Et si quelqu’un croit que j’invente quoi que ce soit, grand bien lui fasse.

J’ai dit la vérité, je me sens bien maintenant. Je passe à autre chose.

Avec ce blogue. Dans ma vie.

La page est tournée.

Ce n’est même pas un « au revoir ».

Simplement: à plus tard.

Quand, peut-être, j’aurai de nouveau la foi.

Aucun lien

Il n’y a pas le moindre lien entre la colonne de gauche et celle de droite.

Je répète: pas le moindre lien.

Ce ne sont que des photos prises au hasard avec des définitions d’un mouvement sectaire tout aussi prises au hasard.

Il manque une photo, soit celle décrivant ce qui constituerait, dans un mouvement sectaire, la police interne chargée de sanctionner ceux qui ne disent pas comme l’orthodoxie officielle. Disons simplement qu’il aurait probablement été difficile de mettre une telle photo sans donner l’impression qu’un lien existerait entre les deux colonnes! 😉

Alors, je répète une dernière fois: aucun lien entre les deux colonnes. Simple juxtaposition d’images et de définitions.

Pur hasard.

Du moins, c’est ainsi que je l’interprète! 🙂

Source de l’image: NON AU RRQ