Mois : avril 2012

Apartheid universitaire : mettons fin au sur-financement

Il ne reste plus que quelques jours avant la sortie de mon livre. Voici une vidéo où je parle de quelques-uns des nombreux sujets traités dans cet essai, notamment :

1) Les institutions universitaires de la minorité de langue anglaise du Québec sont sur-financées par rapport à son poids démographique ;

2) Les étudiants étrangers ne paient pas le plein prix et on pourrait facilement aller chercher ces sommes avant de hausser les frais de scolarité ;

3) Le Québec constitue une anomalie : aucune nation sur cette planète, qu’elle soit souveraine ou dans un cadre fédératif, ne finance davantage les services à sa minorité que le Québec.

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APARTHEID UNIVERSITAIRE, en vente dans toutes les bonnes librairies le 9 mai prochain.

Perdre sa session

Ce soir, j’ai réalisé quelque chose, d’abord en lisant les discussions sur la page Facebook de la manifestation, puis en y participant avec ma conjointe. J’ai réalisé que la réalité est peut-être à l’inverse de celle qu’on croit : ce sont peut-être les « verts » qui sont en train de perdre leur session et les « rouges » qui sont en train de la gagner.

Pendant qu’une minorité d’individus centrés sur leur nombril prend d’assaut les tribunaux pour faire valoir la primauté de son petit cul assis sur un banc d’école sur celle de l’ensemble des étudiants, ces derniers se livrent à une session intensive d’apprentissage dans la meilleure des écoles qui soit : la rue.

Mathématiques : Ils apprennent à calculer tous les détails de la hausse, des propositions bidons du gouvernement, du remboursement proportionnel au revenu, etc. Ils amènent ces arguments dans leurs assemblées et en discutent ouvertement.

Arts : Ils se dépassent dans des projets artistiques contre la grève. Ce soir, j’ai vu quantité d’idées originales, que ce soit un étendard à la romaine, un chapeau avec un gigantesque carré rouge, un arbre de Noël ; ce sont de véritables œuvres d’art.

Philosophie : Je lisais une discussion sur la page Facebook de la manifestation, où chaque commentaire était très long et qui portait sur la nécessité ou non d’une certaine forme de violence pour faire bouger le gouvernement. On parlait du bien commun, de la nécessité de bien faire les choses. On citait Marx, mais également d’autres philosophes. On argumentait très bien.

Droit : De nombreux manifestants ont appris à mieux connaître leurs droits, à comprendre ce qui constitue un attroupement illégal, à utiliser la loi pour atteindre leur but.

Histoire : Les étudiants étudient d’autres luttes similaires, tentent d’établir des stratégies, utilisent les échecs du passé (comme en 2005) pour se coordonner. Ils analysent les impacts de la non-violence, de la désobéissance civile, etc.

Et ainsi de suite.

Cette grève, loin de mettre une session en danger, la bonifie. Elle transforme une éducation aseptisée et théorique en modèle vivant ; elle sort la classe dans la rue et, à l’aide d’un discours cohérent, force les étudiants à pousser leur logique toujours plus loin.

Ce ne sont pas les étudiants ayant voté contre la grève ou ayant utilisé les tribunaux pour continuer à étudier qui mériteraient de réussir leur session. Ce sont ceux qui, depuis plus de soixante-dix jours, participent à un gigantesque événement démocratique qui devraient recevoir un diplôme.

Les renier, les empêcher de savourer ne serait-ce qu’une parcelle de victoire, continuer de les marginaliser et de les infantiliser comme le fait le gouvernement Charest, c’est toucher à l’obscurantisme et c’est refuser cet apport éducatif MAJEUR qui laissera des traces pour de nombreuses années à venir.

Je n’ai pas seulement réalisé quelque chose en manifestant aujourd’hui.

Non, j’ai été éduqué en manifestant aujourd’hui.

Je ne suis plus étudiant, mais je les remercie de contribuer à mon éducation et de lutter pour celle de mes enfants.

Illégal

« La manifestation est déclarée illégale » titrait pompeusement LaPresse.ca. Mais qu’est-ce que la légalité d’une manifestation ? À la base, le simple fait de bloquer une rue, ou même de s’attrouper, n’est-il pas illégal ? Si on applique la loi à la lettre, je suis sûr qu’on pourrait arrêter à peu près n’importe qui, que ce soit pour avoir craché par terre, traversé au feu rouge, bloqué la circulation… Pourquoi cette fois-ci est-elle différente ?

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À la base, une manifestation constitue un geste de défiance. C’est illégal par essence parce qu’on sort du cadre législatif pour entrer dans un pur rapport de force. D’un côté, le gouvernement ; de l’autre, la rue. D’un côté, la loi ; de l’autre, des milliers de manifestations. Alors oui, manifester, c’est faire la lutte à la légalité, c’est cesser d’être un individu pour devenir une collectivité.

Au sein d’une société normale, équilibrée, ce geste de défiance est assimilé, c’est-à-dire qu’il est toléré. On décide d’appliquer une vision élastique de ce qui constitue la légalité parce qu’on a compris que les conséquences d’un tel refus seraient pires que celles d’une entrave temporaire à la circulation. On a compris qu’on a davantage à perdre d’interdire une brève entorse à la légalité que d’appliquer la loi d’une manière plus stricte.

Ce qui se produit aujourd’hui constitue un changement important : de plus en plus rapidement et de plus en plus facilement déclare-t-on une manifestation illégale. Le message lancé est le suivant : on ne veut plus vous entendre, on ne veut plus vous tolérer. Sous prétexte de quelques « casseurs », on pénalise les milliers de citoyens qui font valoir le droit fondamental de toute démocratie : celui de manifester.

Ce geste de fermeture policière suit exactement le geste de fermeture de la ministre, qui a exclu la principale organisation étudiante gréviste de soi-disant négociations où, selon Martine Desjardins de la FEUQ, celle-ci n’a été présente qu’une heure sur quarante. Cette fermeture suit également une intensification de l’utilisation de l’appareil judiciaire par des sous-fifres du Parti Libéral qui considèrent que le fait de ne pas donner un cours serait un geste « illégal ».

La vraie question devrait être : veut-on vivre dans un monde légal ?

Sérieusement, veut-on de ce monde où tous les rapports sociaux se résument à la légalité ? Un monde d’avocailleux et de politichiens qui, plutôt que de gérer les excès propres à toute expression de la volonté collective, se font les serviteurs de l’ordre imposé par une élite individuelle et égoïste ?

J’ai toujours trouvé folklorique le slogan usé lancé dans les manifestations : « La police, au service des riches et des fascistes ! ». Les dernières semaines, et plus spécifiquement les derniers jours, me poussent à voir les choses différemment. L’intransigeance des forces de « l’ordre », l’intransigeance gouvernementale, l’intransigeance des gosses de riches mwa-mwa, tout ceci me laisse un arrière-goût d’une société qui ne me plaît pas du tout.

Légale ou pas, je préfère une manifestation violente, expression de l’exaspération et de la colère légitimes d’une génération méprisée et infantilisée par le gouvernement, à une société de loi et d’ordre où les seuls rapports sociaux sont la résultante des rapports de force individuels et où toute forme de liberté collective est écrasée sous le poids de désirs égoïstes propulsés par le rouleau-compresseur de la droite économique.

Le vide

On dit que la politique a horreur du vide. À toute idée doit finir par correspondre un parti, un mouvement, une action. Je regarde la pluralité des points de vue dans l’élection présidentielle française, et je vois un peuple qui occupe ses espaces vides, qui discute, qui oppose des idées novatrices. Rien à voir avec le Québec.

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Le Québec a la folie du centre. Signe d’un peuple historiquement tissé serré, nous avons peur de nous éloigner du consensus. Le résultat ? Nos partis politiques sont sans saveur, sans couleur, ils représentent tout et leur contraire à la fois.

S’il y a un vide à combler, en ce moment, c’est bien celui de la gauche économique et de la droite des valeurs, pour citer le leitmotiv d’Égalité et Réconciliation. En ce moment, les seuls partis de la gauche économique sont également à genoux devant les minorités et le multiculturalisme. Inversement, les partis de droite sont à genoux devant le patronat et le mondialisme.

Aucune force ne semble être en mesure d’émerger pour embrasser à la fois la cause nationale et celle des travailleurs. L’idée-même de cette union sacrée est au mieux ignorée, au pire ridiculisée. Cette nécessité d’une troisième voie entre un capitalisme sauvage transnational et une gauche économique ayant peur de s’enraciner dans l’identité de chaque peuple est de plus en plus urgente, mais le vide continue, continue, continue.

Avoir peur d’avoir peur

Je crois que cette peur de remplir le vide vient de cette incapacité historique que nous avons de confronter les dogmes qui nous affligent. Nous ne sommes pas capables de relever la tête franchement. Nous avons appris à exister sur la pointe des pieds, confondant notre mollesse à de la modération.

Combien de ces partis ni-oui-ni-non devrons-nous créer avant d’oser combler le vide ?

Prenons un parti marginal comme Option nationale, par exemple. Je connais plusieurs personnes qui fondaient de grands espoirs dans celui-ci. Dès le début, je les ai prévenus : ce parti ne changera rien. Il est composé d’anglomanes, sa plate-forme est floue et il n’assume pas pleinement la lutte nationale. Aujourd’hui, on apprend notamment que le candidat du parti dans Crémazie a déjà publié un texte en faveur d’une hausse (!) de l’immigration.

Le vide n’est pas comblé. Il est encore à être comblé.

Parallèlement, je regarde un mouvement sectaire comme le RRQ. Celui-ci a organisé hier une activité avec un groupe innu intitulé « InnuPower », contre le Plan Nord. Un groupe de soi-disant résistants qui s’allie avec une organisation ne respectant même pas la langue nationale des Québécois, ça commence mal. Mais que dire de l’idéologie derrière tout ceci ? En reconnaissant la présence d’une nation innue au Québec, le RRQ ne participe-t-il pas à la marginalisation de la nation québécoise et à l’éventuelle partition du nord du Québec, une partition déjà bien commencée ?

Le vide n’est pas comblé. Il est encore à être comblé.

On pourrait également parler de Québec Solidaire, qui se rapproche de plus en plus du NPD, et dont le chef a déjà affirmé être contre la Loi 101 au cégep. Un parti de la gauche économique mais qui a complètement embrassé le multiculturalisme et la fragmentation identitaire.

Le vide n’est pas comblé. Il est encore à être comblé.

Je suis en attente. J’attends un mouvement, un parti résolument nationaliste, francophile, au service de la nation québécoise de Sherbrooke à Kuujjuaq, qui ne ferait pas le moindre compromis sur la langue nationale. J’attends un mouvement, un parti résolument de la gauche économique, au service des travailleurs et de leurs organisations syndicales, et qui refuserait tout compromis face au patronat.

J’attends toujours.

Parce que nous avons peur de nous assumer.

Tout est permis

« A vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes. »

— John F. Kennedy

Le 20 avril 2012 restera gravé comme une date de rupture. Jusqu’à maintenant, nous avions un gouvernement insensible, mais nous pouvions croire qu’il démontrait un certain intérêt pour les revendications des étudiants. Aujourd’hui, Jean Charest a dépassé les bornes en faisant de l’humour noir sur leur dos. Il n’a plus la crédibilité pour gouverner. Il est indigne de sa fonction et, désormais, tout est permis pour le déloger de son piédestal et lutter contre la violence et le mépris de ses propos.

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Quand le mépris remplace le dialogue, les bombes commencent à pleuvoir. Les choses ont toujours fonctionné ainsi. C’est la fin du dialogue entre les Patriotes et le gouverneur britannique qui a mené à la Révolte de 1837-38. C’est également la fin du dialogue entre le mouvement indépendantiste québécois et le gouvernement canadien qui a mené à Octobre 1970. Quand les oreilles se ferment, quand la personne en face de soi cesse d’être un interlocuteur valable, quand on n’attend même plus à voir une parcelle d’humanité dans son regard, tout est permis.

L’attitude du gouvernement Charest est celle d’un pyromane. Il se promène dans l’ombre et il fout le feu. Il envoie ses sbires, dans son parti ou chez Gesca, faire le sale travail et lui se félicite de voir l’édifice de nos idéaux brûler pour qu’il puisse enfin y envoyer ses pompiers. Montréal ressemble de plus en plus à chaque jour à une ville assiégée et il blague. Des étudiants se font matraquer ou gazer, et lui suggère de les envoyer dans le Nord pour leur « trouver un emploi ». Ce gouvernement ne représente plus la population.

Tout est permis.

Dire que tout devient permis, c’est réaliser une chose : ce gouvernement n’est plus légitime. Il a violé le contrat social qui unit la population québécoise à ses leaders. Il a violé cette tradition typique de chez nous consistant à ouvrir le dialogue pour trouver des compromis, à rejeter l’affrontement pour trouver des terrains d’entente, à écouter la rue lorsqu’elle se manifeste si clairement. Il a violé les principes fondateurs de notre démocratie, de notre vivre-ensemble, de nos valeurs. Il n’a plus la légitimité de nous représenter. Il est à l’origine d’une violence qui nous est étrangère parce que nous n’avions jamais été témoins d’un tel mépris.

Étudiants, cassez des vitres. Étudiants, prenez des pavés. Étudiants, détruisez ce qui doit être détruit si vous en avez le désir. Il n’y a plus de dialogue. Assiégez la ville si c’est là votre volonté. Aucune de vos manifestations ne peut surclasser la violence du mépris et de la répression de ce gouvernement.

Charest a choisi d’ignorer la rue. Si c’est d’un Printemps québécois dont il est question, celui-ci doit aller jusqu’au bout : jusqu’au renversement de ce gouvernement pourri.

Et puisque tous les ponts ont été coupés, puisque Jean Charest lui-même trouve le moyen de rigoler pendant qu’on assassine la démocratie étudiante, puisque celui-ci méprise jusqu’aux valeurs fondamentales des Québécois, désormais, tout est permis.

Tout est permis.