Mois : mai 2012

Le fascisme du 21e siècle

Le fascisme du 21e siècle n’est pas nationaliste ou collectiviste. Le fascisme du 21e siècle est individualiste et en faveur du libre-marché. Le fascisme du 21e siècle n’a pas besoin de symboles ou de parades militaires ; son seul symbole est le droit individuel et pour le faire respecter il est prêt à violer n’importe quel droit collectif.

Mussolini affirmait :

« Tout dans l’État, rien contre l’État, rien en dehors de l’État. L’individu n’existe qu’autant qu’il fait partie de l’État et qu’il demeure subordonné aux nécessités de l’État. »

Le projet de loi liberticide de Jean Charest constitue une nouvelle forme de fascisme où l’individu est subordonné au pouvoir brut de l’État non plus au nom d’intérêts collectifs supérieurs, mais plutôt en fonction de la liberté individuelle… d’autrui.

L’idée de base du fascisme, le point autour duquel s’articule toute l’idéologie, est une conception selon laquelle il n’y aurait rien à attendre du parlementarisme, des discussions, de la négociation. La force brute est vue comme la solution à ce qui est assimilé à des « troubles sociaux ».

Jean Charest, en refusant obstinément de négocier avec les étudiants – il n’a même pas accepté de rencontrer leurs représentants cinq minutes – lance le message que ces « troubles sociaux » ne peuvent être résolus qu’en réduisant la liberté des citoyens et en augmentant celle des forces policières.

N’ayons pas peur de l’affirmer : cela est très dangereux. À partir du moment où on accepte, au sein de notre société, que des conflits sociaux peuvent se régler de manière violente par l’utilisation des forces policières pour interdire des manifestations, on ouvre la porte à une telle manière de fonctionner à grande échelle. On légitime la fin du dialogue et on encourage la radicalisation des conflits.

On dit que l’Histoire se répète. C’est faux. Elle sonne toujours un peu semblable, mais jamais exactement de la même manière. Le fascisme du 21e siècle, anti-nationaliste et hostile aux idées collectivistes, trouvera son opposition précisément dans le nationalisme et l’union de la collectivité québécoise, de la même manière que le fascisme du 20e siècle a été détruit par l’union des nationalités et la primauté accordée aux droits individuels.

Ce qui se passe aujourd’hui est très très grave.

Cette date sera à marquer au fer rouge non seulement comme la fin d’un demi-siècle de reconnaissance du droit de grève des étudiants, mais également en tant que rejet de la négociation et du compromis comme solution à un conflit social.

On ne saurait mesurer l’importance d’un tel rejet.

Nos enfants en paieront le prix.

Non à l’entente !

N.B. À l’origine, ce texte s’intitulait : « Oui à l’entente ! ». J’ai été moi aussi pris dans l’enthousiasme de voir un règlement du conflit permettant un retour en classe et une annulation de la hausse. Léo Bureau-Blouin, leader de la FECQ, a lui-même cru en cette possibilité en conférence de presse après la signature.

Les informations sorties aujourd’hui à l’effet que le gouvernement aurait modifié en catimini le texte pour le faire signer à des leaders étudiants debout depuis plus de 30 heures sont troublantes. Et le fait que les économies ne puissent compenser que les frais afférents et nullement le reste de la hausse l’est tout autant.

Pour toutes ces raisons, je modifie mon interprétation et je m’oppose à cette entente, fruit d’une manipulation des leaders étudiants.

Je laisse le texte ci-dessous à titre purement informatif. Je pourrais le renommer : « Comment manipuler à la fois les leaders étudiants et votre humble serviteur ».

Ou comment confondre des pinottes avec une offre raisonnable.


L’entente entre le gouvernement et les associations étudiantes n’est pas parfaite. Comme dans toute négociation, elle est le fruit de compromis et de zones d’ombres permettant à chaque partie d’interpréter celle-ci comme une victoire auprès de ses propres partisans.

Dans le cas actuel, par exemple, le gouvernement peut annoncer que la hausse est maintenue et les leaders étudiants peuvent affirmer que c’est plutôt le gel qui l’est, puisque la hausse sera compensée par une baisse équivalente aux sommes qui doivent être obtenues par un exercice de rationalisation des universités opéré par un Comité provisoire.

Bien sûr, c’est un pari. Léo Bureau-Blouin, de la FECQ, l’a d’ailleurs annoncé à au moins deux reprises en conférence de presse. Les étudiants font le pari qu’ils seront capables d’aller chercher les sommes nécessaires au maintien du gel dans les universités. Ce pari, bien que risqué, peut être gagné.

Évidemment, la composition du Conseil provisoire laisse les étudiants et les syndicats minoritaires, avec 8 sièges sur 19. Cela n’est pas si grave : quatre des représentants sont nommés directement par la ministre. En d’autres mots : si on change le gouvernement, on peut obtenir quatre sièges supplémentaires à tout le moins moins hostiles aux étudiants. La lutte se transporte donc sur le terrain politique.

Pragmatisme 101

Il y a un temps pour être idéaliste, et il y a un temps pour être pragmatique. Oui, la gratuité scolaire totale du primaire au doctorat doit être notre but à viser. Il s’agit cependant d’un but à long terme. En ce moment, on obtient un gel garanti pour la prochaine session, probable pour la session suivante, et possible pour les années subséquentes. C’est déjà beaucoup.

N’oublions pas, cependant, que des sessions sont en jeu. Oui, il faut prioriser le futur de notre éducation à long terme, mais de persister dans le conflit actuel ne peut pas permettre de garantir de nouveaux acquis alors que le coût, pour chaque étudiant perdant sa session, serait plus que tangible.

Les étudiants ont de nouveaux outils pour continuer la bataille. Celle-ci change de terrain, mais elle se poursuit. Il y a un temps pour la rue, il y a un temps pour le Conseil provisoire, il y a un temps pour les élections. S’obstiner dans une voie sans issue ne permettra pas d’obtenir le moindre gain alors que les étudiants ont déjà gagné avec cette entente.

Utilisons les moyens à notre disposition, et si jamais ça ne fonctionne pas, la rue sera toujours là au printemps prochain.

Sauf qu’entre-temps, on aura permis de sauver la session des étudiants et on aura pris le risque d’annuler complètement la hausse pour ceux-ci. En d’autres mots : on peut difficilement perdre !

Les étudiants ont été une source de profond respect et d’inspiration pour les Québécois depuis des mois. On a découvert de nouveaux leaders étudiants inspirants. Il faut leur faire confiance, et il faut accepter cette entente afin de leur permettre de démontrer que les sommes gaspillées dans les universités peuvent compenser la hausse.

En ce qui me concerne, la grève est terminée. Cette entente doit être acceptée. Si une frange plus radicale la refusait, elle se peinturerait dans le coin et ferait reculer le mouvement.

Allons de l’avant.

Les Verts face à leur parasitisme

Si l’entente entre le gouvernement et les étudiants est entérinée par ces derniers, cela aura comme conséquence, avec l’aide d’une gestion plus rigoureuse des universités, de produire un gel effectif des frais de scolarité pour les sept prochaines années.

La question qui tue : les Verts, ces gens qui ont utilisé les tribunaux pour aller à l’encontre de la démocratie étudiante, ces gens qui ont proclamé sur toutes les tribunes que la hausse était justifiée et qu’ils étaient heureux de payer plus cher pour leurs éducations, ces Verts profiteront-ils de ce gel qui a été obtenu par le sacrifice d’autrui ou auront-ils la cohérence de payer volontairement plus cher que leurs collègues qui se sont battus ?

La question est bien davantage que théorique. Cette victoire pour le mouvement étudiant a été obtenue parce que des milliers d’étudiants se sont mobilisés, qu’ils se sont levés aux petites heures pour bloquer leurs institutions, qu’ils ont manifesté jour après jour. Ils se sont battus quotidiennement contre l’égoïsme d’une minorité de mwa-mwa pour qui la seule liberté qui existe est la liberté individuelle.

Ne faudrait-il pas, alors, que ces étudiants qui ont poignardé le mouvement étudiant dans le dos depuis des mois assument volontairement la hausse et prouvent ainsi qu’ils continuent de préférer la hausse à l’accessibilité ?

Ces 1770$ de hausse qu’ils vont épargner annuellement grâce au travail d’étudiants qu’ils ont trainé dans la boue depuis 82 jours, vont-ils l’assumer ou profiteront-ils du travail d’autrui pour mettre cette somme dans leurs poches ?

Ce conflit aura aussi permis de lever le voile sur cette minorité d’égoïstes centrés sur eux-mêmes, cette génération de mwa-mwa dont la liberté de leur nombril a préséance sur tout le monde, et de démontrer que loin de défendre des idéaux nobles, elle constitue plutôt une sous-classe de parasites vivant sur le bras d’autrui, profitant de leurs victoires, et faisant tout pour y nuire.

Être Arielle Grenier, Laurent Proulx, ou les autres « sans nom » qui se sont battus contre leurs collègues, j’aurais tellement honte ce soir que je ne pourrais pas sortir de chez moi.

Faut dire, j’ai un peu d’estime de moi.

Eux ? Ils vont profiter du gel comme tout le monde, ils vont continuer d’être les parasites de leurs collègues, et ils vont continuer de proclamer la supériorité de leur petit cul sur les idéaux collectifs de tout le monde.

Et ils vont continuer de profiter de la tribune offerte par des médias partageant la même idéologie et tout aussi parasitiques qu’eux.

La tyrannie du pacifisme

Pire que la hausse des frais de scolarité elle-même, le conflit étudiant a vu naître sur la place publique un nouveau type de militant : le pacifiste haineux. Sûr de son idéologie pacifiste, il se substitue aux policiers pour s’en prendre à ceux qu’il qualifie de « casseurs ». Allié du pouvoir en place, il ne rêve que d’ordre et de paix dans une situation où c’est présentement l’ordre et la paix – lire l’indifférence quant au sort des étudiants – qui doivent être dénoncés.

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On les voit sur toutes les tribunes, clamant : « Mais laissez-nous manifester pacifiquement ! ». Et que se passe-t-il quand on les laisse le faire ? Rien. Ils font leur petit tour dans la rue, dérangent un peu la circulation, scandent « So, so, so ! » pendant quelques minutes et rentrent paisiblement chez eux le soir venu. Leur pacifisme est un échec.

En soi, le pacifisme est une idéologie qui se défend. On parle souvent de la Révolution tranquille ou de Gandhi pour le justifier. Mais on oublie de situer ces exemples dans le temps : le processus de décolonisation faisait alors son chemin et l’élite anglaise elle-même était prête à jeter du lest. Le pacifisme n’a pas gagné à cause de son essence ; il a gagné parce qu’il s’inscrivait dans une mouvance où même l’élite avait fini par perdre confiance en ses propres privilèges.

En ce moment, tout au contraire, l’élite est sûre d’elle-même, hautaine, méprisante. Elle jouit de tous les pouvoirs. Elle est capable de faire des blagues sur les étudiants, de parler de les envoyer dans le nord. Elle peut les infantiliser, les ridiculiser. Elle a ses Martineau, Facal, Duhaime, Pratte, Dubuc et autres nez-bruns du pouvoir pour la défendre. Elle est toute-puissante et, s’inscrivant dans le courant néolibéral actuel, elle arrive à convaincre une partie importante de la population.

Conséquemment, on ne peut pas voir comment une stratégie purement pacifiste peut fonctionner. Si le but est de vaincre le gouvernement – et ce but ne peut être autre puisque le gouvernement refuse même de considérer les étudiants comme des interlocuteurs crédibles – il faut utiliser TOUS les moyens pour y arriver. Ces moyens ne peuvent pas exclure la désobéissance civile massive et l’utilisation de la force physique contre des objets inanimés. Elle ne peut pas exclure non plus la résistance active contre les abus policiers.

Il y a un temps pour la réflexion et un temps pour l’action. Quand l’argumentaire a été développé, quand les études ont été faites, quand des manifestations pacifistes d’une ampleur historique ont été tenues, quand les appuis se sont généralisés, quand l’objectif est clair, quand l’autre partie ne veut rien entendre, il est du DEVOIR du mouvement étudiant d’opposer au radicalisme gouvernemental sa propre radicalisation, sa propre désobéissance civile, sa propre résistance active.

Quand un pacifiste haineux décide de se transformer en subalterne des policiers pour empêcher la violence légitime découlant du mépris gouvernemental, il ne contribue pas à sa cause : il encourage la division dans ses rangs et il nuit à l’expression de cette violence. Il empêche cette canalisation salvatrice d’une violence nécessaire pour frapper l’imaginer collectif et permettre de prendre conscience que le conflit, s’il n’est pas réglé pacifiquement, aura des conséquences funestes.

Le Québec a toujours été une nation pacifique. Mais le Québec est également une nation qui a vu ses idéaux piétinés depuis des siècles et ses confrères francophones de toute l’Amérique décimés.

Ne rejetons pas le pacifisme. Il peut être utile.

Mais ne rejetons pas la résistance active et l’utilisation de moyens plus radicaux contre des objectifs non humains.

Face à un ordre autoritaire, ayons l’intelligence de ne pas nous imposer nous-mêmes notre propre tyrannie du pacifisme.

Les universités anglos : malades d’étudiants étrangers

N.B. Ce texte, non publié jusqu’à aujourd’hui, m’a été soumis par Michel Moisan, professeur de physique à l’Université de Montréal. Le sujet est tout à fait connexe à l’apartheid universitaire que je dénonce dans mon essai. En rouge, quelques passages qui me semblent particulièrement pertinents.


Les étudiants étrangers et leur financement par l’État québécois

Les étudiants universitaires en grève se posent, avec raison, la question du bon usage du budget de l’État fait par nos universités. La présence des étudiants étrangers dans le système universitaire est un aspect méritant d’être examiné de ce point de vue.

Les coûts du système universitaire de premier cycle sont principalement à la charge du gouvernement du Québec, en d’autres mots c’est le contribuable québécois qui doit en assurer l’essentiel du financement. Il est possible de distinguer deux groupes d’étudiants étrangers que nous sommes justifiés d’accueillir dans nos universités (nous allons nous en tenir aux études de niveau baccalauréat (premier cycle), excluant donc les Études de maîtrise et de Ph. D. dans ce qui suit).

  • Ceux-ci proviennent de pays en émergence ou en voie de développement. Les recevoir dans nos universités constitue une contribution québécoise à l’aide internationale, encore faudrait-il toutefois que le niveau de ce financement soit en conformité avec les priorités du budget du Québec.
  • Ceux-ci proviennent de pays développés et il y a une perspective d’échange, de réciprocité. C’est le cas des ententes universitaires avec la France, mais pas (ou très peu) avec les États-Unis. On peut se poser la même question pour les provinces canadiennes. Le fait est qu’en 1996, le Ministère de l’Éducation du Québec avait imposé aux étudiants canadiens inscrits dans les universités québécoises, à défaut de réciprocité, des frais de scolarité qui correspondaient à la moyenne des frais de scolarité des provinces canadiennes. Dans ce qui suit, le terme étudiant étranger désigne à la fois les Canadiens hors-Québec et les Internationaux.

Considérer le financement global des divers ministères et non pas seulement celui du Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS)

Dans l’examen des coûts de formation de ces étudiants, il y a lieu de prendre en compte toutes les contributions gouvernementales québécoises, non seulement celles du MELS mais aussi celles des autres ministères comme, dans l’exemple qui suit, du Ministère de la Santé et des Services Sociaux (MSSS).

Pour aborder cet aspect, considérons le coût de la formation des étudiants en médecine (il faut quatre ans pour obtenir le titre de MD avec une année préparatoire selon la formation antérieure, notamment pour les Cégépiens). Si l’on s’en tient au seul financement de l’enseignement universitaire (enveloppe budgétaire du MELS), les étudiants canadiens hors-Québec en médecine paient environ 9 000 $/an et leurs confrères internationaux (notamment Américains) environ 24 000 $/an. Mais ce poste ne comprend pas le financement par le MSSS, portant à environ 300 000 $ le coût global estimé pour le cours de MD (document UdeM). Puisque 47,6 % de la cohorte MD de McGill (par rapport à 2,1 % pour celle de l’UdeM) ne vont pas exercer au Québec et ne jamais y payer d’impôts, c’est du financement à perte. En excluant les étudiants du Nouveau Brunswick à qui la Faculté de médecine de l’UdeM réserve chaque année trois places sur demande du Gouvernement, la perte pour le contribuable québécois, par étudiant canadien hors-Québec diplômé, est d’environ 260 000 $ alors qu’elle est d’au minimum 175 000 $ pour les Internationaux.

Certes, McGill est une université reconnue en médecine, mais est-ce judicieux que nous contribuions à financer un aussi grand nombre d’étudiants canadiens hors-Québec et de “pauvres” étudiants américains? Surtout, ne prive-t-on pas ainsi le Québec de médecins dont on déplore, dans les journaux, qu’ils ne sont pas assez nombreux ? Qui plus est, la forte présence d’étudiants non québécois fait en sorte que la formation dispensée ne tient pas suffisamment compte des besoins populationnels exprimés par le MSSS, par exemple au cours des années passées, pour une formation accrue en médecine familiale. Il semble en effet mieux indiqué pour McGill de préparer des médecins spécialistes, ce qui est plus prestigieux pour sa “réputation internationale” on en conviendra.

Partage des programmes entre universités

Si un programme doit son existence à la présence majoritaire d’étudiants non québécois, n’y aurait-il pas lieu d’établir ce programme dans une seule université (francophone ou anglophone, suivant le cas). Plusieurs programmes de McGill et Concordia devraient être examinés sous cet angle puisque ce sont ces universités qui reçoivent le plus d’étudiants internationaux et canadiens hors-Québec. Considérons, à cet effet, le taux de rétention au Québec des diplômés de McGill en Médecine dentaire, qui se situe entre 45 et 50% (pourcentage tenant compte d’un éventuel stage de formation en dehors du Québec, après leur diplomation, avant leur inscription à l’Ordre des dentistes) : on peut s’interroger sur l’opportunité de former des dentistes à McGill (29 étudiants inscrits/an et 85 à l’UdeM). Pourquoi ne pas en faire un seul programme, regroupé à l’UdeM pour ce qui est de l’enseignement magistral qui, comme il se donne en français, augmenterait le taux de rétention des diplômés puisque ceux-ci pourraient plus facilement obtenir le permis d’exercer au Québec de l’Office Québécois de la Langue Française (OQLF). Le chevauchement de programmes conduit à des coûts encourus à perte, sans qu’il le sache, par le contribuable québécois.

Le cas de Bishop university

Cette université de premier cycle comptait, il y a quelque temps, une majorité d’étudiants Canadiens hors-Québec. Il a déjà été suggéré dans le passé de fermer cet établissement pour mettre fin à une perte financière, sans contrepartie, pour le contribuable québécois. Notons d’ailleurs que son Principal s’est octroyé (à même les impôts des Québécois) salaire et avantages (315 225 $ pour veiller sur 2200 étudiants) dépassant ceux du Recteur de l’université de Sherbrooke (282 700 $ pour 37 000 étudiants): n’importe quoi pourrait-on dire.

Revenus en provenance des droits de scolarité, frais afférents et frais administratifs

Au début, la différence entre les droits de scolarité perçus par l’université pour les étudiants non québécois par rapport à ceux des étudiants résidants du Québec revenait intégralement au MELS. Ce n’est plus le cas maintenant alors qu’une partie importante de cette différence est intégrée au budget de chaque université. Ainsi, à McGill le montant moyen annuel encaissé par étudiant équivalent-plein temps (comprenant une partie de droits de scolarité plus les frais afférents et administratifs) est de 6 916 $ alors qu’à l’UdeM, il n’est que de 2 791 $ (chiffres 2011 : l’UdeM reçoit, en premier lieu, comme étudiants internationaux des Français dont les frais de scolarité sont les mêmes que ceux des étudiants québécois). Ceci donne un avantage budgétaire net à McGill sur l’UdeM d’environ 87 millions $/an (pour 8 500 étudiants en moins à McGill!).

Par ailleurs, comme nous venons de le voir, plusieurs de ces étudiants non québécois vont quitter le Québec avec leur diplôme, sans contribuer ultérieurement par leurs impôts au financement (comme tous les Québécois) du système universitaire. Autrement dit, McGill profite du système actuel de droits de scolarité à titre personnel et laisse le contribuable québécois acquitter les pertes en impôts.

Conclusion

L’examen de l’aspect budgétaire de la formation universitaire au premier cycle fait apparaître des distorsions importantes dans les revenus encaissés par les universités en moyenne par étudiant et dans la rétention au Québec des diplômés les plus coûteux en termes de formation.

En effet, McGill retire des revenus par étudiant dépassant largement ceux de l’UdeM et engrange cette différence dans son budget de fonctionnement. Par ailleurs, bon nombre d’étudiants non québécois dont la formation est coûteuse vont quitter le Québec sans jamais participer, par les impôts, au financement du système qui les a formés. Les universités anglophones (qui accaparent plus de 25% du financement global au Québec) sont particulièrement visées car elles reçoivent, davantage que les universités francophones, des étudiants internationaux (payant le tarif international à la différence des Français) et canadiens hors-Québec.

Pour mettre fin à l’accueil disproportionné de non-Québécois, par exemple, en Médecine et Médecine dentaire et tenir davantage compte des besoins du Québec, McGill devrait dispenser la moitié de son enseignement de médecine en français. Que penser, en même temps, des étudiants québécois francophones qui n’ont peut-être pas pu concourir à égalité (c’est-à-dire en se reportant à la cote R des Cégeps) avec des étudiants étrangers. Ainsi, à McGill les Américains ont des sièges “autorisés” en Médecine par le MSSS (pourquoi ?) et il ne semble pas y avoir de limitations à l’inscription des étudiants Canadiens non résidants du Québec. Ceux-ci contribueraient ultérieurement, dit-on, au fonds de dotation de McGill (affirmation faite sous toute réserve) !

Enfin, compte tenu du taux très élevé d’étudiants étrangers (25% de son contingent, les Canadiens hors-Québec étant en sus de ce pourcentage), le fait que des étudiants québécois n’entrent pas dans le système universitaire craignant un endettement excessif ne saurait être une véritable préoccupation de la Principale de McGill : quoiqu’elle en dise, son université fera toujours le plein d’étudiants, qui plus est des étudiants “qui rapportent”.

Michel Moisan, professeur de Physique, Université de Montréal

Sources : Pierre Dubuc, Le Devoir, 6 avril 2012.– Patrick Sabourin : un médecin pour le prix de deux, Action Nationale, décembre 2006.– Rapports annuels des établissements, MELS, Assemblée nationale, novembre 2011. — Mémoire UdeM à la Commission parlementaire sur la qualité, l’accessibilité et le financement des universités, février 2004. États financiers des universités Concordia, McGill et Montréal.