Catégorie : Politique

À la défense de la Fédération des Québécois de souche

Il y a quelque chose de complètement surréaliste dans le retrait du mémoire de la Fédération des Québécois de souche (FQS) du site web de l’Assemblée nationale. Des gens ne l’ayant pas lu (!), comme Gabriel Nadeau-Dubois, ont fait pression pour qu’on l’enlève et il a été enlevé sous prétexte qu’il était antiparlementaire.

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Or, en quoi un document proposant des solutions et des idées serait « antiparlementaire » ? Comme le souligne le FQS sur sa page Facebook — une page en danger de fermeture, à cause des attaques incessantes du réseau contre la liberté d’expression — « l’antiparlementarisme désigne l’opposition ou l’hostilité envers le parlementarisme, qu’il s’incarne sous forme républicaine ou monarchique, critiquant le plus souvent le coût de fonctionnement du Parlement, la corruption des parlementaires, leur absentéisme et le vote godillot ».

J’ai lu ce rapport. Je l’ai trouvé très bon. Je ne suis pas d’accord avec tout ce qui y est écrit, mais je ne vois aucunement en quoi il s’agirait d’antiparlementarisme. On peut être en désaccord avec le passage sur la nécessité de protéger l’identité ethnique du Québec, mais en quoi de tels propos mériteraient qu’on expulse le mémoire lui-même ? Il s’agit d’une opinion de l’organisme, et cette opinion n’a pas davantage à être acceptée ou rejetée de la part de l’Assemblée nationale que n’importe quelle autre opinion.

Par exemple, un mémoire de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes traite presque les Québécois de racistes. Son point 2.2 parle du « racisme, un fait tangible au Québec » et affirme que celui-ci a été « documenté au Québec par différentes sources ces dernières années, notamment par la CDPDJ, différentes recherches universitaires, le SPVM, sans que le gouvernement ne prenne les mesures nécessaires à son éradication ». Pourquoi de tels propos sont-ils jugés parlementaires tandis que ceux de la FQS ne le sont pas ?

En quoi est-il interdit d’un côté de prôner une identité ethnique au Québec tandis qu’il est toléré de l’autre de s’opposer à toute forme d’identité ethnique au Québec ? Comme l’écrivait (ou pas) Voltaire : « Pour savoir qui vous dirige vraiment il suffit de regarder ceux que vous ne pouvez pas critiquer. »

deux poids, deux mesures

Ce deux poids, deux mesures, est tout à fait typique de la société dans laquelle nous vivons. Si un individu ou un groupe se réclame du communisme ou du socialisme, on lui donne une tribune, ou au pire on hausse les épaules. Mais s’il se réclame d’une vision identitaire, on cherche à l’isoler, à l’exclure du débat. Or, le communisme a tué plus de cent millions d’êtres humains. Pourquoi serait-il plus acceptable socialement de se réclamer d’une telle idéologie meurtrière que de valoriser une appartenance ethnique ou identitaire ?

Si des individus ou des groupes se réclament d’une appartenance ethnique, même de manière tout à fait démocratique, on leur enlève leur plate-forme sur Facebook, on les bannit. Or, au même moment, d’autres organisations de gauche aux méthodes ouvertement violentes sont tolérées sur le réseau et dans le discours public.

Il devient de plus en plus difficile de ne pas y voir un agenda concerté. Le message est clair : tu acceptes le multiculturalisme ou tu te tais. Tu acceptes que ton pays devienne celui d’un autre ou tu te tais. Tu as le droit de débattre, mais seulement à l’intérieur des paramètres préalablement prédigérés par l’intelligentsia gauchiste au pouvoir.

Staline serait fier.

réclamer la liberté

Le combat de la FQS n’est pas seulement celui du peuple québécois. Il ne s’agit même pas seulement du combat occidental contre l’immigration de masse. Il est question ici de l’essence même de la liberté, c’est-à-dire d’avoir le droit d’exister et d’avoir sa propre opinion sans se faire mettre à l’index, se faire diffamer ou exclure.

Quand on permet à des gens ayant une opinion différente de la nôtre de s’exprimer, on s’assure que ce droit sera le nôtre plus tard. On écoute d’abord en vue d’être écouté plus tard. On fait le choix citoyen de participer au processus démocratique, qui nécessite le combat des idées afin d’éviter le combat de la rue.

L’alternative, on la connaît. Quand les gens cessent de se parler, quand ils se félicitent de la censure et de l’exclusion des idées qui ne sont pas les siennes, quand ils se jugent dignes de décider de ce qui a le droit d’être exprimé ou non, la démocratie meurt et l’expression légitime des préoccupations censurées prend une expression autrement plus funeste.

La folie des opposants à la Loi 21

Racisme, nettoyage ethnique, xénophobie, source de honte… Les qualificatifs ne manquent pas pour critiquer le projet de loi du gouvernement Legault en faveur de la laïcité des travailleurs représentant l’État. Un peu plus, et on demande à l’OTAN de bombarder le Québec pour mettre fin à l’hécatombe. On nage en plein surréalisme.

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Comme le souligne avec justesse Richard Martineau, il y a des codes de conduite et vestimentaires dans toutes les professions. Si un employé représente une banque, il ne peut pas arriver en manches courtes le corps couvert de tatouages, même si ces tatouages font partie de son identité.

Quand on demande aux représentants de l’État de laisser les symboles religieux ostentatoires à la maison, ce n’est ni de la discrimination, ni du racisme, ni du nettoyage ethnique ; on reconnaît simplement qu’il existe des règles et qu’on ne peut pas davantage placer les tatouages (ou des piercings dans le visage) entre l’employé de banque et le client qu’on peut placer le voile entre l’enseignante et l’étudiant. L’employé de banque doit être neutre parce qu’il représente une institution (la banque) qui se veut neutre ; idem pour l’État.

vivre dans le passé

La réaction aussi émotive et extrême des opposants à cette loi tient peut-être qu’ils ne réalisent pas le changement qui s’est opéré au sein de la société québécoise. Le Québec est un des endroits au monde qui reçoit, proportionnellement à sa population, le plus d’immigrants. Le feu couve depuis plus d’une décennie. On est passé de la polémique d’Hérouxville à la commission Bouchard-Taylor, à la charte des valeurs, puis maintenant la loi 21. À chaque fois, les partisans du multiculturalisme espéraient pouvoir enterrer le problème sous le tapis et qu’il disparaîtrait de lui-même.

L’historien Éric Bédard a raison de comparer cette loi à la Loi 101. Tout au long des années soixante et soixante-dix, on a vu des gouvernements chercher des moyens de régler la question linguistique ; il y a eu des commissions, des lois, diverses tentatives, toutes aussi infructueuses les unes que les autres, jusqu’à la La Charte de la langue française, votée dans l’année suivant l’élection du Parti Québécois en 1976. Le parallèle avec la CAQ, qui vient d’arriver au pouvoir, est assez intéressant ; dans les deux cas on parle d’un parti qui entend opérer une cassure avec le statu quo est qui a mis ses cartes sur la table, en toute honnêteté, tout au long du processus l’ayant porté au pouvoir.

Toutes ces personnes qui se déchirent la chemise sur la place publique finiront par accepter que le Québec a changé et trouveront normal qu’une personne laisse ses signes religieux à la maison lorsqu’elle va travailler pour le gouvernement. Personne ne force qui que ce soit à travailler dans quelque lieu que ce soit ; si pour une femme le voile d’Allah est plus important que son travail, elle est libre de se trouver un autre emploi. Idem pour l’employé de banque et ses tatouages ou ses piercings.

L’ethnocentrisme immigrant

À Rome, on fait comme les Romains. On ne force personne ni à habiter au Québec, ni à travailler pour l’État québécois. Si des gens ont fait le choix de venir vivre chez nous, ils doivent avoir comme objectif de s’intégrer à notre société, non de chercher à la transformer pour qu’elle devienne semblable au pays qu’ils ont quitté.

De la même manière, si une Québécoise allait vivre en Arabie Saoudite, réclamerait-elle le droit de se promener la tête découverte ou de boire de l’alcool dans les lieux publics (ce qui est interdit là-bas) ? Non. Elle accepterait le fait qu’elle est dans un pays étranger et qu’elle a la responsabilité de s’y adapter.

Les immigrants qui arrivent ici, par contre, sont tellement nombreux qu’ils vivent souvent reclus sur eux-mêmes, dans des ghettos, et ils n’ont que peu de contact avec l’essence de ce qui constitue notre culture. Ils sont surpris, ces jours-ci, de constater que les lois votées dans une ville et une province s’appelant Québec peuvent les affecter. Ils arrivaient ici sans rien savoir ni de nous, ni de nos valeurs, et souvent encore moins de notre langue. Ils arrivent au Canada, en Amérique, et c’est tout. Ils vivent souvent repliés sur leur petite réalité et ignorent celle du pays qui les accueille.

Quand la poussière sera retombée, le Québec aura gagné non seulement une plus grande cohésion sociale, mais également un plus grand respect de la part de ces immigrants. Les prochains qui arriveront n’auront de choix de prendre acte de la présence du peuple québécois qui, par ses institutions et ses lois, a déterminé la place que doit occuper la vie religieuse au sein de ses institutions et a trouvé la manière de leur permettre de s’épanouir sans que leur religion ne prenne préséance sur la laïcité de notre État.

En espérant qu’il ne s’agit que d’une première étape. Il faudrait encore réduire le nombre d’immigrants, car sans cela, la pression démographique finira par nous mettre en minorité et rendra de telles lois plus difficiles à adopter dans le futur.

Comme on dit : à chaque jour suffit sa peine.

Tenez bon, M. Legault !

Le Québec sous la table des décisions

Philippe Couillard a affirmé, au lendemain des élections fédérales, que le résultat démontrait non seulement que le déclin du mouvement indépendantiste se poursuivait, mais également que le Québec serait « de retour à la table des décisions » puisqu’il a appuyé avec force le nouveau gouvernement libéral. Au contraire, le résultat de ces élections a achevé de discréditer le Québec en tant que force dont il faut tenir compte. Nous ne sommes pas à la table ; nous sommes sous la table, tels des appui-pieds de piètre qualité.

Il y a un peu plus d’un siècle, l’ancien premier ministre canadien Wilfrid Laurier, alors questionné par Henri Bourassa quant à sa décision de participer à la guerre des Boers malgré la forte opposition du Québec, avait déclaré ne pas avoir à tenir compte du Québec dans ses décisions parce que « la province de Québec n’a pas d’opinions, elle n’a que des sentiments ».

En effet, comment analyser autrement le comportement politique de gens votant indifféremment tantôt pour le NPD (centralisateur, centre-gauche, pro-environnement) ou pour le PCC (décentralisateur, droite, anti-environnement) ? Les mêmes personnes, à Québec notamment, ont pu mettre un « X » en 2011 pour un parti voulant s’attaquer aux mieux-nantis et lutter contre les changements climatiques, puis mettre le même « X » cette fois-ci pour un parti proposant exactement le contraire.

Ce magasinage politique, où les gens refusent de s’attacher à un parti représentant leurs valeurs, se contentant de suivre la vague, ne permet pas au Québec de prendre sa place à la table des décisions, mais assure plutôt que les partis politiques canadiens ne chercheront plus à prendre en considération le Québec, peu importe leurs décisions.

Pensons-y un instant. Pourquoi un parti fédéral se donnerait-il la peine d’écouter les revendications du Québec dans le cadre de l’élaboration de ses politiques, si le Québec ne vote pas en fonction des dites politiques ? Pourquoi Justin Trudeau déciderait-il en fonction du Québec s’il sait que la moitié de ses appuis ici provient de comtés anglicisés ou à forte proportion d’immigrants où un cochon peint en rouge gagnerait, et l’autre moitié de gens qui « suivent la vague » et n’ont rien à foutre de ce qu’il fait ?

Remarquons que le calcul politique était le même pour le Parti conservateur. La poignée de députés du PCC dans la région de Québec et en Beauce a-t-elle permis au Québec d’être à la table des décisions ? A-t-on vu beaucoup de députés conservateurs du Québec prendre des positions courageuses depuis quatre ans, comme la défense de notre fleuve contre l’oléoduc tant honni ou d’autres enjeux environnementaux ? Bien sûr que non. Ces régions sont acquises, et les mandarins du PCC savent que le Québec ne compte pas : on n’y gagne pas ailleurs en fonction des politiques, mais sur de simples états d’âme.

Depuis l’étrange et honnête aveu de Laurier il y a un siècle, et jusqu’à aujourd’hui, le Québec n’a été à la table des décisions que lorsqu’il a donné avec force son appui à un parti remettant en question notre appartenance au Canada. On n’a jamais autant écouté le Québec qu’entre 1960 et 1995. Le Québec, alors, était sur toutes les lèvres. Le Québec, en votant de manière cohérente et selon les politiques proposées, a forcé des modifications majeures au fonctionnement de l’État canadien. Le Québec était à la table lorsque ses citoyens ont cessé de voter selon leurs sentiments et qu’ils ont embrassé avec force l’idée indépendantiste. Nous étions assis sur la table, et nous avons forcé le Canada à négocier.

Ce n’est donc pas le déclin du mouvement indépendantiste ou le retour à la table des décisions du Québec qu’il faut célébrer aujourd’hui. Il s’agit plutôt du déclin de la force politique du Québec et notre retour non pas en tant que puissance dont le Canada doit tenir compte, mais plutôt comme des enfants un peu bébêtes et sentimentaux, qui jouent sous la table pendant que se prennent les décisions des grands.