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Laval, une ville perdue pour le français ?

Il y a un peu moins d’une dizaine d’années, je compilais des statistiques sur ce que j’appelais alors une invasion anglophone à Laval. Presque une décennie plus tard, les choses ont-elles changé ? Pas vraiment.

La carte interactive ci-dessous (basée sur les aires de diffusion de Statistique Canada) fait état de l’indice de vitalité linguistique (IVL) de l’anglais et du français à Laval. Cet indice est calculé en divisant le nombre de locuteurs de langue d’usage par celui de langue maternelle ; un résultat de 1 constitue un équilibre linguistique parfait. J’ai ensuite soustrait l’IVL français à partir de l’IVL anglais pour obtenir un différentiel de vitalité. En clair, si le différentiel est positif, il y a une plus forte vitalité anglaise (rouge sur la carte) et, à l’inverse, si le résultat est négatif, c’est le français qui jouit d’une plus forte vitalité (bleu sur la carte).




Le résultat est aussi clair que déprimant : sauf quelques rares exceptions, la carte est presque entièrement rouge. Dans presque tous les quartiers de Laval, c’est l’anglais qui prime, c’est l’anglais qui gagne des points, c’est l’anglais qui transforme des locuteurs qui avaient une langue maternelle autre en langue d’usage anglaise. C’est l’anglais qui, dans une nation soi-disant de langue française, « intègre ».

Ce qui est encore plus inquiétant est la force de cet attrait de l’anglais : dans de nombreux quartiers, l’IVL anglais dépasse 2, voire 3, ce qui est énorme ! Par exemple, le secteur 185, autour du métro Cartier, a seulement 1,3% de sa population de langue maternelle anglaise, mais 5,3% qui ont l’anglais comme langue d’usage, pour un IVL de 4.11 ! Que de telles anomalies se produisent dans un deux quartiers serait surprenant mais possible, mais ce genre de données se répète un peu partout dans toute la ville de Laval.

La Loi 21 constitue peut-être un pas dans la bonne direction, considérant l’ampleur de l’immigration massive qu’on nous impose — tout ce qui peut rendre le Québec moins accueillant pour un immigrant constitue une avancée — mais il faudra des mesures beaucoup plus agressives et ciblant directement les privilèges anglais, des privilèges qu’aucune autre majorité sur cette planète n’accorde à sa minorité.

Si nous continuons d’attendre, Laval sera perdue. D’ailleurs, il est peut-être déjà trop tard…

HEC : Intégration ou capitulation ?

« Ces étudiants-là n’échappent pas complètement au français. Ils vont à la cafétéria manger du pâté chinois et non du Chinese pâté. Ils sont confrontés au français, puisqu’ils baignent dans un environnement en français ».

Kathleen Grant, directrice des communications HEC Montréal, parlant du nouveau programme unilingue anglais des HEC.

kathleen.grant@hec.ca

La lettre ouverte de Michel Patry, directeur des HEC, en réponse à la polémique autour de l’anglicisation de ce qui fut jadis une grande université francophone, et en complément de cette incroyable ânerie proférée par Kathleen Grant, est sublime. J’aimerais trouver un meilleur mot, mais je dois me contenter de celui-ci. En quelques paragraphes bâclés, il ressasse l’ensemble des préjugés qui gangrènent actuellement notre société et limite sa capacité à assurer non seulement le futur de sa langue, mais également de son éducation en tant que bien collectif.

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Premier préjugé : « l’ouverture » à la mondialisation.

Sa lettre étant intitulée « S’ouvrir à la mondialisation », cette préconception est centrale : l’auteur considère que c’est la langue anglaise qui permet de « s’ouvrir sur la mondialisation ». Le problème avec cette vision est qu’elle est extrêmement myope sur le le long terme. D’un côté elle part du principe que la « mondialisation » constitue une fin en soi et que ce processus serait souhaitable. D’un autre, elle sous-entend que cette « mondialisation » serait durable. Et finalement, que cette « mondialisation » ne devrait se faire qu’en anglais.

Or, tous ces arguments ne sont que des opinions. La mondialisation peut être souhaitable ou non ; il y a là matière à débats. Cette mondialisation se vit-elle en anglais ? Oui, en partie dans le cas des affaires, dans une certaine partie du monde. Dans une autre partie, elle se fait en russe, en mandarin, en japonais. Et partout, sauf exception, la langue anglaise perd de son lustre en tant que lingua franca, un peu au même moment où son dollar perd son statut de valeur refuge.

Donc, si on part du principe que la mondialisation est quelque chose de souhaitable – ce qui reste à démontrer, comme je l’ai écrit, et nous en reparlerons à une autre occasion – l’anglicisation des HEC contribue à favoriser la formation de futurs étudiants adaptés au monde d’hier. Des individus qui arriveront sur le travail à un moment où c’est le mandarin qui sera en demande et où une armée d’anglicisés se battra pour un nombre de postes réduits. On est loin d’une « relève québécoise [qui] mérite une excellente formation qui la prépare à affronter une concurrence de plus en plus mondialisée ».

Deuxième préjugé : la mission des HEC.

Tout au long de son texte, M. Patry propose un argumentaire selon lequel il serait normal que les HEC favorisent la compétitivité avec le reste du monde. Il propose donc cette anglicisation comme une manière d’y arriver. Cela pose un problème fondamental : en quoi le fait d’angliciser notre jeunesse contribuerait-il à nous donner, collectivement, un avantage sur le reste de la planète ?

Qu’on me comprenne bien : ce qui fait notre spécificité, ce qui constitue notre avantage, c’est PRÉCISÉMENT le fait que nous parlions français. Cela FORCE les entreprises désireuses de s’établir au Québec à s’assurer une maîtrise de notre langue. Ce n’est pas en parlant anglais que nous serions plus « compétitifs ». Nous serions simplement plus faibles car nous perdrions une partie de nous-mêmes, de ce qui fait notre originalité, notre spécificité.

Individuellement, un étudiant qui apprend l’anglais pourrait quitter pour les États-Unis, y gagner beaucoup d’argent, et grand bien lui fasse. Cela nous ramène cependant à la mission d’une université financée par l’État. Celle-ci ne doit pas avoir comme objectif l’enrichissement individuel et le bien-être d’individus qui peuvent ensuite quitter le Québec et s’enrichir ailleurs ; elle doit valoriser l’enrichissement collectif des Québécois en respectant nos valeurs profondes.

En anglicisant nos jeunes, nous n’enrichissons pas le Québec. Nous ne le rendons pas plus compétitif. Nous contribuons seulement à saper le fondement de notre aménagement linguistique et à affaiblir notre capacité à vivre chez nous selon nos valeurs. Nous ne sommes pas compétitifs ; nous sommes à genoux.

Troisième préjugé : l’intégration.

La pire des conneries proposées par M. Patry est celle-ci :

HEC Montréal se fait aussi un devoir d’offrir aux différentes communautés linguistiques, d’ici et d’ailleurs, des cheminements facilitant l’intégration d’étudiants dont le français n’est pas la langue maternelle. Nous observons que plusieurs étudiants étrangers souhaitent connaître le Québec, et même s’y installer. Si nous ne mettons pas en place les structures d’accueil facilitant leurs études et leur intégration, un établissement comme le nôtre les perdra […].

Suivez-moi bien, parce que c’est incroyablement loufoque. M. Patry suggère que nous renforcerions le français et l’intégration des immigrants en leur facilitant l’accès à l’anglais. Nous ferions venir des gens de l’autre bout du monde, nous leur enfoncerions de l’anglais dans la gorge du matin au soir, ceux-ci pourraient ensuite se faire servir en anglais un peu partout au centre-ville (merci à la bilinguisation forcée de notre jeunesse), et cela renforcerait leur intégration.

M. Patry nous prend pour des idiots.

En terme de connerie, c’est à peine un iota moins pire que Kathleen Grant, directrice des communications HEC Montréal, qui avait affirmé que les étudiants étrangers s’intégreraient parce qu’ils commanderaient du pâté chinois à la cafétéria et non pas du « chinese paté ».

Désolé de faire éclater ses fantasmes, mais ce n’est pas davantage en parlant anglais qu’on s’intègre à la langue française que c’est en larguant des bombes sur un pays qu’on y fait la paix. Les études – toutes les études – ont démontré que c’est le travail qui est le principal vecteur d’intégration. Et les études ont également démontré que la langue de la scolarité influe directement sur la langue du travail. Ce n’est pas en achetant du pâté chinois plutôt que du « chinese pâté » qu’on s’intègre, n’en déplaise aux bouffons qui dirigent ce trou noir de l’intelligence dont le statut d’université devrait faire honte à quiconque a ne serait-ce que des connaissances de base sur le processus d’intégration des immigrants.

En clair, on ne participe pas à l’intégration des immigrants en les éduquant, à nos frais, en anglais. On participe plutôt à leur exclusion, on encourage leur replis sur soi et on nuit à leur capacité et à leur désir à apprendre la langue des Québécois. On leur lance le message suivant : « Jusqu’au cœur des institutions québécoises, c’est l’anglais qui vous ouvre les portes ». Croyez-vous sérieusement qu’on va intégrer un immigrant de cette manière ? Cet argument de M. Patry est indigne de sa fonction.

« Sucer debout, c’est ça se tenir drette »

C’est le groupe Loco Locass qui chantait : « Sucer debout, c’est ça se tenir drette ». Bien qu’il parlait du Parti Libéral du Québec / Quebec Liberal Party et de ses liens incestueux avec le monde des affaires, on pourrait appliquer cet adage aux HEC.

D’une institution dont le premier président Canadien-français fut Esdras Minville, un économiste n’ayant de cesse de dénoncer l’anglomanie de ses pairs et désireux de faire des HEC le fer de lance de l’affirmation nationale des Québécois en matière d’économie, les HEC sont devenus l’équivalent des Business schools anglo-saxonnes privées, formant avant-tout des individus et oublieuse de son rôle social.

L’éducation constitue un bien collectif. La preuve est son large financement par l’État, qui espère recevoir des retombées via une population plus éduquée, des salaires plus élevés, des citoyens moins susceptibles d’avoir affaire avec le système judiciaire.

Quand les HEC s’anglicisent, ils favorisent avant tout le rejet des valeurs de la collectivité et l’ouverture d’horizons permettant à ses étudiants d’aller enrichir le pays voisin. Après avoir investi des centaines de milliers de dollars dans un étudiant, l’État le voit quitter pour les États-Unis (ou ailleurs) et y payer des impôts. C’est aussi cela, le risque de l’anglicisation.

Les HEC agissent comme une entreprise privée, mais ils sont payés avec l’argent de nos impôts. Il y a là une incompatibilité totale.

L’institution doit choisir. Ou bien elle est une université québécoise et elle participe au développement collectif des Québécois dans la langue des Québécois, ou bien elle est une université privée anglicisant le monde entier chez nous et participant à notre recul collectif au nom de ses intérêts mercantiles.

Si l’université ne peut trancher, le gouvernement devrait le faire.

À supposer qu’on ait un gouvernement, évidemment, car dès qu’il est question de protection de nos intérêts collectifs, il est bien silencieux…

* * *

Je vous invite également à lire ce texte, qui en dit davantage sur l’auteur et la génération qu’il représente que sur ses idées. Si ce n’était de l’anglomanie de La Presse, un tel texte n’aurait évidemment pas été publié.

Voici ma réponse :

JE suis dans la trentaine,
J’ai choisi les HEC,
JE n’y suis pas allé avec l’intention,
ME trouver un emploi,
JE suis né,
J’aime MA langue,
J’y élève MA famille,
J’apprends,
JE peux,
JE suis dans la jeune trentaine…

Et de quelle nom JE parle-t-il au nom de NOUS ?

Quelle génération, quand même, que celle de tous ces petits égocentriques centrés sur leur nombril et qui prétendent parler au nom des autres.

Qu’ils continuent à prôner notre anglicisation.

Dans NOTRE histoire, les colonisés comme ceux-là ne sont que du vent.

À leur mort, puisque de toute leur vie ils n’ont parlé qu’au JE et ont négligé le NOUS, rien ne leur survit.

* * *

Un texte qu’il faut lire : Le chiard et le Chinese pâté.

[directrice des communications HEC Montréa

Frais de scolarité : la perspective nationale

Dans le débat sur la hausse des frais de scolarité, il y a un enjeu qui est totalement laissé de côté : celui de la perspective nationale. Si l’éducation constitue un bien public, et si le gouvernement est honnête dans sa rhétorique selon laquelle les frais imposés aux étudiants permettraient d’augmenter le financement de 216 millions de dollars pour les universités, il aurait alors fallu se demander s’il n’y avait pas une manière d’aller chercher cette somme sans imposer ce fardeau supplémentaire aux étudiants québécois.



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La hausse des frais de scolarité est injuste. Cela est une évidence, car l’ensemble des études démontrent non seulement qu’elle entraîne une baisse de la fréquentation, mais également une augmentation des coûts pour l’État car les individus moins éduqués sont en général plus souvent malades, ont plus souvent affaire avec la justice et profitent généralement davantage du chômage.

Existe-t-il une manière d’augmenter le financement sans s’en prendre aux étudiants québécois ?

La réponse est OUI : l’éducation étant un bien collectif et ce bien collectif appartenant aux Québécois, qui ont la langue française comme langue nationale, il suffirait de faire payer le plein prix aux étudiants canadiens et étrangers qui fréquentent les universités de langue anglaise. Autrement dit : il ne faut plus accepter que des gens viennent contribuer à notre anglicisation à nos frais. Si des étudiants d’ailleurs veulent étudier à McGill, Concordia ou Bishop’s, qu’ils paient le prix complet de leur éducation.

Le tableau ci-haut devrait convaincre n’importe quel lecteur de l’importance numérique des étudiants canadiens et étrangers dans les universités de langue anglaise. En 2008, il y avait 11 447 étudiants étrangers et 13 452 étudiants canadiens dans les trois universités de langue anglaise au Québec, des universités devant, théoriquement, s’adresser à la minorité nationale. À McGill, il significatif de noter que près d’un étudiant sur deux ne vient pas du Québec.

Selon des données du Ministère de l’éducation, du loisir et du sport (MELS), une année d’université coûte en moyenne 29 941$ aux contribuables québécois. Généralement, les étudiants étrangers paient entre 10 000$ et 20 000$ par année, l’État comblant la différence. En utilisant une contribution minimale de 10 000$ par étudiant, cela donne une dépense de 114 millions de dollars de la part des Québécois. En fait, la situation est pire : le deuxième contingent étranger, originaire de la France, jouit d’une entente de réciprocité lui permettant de payer la même somme que les Québécois. Nous utilisons donc le 114 millions de dollars à titre de MINIMUM absolu payé par le gouvernement québécois pour les étudiants étrangers.

Dans le cas des étudiants canadiens, ceux-ci paient la moyenne canadienne, soit 5378$ par année. Conséquemment, l’État québécois finance à hauteur de 24 563$ chacun de ceux-ci (29 941$ – 5378$). Si on multiplie cette somme par les 13 452 étudiants canadiens fréquentant les universités de langue anglaise, on obtient la somme de 330 millions de dollars.

En clair, c’est près de 444 millions de dollars qui peuvent être économisés simplement en faisant payer le juste prix aux étudiants canadiens et étrangers qui viennent étudier chez nous dans une langue autre que la langue officielle. Un peu moins d’un demi-milliard de dollars simplement pour faire encore moins que ce que font déjà la quasi-totalité des nations sur cette planète : financer un seul réseau d’éducation nationale avec des services destinés à la minorité historique.

La nécessité de la cohérence

Cette solution est d’une simplicité désarmante. Parfois, les meilleures solutions le sont. Outre sa simplicité, elle a également le mérite d’être cohérente et de s’opposer aux arguments fallacieux à la fois de fédérations étudiantes préférant faire les yeux doux aux anglophones et d’un gouvernement ayant choisi la voie de la marchandisation de l’éducation.

Actuellement, le débat porte principalement sur les conséquences INDIVIDUELLES des choix éducatifs. Pour les étudiants, sauf de rares exceptions, on parle principalement des conséquences personnelles, de l’incapacité à allier travail et études, des risques de décrochage, etc. Au gouvernement, on rétorque que l’éducation constitue un investissement et qu’il serait donc logique d’investir dans son avenir individuel puisqu’il y aurait un salaire plus élevé en bout de piste.

Ces deux arguments sont incomplets parce qu’ils partent du principe que l’éducation est un bien individuel.

L’éducation, au contraire, constitue un bien collectif à partir du moment où l’État en assume ne serait-ce qu’une partie. Si l’État paie pour celle-ci, c’est parce qu’il a été démontré que l’éducation est rentable collectivement, qu’elle permet d’améliorer la société. L’État ne paie pas pour la réussite individuelle de chaque élève, mais pour la réussite COLLECTIVE de la société.

Ainsi, si l’éducation constitue un bien national profitant à l’ensemble de la collectivité québécoise et si la langue de la nation québécoise est le français, ne serait-il pas normal de s’attendre à ce que les étudiants canadiens et étrangers participant à notre anglicisation paient l’entièreté de leur éducation ? Ne serait-il pas normal, plutôt que de répartir la hausse des coûts également sur l’ensemble des étudiants, québécois, canadiens, étrangers, francophones, anglophones, de viser en priorité ceux dont le retour prévu pour la collectivité est le plus faible ?

Quand on sait que près d’un médecin sur deux formé à McGill quitte pour les États-Unis après sa formation, quand on sait que les étudiants étrangers retournent le plus souvent chez eux après avoir terminé leurs études, privant ainsi la société québécoise des fruits de l’investissement, pourquoi ne demanderait-on pas à ceux-ci de payer le juste coût de leur formation ? Dès qu’on a compris que l’éducation constitue un bien collectif, il devient sensé d’exiger que ceux qui ne participent pas durablement à cette collectivité paient plus cher que les autres.

L’idéal, bien sûr, serait de faire du Québec une nation normale, à l’image des autres sur cette planète, qui ne financent qu’un seul réseau d’éducation dans la langue nationale. L’idéal, ce serait évidemment que les universités de langue anglaise – financées à 29,3% du budget total – soient intégrées dans un seul réseau francophone avec quelques services correspondant au 5,6% de la population que constitue la minorité anglophone historique. L’idéal serait que le réseau d’éducation national dans la langue nationale soit entièrement gratuit de la maternelle au doctorat.

Même si ce monde est imparfait, nous pouvons néanmoins tendre vers une plus grande perfection. Celle-ci exige à tout le moins de reconnaître qu’il est injuste de faire payer si peu pour des étudiants d’ailleurs venant s’angliciser et nous angliciser chez nous.

Nous devons également reconnaître qu’une sortie de la crise actuelle respectant le caractère public de l’éducation consiste à ne pas cracher sur le demi-milliard de dollars que nous perdons en continuant à subventionner le monde entier pour qu’il vienne affaiblir pour quelques années notre langue avant de repartir créer de la richesse ailleurs.

À quand une véritable politique d’éducation nationale réellement accessible et au service de la nation québécoise ?

Option Nationale: ça commence très mal

Il y a de ces espoirs qui ne peuvent qu’être déçus. Comment pouvait-on espérer, par exemple, qu’un député péquiste peu connu à l’extérieur des cercles de l’orthodoxie du parti, se révélerait le sauveur tant attendu pour relancer le projet indépendantiste? Jean-Martin Aussant, avec la création d’Option Nationale, a fait couler beaucoup d’encre au sein du mouvement. Malheureusement, son alliance avec Philippe Leclerc, un ennemi du Québec français et un multiculturaliste assumé, est en train de tuer dans l’œuf tout projet de parti se distinguant réellement du Parti Québécois et faire de son parti un simple copier-coller du parti que Marois est en train de saborder.

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Aussant parle de Philippe Leclerc comme étant un atout majeur pour « son » parti à naître (notons qu’Option Nationale n’est PAS une initiative populaire; c’est le joujou personnel de M. Aussant). Qu’est-ce que cela nous dit à propos d’Option Nationale? Que ce parti n’a pas l’ambition de protéger notre langue en danger ou de réaliser une indépendance significative nous permettant de nous libérer du multiculturalisme à la canadienne.

Comme je l’ai expliqué dans un billet précédent, Philippe Leclerc est un ennemi du français en tant que langue commune au Québec. À ses yeux, le français ne constitue pas le ciment unificateur de notre nation et il n’a pas le moindre problème à considérer des gens habitant ici depuis des décennies et refusant obstinément d’apprendre notre langue comme étant des « compatriotes ». Pire, il considère comme étant une honte le fait de considérer qu’un Québécois devrait être en mesure de parler la langue officielle du Québec. Il adhère aussi entièrement au culte du multiculturalisme à la canadienne, ce qui lui a été reproché avec force par plusieurs commentateurs.

Aurait-il changé? Aurait-il enfin vu la lumière? Pas du tout.

Dans une lettre publiée dans Le Soleil, il continue de faire l’apologie de la « diversité » de Montréal (lire: son anglicisation) et il recommande qu’on s’adresse aux immigrants non pas en tant que Québécois en devenir, mais en tant que Néo-Québécois, favorisant de ce fait même leur exclusion.

Semblant englué dans la vieille mentalité péquiste post-1995 ayant mené aux catastrophes linguistique et identitaire actuelles, il désire qu’on mette l’accent sur le fait de « convaincre » des immigrants de voter pour une cause qui, génétiquement, leur est tout à fait étrangère. Il préfère tenter de convaincre des gens qui ont tout pour être contre nous (les immigrants qui viennent ici rêvent surtout de stabilité et pour beaucoup d’américanité) plutôt que de faire le pont avec ceux des nôtres qui auraient tout pour être avec nous. Il perpétue la grande tromperie issue de cette croyance naïve et mensongère que le nationalisme serait quelque chose de mal s’il ne s’édulcorait pas lui-même à ce point qu’il ne signifierait plus qu’un mot dénué de sens qu’on agite mollement pour ne pas faire peur.

Philippe Leclerc représente ce qui ne fonctionne pas actuellement au sein du mouvement indépendantiste. Une foule d’apparatchiks péquistes ont grandi à l’école de la honte, celle où, soufflant le chaud comme le froid, on leur a appris la fierté d’être Québécois du bout des lèvres, en autant que cela ne dérange pas trop les autres, en autant qu’on fasse le dos rond devant autrui et qu’on oublie ce que nous sommes quand on parle à un Immigrant (« I » majuscule) ou à un Anglophone (« A » majuscule). Ce nationalisme mollasson où on peut clamer le pays (s’il est « inclusif », autre connerie du laboratoire péquiste de destruction de notre nationalisme), parler de la protection de la langue française (sans s’attaquer à l’anglais), parler d’intégration des immigrants (sans jamais leur demander le moindre effort), parler de modernité (en reniant nos valeurs) ou parler d’indépendance (sans jamais écrire de constitution ou faire de gestes de rupture). Philippe Leclerc constitue le pinacle, l’achèvement le plus parfait de cette génération de petits faiseux ayant décidé de se mettre un veston-cravate et qui se pensent nuancés parce qu’ils sont mous.

Non, la venue de Philippe Leclerc dans le projet de M. Aussant ne constitue pas un atout majeur pour le peuple québécois. Il s’agit simplement de la venue, dans ses rangs, d’un individu refusant de reconnaître que l’indépendance doit être autre chose qu’un projet désincarné et étant incapable s’engager à respecter le caractère français de notre nation. Il ne s’agit pas d’un atout, mais d’un poids, celui d’un passé péquiste dont nous cherchons à nous libérer et qui doit laisser la place à la ferme action en faveur du peuple québécois, un peuple résolument francophone qui intègre les immigrants en autant que ceux-ci adhèrent à ses valeurs de base.

S’il y avait davantage de Philippe Leclerc dans cette société, nous n’aurions plus à défendre le français.

Il serait déjà disparu.

La prostitution de notre projet pour faire plaisir à une minorité, on n’appelle pas cela un projet de société.

Il reste à souhaiter que Jean-Martin Aussant se ressaisisse et qu’il se débarrasse de cet anglomane multiculturaliste aux idées plus proches de celles d’un Trudeau que de celles d’un Bourgault.

Nous avons déjà assez d’ennemis qui veulent affaiblir notre nation et notre langue.

Pas besoin d’en engager un en plus.

Comment meurt notre langue

Notre langue ne meurt pas parce nous oublions sa valeur, parce que nous ne nous considérons plus comme des résistants francophones sur ce continent du tout-anglais. Elle ne meurt pas non plus parce nous ne savons plus apprécier sa beauté, ses rimes, sa sonorité, sa précision, ses particularités; ce n’est pas parce que nous cessons de la chérir qu’elle meurt. Elle ne meurt pas également parce que nos enfants oublient leurs parents, que leurs parents oublient leurs grands-parents et que nos ancêtres sortent de nos vies comme autant de blessures trop lourdes pour être rappelées à la conscience.

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Notre langue meurt parce que nous ne la considérons plus comme étant une chose allant de soi. Déconnectée de nous-mêmes, nous l’intellectualisons, nous la « cérébralisons », nous demandons aux gars d’en bas, ceux des tripes, ceux du ventre, ceux des couilles, d’abdiquer, de faire confiance à ceux d’en haut, ceux qui remettent tout en question, ceux qui n’existent que pour relativiser, qui ne s’attachent ni à la terre ni aux cieux, ceux qui, par la raison, aimeraient nous convaincre que notre langue ne vaut pas la peine d’être par et pour elle-même.
Notre langue meurt parce que nous ne la vivons plus autrement que par les mots qui s’attachent à notre rationalité, aux rares livres que nous lisons, aux discussions raisonnées que nous avons avec nos semblables. Quand vient le temps d’exprimer une émotion, une joie, un accord, une colère, une fraternité, les premiers mots qui viennent à notre esprit sont, invariablement, un « yeah » bien senti, un « oké », un « fuck », un « man ». La langue du bas, celle qui s’impose depuis deux siècles comme celle du pain et du beurre sur la table ne fait qu’une bouchée de la langue intellectualisée, celle qui se superpose au cerveau reptilien par un obscur désir collectif de ne pas disparaître.
Notre langue meurt parce que notre musique, nos arts, sont déjà anglicisés. Notre raison parle français, mais la musique qui nous fait vibrer, celle qui nous fait bouger, celle qui fait déhancher les femmes, celle qui donne chaud aux hommes, est anglophone. La joie, l’allégresse, la fête, la sexualité, la violence-exutoire trouvent toutes leurs mots dans la langue d’Amherst; notre musique, sauf de rare exception, chante surtout la mélancolie, la tristesse, la perte, le vide, l’amour. Nous ne voulons plus nous attacher à ces sentiments montant du fond de l’histoire, ceux d’un peuple qui n’en finit plus de mourir et qui, deux siècles plus tard, chante encore « Évangéline » un trémolo dans la voix. Notre âme a déjà abdiqué là où notre raison veut poursuivre le combat.
Notre langue meurt aussi parce que nous ne considérons plus le français comme étant suffisant pour réussir. Notre raison, résistant aux mutineries des cols bleus du bas depuis si longtemps, montre des signes d’essoufflement. Nous sommes épuisés de penser au prochain; nous ne voulons pas intellectualiser un combat collectif impliquant de s’unir pour qu’il puisse être possible de réussir, ensemble, en français. Les gars du bas veulent l’argent rapide, ils veulent l’argent facile. Ils veulent réussir individuellement, non pas pour améliorer le monde dans lequel ils vivent ou faire partie d’un grand tout, mais simplement pour avoir le ventre plein et tirer un bon coup le vendredi soir.
Notre langue meurt parce que nous ne rêvons plus de territoires glorieux, d’une francophonie enracinée, d’une Abitibi, d’une Baie James, d’un Grand Nord à coloniser, de territoires où apporter nos Lumières et planter notre croix. Notre horizon, loin de s’être ouvert au monde, se limite désormais à une planète de cités urbaines interchangeables où on parle une langue interchangeable et où se croisent des gens interchangeables. L’anglais ne nous a pas ouvert les possibilités; il a au contraire résumé cette ouverture aux grands boulevards, un éternel chemin bétonné d’un gris tiède où, si ce n’était de quelques spécificités locales en voie de disparition, l’humanité serait Toronto, New York ou Londres. Notre territoire infini, celui du contact avec la nature, avec les autres peuples, de climats différents, d’une langue se portant comme on porte un flambeau, n’existe plus qu’en imagination.
Notre langue meurt parce que nous ne la croyons plus nécessaire pour vivre ici. Nous nous sommes fait un devoir d’apprendre l’anglais, nous l’imposons à nos enfants de sixième année comme le lourd tribut d’une disparition que nous n’avons pu assumer nous-mêmes, au même moment que nous sommes tout à fait satisfait de savoir que les anglophones, eux, n’ont, dans leurs écoles, que quelques cours d’un français saupoudré à subir. L’apprentissage intensif d’une autre langue constitue notre corvée; il ne nous viendrait jamais à l’esprit qu’un gouvernement responsable devant l’Histoire ou face à notre destin devrait au contraire prioriser l’apprentissage intensif du français chez ceux qui, même parmi les nôtres, ont encore de la difficulté à en saisir toute la richesse.
Notre langue meurt parce que nous voulons être aussi doux avec autrui qu’on a été rude avec nous-mêmes. Elle meurt parce que nous octroyons des privilèges à ceux qui habitent ici sans la parler, des privilèges qu’aucune nation au monde n’accorde. Elle meurt parce que, plutôt que de la porter à bras le corps, dans un geste viril de défiance face à la fatalité de notre Histoire, nous sommes plus inquiets du sort de ceux qui ne la parlent pas que de nous-mêmes. Elle meurt parce que nous sommes des lâches qui préférons le pire des compromis au nécessaire combat de la terre, de la sueur, des poings levés, de l’identité nationale affirmée, d’un peuple québécois dont la maturité ne se mesure pas aux privilèges qu’il octroie à une minorité anglophone n’attendant que le moment propice pour nous couper la tête, mais qui se respecte assez pour s’assurer, une fois pour toutes, que plus jamais ni notre langue ni notre identité ne seront menacées.
Notre langue meurt parce que nous avons oublié de la parler, d’utiliser la richesse de ses mots non pas pour vivre de misérables vies individuelles se terminant soit en terre soit dans une urne, mais pour parler de ce cri du fond des âges, de cette parole-humanité criant la vérité, hurlant l’existence d’une vie autrement plus riche que la bourbe mondialiste qu’on nous enfonce dans le crâne comme autant de clous dans le corps d’une humanité qui aurait pu, avec un peu de courage, devenir réellement plurielle.