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Ouïgours, Québécois, même combat?

Une chose m’a frappé concernant les émeutes du Xinjiang: le parallèle entre l’histoire des Ouïgours, autrefois l’ethnie majoritaire, et les francophones d’Amérique du Nord. Serait-il possible que ces tristes événements enfantent des pistes de réflexion pour le Québec?
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La ressemblance, au niveau démographique, est criante. Lorsque Mao prit le pouvoir en 1949, il promit une sorte de fédéralisme respectueux des minorités, à la soviétique. Cet idéal a été trahi. À l’époque, les Hans, ethnie majoritaire en Chine, ne formaient que 4% de la population du Xinjiang, cette province riche en pétrole. Aujourd’hui, après des décennies d’efforts de la part des autorités centrales, ceux-ci sont 10 millions et majoritaires dans la province. L’assimilation à grande vitesse, voilà le destin de ce peuple turcophone et musulman.
Évidemment, on ne peut pas comparer le radicalisme de la répression chinoise et la semi-mollesse canadienne face aux francophones. La Chine punit de mort toute velléité indépendantiste et elle interdit la fréquentation des mosquées aux moins de dix-huit ans. En outre, lors de manifestations pacifiques en février 1997, elle a entassé des milliers de Ouïgours dans des camions comme de la viande froide avant de les arroser d’eau par une température inférieure à -15 degrés celsius. Dernièrement, elle a imposé l’envoi d’un contingent de filles ouïgours à l’autre bout du pays, soi-disant pour améliorer leur condition économique, ce qui a précipité la crise. On est loin, très loin de la situation canadienne.
Malgré tout, les faits demeurent: si l’assimilation des francophones d’Amérique du Nord est plus lente que celle des Ouïgours, le résultat est le même: la disparition éventuelle d’une culture et de tout un peuple.
Les Ouïgours, face à leur assimilation, ont fait ce que nombre d’autres peuples ont fait avant eux: ils se sont radicalisés. Ils sont devenus plus violents, sympathisants avec des organisations comme le Mouvement islamique du Turkestan oriental et fomentant des émeutes au lieu de revendiquer paisiblement l’amélioration de leurs conditions.
N’y a-t-il pas là une leçon à tirer pour le Québec? Plus un peuple disparaît, plus ses éléments restants se radicalisent.
Ainsi, ne faudrait-il pas se demander à quel moment le Québec devra lui aussi se radicaliser pour protéger sa culture et sa langue? Ceux et celles qui se disent démocrates et attachés à la non-violence, que feront-ils pour empêcher cette radicalisation issue d’une accélération de l’assimilation?
Tout comme il n’est pas surprenant que les Montréalais québécois soient les plus indépendantistes, le radicalisme s’alimente du désespoir de perdre son identité.
Évidemment, notre situation n’est rien en comparaison à celle des Ouïgours. Mais attendons-nous que le français régresse au point où la violence deviendrait la seule solution?
Plus que jamais, défendre le française et notre culture me semble un geste non seulement patriotique, mais également pacifique, car empêchant la radicalisation découlant de l’assimilation.

Obama: Yes We Can, mais quoi au juste?

yes-we-can-obamaJe ne suis plus capable d’entendre parler de l’investiture de Barack Obama. Nos médias rivalisent d’applaventrisme pour présenter chaque faits et gestes de l’homme – que dis-je, du demi-dieu – censé représenter le changement. Oh et quel changement, au fait? Le changement en tant que marque de commerce, « changement inc. », une formule tellement vague et creuse qu’elle peut faire vibrer tous un et chacun selon leurs propres valeurs, du protecteur de l’environnement au spéculateur en passant par le militaire et la veuve de soldat éplorée. Chacun trouve une parcelle de rêve en Obama et qu’importe si tous ces rêves sont contradictoires ou impossibles à réaliser : « Yes We can (inc.) ».
En fait, Obama n’est même plus un humain, c’est une idée. L’idée qu’un pays sur la pente descendante puisse retrouver miraculeusement un fragment de son prestige passé. L’espoir qu’une société désarticulée, fragmentée jusqu’à la moelle redevienne cohérente, que les lendemains chantent à nouveau, qu’il soit possible de laisser ses enfants jouer dehors jusqu’à 21h00, d’aller au drive-in dans une Cadillac 1957 décapotable, de s’acheter un hamburger et une frite pour 35 cents, d’organiser un bal de fin de secondaire sans qu’il soit même question d’alcool ou de drogue. Obama, c’est le rêve d’une Amérique qui a perdu son innocence et qui espère la retrouver, telle une Musulmane qui se fait recoudre l’hymen en espérant effacer les marques d’un passé jugé impur.
Sauf que le passé ne s’efface pas. On ne retrouve jamais son innocence, tout comme on ne peut oublier volontairement quoi que ce soit, à moins de vivre dans un déni proche de la schizophrénie. Que conseille-t-on à la fillette victime de viol devenue grande? De faire face à son passé. À l’enfant battu? De faire face à son passé. Grandir, devenir cohérent et adulte signifie de faire face à son passé et d’accepter ses blessures afin que s’opère une cicatrisation psychologique permettant de passer à autre chose et d’anticiper la vie telle qu’elle est, avec les ressources du présent, sans devoir constamment affronter quelque hideux fantôme dans le garde-robe de son subconscient.
Malheureusement, il semble que les Etats-Unis aient choisi une autre voie. Au lieu d’accepter les leçons du passé et de réaliser que leur pays n’est plus le « phare de la liberté dans le monde libre », dixit George W. Bush, et que d’autres modèles alternatifs prennent forme un peu partout (Vénézuela, Chine, Inde, Brésil, etc.), ils ont choisi de régresser en enfance et de se trouver un bon petit papi pour les rassurer et leur dire que rien n’est perdu et leur chanter les louanges d’un espoir aussi tangible qu’inexplicable.
Qu’importe si le pays a passé son pic de production de pétrole depuis quarante ans et est devenu dépendant du reste du monde. Yes We Can! Qu’importe si la balance commerciale déficitaire atteint de nouveaux abîmes année après années. Yes We Can! Qu’importe si la Chine peut faire s’écrouler le dollar vert demain matin si elle vend ses réserves. Yes We Can! Un slogan, un simple slogan, mais qui ne veut rien dire, tout simplement parce qu’Obama ne peut rien faire. De nombreux autres empires ont progressivement perdu leurs avantages compétitifs et se sont écroulés, parfois brutalement, parfois dans la douceur, mais la chute est irrémédiable : on ne reste pas éternellement sur le toit du monde.
Conséquemment, au lieu de berner sa population et le monde entier en proposant une image de rêve infantilisant empêchant les gens de réellement prendre conscience de l’état réel et irrémédiable de la situation d’un État en déclin, Obama devrait faire preuve d’honnêteté et envisager un rôle réduit des Etats-Unis dans le monde (au lieu de vouloir envoyer l’armée au Pakistan), une meilleure redistribution de la richesse (au lieu de baisser les impôts des plus riches, dans la lignée des politiques fiscales de Bush) et surtout, SURTOUT, crever cette bulle de vanité qui gonfle l’égo d’un peuple qui se croit élu par l’Histoire pour diriger le destin de tous les autres peuples de la Terre.
Or, si Obama avait été honnête et avait dit la vérité à son peuple, il n’aurait jamais été élu. Après huit ans du cauchemar Bush, les Etats-Unis ont choisi de se rendormir afin de rêver un peu au lieu de se réveiller et de constater que leur maison est en feu et qu’il n’est plus temps de penser à la restaurer mais bien à la quitter et de changer sa façon de vivre pour toujours.
Obama n’est pas un sauveur, mais un entertainer qui fait rêver le monde sur le soi-disant grand changement que présenterait sa couleur de peau différente à la Maison Blanche pendant qu’il applique les mêmes politiques autodestructrices que ses prédécesseurs, mais celles-ci soutenues d’un hypocrite sourire et d’une vision du monde qui ne s’est toujours pas débarrassée de l’idée nuisible selon laquelle les Etats-Unis auraient le devoir moral d’intervenir partout dans le monde au gré de leurs intérêts.
Comme si nous étions toujours dans une version disneyland des années 1950 et que rien n’avait changé depuis. En fait, oui, le président est Noir. Toujours agréable à savoir pendant que le monde s’enfonce dans les inégalités et le chaos. Vous avez peur du futur, vous perdez pied dans ce monde qui vous semble de plus en plus dangereux. Surtout, ne cherchez pas à comprendre (ce n’est pas important), prenez votre petite pilule « Yes We Can inc. » et continuez à rêver!
Car si on aime bien ça les beaux slogans rassembleurs, un peu de contenu ne ferait pas de tort.  Et tiens, pourquoi ne pas commencer par ce qui se passe en Palestine?

USA-Chine: mieux comprendre

L’aut’journal vient de publier un nouveau texte de Chossudovsky qui explique à merveille les enjeux stratégiques du conflit larvé entre la Chine et les États-Unis.

Quelques extraits:

La Chine n’est pas un modèle des droits de l’homme, mais pas plus que les États-Unis et son indéfectible allié britannique, coupables de crimes de guerre et de violations considérables contre les droits de la personne en Irak et dans le monde entier.

[…]

Dans le contexte de ses plans de guerre contre l’Iran, les États-Unis ont aussi l’intention d’affaiblir les alliés de ce pays, à savoir la Russie et la Chine. Dans le cas de la Chine, Washington cherche à bouleverser les liens bilatéraux entre Beijing et Téhéran, de même que le rapprochement de l’Iran avec la SCO, dont le siège se trouve à Beijing.

[…]

La Chine est encerclée. L’armée étatsunienne est présente dans le Sud de la Mer de Chine et dans le Détroit de Taïwan, dans la Péninsule coréenne et en Mer du Japon, ainsi qu’au cœur de l’Asie Centrale et sur la frontière ouest du Xinjiang, la région autonome Ouïgour de Chine. En outre, dans le cadre de l’encerclement de la Chine, « le Japon s’est peu à peu amalgamé en harmonisant sa politique militaire avec celle des États-Unis et de l’OTAN. »

[…]

Les événement de Lhassa à la mi-mars ne sont pas un mouvement protestataire « pacifique » spontané, comme l’ont décrit les médias occidentaux. Ces émeutes, impliquant une bande de gangsters, ont été préméditées. Elles ont été soigneusement organisées. En Inde, des activistes tibétains associées au gouvernement du Dalaï Lama en exil ont laissé entendre qu’ils s’attendaient en effet à les troubles. Mais ils refusent de préciser comment ils le savaient ni qui étaient leurs collaborateurs. »

[…]

La torche olympique a été allumée lors d’une cérémonie en Grèce, qui a été perturbée par « des militants pro-Tibet. » L’événement était parrainé par « Reporters sans Frontières, » une organisation dont les liens avec les services de renseignement étatsunien sont bien connus. La flamme olympique est un symbole. L’opération psychologique (PsyOp) consiste à prendre pour cible la flamme olympique dans les mois précédants les jeux olympiques de Beijing.

(Lire à ce sujet).

Un texte très intéressant et important à lire pour quiconque veut mieux comprendre le conflit larvé entre la Chine et les États-Unis.

RSF financé par Taiwan!

Comme je l’écrivais dans Les USA derrière la campagne anti-chinoise? et dans Désinformateurs sans frontières, l’organisation Reporters sans frontières sert de paravent à diverses opérations de déstabilisation de la CIA et de la NED (National Endowment for Democracy), une organisation créée par Ronald Reagan pour « poursuivre les actions secrètes de la CIA en soutenant financièrement et en encadrant des syndicats, des associations et des partis politiques. » (Wikipedia).

Ce qui est nouveau, par contre, c’est que Reporters sans frontières se fait désormais financer par Taiwan dans sa campagne anti-chinoise! Via la Taiwan Foundation for Democracy, une émule de la NED créée (avec son aide) en 2002 par le ministre des affaires extérieures de l’île aux politiques pro-américaines, 100 000$ ont été remis à Robert Ménard, dirigeant peu crédible de RSF ayant déjà tenté de manipuler des informations pour plaire à ses créanciers par le passé.

La question se pose désormais: on a beau ne pas aimer la répression chinoise au Tibet, mais comment être certains que nous ne sommes pas nous-mêmes manipulés à croire que le mouvement apparemment spontané d’opposition au passage de la flamme olympique n’est pas plutôt organisé et financé soit par Washington, soit par des régimes et des organisations fantoches à sa solde?

Car ne l’oublions pas, dans un contexte de fin de partie (ou de fin de party oserait-on dire), le seul et véritable ennemi des États-Unis, le seul pays capable de déstabiliser le géant américain, c’est la Chine. Tous les moyens sont bons pour discréditer Pékin et tenter de nuire à son économie, y compris la manipulation et le mensonge.

Les USA derrière la campagne anti-chinoise?

Comme je l’écrivais ici, l’organisation Reporters sans frontières (RSF), qui est largement à l’origine de la campagne de dénigrement de la Chine et de ses Jeux Olympiques, est financée par la CIA et le NED (National Endowment for Democracy), une organisation de droite très près du gouvernement Bush.

Dans l’ordre, RSF s’en est pris à Cuba, a soutenu le coup d’État de la CIA contre le président Chavez au Vénézuela en 2002, a approuvé l’invasion de l’Irak en 2003, a légitimé le coup d’État contre Aristide en Haïti en 2004, et maintenant elle lutte contre la Chine.

Reporters sans frontières n’est PAS un outil démocratique oeuvrant pour le bien commun, loin de là. C’est une créature au service des intérêts étatsuniens. On ne verra jamais RSF déplorer le non-respect des droits humains en Palestine, et encore moins aux États-Unis.

Alors que ceux qui veulent boycotter les jeux le fasse. Pour ma part, je vais les écouter assidûment et j’espère que ceux-ci seront un succès. Et j’aurai – encore une fois – une pensée pour tous les peuples opprimés dont ceux qui les oppriment sont des alliés de Washington et ne méritent ainsi pas de se faire dénoncer aux yeux de RSF et de ses argentiers… secrets.