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Les indépendantristes

Ils sont convaincus. Ils portent, comme les vrais indépendantistes, leurs chandails des Patriotes, du Réseau de résistance du Québécois (RRQ), de Bourgault, de Lévesque. Ils agitent bien haut le drapeau fleurdelisé, portent des pancartes avec un symbole nazi à la place d’une feuille d’érable. Ils sont en première ligne de toutes les manifestations, levant tel doigt d’honneur à l’autre Saint-Jean ou se battant avec les policiers lors d’une manifestation contre la visite du prince Charles l’automne dernier. Ils sont convaincus. Mais ne convainquent personne. Ce sont les indépendantristes, cette infime minorité, à ne pas confondre avec les indépendantistes.
Les indépendantristes, ce sont eux, cette infime minorité de militants qui vivent sclérosés dans un présent immobile où la pensée et la remise en question ont fait place à l’action irréfléchie et inconséquente. La peinture, la poésie, le cinéma? C’est des affaires de tapettes. Les colloques, les discussions politiques, les joutes oratoires avec quelqu’un qui ne pense pas comme soi? Du niaisage, une perte de temps. Réinventer le discours, reconstruire les idées dans un monde en perpétuel mouvement? Veux pas savoir! Tout ce qui compte, c’est d’être dans la rue, d’avoir un bâton entre les mains et de vouloir taper du méchant anglais. Prenez un poulet, coupez-lui la tête, et vous obtenez sensiblement le même résultat.
Parfois, on peut tenter une discussion avec eux. Je dis bien tenter, car il suffit de peu de temps pour atteindre les tristes limites de leur (in)capacité à argumenter. Un tel ne jure que par l’établissement d’une milice ou d’une armée, et peu importe si les nouveaux pays ne sont pas devenus indépendants par les armes. Un autre veut s’en prendre aux organisation syndicales, et peu importe si celles-ci sont responsables de l’enrichissement collectif et représentent démocratiquement la classe moyenne. Un autre encore veut faire d’un Québec indépendant un paradis fiscal, sans même se soucier ce ce que signifie le fait d’être indépendant pour aller s’attacher poignets et chevilles sur l’autel du libre-marché. Oh, ils ont des idées. Mais ils sont incapables de les défendre. Et ils ne veulent même plus les défendre; ils préfèrent l’action pour l’action.
Or, l’idée d’indépendance présuppose une réflexion, une prise de conscience de notre servitude actuelle. Il ne suffit pas de faire un simple copier-coller des arguments de nos parents ou grands-parents en espérant convaincre les autres en criant plus fort qu’eux. Les temps ont beaucoup changé depuis les années soixante. Aujourd’hui, on peut même se questionner sur l’indépendance de nombreux pays, dont le Canada, face à une mondialisation néolibérale permettant à des entreprises de poursuivre des États. En 2010, l’idée d’indépendance est plus révolutionnaire que jamais. Il s’agit de l’indépendance du peuple, des gens ordinaires, et non pas d’une quelconque lubie de radicaux en quête de bastonnade.
L’indépendance, c’est bien autre chose qu’un projet politique se jouant dans la rue. Artistique, elle est la représentation des limites que l’artiste tente de transgresser. Culturelle, elle représente la volonté de se représenter soi-même dans le monde et dans le temps. Musicale, elle développe les rythmes et les paroles qui font vibrer le peuple. Sociale, elle s’insère dans le combat collectif des millions de travailleurs qui espèrent améliorer leur sort. Sportive, elle canalise les espoirs de tout un peuple dans les exploits de ses héros. Intellectuelle, elle développe les combats d’idées permettant d’assurer une cohérence au mouvement. Littéraire, elle permet la compréhension d’un monde qui nous est propre et qui nous représente. L’indépendance, c’est la somme de tout ce que nous sommes et notre quête collective de la libération des limites qui nous entravent. Faire abstraction de cela, c’est s’enfermer dans une logique de sourds où les idées ont peu de chance de toucher leur cible, où le projet politique de l’un n’a aucune chance de s’inscrire dans le réel artistique, culturel, musical, social, sportif, intellectuel ou littéraire de l’autre.
Les indépendantristes méprisent le débat d’idées. Ils ridiculisent ceux qui font progresser l’indépendance – la vraie – sur d’autres fronts que celui de la manifestation politique. Ils regardent de haut la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) qui, grâce à ses Jeudis de la langue, son appui à la Coalition pour l’Histoire et au Mouvement Montréal français, grâce à ses nombreux prix attribués à des gens de tous les domaines de la société et à son implication dans la création d’une résistance idéologique contre toutes les servitudes, participe à l’émancipation du peuple en entier. Ils se moquent des intellectuels, ces « pelleteux de nuages », ridiculisent ceux qui conçoivent le combat autrement que dans une logique d’affrontement direct et violent.
Dans cette lutte, nous devons tous être unis: le RRQ (qui fait un travail de terrain essentiel), la SSJB (qui bâtit le discours et s’attaque au travail intellectuel) et les autres mouvances. Nous devons surtout être ouverts aux arguments d’autrui et en mesure d’adapter notre discours aux nouvelles réalités. Si nous laissons les indépendantristes et leur fermeture d’esprit gagner, nous aurons tous perdus. Si nous laissons parler la violence et le combat de rue, qui a parfois son utilité mais qui ne peut en aucun cas être exclusif, nous ne pourrons plus parler pour l’ensemble des Québécois.
Ces indépendantristes, non, ne sont pas indépendantistes. Sous prétexte de nous libérer de carcans qu’ils ont eux-mêmes définis et choisis, ils nous enferment dans leur propre logique haineuse et méprisante pour quiconque a choisi d’ouvrir d’autres fronts dans la lutte pour notre libération. L’indépendance, au-delà du « pays sur la mappe », présuppose notre libération collective et l’atteinte d’un mieux-être pour l’ensemble des individus formant notre société. Dans leur obstination à se croire les seuls dignes représentants de la lutte du peuple québécois et à refuser de considérer l’incroyable apport d’autres institutions souverainistes, d’autres gens ayant d’autres méthodes, ils ne condamnent pas seulement leur pensée atrophiée à une mort certaine, mais ils contribuent à la stagnation d’un discours politique ayant plus que jamais besoin d’être reconstruit.
Vive un discours indépendantiste ouvert et cohérent!

Pour en finir avec le projet Lisée

Il y a quelques jours, j’écrivais un texte où je dénonçais la dernière proposition de Jean-François Lisée, qui consiste à fusionner les cégeps anglophones et francophones au sein d’un même réseau. Bon joueur, celui-ci a pris la peine de répondre à quelques-uns de mes arguments. On ne montre peut-être pas à un vieux singe à faire des grimaces, mais on peut le renvoyer à sa propre image dans notre miroir collectif.
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En effet, il me semble que la meilleure façon d’en finir avec cette idée dangereuse est de s’attaquer aux préjugés qui la sous-tendent. Il faut prendre le miroir, et nous regarder, Québécois, avec honnêteté et clairvoyance. M. Lisée part du principe qu’aucun cégep ne deviendrait bilingue, qu’il ne serait pas possible d’aider des Québécois souffrant d’un complexe d’infériorité face à l’anglais et que ceux-ci ont une assez bonne colonne vertébrale identitaire pour se défendre. Ce sont des idées ne reflétant pas la réalité et qui constituent de fragiles fondations pour une entreprise aussi ambitieuse. En deux mots: pensée magique. Prenons-les point par point.
Première pensée magique: aucun cégep ne deviendrait bilingue.
Comme le note Pierre Dubuc, dans L’aut’journal, actuellement 82% des étudiants suivent des cours dans des cégeps francophones, contre 18% dans des cégeps anglophones. En attribuant le même calcul mathématique qui s’est appliqué après l’imposition de la loi 101 aux écoles primaires et secondaires, on pourrait faire monter ce taux à 89% dans les cégeps francophones en appliquant cette loi aux cégeps.
Or, la proposition Lisée parle d’enseignement à 75% en français, contre 25% en anglais. C’est donc dire que si on l’adoptait, on se retrouverait dans une situation où le français aurait une influence de 14% moins forte que si on étendait la loi 101 aux Cégeps.
Le problème, c’est que ces chiffres ne sont pas neutres, c’est-à-dires que les transferts linguistiques ne s’opèrent pas d’une manière équitable. L’attrait de l’anglais, et peu importe les croyances de Lisée, s’avère infiniment plus fort que celui du français. Comme je le notais ici, l’Indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule le potentiel d’attraction d’une langue, atteint 1,43 pour les anglophones de Montréal, contre seulement 1,09, à peine la parité, pour les francophones. Dans la pratique, si on met ensemble francophones et anglophones, les premiers s’assimileront éventuellement aux seconds, et peu importe s’ils sont majoritaires.
Deuxième pensée magique: les Québécois n’auraient pas de comportement d’infériorité face leur langue.
Lisée considère que les Québécois ne souffrent pas d’un complexe d’infériorité, car « si telle est la lecture que l’on fait de la vitalité francophone de la nouvelle génération rien, mal alors rien, n’est dès lors envisageable ». En d’autres mots: selon lui, il faut partir du point de vue que les Québécois ne se sentent pas inférieurs face à leur propre langue, sinon rien ne serait possible. C’est faire abstraction ici de toute conception historique et s’enchaîner dans une logique défaitiste où l’État québécois ne pourrait plus rien pour ses citoyens.
En fait, c’est précisément grâce aux lois linguistiques que les Québécois ont pu relever la tête dans les années 70 et se débarrasser d’une partie de leur sentiment d’infériorité. Avant la loi 101 – à l’époque du « libre » choix – près de 80% des immigrants choisissaient l’école anglaise. Vingt ans plus tard, la proportion s’était entièrement inversée. C’est précisément à cause de lois comme la loi 101 qu’on a permis à un peuple habitué à plier l’échine devant le « foreman », de travailler à la « shop » et qui avait intégré le « speak white » jusqu’au fond de son âme, de pouvoir concevoir son futur en français. Oui, les Québécois ont un sentiment d’infériorité, et c’est grâce à des politiques linguistiques courageuses qu’on a pu leur permettre de s’épanouir.
En octobre 2008, lors d’un « Rendez-vous des gens d’affaires » sur le français dans les petites entreprises, organisé par la chambre de commerce de Montréal, on a dévoilé des chiffres qui, à eux seuls, invalident complètement les prétentions de Jean-François Lisée: 60% des Montréalais ne demandent pas à être servis en français dans les commerces de moins de 50 employés. Ne s’agit-il pas précisément d’une autre preuve du sentiment d’infériorité des Québécois? De nombreux citoyens, dans leur quotidien, n’exigent même pas le français. On leur parle dans une langue qui n’est pas la leur et ils ne disent rien, ils s’accommodent, nous, les champions de l’accommodement des autres.
Pourquoi est-ce que cette situation changerait, par magie, au cégep? Pourquoi est-ce que, soudainement, les Québécois cesseraient de s’adresser en anglais aux anglophones et imposeraient enfin leur langue? Quand on baisse la tête depuis des siècles, comment peut-on espérer la lever bien haut d’un coup de baguette magique?
Troisième pensée magique: les Québécois peuvent apprendre l’anglais car ils ont une bonne colonne vertébrale identitaire.
Individuellement, rien n’est plus vrai:quiconque veut apprendre une langue étrangère et se sent assez confiant dans ce qu’il est peut le faire. Le problème est collectif. Collectivement, les Québécois n’ont aucune autre façon de se considérer comme tel autrement que par la langue qui les unit: le français.
Jacques Parizeau explique dans son dernier livre qu’à l’ère de la mondialisation, c’est grâce à leur culture (et donc à leur langue) que s’expriment les nations. C’est une position que partage l’économiste et philosophe Jacques Attali, qui écrivait que la composition des six éléments traditionnels de l’identité d’un peuple (un territoire, une langue, une culture, des valeurs, une histoire, un destin commun) se transforme et que le poids de la langue y augmente considérablement. En clair, la nation du futur, c’est celle qui a su respecter sa langue commune et en faire le principal outil d’intégration.
Le problème n’est pas que Lisée désire apprendre l’anglais aux Québécois, comme on offrirait des cours de langues étrangères à ceux qui s’y intéressent. Non. L’achoppement, c’est qu’il désire systématiser cet apprentissage, le rendre obligatoire en proposant des cours d’histoire ou d’autres matières en anglais. Il s’agit donc d’un bilinguisme institutionnel qu’il désire imposer, à l’encontre non seulement du caractère francophone du Québec, mais – surtout – de la capacité de survie d’un peuple bilingue dans un contexte minoritaire.
Qu’on soit honnête un peu. Dans toute l’histoire de l’humanité, vous connaissez combien de peuples minoritaires qui ont survécu après avoir adopté la langue de la majorité? Le bilinguisme institutionnel constitue la première étape vers l’assimilation finale. C’est en rendant les franco-canadiens bilingues qu’on les a assimilés, et ce sont maintenant nos propres élites qui nous proposent la même recette.
Alors non, la fusion des cégeps francophones et anglophones ne constitue pas une bonne idée. Elle n’est pas meilleure que celle d’augmenter les tarifs d’Hydro-Québec, de privatiser la société d’État à 25%, de supprimer l’impôt sur le revenu pour le remplacer par des taxes sur la consommation et de nombreuses autres proposition de Lisée, qui, s’enrobant de l’édulcorant de la « gauche efficace », propose toute sortes de réformes de droite dont les conséquences n’ont pas été assez étudiées. Je respecte beaucoup M. Lisée, mais il semble parfois camoufler un certain manque de courage politique derrière un compromis souvent plus dangereux que ce que proposent nos propres adversaires.
Le vrai courage, actuellement, n’est plus de rechercher le consensus pour accommoder Québécois et anglophones, mais de savoir imposer les valeurs de la majorité et de se donner les moyens d’assurer un futur pour notre langue et notre culture. Dans un contexte où notre poids démographique en Amérique du Nord régresse année après années, cela commence par l’application de la loi 101 aux cégeps et par la diminution des subventions à un réseau anglophone sur-financé. Et à terme – osons le dire – il faudra faire comme la plupart des pays du monde et ne financer que les institutions publiques dans la langue commune.
Et si on cessait d’avoir peur d’agir comme tout peuple souverain qui se respecte? Et si osait appliquer la loi 101 aux cégeps, n’en déplaise à des anglophones qui ont tout un continent pour vivre en anglais?

Les anglophones sont-ils Québécois?

Plusieurs personnes m’ont récemment accusé d’utiliser interchangeablement les mots « Québécois » et « francophones » pour parler du problème linguistique montréalais. Les anglophones aussi sont Québécois, m’affirme-t-on. Les immigrants sont tout autant Québécois que moi le jour où ils mettent les pieds ici, ajoute-t-on. Quiconque vit sur le territoire du Québec est Québécois, m’assène-t-on dans une ultime rebuffade dont on espère qu’elle me gardera définitivement coi.
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Pourtant, je maintiens mon désaccord: le fait d’être Québécois – c’est-à-dire d’appartenir au peuple du Québec – dépasse largement le fait d’habiter sur le territoire du Québec. Appartenir à un peuple, c’est aussi partager ses valeurs, ses convictions, sa langue. Contrairement à ce qu’en pensent certains, il n’y a pas davantage de « franco-Québécois » dans l’identité québécoise que de « franco-Français » dans la française ou « d’anglo-anglaise » dans la britannique: l’identité d’un peuple forme un tout dont la langue en est le ciment. Jacques Attali en parlait, mardi, d’une manière très doctorale sur son blogue:

Six éléments caractérisent l’identité d’un peuple, quel qu’il soit : un territoire, une langue, une culture, des valeurs, une histoire, un destin commun. Aucun de ces éléments n’est stable. Tous évoluent avec le temps. La France fut chrétienne ; elle est laïque. La France fut monarchiste ; elle est républicaine. Et aujourd’hui, toutes ces dimensions sont remises en cause par le mouvement du monde : l’effacement des frontières, en particulier en Europe, remettant en cause l’idée même d’un territoire identitaire ; le nomadisme croissant des Français comme des étrangers ; la présence croissante, sur le territoire national, d’autres langues, d’autres cultures, d’autres façons de vivre ; l’universalisation des valeurs, autour des droits de l’homme et de liberté individuelle, qui en fait disparaitre le caractère national; et, enfin, dans l’individualisme ambiant, l’incertitude quant à l’existence d’un destin commun.
De tout cela il résulte que, à terme, la seule chose qui définira durablement l’identité d’une nation, c’est sa langue, et la culture, la façon de penser le monde, qu’elle implique. La langue française conduit à penser, à écrire, à vivre, de façon claire, simple, directe, précise, logique, binaire. Elle trouve sa source dans l’harmonie des paysages et conduit à une symétrie des mots, à un équilibre des concepts, qu’on trouve déjà dans les textes des inventeurs de cette langue, de Rachi de Troyes à Blaise Pascal, de Chrétien de Troyes à Montaigne, de Marcel Proust à Léopold Senghor.

Évidemment, M. Attali parle pour la France, mais son discours s’applique à merveille au Québec.
En somme, la territorialité ne constitue qu’un aspect parmi d’autres de l’appartenance identitaire. Et avec la mondialisation actuelle, cet aspect devient de moins en moins important. Il suffit pour s’en convaincre d’interroger de nombreux immigrants qui, même plusieurs années après être arrivés ici, continuent de se réclamer de leur patrie d’origine. Et cela se comprend: ils n’ont jamais eu à apprendre notre langue et ils ont accès, grâce à Internet et à la télévision satellitaire, à tous les médias de leur pays natal. Sont-ils Québécois ces personnes qui ne parlent pas notre langue et s’identifient principalement à un pays de l’autre bout du monde?
En fait, toute la conception actuelle de ce qu’est un Québécois est dépassée. S’acharner à présenter le Québécois comme un « habitant du territoire du Québec » constitue une vision vieillotte et désuète de la réalité. Aujourd’hui, en 2009, la nationalité et l’identité dépassent largement le cadre territorial. Les identités sont devenues multiples, interchangeantes; le territoire physique, qui forçait autrefois l’intégration d’immigrants coupés de leurs racines, ne suffit plus à intégrer adéquatement les nouveaux arrivants et à leur permettre de réellement faire partie de notre communauté.
Voilà pourquoi la proposition de Jacques Attali est intéressante: la langue doit devenir le principal ciment de l’identité nationale. Car une langue, comme il le dit lui-même, permet de concevoir le monde. C’est bien autre chose qu’un outil de communication interchangeable; parler français, c’est avoir une certaine conception de la vie et des choses que ne permet pas n’importe quelle langue étrangère. Il s’agit d’une spécificité unificatrice permettant d’intégrer puis de donner une vision commune de notre futur à quiconque a la volonté de se joindre à nous. Imposer le français aux immigrants, c’est leur donner le goût de se joindre au « nous », c’est les inclure à ce « nous » qui, bien avant son temps, a compris que la véritable indépendance ne passe pas nécessairement par des frontières physiques, mais par la capacité à maintenir une culture et une langue vivantes.
Alors non, je ne crois pas que l’identité nationale doit être déterminée par le lieu de résidence géographique. Tu vis à l’est de la rivière des Outaouais et tu te réclames du peuple québécois, et 500 mètres à l’ouest, du peuple canadien? Non. Être Québécois, dans un contexte de mondialisation, c’est autre chose. C’est d’abord se concevoir comme tel, parler français, partager des valeurs québécoises et avoir une vision d’un futur pour sa collectivité en tant que Québécois.
Qu’on cesse donc un peu de me rabâcher les oreilles avec le fait qu’une personne refusant notre langue, notre culture, nos valeurs et notre histoire serait tout aussi québécoise que moi parce qu’elle vit sur le même territoire que moi. Nous avons le devoir d’accueillir les autres et de les inclure dans notre destin commun, mais ceux-ci ont aussi le droit d’accepter ou de refuser, chose qui était moins évidente autrefois. Et s’ils refusent, s’ils décident de rejeter notre langue, notre culture, nos valeurs et notre histoire, pourquoi les considérerait-on comme faisant partie de notre propre identité?
De la même manière: si j’invite quelqu’un dans ma maison et qu’il décline de respecter mes plus simples demandes, qu’il cochonne mon tapis avec ses bottes pleines de boue, qu’il insulte ma femme, qu’il lance sa nourriture sur les murs, devrais-je accepter pour autant sa présence? Cette maison, c’est notre conception identitaire du Québec, une vision non-géographique de celui-ci. Et si quelqu’un ne peut respecter nos plus simples valeurs, nos désirs les plus primaires de survie identitaire, nos demandes les plus fondamentales de respect de ce que nous sommes, pourquoi devrait-on le considérer comme un des nôtres?
Être ouvert sur la diversité, la réelle pluralité du monde, c’est aussi se donner les moyens de protéger ses peuples et leurs spécificités. À chaque fois où nous nous donnons des outils assurant la survie des valeurs qui nous sont chères, à chaque fois où nous défendons le français comme principal vecteur de notre identité, à chaque fois où nous nous battons contre l’anglicisation de notre métropole, nous contribuons à enrichir l’humanité de notre présence et à construire un monde multiple où coexistent une ribambelle de cultures différentes.
Le jour où le Québec sera devenu bilingue d’abord, puis anglophone ensuite, sous le poids d’une soi-disant ouverture où nous accueillons dans notre identité des gens qui méprisent les valeurs qui nous définissent, sera le jour où un pan entier de la multiplicité humaine aura disparu. Ceux qui habitent ici mais refusent d’apprendre notre langue sont peut-être Québécois au niveau de la loi, mais ils ne font certainement pas partie du peuple québécois.
« Quand nous défendons le français chez nous, ce sont toutes les langues du monde que nous défendons contre l’hégémonie d’une seule. » – Pierre Bourgault

Radio-Canada et la mort de la culture

La culture ne vaut rien.  Le gouvernement ne le dit pas directement, mais c’est la conclusion qu’il faut en tirer à la suite des coupures à Radio-Canada.  La vraie question n’est pas de savoir si la Société Radio-Canada (SRC) est suffisamment financée ou non. Le seul point important, suite aux mises à pieds de 800 employés des réseaux anglais et français de la chaîne publique, consiste à se demander de quel genre de télévision nous avons besoin et si nos politiciens fédéraux ont compris l’importance d’un réseau médiatique publique de qualité au service des citoyens.
Le gouvernement se défend en disant qu’il s’agit d’une conséquence de la crise financière et qu’il n’y peut rien. Facile. Après avoir promis en septembre qu’il ne toucherait pas au financement de la SRC ((La Presse, Actualités, dimanche, ÉLECTIONS FÉDÉRALES, Les conservateurs nient vouloir toucher à la SRC, Ballivy, Violaine)), le Parti Conservateur a agi par la bande en abolissant le Fonds canadien de télévision et en laissant la crise faire le reste du travail.
En effet, le Fonds canadien de télévision consacrait 37% de son budget à notre chaîne publique, soit 106 millions $ pour 2008-2009. Sous les pressions répétées des Pier-Karl Péladeau de ce monde, le fonds a été éliminé début mars, remplacé par un Fonds des médias du Canada beaucoup plus généreux avec les télédiffuseurs privés. Désormais, on privilégie le potentiel d’audimat au-dessus des qualités intrinsèques d’une émission. On décourage ainsi toute forme d’audace et d’innovation en favorisant le plus simple des dénominateurs communs. Prenez à Découvertes et Enjeux, donnez à Loft Story et à Star Académie.
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Parallèlement, la crise financière n’est qu’un prétexte. Oui, les revenus publicitaires ont chuté. Mais pourquoi le fardeau devrait-il entièrement reposer sur la société d’État et sur ses (ex-)employés? Le gouvernement est prêt à accorder des MILLIARDS $ aux constructeurs automobiles pour protéger des emplois. N’aurait-il pas pu allonger le 171 millions $ qui manquait à la SRC/CBC?
Ce manque de sensibilité des Conservateurs vis-à-vis du fleuron de la télévision canadienne en dit long sur leur idéologie du tout-marché et leur manque d’intérêt pour tout ce qui touche la culture. Le problème est pourtant plus profond que cela: il faut nous questionner sur le rôle que nous aimerions donner à la société d’État.
Nous lui demandons actuellement de boucler un budget déficitaire en coupant des émissions culturelles et d’information et en se débarrassant de loyaux employés. Aurait-on idée de demander à un hôpital de cesser de soigner certains patients pour rentrer dans son argent? Ou à une école de réduire ses programmes et de foutre élèves et professeurs à porte? Non, bien sûr. Alors, pourquoi accepterions-nous de sacrifier notre culture là où nous exigerions qualité et respect de nos valeurs dans d’autres domaines?
Certains diront que la culture n’est pas assez importante, qu’elle ne mérite pas ces sacrifices. Qu’on ne peut pas la comparer à la santé et à l’éducation. Vraiment?
La culture est une richesse à long terme. Quand la SRC ouvre son bulletin de nouvelles sur une question politique complexe là où TVA fait la chronique des chats écrasés, il s’agit d’une forme d’éducation complémentaire à celle offerte par le réseau scolaire. Quand la SRC nous présente des émissions de qualité faisant l’apologie d’une alimentation saine et d’un meilleur rythme de vie, toute la société y gagne car nous sommes globalement moins malades. Elle est là, la richesse de la culture. Chaque fois qu’un individu apprend quelque chose grâce à la SRC, il enlève ce fardeau de l’apprentissage à une autre partie du système. Si nous étions honnêtes, nous reconnaîtrions la valeur éducative de Radio-Canada, qui a su allier divertissement et apprentissage, et nous exigerions la même qualité que pour l’éducation « officielle » de nos enfants. Et nous réclamerions un juste financement, tout comme nous ne demandons pas à une école primaire de s’auto-financer.

Les deux dangers guettant Radio-Canada

Si nos gentils politiciens d’Ottawa ne comprennent pas ce point primordial, deux dangers guettent la société d’État:

  1. La marginalisation:il suffit de regarder Télé-Québec pour se convaincre des dangers d’une marginalisation de Radio-Canada. Une télévision n’ayant plus les moyens de ses ambitions et faisant certes des émissions intelligentes, mais dépourvues des moyens permettant de capter l’attention de la majorité de la population.  L’aspect éducatif ne doit pas faire oublier la nécessité de moyens techniques permettant de rendre les émissions divertissantes;
  2. La dénaturation: ce scénario me semble plus plausible. Radio-Canada risque de devenir un clone de plusieurs autres réseaux privés, avec des émissions douteuses, des copies de concepts américains médiocres et dont la seule spécificité sera de nous parler occasionnellement des vaches manitobaines ou des homards néo-écossais. Un réseau gangrené par la publicité et devant faire la course aux cotes d’écoute pour espérer pouvoir survivre à l’année suivante.

Ne pourrait-on pas, nous, Québécois et Canadiens, nous doter d’une télévision et d’une radio publiques bien financés et nous offrant des émissions à la fois de qualité et divertissantes? Radio-Canada coûte présentement en moyenne 33$ par citoyen par année. Il me semble que c’est bien peu pour la richesse informative de ce réseau. Ne pourrions-nous pas oser davantage de qualité?  L’État se prive de milliards $ annuellement à cause des baisses d’impôts accordées au cours des dernières années. Ne pourrait-on pas choisir nos priorités?
Les effets d’un déracinement culturel ne se quantifient peut-être pas entre deux élections, mais à long terme, un peuple éduqué et fort au sens culturel me semble plus à même de faire les meilleurs choix individuels et collectifs permettant le mieux-être de l’ensemble de la population.

Le vrai Québécois

Mon beau-père, c’est un vrai Québécois. Il est né à Toronto d’une famille unilingue anglophone, toutes ses racines sont anglophones, son nom de famille est anglophone. Mais c’est un vrai Québécois. Faut dire, il agit comme tel: malgré son accent et quelques rares erreurs d’accord du féminin ou du masculin (un voiture, une bâtiment), il parle un français très correct. Mais ce n’est pas pour cette raison qu’il est un vrai Québécois. Non. Mon beau-père est un vrai Québécois parce qu’il respecte la langue française et milite pour sa conservation.

Nous soupions chez la belle-famille lundi soir quand nous avons eu cette discussion où il était entièrement d’accord avec mon affirmation selon laquelle le vrai problème au Québec ne vient pas vraiment des anglophones (bien que ceux-ci soient pour la plupart beaucoup plus fermés que les francophones), mais plutà´t des francophones qui refusent de se respecter et d’utiliser leur langue partout.

Il me contait de quelle façon il lui est arrivé à de nombreuses reprises d’arriver dans un commerce et de se faire servir en anglais par une francophone pure laine. Malgré tout, il répondait en français. Et, ironie ou comble de la tristesse, l’employée lui re-répondait en anglais, comme si de rien n’était. Il devait insister, presque être insolent, pour pouvoir simplement se faire répondre en français… par une Francophone! Comme si la Francophone avait intériorisée une sorte d’infériorité de sa langue qu’elle n’osait pas utiliser devant le speak white des Anglais.

Il m’expliquait, avec ses yeux de quelqu’un qui a grandi à l’extérieur du Québec mais qui est tombé amoureux avec notre culture, de quelle façon il constatait que le français recule de manière importante à Montréal. Et il était entièrement d’accord avec moi que les Québécois devraient se respecter davantage et ne pas se gêner de parler français au travail, dans la rue, partout! Surtout face à l’intransigeance et à la culture hyper-dominante des anglophones.

Je ne sais pas pour vous, mais moi j’en veux des dizaines, des centaines, des milliers de Torontois comme lui! On pourrait peut-être les échanger contre toutes ces larves anglophiles à -plat-ventristes qui favorisent l’anglicisation du Québec en offrant un espace anglophone à ceux qui refusent de s’intégrer.

Le bilinguisme, dans un contexte minoritaire, conduit TOUJOURS à la marginalisation de la langue minorisée. Il serait plus que temps de le réaliser et d’agir en conséquence en refusant de parler anglais sur le territoire du Québec. Il n’y a pas de mal à ce que les élites soient bilingues, mais de l’imposer à la majorité est la meilleure façon de nous faire disparaître à grande vitesse.

Se respecter, ça n’a pas de prix.