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Les méthodes fascisantes de Xavier Camus

Je lisais la page Facebook d’un triste individu, qui s’appelle Xavier Camus, et dont la seule raison d’exister dans la vie semble être de traîner dans la boue les gens qui ont une opinion différente de la sienne. Je lisais les commentaires sur sa page, et les remerciements de gens qui le félicitaient d’avoir « démasqué » un soi-disant raciste, son appui à une autre personne voulant porter plainte à la Commission des droits de la personne, et tous les commentaires clairement haineux qui suivaient, dont la plupart des propos étaient déformés, voire inventés de toutes pièces. On a diffamé quelqu’un, on l’a insulté, on était même prêt à trouver son adresse pour aller le « visiter »… Tout ça pour quoi ?

Xavier Camus.

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Ah oui, tout ça parce qu’un nouveau site web a créé quelques cartes de quartiers où élever une famille et que dans les critères on a considéré l’immigration comme étant un facteur, à hauteur de 8,33% de l’ensemble des critères. Oui, 8,33%. Tout ça. L’auteur a osé affirmer qu’un quartier avec une plus grande cohésion sociale pouvait être supérieur à un quartier où les gens n’ont pas les mêmes référents culturels ou où les enfants ne vont pas dans les mêmes écoles, où les voisins ne peuvent pas se comprendre, etc.

Bref, vous pouvez être en accord ou en désaccord avec les propositions du site. En démocratie, on a le droit de s’exprimer, et la partie adverse s’exprime ensuite, et du choc des idées jaillit la lumière. En théorie, du moins. C’est là un concept qui est généralement bien respecté par la droite, qui tolère les idées gauchistes. La gauche, par contre, n’y comprend rien. Parce qu’un auteur a sous-entendu qu’une plus faible immigration pouvait être un facteur positif, on l’a traité de raciste, de xénophobe, de trou du cul, de con, on a signalé son site web, on a fait des plaintes à Facebook, on a harcelé toutes les pages Facebook ayant partagé le texte, on a tenté de trouver son adresse, on l’a traité de fasciste, et j’en passe. Une chance que l’auteur de cet article n’avait pas commis un réel crime, car les sbires de Camus auraient sûrement fait une crise cardiaque !

En réalité, quand on y regarde de plus près, on constate toute l’absurdité de la situation. Ces gauchistes tolèrent des gens qui se réclament du socialisme et du communisme, une idéologie responsable de cent millions de morts au vingtième siècle. Cela leur est tout à fait acceptable. Mais si un individu se prononce contre l’immigration de masse, on tente de détruire sa réputation. Et si une organisation, comme la Fédération des Québécois de souche, par exemple, tente de défendre une quelconque idée d’une collectivité méritant d’être défendue ici, on accuse ses membres d’être des néonazis, on les crucifie sur la place publique. Vous y comprenez quelque chose ?

Le fascisme anti-fasciste

Ces méthodes, cette manière d’agir, sont, paradoxalement, celles du fascisme. Quand Mussolini a pris le pouvoir, il s’est empressé d’éliminer toute forme de contre-pouvoir, tout ce qui nuisait à l’établissement de ses idées sans la moindre opposition. Les libertés ont été restreintes, les représentants ont dû montrer patte blanche face au pouvoir fasciste. Les opposants étaient éliminés.

Or, dites-moi, quelle différence y a-t-il entre ces méthodes et celles d’un Xavier Camus, par exemple, qui publiait :

Dans les deux cas, il y a la volonté de museler l’opposition, de couper le dialogue. On tourne le dos aux traditions démocratiques, on rejette l’autre, on considère que son opinion est indigne, qu’il n’a pas le droit d’exister. Si Xavier Camus était en charge d’un Goulag dans le Grand Nord, il est probable que la moitié de la population du Québec y serait déjà. Si sa page Facebook constituait un pays, la Corée du Nord aurait probablement l’air d’un paradis en comparaison.

Ces méthodes portent en elles le germe du totalitarisme. On considère son ennemi non pas comme un voisin, un citoyen comme soi, qui a tout autant le droit que soi à son opinion et à ses idées, mais comme un ennemi à abattre.

À un certain moment dans toute l’enfilade sur la page du triste sire, une personne s’est interposée et a demandé poliment qu’on respecte la liberté de l’auteur du texte d’avoir droit à ses propres idées. Que s’est-il passé, selon vous ? A-t-on répondu sur les faits ? A-t-on confronté les idées et les valeurs de chaque partie ? Non, non, non… Vous n’y êtes pas du tout. On lui a dit qu’elle n’avait pas à défendre un « raciste » (notons au passage que le fait de considérer le critère de l’immigration dans une étude ne constitue pas du racisme, mais la vérité n’intéresse pas la gauche), on lui a dit qu’elle défendait quelqu’un qui disait que les immigrants sont des criminels (ce qui est faux), on lui a dit que « tout le monde se fout de ton opinion », qu’elle se « crissait allègrement du racisme » parce que cela ne la « concernait pas », que le racisme n’est « pas une opinion », « pas de pitié pour un racistes (sic) » et qu’il est honteux qu’une personne travaillant dans son domaine ait une telle opinion. Une personne a même suggéré qu’on allait lui faire perdre sa job. Ouf, avez-vous envie de donner le pouvoir à de telles personnes ? Pas moi !

la mort de la démocratie

Ce qu’on peut constater avec cette situation, c’est l’agonie de la démocratie et de la liberté d’expression. J’ignore si Xavier Camus assume pleinement son comportement anti-démocratique ou si c’est inconscient, mais il s’agit d’un phénomène flagrant : sous prétexte de défendre une pluralité de couleurs de peau, de langues, de religions ou d’identités sexuelles, cette gauche fascisante dont il semble être un héraut prône une homogénéité de pensée totalisante et hostile à toute forme de dialogue. On ne cherche pas à convaincre son prochain : on veut l’achever. On ne considère pas que la personne ayant des idées soi-disant racistes mérite de participer au débat ; on veut l’assassiner médiatiquement. Et quiconque se met au travers de la route subit le sort qui a été celui de la personne ayant osé émettre l’idée que chacun a droit à son opinion.

Ceux qui pensent qu’il faut se méfier de la droite ont tout faux. C’est la gauche qui nous emmène tranquillement vers une guerre civile. C’est elle qui tourne le dos au compromis démocratique, qui tolère qu’on harcèle, qu’on diffame, qu’on calomnie quiconque ne cadre pas avec sa conception très limitée de ce qui est tolérable ou non. C’est elle, systématiquement, et par la suite de sa propre faillite intellectuelle depuis l’échec retentissant du communisme, qui ne fait que s’opposer et est prête à toutes les violences et intimidations pour arriver à ses fins.

Les gens comme Xavier Camus ne sont que des notes de bas de page dans le grand combat des idées qui est en route actuellement. Pendant que d’autres discutent, réfléchissent, analysent, se concertent, il œuvre au quotidien à détruire le fondement de notre civilisation et à transformer notre société en une sorte de régime totalitaire de la pensée unique où toute voie de dissidence mérite la peine capitale médiatique.

Mais il a droit à ses opinions. Voilà quelque chose que la droite lui reconnaît, elle.

Profilage racial: laissons les policiers travailler

La sortie d’un rapport prétendant démontrer que les policiers de Montréal font du profilage racial tombe à point. Près de deux ans après que Fredy Villanueva ait été abattu après avoir agressé un policier, plusieurs aimeraient mettre la police au banc des accusés, l’accusant de faire du profilage racial. Qu’importe si ce rapport a une méthodologie douteuse, et qu’importe si les personnes de race noire sont sur-représentées lorsque des crime sont commis: il faut défendre les gentils citoyens contre la « méchante police ».

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Soyons sérieux une seule minute. Ce rapport constitue une vraie blague. Il compare le nombre d’interventions à la population totale. Cela signifie que si la majorité des individus traînant la nuit sont Noirs, mais qu’ils habitent dans un quartier majoritairement Blanc, la police ferait automatiquement du profilage racial en les abordant. Comme le souligne avec justesse le directeur adjoint Jean-François Pelletier, qui dirige l’équipe ayant produit le rapport, il aurait fallu comparer le nombre d’interventions visant des Noirs avec le total des interventions sur des individus dans une situation similaire. En d’autres mots: il ne suffit pas de dire que près de 30% des individus interpellés une nuit sont de race noire; il faudrait également tenir des statistiques sur l’origine ethnique de l’ensemble des individus qui étaient dans une situation justifiant de les aborder. Il faudrait également quantifier les crimes commis par des personnes de chaque race.
On fait également grand cas de l’importante augmentation des interpellations de personnes noires à Montréal-Nord entre les années 2001 et 2007. Cela constituerait une nouvelle preuve que le profilage racial serait en hausse dans le quartier. Dans les faits, cela ne prouve rien, sinon que l’immigration y est fortement en hausse (plus de 6530 nouveaux immigrants entre 2001 et 2006, et le pays d’origine le plus représenté est Haïti), que le crime l’est possiblement et que la police fait peut-être simplement face à davantage d’individus de race noire dans ses interventions.
Sur-représentation des Noirs concernant les crimes commis
Les statistiques sur les crimes en fonction de la race sont beaucoup plus difficiles à trouver au Québec et au Canada qu’aux États-Unis. Ici – surtout au Québec – on ne parle de race que lorsqu’il est question de crime haineux. Au niveau canadien, on tient quelques rares statistiques. On peut y voir ce graphique, par exemple, qui démontre que les Noirs représentent près de 2% de la population canadienne, mais que près de 6% sont emprisonnés et 7% sous supervision judiciaire. Chez les femmes, la situation est semblable: un rapport du Service correctionnel du Canada faisait état d’un pourcentage d’emprisonnement entre 5% et 7% pour les années 2001 à 2003.
Chez nos voisins du sud, par contre, de telles statistiques sont beaucoup plus élaborées. On y apprend que pour une population noire de près de 13%, celle-ci est responsable de près de 37% des homicides, 39% des crimes violents non-mortels, 30% des crimes contre la propriété et 30% des crimes à col blanc. Quand Patrick Lagacé affirme que les chiffres utilisés par l’étude sont les mêmes que ceux utilisés aux États-Unis, il oublie sciemment de souligner le fait que les personnes de race noire y sont largement sur-représentés.
Il faut agir intelligemment et politiquement
Ces données ne doivent pas servir à encourager le racisme ou la discrimination à l’égard des personnes de race noire. Elles doivent nous aider à prendre conscience d’une réalité: ces individus sont plus susceptibles de commettre des crimes et d’être emprisonnés que les Blancs. C’est une réalité, un fait. Être Noir, au Canada et au Québec, augmente la possibilité qu’on commette un crime ou qu’on finisse en prison. Au fait, y a-t-il beaucoup de Gagnon et de Tremblay dans les gangs de rue?
Évidemment, la couleur de la peau ne constitue pas une cause de ce problème. Il y a la pauvreté, il y a des différences culturelles, il y a une immigration trop importante pour notre capacité d’intégration, il y a des politiques économiques de droite favorisant les écarts de richesse et la paupérisation de nombreux quartiers. Les causes sont multiples, mais elles ont toutes une chose en commun: ce sont des enjeux politiques devant être adressés au niveau politique. Ce sont des politiciens – nos représentants – qui doivent s’occuper de ces enjeux. Ce sont nos élus qui doivent améliorer la cohésion sociale et prendre des positions courageuses pour améliorer l’intégration des immigrants déjà présents et réduire la pauvreté.
Or, quand on demande aux policiers de jouer les intervenants sociaux et d’adapter leur façon d’agir en fonction de la couleur de la peau des gens avec qui ils font affaire, on réduit notre capacité à faire face à ces troubles. Quand un crime est commis, quand des gens louches traînent la nuit, quand des individus terrorisent leur voisinage, quand ils vendent de la drogue ou commettent d’autres délits, on ne veut pas que le policier commence à se demander si son intervention sera considérée comme du profilage racial. On ne veut pas qu’il se questionne quant à savoir si son ratio d’interpellations noires est trop élevé pour la nuit; on ne veut pas qu’il se mette à considérer les individus en face de lui comme étant, précisément, des gens de couleur noire. On veut qu’il agisse. On veut qu’il fasse respecter la loi, indépendamment de la race. Et si cela implique d’interpeller davantage d’individus Noirs parce que ceux-ci sont sur-représentés au niveau du crime ou parce qu’il suspecte qu’un crime risque d’être commis, qu’il puisse le faire l’esprit en paix.
La police, malgré ses imperfections, est là pour nous défendre. Ce n’est pas de sa faute si les individus de race noire commettent plus de délits que ne le justifie leur poids démographique. Ce n’est pas son rôle de faire de la politique et de cesser d’apostropher des individus sous prétexte que cela pourrait être mal interprété. Si, toute la soirée, elle reçoit des appels de commerces ou de résidants se plaignant de gangs de Noirs volant ou terrorisant la population, elle est justifiée d’utiliser cette information au même titre qu’elle aurait le droit d’arrêter un individu avec un tatouage en forme de demi-lune sur l’épaule gauche si cela constituait un des signes distinctifs. On doit la laisser travailler.
Au-delà du profilage racial, il y a le respect de la loi et des valeurs qu’elle protège. Si nous pouvons œuvrer collectivement à améliorer la cohésion sociale et à réduire la pauvreté des populations immigrantes, qu’on le fasse au niveau politique. En attendant, les policiers sont justifiés d’interpeller qui ils ont envie d’interpeller car, de toute façon, quand on n’a rien à se reprocher, on ne craint pas les forces de l’ordre.
Quand on est un honnête citoyen, les policiers sont nos alliés.
Qu’importe la « race ».
Au-delà du profilage racial, si on agissait pour mettre fin au profilage de profession, qui consiste à dénigrer et à stigmatiser les policiers qui travaillent, au quotidien, pour maintenir nos valeurs et notre démocratie intactes?

Les gens comme Proulx

L’écrivain de livres pour enfants Steve Proulx a probablement substitué subrepticement un de ses textes destinés à ses chers chérubins pour le mettre sur son blogue. Les gens comme nous, qu’il dit. Vous voyez, ceux-là. Ceux qui ont tout, mais qui se plaignent tout le temps. Et les autres, vous voyez, ceux qui crèvent de faim dans la rue. Proulx réaffirme ce mythe on-ne-peut plus tenace selon quoi nous serions des gâtés se plaignant le ventre plein et qui ne font pas assez pour aider les autres.

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Proulx écrit:

Ils ont tout, les gens comme nous, mais ils se plaignent tout le temps. De l’incompétence de leurs politiciens démocratiquement élus, de la piètre qualité du service à la clientèle de leur fournisseur de téléphonie mobile, de l’engorgement de leur système de santé public, des maudits journalistes qui n’arrêtent pas de faire de l’information continue, etc.

Le problème avec la pensée de Proulx, si on fait exception de son caractère infantilisant du genre « finis ton assiette et pense à ceux qui crèvent de faim en Afrique », c’est qu’elle se meut à l’inverse du bon sens.
Ainsi, l’idée n’est pas que nous nous plaignons le ventre plein, mais plutôt nous avons le ventre plein parce que nous nous plaignons. Nous avons des institutions garantissant nos droits parce que nous les exigeons. Nous avons des syndicats défendant les travailleurs parce que d’autres avant nous ont fait ces combats. Nous avons un système d’assurance-emploi, de l’électricité, un système d’assurance-maladie et un État fort parce que nous avons suffisamment chialé pour les obtenir.
Dans la vie, pas de cadeaux. Les peuples les plus avancés le sont parce qu’ils se sont battus pour l’être. Ce sont ceux qui sortent dans la rue et qui se battent pour une virgule qui ont bâti non seulement ce pays mais l’ensemble des pays démocratiques. Nous sommes tributaires du sang de nos ancêtres; ils ont osé chialer, ils ont osé s’intéresser à la politique et ils ont eu la chance de bâtir une meilleure société dont nous profitons largement aujourd’hui.
Les aider, eux, pas de problème. Mais ce n’est pas sur nos épaules que repose le poids de l’incapacité des autres à atteindre notre niveau de vie. Ou plutôt, nous supportons effectivement ce fardeau si nos gouvernements empêchent un pays comme Haïti de se développer, en le déstabilisant, en se servant d’organisations non-gouvernementales pour empêcher la création d’un État fort, en organisant des coups d’État comme celui organisé par les États-Unis en 2004. Dans ce cas, oui, nous sommes responsables. Mais ça n’a rien à voir avec le fait d’être des « mardeux » qui devraient se sentir coupable en ouvrant le robinet et qui devraient envoyer la main dans un intense moment de solennité lorsque le besoin numéro deux quitte dans la tuyauterie municipale.
En fait, la seule « marde » que nous avons, c’est celle de pouvoir influer sur les décisions de nos élus. C’est cette « marde » qui nous affecte et nous en avons plein les mains, les yeux et les oreilles. Tellement, peut-être, que plusieurs en sont venus à croire que le vote ne donnait plus rien et qu’il valait mieux laisser d’autres s’occuper de politique. La voilà, notre vraie « marde »; celle d’une société non pas le ventre plein et qui chiale, mais plutôt le ventre plein et qui oublie de chialer, qui préfère envoyer des SMS et des textos pour Haïti en se dégageant la conscience plutôt que d’exiger la non-ingérence future de leurs gouvernements dans les affaires de ce pays. Cette « marde » nous encrasse et se mêle au sang non pas de notre niveau de vie, mais bien de notre refus de nous plaindre et d’exiger des politiciens aussi efficaces que tous ces gadgets dont Proulx aimerait nous rendre coupable.
Le monde, malheureusement, n’est pas un livre pour enfants. Les petits lapins du bonheur ne dansent pas une ronde dans un champ de fleurs où tombe une pluie de miel à la fin de l’histoire. Le monde, c’est celui du combat, de la lutte, de la revendication des droits collectifs de chacun. Nous n’avons pas à nous sentir coupables d’avoir obtenu ce que nous avons aujourd’hui; notre devoir n’est pas de nous sentir mal de jouir de ce que le sang de nos ancêtres nous a permis d’obtenir.
Notre devoir, simplement, c’est de continuer à chialer, à nous plaindre, à gueuler, à descendre dans la rue et à exiger des politiciens assez redevables qu’ils n’auront même pas l’idée de tremper dans des magouilles permettant de décider du mieux-être d’un pays comme Haïti à la place des Haïtiens.

Génération bling-bling

Ils arrivent par groupes de trois ou quatre. La démarche traînante, la fourche de pantalon descendant jusqu’aux genoux. L’air hagard, à mi-chemin entre un survivant de l’Holocauste ayant subi les pires traitements, détestant l’humanité en entier, et un propriétaire d’entreprise marchant, la tête levée et semblant défier tous ses subalternes, dans son commerce. Énorme chaîne en or au cou, bagues en or aux doigts, large ceinture en or affichant un signe de dollar ou des fusils ou encore une tête de mort. Un chandail aux couleurs complexes, travaillé, un truc qui se paie avec trois billets verts au moins. Des souliers à la mode.
Et ils s’achètent leur truc à 15$, et ils se cotisent, exigeant du caissier qu’il charge 6$ sur une carte de débit, 5$ sur une autre et pour le reste un vieux cinq dollars froissé et d’une saleté douteuse fait le reste.
Génération bling-bling.
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Peut-on leur en vouloir? Ils ne font que pousser à l’extrême le culte des apparences. Ils se promènent avec assez d’or pour se faire couler une statue (ou avec une myriade de coûteux faux artifices) mais ils peinent à se payer l’autobus. Qu’importe; il faut avoir l’air riche. Ils déambulent et font croire – ou du moins ils croient faire croire – que le monde entier les jalouse, les respecte parce qu’ils ressemblent à des stars de Hip-Hop, sautant chicks par-dessus chicks et buvant du Hennessy avec une paille dans un Hummer avec un toit ouvrant. Une illusion. Ce sont au mieux de piètres comédiens, au pire des enfants s’habillant avec les vêtements des parents et jouant aux personnes importantes.
Parfois, on aurait envie de leur dire franchement: « Hé ho, mec, t’as jamais pensé que si tu ne mettais pas autant d’importance à ton allure tu ne serais pas si fauché? » Chose à ne jamais faire. Dans le ghetto – et je ne parle pas d’un lieu physique, mais bien de cette prison où on s’impose le faux-semblant – le paraître est roi et maître. Si tu as l’air bien nanti, tu l’es, parce que rien n’existe en-dehors de l’oeil de l’autre. Pour qui se tient la fourche en se mouvant, Descartes avait tort: je ne pense pas donc je suis, mais je suis parce que les autres y croient. Je joue un rôle et je deviens ce rôle dans la mesure où les autres y croient.
Or, quand on place tout son argent et tous ses espoirs dans une apparence de gangster d’un univers post-apocalyptique où l’anarchie aurait remplacé ce qui reste de notre démocratie, quiconque ne croit pas au rôle devient un ennemi. Il ne faut donc pas se surprendre que la génération bling-bling soit parfois si agressive. Manque-moi de respect et je tue ta mère, brûle ta maison et maudis ta descendance. Manque-moi de respect – reconnais que mes habits empruntent davantage au clown qu’ils découlent d’un simple besoin de confort – et je te forcerai, par la force s’il le faut, à respecter ce rôle que je me suis donné. Ceci est mon rôle et tu es un figurant, voilà ce qu’ils nous disent vraiment. Détruis cette image que je me suis fais de moi-même et tu en paieras le prix.
Ce prix, c’est notre insécurité. Ce prix, c’est la conséquence de notre petit monde banal où on aspire à un quotidien immaculé et où on exprime nos passions et désirs dans les limites de la loi. Cette manière de vivre, cette normalité, ils l’horripilent. Elle leur rappelle leur incapacité à prendre part à ce destin commun. Ils regardent le train passer et ils méprisent ceux qui y montent plutôt que de constater qu’ils auraient eu la chance d’y être eux aussi s’ils s’étaient seulement donné la peine d’essayer. Ils nous terrorisent, ils nous regardent de haut, ils expriment la puissance d’un enfant du bidonville exhibant une vieille canette de cola devant les yeux abrutis de touristes emmurés dans un autobus climatisé.
Et quand nous dormons, quand nous sommes bien encabanés dans nos petits problèmes, confortablement assis, casaniers devant la multitude de programmes télévisés tentant de nous faire vivre par procuration ce que nous avons oublié d’expérimenter, trop pressés que nous étions de nous caser convenablement, la génération bling-bling prend la rue. Les lumières s’allument, la pièce de théâtre commence. Cette rue, ce territoire, cette jungle urbaine constituent la scène où ils projettent ce qu’ils aimeraient être. Et gare à vous si vous vous y immiscer. La réalité n’est que trop crue pour qui vit dans le rêve.
Le jour, nous rêvons d’une maison, d’une nouvelle piscine, d’une voiture de l’année, d’un voyage dans le sud. Eux, ils rêvent de puissance, de prestige, de reconnaissance. Ce sont les guerriers d’un monde en décomposition utilisant tous les interstices imaginables pour atteindre les fondements de sa fondation. Notre apparence, nous la portons dans nos petites guerres quotidiennes, au travail ou ailleurs; eux, ils la portent en eux, défendant leurs couleurs comme d’autres leur propre vie. Ce sont des guerriers et nous sommes les cultivateurs. Ils plantent ça et là des épouvantails dans les champs et les habillent de parures censées nous effrayer, mais ce ne sont toujours que des vêtements sur un corps de paille, une apparence sur ce qui n’a pas de prise sur le réel.
J’hésite toujours quant à savoir ce qui a pu les conduire à un tel culte de l’apparence, à une telle orgie de symboles aussi éphémères que leur sourire. Est-ce la pauvreté qui conduit à un tel besoin d’apparence de réussite? Ou est-ce ce mode de vie qui conduit à la pauvreté? S’agit-il de l’exemple de quelques exceptions qui réussissent à s’en mettre plein les poches dans ce numéro de funambule où la prison constitue souvent le seul parachute? Je ne sais pas.
Par contre, une chose que je crois savoir, c’est que la vie vaut bien davantage qu’un bout de chiffon bleu ou rouge ou que quelques artifices brillants. Le jour où j’aurai besoin de croiser les doigts pour savoir si je peux m’acheter une babiole à 5$ avec Interac ou que je devrai sortir de vieux billets sales et froissés de ma poche, j’espère que j’aurai au moins la décence d’avoir vendu mes bijoux et d’avoir essayé, avec cet argent, de me redonner un minimum de dignité et d’authenticité.
Si certains veulent adhérer à cette mode et se couvrir de bijoux factices et inutiles, qu’ils aient au moins l’argent pour appuyer leurs prétentions. En d’autres mots: quoi de plus précieux que le vrai? Et si on osait l’authenticité comme un nouveau bling-bling?

La rampe sociétale

420$ d’amende pour ne pas avoir tenu la rampe de l’escalier roulant à la station de métro Montmorency, à Laval. On en jase beaucoup sur la blogosphère. Patrick Lagacé, pour ne nommer que lui, n’en parle pas une fois, pas deux fois, mais trois fois sur son blogue. Si on l’écoutait, on demanderait immédiatement la tête des policiers qui ont osé demander à Bela Kosoian de tenir la rampe.
Pourtant, les policiers ont fait leur travail. Lagacé et d’autres croient que les agents auraient du faire preuve de jugement, et ne pas appliquer la loi d’une manière trop stricte. Faudra se brancher: demande-t-on aux policiers d’appliquer la loi ou de juger si une loi mérite d’être appliquée ou non? À ce que je sache, le travail de l’agent de paix est d’appliquer la loi votée par nos représentants. Le policier ne doit pas perdre de temps à se demander si telle loi fait du sens ou non. « Tenir la rampe d’escalier, ah non, ça c’est un mauvais règlement, je ne l’applique pas! » Il doit agir rapidement et appliquer le règlement, point.
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Veut-on vraiment d’une police pour qui la loi est flexible? Évidemment, pour une histoire de rampe d’escalier, on passerait l’éponge. Mais qu’en serait-il la prochaine fois? À partir du moment où on laisse au policier la possibilité d’évaluer quelle loi doit ou non être appliquée, on court le risque d’assister à de réelles dérives, car la moralité est quelque chose de très personnel. Un policier, par exemple, peut décider que brûler un feu rouge la nuit est moins dangereux que de risquer de se prendre les cheveux dans un escalier roulant. Ou bien quand il arrête un citoyen qu’il connaît bien et que celui-ci est en état d’ébriété au volant, il peut lui laisser une chance. Il peut aussi fermer les yeux sur une plantation de cannabis, sur un vol, sur un meurtre. Dites-moi, elle est où la ligne? Quelles lois méritent d’être appliquées et quelles lois doivent être flexibles?
Dans les faits, les policiers ont été corrects avec la dame. Ils l’ont averti. Ils lui ont laissé une petite chance. Celle-ci, au lieu de répondre « désolé, j’ignorais ce règlement », a répondu une bêtise aux policiers ( « je n’ai pas trois mains » ). Un policier te donne une chance, et tu lui craches un visage. Les policiers n’ont fait que leur travail. Si je peux me permettre, je crois que si Kosoian avait eu une meilleure attitude, rien de tout cela ne se serait produit. Les policiers ont voulu utiliser leur jugement, et elle n’a pas pris la perche qu’ils lui tendaient.
Nous sommes dans un régime démocratique et un État de droit. Quand un policier nous interpelle, on se ferme et on suit ses directives.  Si on considère que celui-ci a mal agi, qu’il a outrepassé son pouvoir d’agent de la paix, on peut toujours envoyer une plainte en déontologie le soir-même. Et si on considère qu’un règlement est inutile ou injuste, on peut contacter son député pour lui demander de faire pression pour le modifier. C’est ça, la démocratie. C’est ça, agir avec responsabilité.
Alors, non, je n’ai pas la moindre sympathie pour Bela Kosoian. Elle aurait du remercier les policiers de lui donner une chance et aller en déontologie si elle considérait son arrestation abusive. Qu’on soit d’accord ou non avec le règlement, il existe, et il n’y a pas de bon ou mauvais règlement dans l’esprit du policier; il y a une loi à appliquer et on le paie pour qu’il l’applique.
S’attaquer aux agents qui ont agi dans les règles m’apparait donc non seulement inutile, mais tout à fait hypocrite. Si vraiment on considère abusif d’avoir un règlement qui force les gens à tenir la rampe, qu’on demande aux autorités de le modifier au lieu de s’en prendre à ceux qui ne font que l’appliquer.
Car ce n’est pas seulement d’une rampe qu’il est question ici, mais du devoir de chaque citoyen de connaître et respecter la loi ou de s’impliquer politiquement pour la changer. À mes yeux, les cris indignés de certains blogueurs en relation à cet événement traduisent plutôt un manque de désir d’utiliser les mécanismes disponibles pour construire une meilleure société.
S’indigner, avoir l’air piteux avec le constat d’infraction en mains, c’est facile. Contacter son député ou son conseiller municipal pour qu’il modifie le règlement, ça demande beaucoup plus d’effort.  Sauf que c’est ce type de comportement qui permet d’améliorer la société.