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La dictature du plaisir

Le plaisir, de nos jours, a été érigé en tyrannie suprême : quiconque agit d’une manière s’y opposant n’aurait rien compris. Partout autour de nous, tout le monde se gave, se vautre, s’engorge de plaisir comme s’il s’agissait du bien le plus important, le seul qui compte. Il ne suffit pas de chercher bien loin pour constater à quel point le plaisir est partout. On peut, par exemple, marcher dans la rue, par une belle journée de printemps.

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C’est ce que j’ai fait aujourd’hui dans les rues de Saint-Jérôme. J’ai observé ce plaisir partout. Il y avait ce motocycliste à la moto hyper bruyante et qui accélérait avec fougue, dérangeant, pour son bon plaisir, tout le monde à un kilomètre. Cette femme de trois cents livres assise sur sur banc en train de manger une crème glacée. Cet adolescent qui a jeté son déchet par terre parce que c’était plus plaisant que de chercher une poubelle. Ces hommes assis sur leur terrasse en train de boire de la bière sur l’heure du midi. Cet autre homme qui faisait crisser les pneus de sa camionnette, probablement pour impressionner de sa virilité la femme à ses côtés, dans l’espoir d’un quelconque plaisir lubrique. Ainsi de suite.

On dirait qu’il n’est plus possible de vivre autrement que dans l’hédonisme. Quiconque agit pour une autre raison que pour son petit bien-être personnel devient de facto quelqu’un de louche. Cette communauté de sœurs qui prient Dieu ? Bizarres. Ces gens qui nettoient les berges de la rivière du Nord ? Étranges. Ou ces personnes qui militent politiquement en faveur d’idées plus marginales, et qui sacrifient parfois leur carrière pour leurs idées ? Ce sont des anomalies, des retardataires, des gens n’ayant pas compris que le plaisir est la seule chose qui compte, le seul étalon à partir duquel tout se calcule.

oser le devoir

Au-delà du plaisir, il y a peut-être un mot qu’on a oublié : le devoir. Le but de l’humain n’est peut-être pas de se donner constamment du plaisir, d’inonder ses sens d’insipides sensations dans le seul but d’envahir son cerveau de plaisantes hormones. Entre un héroïnomane se shootant du matin au soir et un obèse morbide outremangeant du lever au coucher, il n’y a qu’une différence de méthodes, pas de but. La solution : le devoir.

Le devoir, c’est comprendre qu’on existe pour autre chose que de se donner du plaisir. Le devoir vient de l’humilité de reconnaître qu’on est une simple parcelle d’un tout et que ce tout est plus grand que soi-même.

Il n’y a bien sûr aucun mal à ressentir du plaisir dans l’action, mais cette action ne devrait-elle pas servir à un but dépassant sa propre personne ?

Quel but y a-t-il à vivre constamment dans le plaisir ?

On entend parfois dire qu’on a qu’une seule vie et qu’il faut donc « en profiter », mais s’il était vrai qu’on n’a qu’une seule vie (comment savoir ?), il y a tout de même les gens qui restent après nous. Veut-on leur laisser un monde pollué, impotent, laid, bruyant, où tout ce qui est bien a été détruit et tout ce qui est mal mis sur un piédestal ?

Il faut parfois se sortir du plaisir et faire ce que doit.