Étiquette : Gilles Garneau

Comment meurt la liberté

La liberté ne meurt pas seulement par de grandes répressions à la sauce Tian’anmen. Elle meurt également par des jugements en cour, par la répression de simples citoyens, comme c’est le cas pour Pierre Dion, qui risque la prison pour ses opinions. Non, nous ne sommes pas en URSS en 1938 ; c’est bel et bien le Québec moderne cet endroit où la liberté d’expression n’existe plus, où on a le droit d’emprisonner quelqu’un parce que ses convictions sont différentes de celles de la majorité.

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Le « crime » de Pierre Dion ? Avoir notamment traité les islamistes de « race bâtard », « d’esti de mangeux de marde » et d’avoir défendu Alexandre Bissonnette, l’homme ayant ouvert le feu dans une mosquée de Québec, en 2017. Rien de bien édifiant, en effet. Mais est-ce un crime, ou une simple opinion ? Comme l’écrivait Carole Beaulieu, dans L’Actualité : « Ce qui est jugé “haineux” par les uns n’est parfois que l’expression par les autres d’une conviction morale. »

Effectivement, qui sommes-nous pour déterminer que le droit d’un groupe à ne pas être insulté a préséance sur le droit d’un individu d’avoir une conviction morale ? Le juge Gilles Garneau affirme : « Il fait des amalgames et il mélange tout. C’est inacceptable en 2019 que les gens ne soient pas mieux informés ». J’aurais envie de demander : et alors ? C’est votre opinion, juge. Et en quoi est-ce inacceptable que les gens ne soient pas « mieux informés » ? Est-ce un crime de ne pas être « mieux informé » ? Et surtout : peut-on être informés et tenir de tels propos ? Il y a là un niveau de condescendance assez extrême de la part de ce juge, qui stipule que pour avoir une telle opinion il faut nécessairement être mal informé. Je connais des gens très bien informés qui tiennent des propos semblables.

Le juge Garneau dit également : « Les Canadiens, et surtout les Québécois, sont un peuple accueillant et tolérant. On n’a pas besoin des propos d’un individu [comme ça] ». Est-ce le rôle d’un juge de déterminer de quel genre de citoyens on a besoin ? Personnellement, je crois qu’on a davantage besoin de gens comme Pierre Dion, qui ont le courage de leurs convictions, que de gens qui participent à tuer la liberté, comme ceux qui ont voté la loi sur la propagande haineuse et ceux qui, comme le juge Garneau, l’appliquent.

C’est quand même incroyable, quand on y pense : un juge condamne un citoyen qui a donné son opinion, l’accuse d’être mal informé et soutient qu’on « n’a pas besoin des propos » d’une personne comme ça. Juge ou moraliste ? On se le demande…

la BOÎTE DE PANDORE

La « propagande haineuse » constitue une véritable boîte de Pandore. On connait le début de l’histoire, mais on ignore la fin. La loi définit l’attaque verbale contre tout « groupe identifiable ». On arrête où, alors ? Qu’est-ce qui constitue un propos haineux ? Qui est un groupe identifiable ? Si je critique les immigrants, par exemple, est-ce que cela constitue un propos haineux ? Est-ce que les immigrants sont un groupe identifiable ? Et si je critique le gouvernement ? Et si je m’oppose à une loi, à un règlement ? Si je dénonce un corps policier ?

Il faut constamment en revenir aux propos qu’aurait tenu (ou pas) Voltaire : « Pour savoir qui a réellement le pouvoir, demandez-vous de qui on ne peut pas parler. » Et de qui ne peut-on pas parler ? Des minorités, simplement. Nous vivons sous la dictature des minorités, où la fragmentation de la société, sous la gouverne du multiculturalisme canadien, leur a donné un pouvoir disproportionné et liberticide sur l’ensemble de la société.

La gauche régressive se réjouit, évidemment, d’une telle décision du juge. Elle croit qu’il est normal de « baliser » la liberté d’expression. Or, on en revient encore une fois au même problème : qui décide ce qui doit être balisé et comment empêcher que le fait de limiter la liberté d’expression ne serve des objectifs politiques, comme ce fut le cas notamment en URSS, où cette liberté était effectivement très bien « balisée ».

lA SEULE SOLUTION

Depuis des millénaires, cette liberté est balisée. Que ce soit à l’époque romaine, au Moyen-Âge, ou même après, à peu près partout sur la planète, on pouvait se faire emprisonner pour ses opinions. C’est en réaction à cela qu’a été créé le premier amendement de la constitution des États-Unis, qui protège la liberté d’expression. C’est pourquoi, aux États-Unis, il est possible de s’exprimer de la manière dont on le veut, et avec seule limite le fait de menacer ou de commettre un crime réel. Et la société, aux États-Unis, ne s’en porte pas plus mal (malgré tous ses autres défauts).

Voilà ce à quoi nous devrions aspirer : une liberté d’expression totale, comme aux États-Unis. Le contraire, nous l’avons expérimenté depuis des siècles, et c’est un échec. La liberté d’expression totale évite non seulement  d’encombrer inutilement le système de justice, mais elle permet de garder les gens au sein de nos communautés plutôt que de les exclure et de les pousser à la radicalisation.

Car, soyons honnêtes : croyez-vous que Pierre Dion va se dire : « Ah oui, c’est vrai, c’est normal que je sois condamné pour mes propos. » Non, il va se dire, avec raison, qu’il est victime d’une injustice et il va redoubler d’ardeur, quitte à modifier légèrement ses propos pour éviter le juge la prochaine fois. Il va en faire, avec raison, une question de principe et ce qui constituait pour lui une simple expression d’une soupape laissant échapper son trop-plein de vapeur, deviendra un combat héroïque et mieux articulé.

La liberté d’expression constitue quelque chose de sacré. Quand on s’attaque à ce droit, et quand ce sont systématiquement les gens de droite qui en font les frais (je ne me souviens pas d’avoir vu des adeptes du communisme arrêtés, même si cette idéologie est responsable de cent millions de morts), on crée les conditions parfaites pour une radicalisation et un renversement de l’ordre établi.

Chaque chose en son temps, mais si la situation perdure, et si on continue d’arrêter des honnêtes hommes pour leurs opinions, cela deviendra inévitable.