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Andalou

« Parler plusieurs langues, c’est une richesse ».

Combien de fois entend-on cette ritournelle ? La nouvelle génération, celle qui fut éduquée avec le dogme du tout-puissant bilinguisme, a fini par intérioriser cette croyance. De jeunes indépendantistes, de jeunes francophiles, définissent désormais le combat linguistique québécois d’une manière totalement schizophrénique, alors qu’eux, faisant partie de la gentille élite, auraient droit de goûter à l’incroyable « richesse » de l’anglais pendant que le reste de la population devrait soit s’en passer, soit s’en accommoder en adoptant la même pensée maladive selon laquelle on pourrait à la fois parler une langue et refuser de s’en servir sur notre territoire.

Osons le dire tout de go : parler plusieurs langues ne constitue PAS une richesse en soi.

L’idée de base justifiant l’idée d’une supériorité du multilinguisme sur l’unilinguisme vient du fait qu’on compare une situation – le fait d’être multilingue – avec une non-situation – le fait de ne pas l’être. C’est le même raisonnement fautif qui conduit à affirmer que le bilinguisme serait bon pour les enfants car ceux qui le sont se développeraient davantage que les autres. Ce que ce raisonnement ne dit pas – ou ne veut pas dire – c’est que les enfants qui apprennent les sciences, les mathématiques, les échecs, ou autres, deviennent encore plus intelligents que ceux qui se contentent d’être bilingues. Ce n’est pas le dédoublement des langues, ou leur multiplicité qui constitue une richesse, mais bien l’apprentissage lui-même.

En clair, en quoi le fait de savoir dire « Jean joue avec son ballon » dans huit langues constituerait-il une richesse si on est incapable d’approfondir la pensée dans sa propre langue ? Il a été démontré que les personnes bilingues ont généralement un vocabulaire plus limité dans chaque langue ; il y a des exceptions, mais il s’agit néanmoins d’une vérité relativement facile à comprendre pour qui peut observer des échanges de « franglais » dans les rues de Montréal.

Cette croyance dans la supériorité du nombre sur la qualité est typique de notre époque. Nous vivons à une période de l’Histoire littéralement noyée dans l’abondance. Nous sommes entourés de signaux, d’informations, d’idées. La question qui se pose avec le plus d’acuité est celle de la qualité de ces signaux, de ces informations, de ces idées. Autrement dit : il ne s’agit pas de dire qui a pu fréquenter le plus de pages web différentes, qui a regardé le plus d’émissions de télévision, qui a lu le plus de pages dans un journal ; l’important consiste à donner un sens à toutes ces informations.

Ainsi, quand on affirme que le seul fait de superposer une langue anglaise à une langue française, par exemple, constituerait une richesse, on agit de la même manière que si on affirmait qu’écouter telle chaîne de télévision en plus de telle autre constituerait un avantage. Par exemple, si j’affirmais être une personne intellectuellement réalisée parce que j’ai écouté des Infos-Pubs toute la journée, ne rirait-on pas ? Et si je répondais : « J’ai écouté huit Infos-Pubs, alors je me suis beaucoup éduqué ! » ? On répondrait que ce n’est pas la quantité qui compte, mais plutôt la qualité.

Idem pour la langue. Rien ne sert de savoir dire les mêmes mots, les mêmes phrases approximatives, le même langage dénaturé et facile, dans huit langues, si je ne peux même pas regarder mon amour dans les yeux et, plutôt qu’y voir des « yeux bruns qui sont grands », m’y mirer dans un regard andalou, mystique et subjuguant.

Non, parler plusieurs langues ne constitue pas une richesse. Dans une société d’abondance et de nivellement par le bas, la richesse vient par la recherche du sens, la précision des idées, l’approfondissement d’une langue pleine et riche par elle-même et qu’il convient de développer jusqu’à en faire un outil permettant non pas d’exprimer la banalité à la moitié de l’humanité, mais de créer un sens pour une partie plus réduite, mais plus significative.

Il faut sauver notre histoire nationale!

« Il n’y a d’histoire digne d’attention que celle des peuples libres. L’histoire des peuples soumis au despotisme n’est qu’un recueil d’anecdotes », écrivait Chamfort. Le multiculturalisme et la dénationalisation de l’histoire constituent aujourd’hui ce nouveau dogme qu’on impose à nos enfants dans des cours d’histoires édulcorés où les événements marquants du Québec sont relégués au statut de notes de bas de page. Trouvant fierté non plus à se servir de l’histoire pour comprendre le présent et ainsi trouver une orientation au futur, le nouveau programme, dénoncé vivement par la Coalition pour l’histoire, hier, a transformé notre histoire collective en une litanie de faits insignifiants contribuant à créer davantage de confusion et de chaos identitaire dans l’esprit de la prochaine génération.
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Ainsi, dans le but de faire une large place à la diversité culturelle, on a évacué toute conception d’histoire nationale commune. Ce programme, élaboré en secret en 2006 et à peine modifié après la controverse de la révélation de son contenu, représente une aberration intellectuelle. Il recense sept dates-clefs de l’histoire du Québec et du Canada: 1500, 1645, 1745, 1820, 1900, 1905, 1980. La Défaite de 1759? Pas important. Les Patriotes et le rapport Durham? Un détail. Louis Riel? Connais pas. La Révolution Tranquille? Voir l’alinéa B12 à la page 324.
Désormais, au lieu de chercher à créer un sens à partir de l’histoire et à donner l’impression au jeune qu’il fait partie d’un passé orienté vers un futur, on lui présente un étalage de faits divers historiques mettant sur un même pied les grands combats identitaires du peuple francophone d’Amérique du Nord et les vicissitudes des Amérindiens, de la minorité ukrainienne de l’ouest canadien ou des immigrants chinois construisant le chemin de fer dans les Rocheuses. Le relativisme poussé jusqu’à son agonie: tout est égal, tout se vaut; l’histoire des plantes médicinales et des rites de passage amérindiens valent désormais la catastrophe de l’interdiction des écoles françaises au Manitoba ou la pendaison et l’excommunication des Patriotes. Tout est relatif. Même le peuple québécois.
Dans une étude de l’Institut de recherche sur le Québec, publié en mars 2009, le chercheur Charles-Philippe Courtois a comparé l’ancien et le nouveau programme d’histoire. Ses conclusions sont dévastatrices:

La dénationalisation radicale du cours d’histoire du Québec, si elle a été très légèrement maquillée en réaction aux critiques, n’est aucunement modifiée sur le fond.
[…]
Aussi, la question nationale et la politique sont-elles évacuées de toute la trame de l’histoire du Québec, si bien que la Révolution tranquille n’y a plus rien de national. « Maîtres chez nous » et « Égalité ou indépendance » ne font pas partie de l’exposé. Non seulement les moments d’affirmation nationale sont-ils occultés, mais aussi, tous
les moments difficiles, comme la censure mémorielle du rapport Durham l’illustre de manière accablante.
[…]
Même les grandes heures de l’affirmation du français sont occultées, depuis Lafontaine jusqu’à la Charte de la langue française, qui n’est pas présentée comme une loi
fondamentale mais une mesure très controversée.

Or, au sein d’une société où les citoyens sont autant fiers des acquis de la Révolution Tranquille que de la loi 101 et où la moitié des Québécois ont voté pour l’indépendance du Québec en 1995, comment peut-on accepter pareille fourberie? Comment peut-on endosser un programme d’histoire démontant toute conception de l’histoire nationale commune?
En fait, au-delà du choc de constater qu’on évacue tous les combats historiques de nos ancêtres – des combats qui ont mené à ce que nous sommes aujourd’hui – nous sommes en train de planter les germes de notre propre disparition dans le terreau fertile du cerveau d’enfants déjà rompus aux principes omniprésents du multiculturalisme canadien. Ces cours d’histoire sont la suite logique d’une nouvelle génération ignorant parfois même jusqu’au caractère francophone du Québec (un ancien collègue de travail, étudiant aux HEC, me jurait que le Québec était bilingue) et considérant les milliers de langues de nouveaux arrivants en attente d’intégration comme ayant la même valeur et le même droit de survie ici que le français au Québec. Ce multiculturalisme qu’on nous vante depuis des décennies, on l’impose désormais jusqu’à l’école, afin d’apposer un autre clou dans le cercueil de toute forme d’identité nationale collective.
Cela rejoint ce que j’avais déjà écrit sur le sujet:

En fait, la mondialisation et l’explosion des technologies de l’information ont transformé les identités. De moins en moins de Québécois et de Canadiens se considèrent comme tels. Avant d’appartenir à un peuple ou à une nation, on considère ses petites identités multiples: goûts musicaux, styles vestimentaires, activités sportives, orientation sexuelle, activités sociales, etc. Concrètement, on est gay avant d’être Québécois, punk avant d’être Canadien, planchiste extrême avant d’être Américain. Les identités se sont diluées. La nation, autrefois le ciment rassembleur de toutes ces particularités, a été reléguée au mieux rang de folklore, au pire comme une identité comme une autre. « Yo man, moi j’chill sur le skate, pis toi? – Moi j’trippe ben Quebec power man! »
Or, qu’est-ce que cela nous enseigne? Simplement que le concept de nation, l’idée même de regroupement humain selon une culture, une langue et une histoire communes, trouvant son apogée dans un État indépendant reconnu par d’autres États indépendants, est un concept à l’agonie. Et cela dépasse de loin la question identitaire: la plupart des pays sont devenus de simples vassaux de pouvoirs supérieurs à son contrôle direct: OMC, FMI, OMS, États-Unis, Cour internationale, etc.

Plus que jamais, l’ennemi n’est plus canadien. Oui, c’est le Canada qui, parmi les premiers, a imposé l’idéal multiculturaliste afin de noyer sa minorité francophone dans une mer d’identités diverses, mais aujourd’hui, ce sont nos propres élites qui entendent arracher jusqu’aux racines de notre identité et s’assurer, une fois pour toute, que toute conception identitaire nationale chez la prochaine génération sera impossible. Car comme l’écrivait Orwell: « qui contrôle le présent contrôle le passé et qui contrôle le passé contrôle l’avenir ».
Il est donc de notre devoir de nous questionner sur le genre d’avenir qui nous plaît. Une société cohérente, francophone et nationale, ou un fourre-tout multiculturel aux millions d’identités en combat quotidien dans un pays sans queue ni tête et où le chaos et l’incompréhension empêchent toute forme de cohésion sociale durable? Une société bâtie de la main et à la sueur du travail de nos ancêtres, ou un concept creux n’ayant comme objectif que de désintégrer toute forme d’unité nationale afin de nous noyer dans un flot continu d’immigrants à qui on reconnaît le droit de vivre ici sans jamais s’intégrer à un vivre-ensemble commun?
J’ai signé la pétition de la Coalition pour l’histoire. Face au mépris de l’oeuvre de mes ancêtres, j’ai apposé ma signature. Pour que leurs idéaux et leurs valeurs persistent malgré leur mort, j’y ai mis ma griffe.
Afin que, peut-être, tout ce que nous ferons de notre vivant ne soit pas, lui aussi, jeté aux poubelles de l’histoire par les étudiants en histoire du vingt-deuxième siècle.
Si nous nous rappelons de notre histoire commune et que nos descendants poursuivent nos débats et s’attachent à nos valeurs, alors, nous sommes immortels. Nous ne mourrons jamais car nous ferons partie d’un tout beaucoup plus grand que nous et notre vie n’aura été qu’une pierre supplémentaire jetée sur un grand édifice à bâtir, celui de la persistance de nos valeurs, de notre histoire commune et du respect de tous les peuples minoritaires de la Terre.

Les anglophones sont-ils Québécois?

Plusieurs personnes m’ont récemment accusé d’utiliser interchangeablement les mots « Québécois » et « francophones » pour parler du problème linguistique montréalais. Les anglophones aussi sont Québécois, m’affirme-t-on. Les immigrants sont tout autant Québécois que moi le jour où ils mettent les pieds ici, ajoute-t-on. Quiconque vit sur le territoire du Québec est Québécois, m’assène-t-on dans une ultime rebuffade dont on espère qu’elle me gardera définitivement coi.
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Pourtant, je maintiens mon désaccord: le fait d’être Québécois – c’est-à-dire d’appartenir au peuple du Québec – dépasse largement le fait d’habiter sur le territoire du Québec. Appartenir à un peuple, c’est aussi partager ses valeurs, ses convictions, sa langue. Contrairement à ce qu’en pensent certains, il n’y a pas davantage de « franco-Québécois » dans l’identité québécoise que de « franco-Français » dans la française ou « d’anglo-anglaise » dans la britannique: l’identité d’un peuple forme un tout dont la langue en est le ciment. Jacques Attali en parlait, mardi, d’une manière très doctorale sur son blogue:

Six éléments caractérisent l’identité d’un peuple, quel qu’il soit : un territoire, une langue, une culture, des valeurs, une histoire, un destin commun. Aucun de ces éléments n’est stable. Tous évoluent avec le temps. La France fut chrétienne ; elle est laïque. La France fut monarchiste ; elle est républicaine. Et aujourd’hui, toutes ces dimensions sont remises en cause par le mouvement du monde : l’effacement des frontières, en particulier en Europe, remettant en cause l’idée même d’un territoire identitaire ; le nomadisme croissant des Français comme des étrangers ; la présence croissante, sur le territoire national, d’autres langues, d’autres cultures, d’autres façons de vivre ; l’universalisation des valeurs, autour des droits de l’homme et de liberté individuelle, qui en fait disparaitre le caractère national; et, enfin, dans l’individualisme ambiant, l’incertitude quant à l’existence d’un destin commun.
De tout cela il résulte que, à terme, la seule chose qui définira durablement l’identité d’une nation, c’est sa langue, et la culture, la façon de penser le monde, qu’elle implique. La langue française conduit à penser, à écrire, à vivre, de façon claire, simple, directe, précise, logique, binaire. Elle trouve sa source dans l’harmonie des paysages et conduit à une symétrie des mots, à un équilibre des concepts, qu’on trouve déjà dans les textes des inventeurs de cette langue, de Rachi de Troyes à Blaise Pascal, de Chrétien de Troyes à Montaigne, de Marcel Proust à Léopold Senghor.

Évidemment, M. Attali parle pour la France, mais son discours s’applique à merveille au Québec.
En somme, la territorialité ne constitue qu’un aspect parmi d’autres de l’appartenance identitaire. Et avec la mondialisation actuelle, cet aspect devient de moins en moins important. Il suffit pour s’en convaincre d’interroger de nombreux immigrants qui, même plusieurs années après être arrivés ici, continuent de se réclamer de leur patrie d’origine. Et cela se comprend: ils n’ont jamais eu à apprendre notre langue et ils ont accès, grâce à Internet et à la télévision satellitaire, à tous les médias de leur pays natal. Sont-ils Québécois ces personnes qui ne parlent pas notre langue et s’identifient principalement à un pays de l’autre bout du monde?
En fait, toute la conception actuelle de ce qu’est un Québécois est dépassée. S’acharner à présenter le Québécois comme un « habitant du territoire du Québec » constitue une vision vieillotte et désuète de la réalité. Aujourd’hui, en 2009, la nationalité et l’identité dépassent largement le cadre territorial. Les identités sont devenues multiples, interchangeantes; le territoire physique, qui forçait autrefois l’intégration d’immigrants coupés de leurs racines, ne suffit plus à intégrer adéquatement les nouveaux arrivants et à leur permettre de réellement faire partie de notre communauté.
Voilà pourquoi la proposition de Jacques Attali est intéressante: la langue doit devenir le principal ciment de l’identité nationale. Car une langue, comme il le dit lui-même, permet de concevoir le monde. C’est bien autre chose qu’un outil de communication interchangeable; parler français, c’est avoir une certaine conception de la vie et des choses que ne permet pas n’importe quelle langue étrangère. Il s’agit d’une spécificité unificatrice permettant d’intégrer puis de donner une vision commune de notre futur à quiconque a la volonté de se joindre à nous. Imposer le français aux immigrants, c’est leur donner le goût de se joindre au « nous », c’est les inclure à ce « nous » qui, bien avant son temps, a compris que la véritable indépendance ne passe pas nécessairement par des frontières physiques, mais par la capacité à maintenir une culture et une langue vivantes.
Alors non, je ne crois pas que l’identité nationale doit être déterminée par le lieu de résidence géographique. Tu vis à l’est de la rivière des Outaouais et tu te réclames du peuple québécois, et 500 mètres à l’ouest, du peuple canadien? Non. Être Québécois, dans un contexte de mondialisation, c’est autre chose. C’est d’abord se concevoir comme tel, parler français, partager des valeurs québécoises et avoir une vision d’un futur pour sa collectivité en tant que Québécois.
Qu’on cesse donc un peu de me rabâcher les oreilles avec le fait qu’une personne refusant notre langue, notre culture, nos valeurs et notre histoire serait tout aussi québécoise que moi parce qu’elle vit sur le même territoire que moi. Nous avons le devoir d’accueillir les autres et de les inclure dans notre destin commun, mais ceux-ci ont aussi le droit d’accepter ou de refuser, chose qui était moins évidente autrefois. Et s’ils refusent, s’ils décident de rejeter notre langue, notre culture, nos valeurs et notre histoire, pourquoi les considérerait-on comme faisant partie de notre propre identité?
De la même manière: si j’invite quelqu’un dans ma maison et qu’il décline de respecter mes plus simples demandes, qu’il cochonne mon tapis avec ses bottes pleines de boue, qu’il insulte ma femme, qu’il lance sa nourriture sur les murs, devrais-je accepter pour autant sa présence? Cette maison, c’est notre conception identitaire du Québec, une vision non-géographique de celui-ci. Et si quelqu’un ne peut respecter nos plus simples valeurs, nos désirs les plus primaires de survie identitaire, nos demandes les plus fondamentales de respect de ce que nous sommes, pourquoi devrait-on le considérer comme un des nôtres?
Être ouvert sur la diversité, la réelle pluralité du monde, c’est aussi se donner les moyens de protéger ses peuples et leurs spécificités. À chaque fois où nous nous donnons des outils assurant la survie des valeurs qui nous sont chères, à chaque fois où nous défendons le français comme principal vecteur de notre identité, à chaque fois où nous nous battons contre l’anglicisation de notre métropole, nous contribuons à enrichir l’humanité de notre présence et à construire un monde multiple où coexistent une ribambelle de cultures différentes.
Le jour où le Québec sera devenu bilingue d’abord, puis anglophone ensuite, sous le poids d’une soi-disant ouverture où nous accueillons dans notre identité des gens qui méprisent les valeurs qui nous définissent, sera le jour où un pan entier de la multiplicité humaine aura disparu. Ceux qui habitent ici mais refusent d’apprendre notre langue sont peut-être Québécois au niveau de la loi, mais ils ne font certainement pas partie du peuple québécois.
« Quand nous défendons le français chez nous, ce sont toutes les langues du monde que nous défendons contre l’hégémonie d’une seule. » – Pierre Bourgault

La bulle Marois

J’écoutais Pauline Marois ce matin en entrevue à RDI, alors qu’elle tentait de répondre à la lettre de Victor Lévy-Beaulieu, où celui-ci l’accusait de trahir son peuple en proposant un bilinguisme qui, dans toute société minoritaire, a toujours conduit à l’assimilation de la minorité linguistique. J’ai vu une cheffe de parti complètement dans sa bulle, tenant une logique en circuit fermé, et entièrement déconnectée de la réalité.

En effet, la « logique » Marois est la suivante: « Je veux un bilinguisme pour les individus, mais la société doit rester francophone ». En clair, on rend chaque Québécois bilingue, et après on se croise les doigts pour que le français reste la langue qui nous unit tous. Mais comment unir autour du français une société minoritaire parlant maintenant très bien l’anglais face à une majorité ne comprenant que cette langue? Inévitablement, l’anglais va prendre le dessus comme langue de communication et même dans la vie de tous les jours, puisque désormais « tout le monde » va le comprendre.

Ainsi, pourquoi continuer de traduire les films américains en français, si tous les Québécois sont bilingues? Pourquoi mettre des sous-titres quand on interview une personnalité anglophone si tout le monde comprend? Pourquoi les immigrants apprendraient-ils le français s’ils peuvent communiquer avec n’importe qui en anglais? Pourquoi protéger la loi 101 s’il ne reste plus rien à protéger?

Dans toute minorité linguistique, ça prend une masse critique d’unilingues qui forceront la majorité à apprendre la langue de la minorité pour communiquer. Sinon, c’est l’assimilation pure et simple.

Ce que Marois n’a pas compris, c’est que la « société » n’est pas une entité déconnectée du peuple. Si les individus sont bilingues, la société est de facto bilingue, puisqu’une société est la somme de ses individus. Et si cette société est bilingue, il ne fait aucun doute que dans un contexte minoritaire le français est condamné à disparaître ou à ne plus exister que comme une espèce de folkore, au même titre que la nourriture cajun et Zachary Richard.

À ceux qui espéraient un renouveau de Pauline Marois, on constate malheureusement que nous avons droit à toujours davantage de la même chose. Encore une fois – tout comme lors des fusions municipales – le Parti Québécois a la vérité et c’est le « pauvre petit peuple » qui n’a rien compris. Encore une fois, au lieu d’écouter la population le PQ doit essayer de la convaincre qu’il a raison et qu’elle a tort. Encore une fois, le Parti Québécois se peinture dans le coin et se dirige vers un cuisant revers car il est trop orgueilleux pour reconnaître que la population ne veut pas de ce projet et qu’on doit oublier ce triste épisode au plus vite.

Avouez que c’est ironique quand même: le parti de la loi 101 qui est devenu le plus grand défenseur de la présence de la langue anglaise au Québec. René Lévesque doit tousser dans sa tombe…

Le PQ contre le Québec

Des cours d’histoire et de géographie en anglais, une intensification de l’apprentissage de l’anglais… S’agit-il des nouvelles propositions de la défunte Alliance Québec, regroupement d’extrémistes anglophiles cherchant à réduire la place du français à Montréal et au Québec? Mais non! Il s’agit des nouvelles divagations de cette pauvre Pauline Marois, qui est en train de détruire ce qui reste du Parti Québécois.

Alors qu’études après études et sondages démontrent un net recul du français à Montréal – et par ricochet éventuellement au Québec, puisque Montréal en est le coeur – on se serait attendu à des propositions agressives de la part du PQ pour réduire la place de l’anglais et augmenter celle du français, notamment en obligeant l’accès aux Cégeps en français, en coupant les subventions aux universités anglophones, en réduisant les heures de cours d’anglais à l’école… Mais non! Le Parti Québécois, comme trop souvent ce fut son cas depuis plusieurs années, a capitulé devant l’anglicisation des Québécois et a décidé non seulement de ne plus lutter contre ce phénomène mais de participer activement à sa mise en place.

C’est un suicide linguistique collectif et le Parti Québécois nous l’annonce dans la bonne humeur.

À ceux qui pensaient que Marois représentait un renouveau et l’occasion de prendre des décisions importantes et innovantes pour protéger notre langue et notre culture, voilà bien que sonne le glas du PQ et qu’on se prépare à l’enterrer pour de bon.

Ci-gît le Parti Québécois, qui un jour se proposa de défendre les intérêts des Québécois, avant de participer joyeusement à la mise à mort du fait français en Amérique du Nord.

À lire: La traîtrise de Pauline Marois!