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Comment meurt notre langue

Notre langue ne meurt pas parce nous oublions sa valeur, parce que nous ne nous considérons plus comme des résistants francophones sur ce continent du tout-anglais. Elle ne meurt pas non plus parce nous ne savons plus apprécier sa beauté, ses rimes, sa sonorité, sa précision, ses particularités; ce n’est pas parce que nous cessons de la chérir qu’elle meurt. Elle ne meurt pas également parce que nos enfants oublient leurs parents, que leurs parents oublient leurs grands-parents et que nos ancêtres sortent de nos vies comme autant de blessures trop lourdes pour être rappelées à la conscience.

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Notre langue meurt parce que nous ne la considérons plus comme étant une chose allant de soi. Déconnectée de nous-mêmes, nous l’intellectualisons, nous la « cérébralisons », nous demandons aux gars d’en bas, ceux des tripes, ceux du ventre, ceux des couilles, d’abdiquer, de faire confiance à ceux d’en haut, ceux qui remettent tout en question, ceux qui n’existent que pour relativiser, qui ne s’attachent ni à la terre ni aux cieux, ceux qui, par la raison, aimeraient nous convaincre que notre langue ne vaut pas la peine d’être par et pour elle-même.
Notre langue meurt parce que nous ne la vivons plus autrement que par les mots qui s’attachent à notre rationalité, aux rares livres que nous lisons, aux discussions raisonnées que nous avons avec nos semblables. Quand vient le temps d’exprimer une émotion, une joie, un accord, une colère, une fraternité, les premiers mots qui viennent à notre esprit sont, invariablement, un « yeah » bien senti, un « oké », un « fuck », un « man ». La langue du bas, celle qui s’impose depuis deux siècles comme celle du pain et du beurre sur la table ne fait qu’une bouchée de la langue intellectualisée, celle qui se superpose au cerveau reptilien par un obscur désir collectif de ne pas disparaître.
Notre langue meurt parce que notre musique, nos arts, sont déjà anglicisés. Notre raison parle français, mais la musique qui nous fait vibrer, celle qui nous fait bouger, celle qui fait déhancher les femmes, celle qui donne chaud aux hommes, est anglophone. La joie, l’allégresse, la fête, la sexualité, la violence-exutoire trouvent toutes leurs mots dans la langue d’Amherst; notre musique, sauf de rare exception, chante surtout la mélancolie, la tristesse, la perte, le vide, l’amour. Nous ne voulons plus nous attacher à ces sentiments montant du fond de l’histoire, ceux d’un peuple qui n’en finit plus de mourir et qui, deux siècles plus tard, chante encore « Évangéline » un trémolo dans la voix. Notre âme a déjà abdiqué là où notre raison veut poursuivre le combat.
Notre langue meurt aussi parce que nous ne considérons plus le français comme étant suffisant pour réussir. Notre raison, résistant aux mutineries des cols bleus du bas depuis si longtemps, montre des signes d’essoufflement. Nous sommes épuisés de penser au prochain; nous ne voulons pas intellectualiser un combat collectif impliquant de s’unir pour qu’il puisse être possible de réussir, ensemble, en français. Les gars du bas veulent l’argent rapide, ils veulent l’argent facile. Ils veulent réussir individuellement, non pas pour améliorer le monde dans lequel ils vivent ou faire partie d’un grand tout, mais simplement pour avoir le ventre plein et tirer un bon coup le vendredi soir.
Notre langue meurt parce que nous ne rêvons plus de territoires glorieux, d’une francophonie enracinée, d’une Abitibi, d’une Baie James, d’un Grand Nord à coloniser, de territoires où apporter nos Lumières et planter notre croix. Notre horizon, loin de s’être ouvert au monde, se limite désormais à une planète de cités urbaines interchangeables où on parle une langue interchangeable et où se croisent des gens interchangeables. L’anglais ne nous a pas ouvert les possibilités; il a au contraire résumé cette ouverture aux grands boulevards, un éternel chemin bétonné d’un gris tiède où, si ce n’était de quelques spécificités locales en voie de disparition, l’humanité serait Toronto, New York ou Londres. Notre territoire infini, celui du contact avec la nature, avec les autres peuples, de climats différents, d’une langue se portant comme on porte un flambeau, n’existe plus qu’en imagination.
Notre langue meurt parce que nous ne la croyons plus nécessaire pour vivre ici. Nous nous sommes fait un devoir d’apprendre l’anglais, nous l’imposons à nos enfants de sixième année comme le lourd tribut d’une disparition que nous n’avons pu assumer nous-mêmes, au même moment que nous sommes tout à fait satisfait de savoir que les anglophones, eux, n’ont, dans leurs écoles, que quelques cours d’un français saupoudré à subir. L’apprentissage intensif d’une autre langue constitue notre corvée; il ne nous viendrait jamais à l’esprit qu’un gouvernement responsable devant l’Histoire ou face à notre destin devrait au contraire prioriser l’apprentissage intensif du français chez ceux qui, même parmi les nôtres, ont encore de la difficulté à en saisir toute la richesse.
Notre langue meurt parce que nous voulons être aussi doux avec autrui qu’on a été rude avec nous-mêmes. Elle meurt parce que nous octroyons des privilèges à ceux qui habitent ici sans la parler, des privilèges qu’aucune nation au monde n’accorde. Elle meurt parce que, plutôt que de la porter à bras le corps, dans un geste viril de défiance face à la fatalité de notre Histoire, nous sommes plus inquiets du sort de ceux qui ne la parlent pas que de nous-mêmes. Elle meurt parce que nous sommes des lâches qui préférons le pire des compromis au nécessaire combat de la terre, de la sueur, des poings levés, de l’identité nationale affirmée, d’un peuple québécois dont la maturité ne se mesure pas aux privilèges qu’il octroie à une minorité anglophone n’attendant que le moment propice pour nous couper la tête, mais qui se respecte assez pour s’assurer, une fois pour toutes, que plus jamais ni notre langue ni notre identité ne seront menacées.
Notre langue meurt parce que nous avons oublié de la parler, d’utiliser la richesse de ses mots non pas pour vivre de misérables vies individuelles se terminant soit en terre soit dans une urne, mais pour parler de ce cri du fond des âges, de cette parole-humanité criant la vérité, hurlant l’existence d’une vie autrement plus riche que la bourbe mondialiste qu’on nous enfonce dans le crâne comme autant de clous dans le corps d’une humanité qui aurait pu, avec un peu de courage, devenir réellement plurielle.

L'incohérence méprisante de Françoise David

Deux paragraphes. C’est tout ce qu’il aura fallu de la part de Françoise David pour qu’elle me convainque de déchirer définitivement ma carte de membre de Québec Solidaire (QS). Fini pour moi. Fi-ni. J’étais devenu membre l’an dernier, après l’énième enfoncement à droite du Parti Québécois et alors que le parti violait ses propres règlements internes pour éliminer le SPQ-Libre, c’est-à-dire à peu de choses près ce qu’il restait de feue son aile centre-gauche. J’avais décidé de me pincer le nez devant les positions multiculturalistes de QS en espérant y trouver mon compte dans un programme économique de centre-gauche tout ce qu’il y a de plus avant-gardiste pour le Québec. Malheureusement, Françoise David vient de me rappeler pourquoi ce parti ne pourra jamais réellement parler au nom des Québécois: ce parti n’a de Québécois que le nom.

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En effet, en traînant dans la boue un militant nationaliste de gauche comme Jean-Roch Villemaire, sous prétexte que son mouvement entend réduire l’immigration ou qu’il s’oppose aux dérives d’un multiculturalisme transformant insidieusement la nation québécoise en un fourre-tout sans queue ni tête, elle s’attaque de front à tous ceux qui, à des degrés divers, ont à la fois conscience de la nécessité d’un ordre économique plus solidaire ET d’une société valorisant la protection de l’identité et de la langue des Québécois. En accusant frauduleusement M. Villemaire d’être un raciste – alors que sur son site il est clairement indiqué que l’homogénéité nationale prônée ne doit pas être raciale – Françoise David se met à genoux devant les Éric Duhaime, Mathieu Turbide, Joanne Marcotte et autres scribouille-merdes de ce monde, eux qui ont tout fait pour monter en épingle une simple manifestation contre l’apartheid israélien.
Ainsi, David, plutôt que de resserrer les liens contre la propagande de Quebecor et d’encourager les manifestations contre l’achat de produits israéliens, justifie la manipulation orchestrée par Quebecor – appuyée par le Réseau Liberté(sic)-Québec, qui reçoit d’importantes sommes de grosses entreprises et qui s’affilie aux extrémistes de la droite économique afin de tenir son discours anti-étatiste, rappelons-le – et les accusations de l’extrême-droite économique voulant que ce soient des extrémistes qui s’opposent à l’apartheid israélien.
Un air de déjà-vu
Cette dénonciation d’un individu sur la base de propos approximatifs donne une impression de déjà-vu. Évidemment, David n’est pas Bouchard et Villemaire n’est pas Michaud, mais il s’agit d’un réflexe typiquement québécois – et colonisé – que de se vouloir plus saint que le pape et d’être les premiers à dénoncer quiconque aurait pu éventuellement tenir l’ombre d’un propos permettant de croire au manque d’ouverture des Québécois, ce peuple si ouvert qu’il en vient presque à disparaître au nom de celle-ci.
Disons-le d’emblée, c’est bien ce dont il s’agit. Quand Villemaire parle de « droit du sang », il n’affirme pas, contrairement aux mensonges de David, qu’un citoyen à la peau basanée et vivant ici depuis longtemps n’aurait pas les mêmes droits que les autres. Ce concept est d’ailleurs très bien expliqué sur le site du MNRQ:

L’État-Nation, moteur de l’histoire, doit être homogène, non pas sur un plan strictement racial, ce que l’expérience historique ne prouve absolument pas, mais sur un plan de cohésion et de coopération mutuelle entre les divers participants de ce groupement historique. Les éléments qui refusent cette cohésion ne sont pas les bienvenus dans cet Etat-Nation et, au minimum, ne doivent pas avoir la possibilité matérielle de développer leur influence et leur puissance au détriment de la communauté nationale.

Ce droit du sang n’a rien de raciste, redisons-le. Il s’agit simplement de la capacité, pour les Québécois, d’affirmer qu’un Québécois ne constitue pas seulement un individu habitant le territoire du Québec. Il y a nombre de citoyens nouvellement arrivés sur notre territoire qui ne reconnaissent ni notre langue commune, ni nos valeurs communes, encore moins l’égalité des sexes si chère à Françoise David. Ces gens sont-ils Québécois? Par la loi, oui. Mais le sont-ils vraiment? Villemaire, plutôt que de laisser la question en suspens, y répond directement: non, un individu ne doit pas seulement résider au Québec pour être Québécois; il doit soit descendre d’une lignée typiquement québécoise ou avoir vécu un certain laps de temps et fait preuve d’une certaine intégration pour être considéré comme tel. Peut-on sérieusement considérer de la même manière un individu dont les ancêtres sont arrivés en 1671 et un autre arrivé hier matin? Je ne crois pas.
Cette position n’a rien d’extrémiste. De nombreux pays ne donnent pas le droit de vote avant plusieurs mois, et n’accordent que difficilement la citoyenneté. Nous, au Québec, nous sommes littéralement envahis par un contingent d’immigrants largement supérieur à notre capacité d’intégration. Comme je l’ai déjà écrit dans un billet, le Québec reçoit, proportionnellement à son poids démographique, plus d’immigrants que la plupart des pays développés. Et le pire, c’est que nous ne jouissons pas de la garantie identitaire d’un pays indépendant, ce qui signifie que nous sommes constamment sur le ligne de front pour les intégrer. Québec Solidaire, en rejetant du revers de la main à la fois le problème de l’immigration trop nombreuse et celui de notre incapacité à intégrer les immigrants déjà présents sur notre sol, se désolidarise du peuple québécois, cet ensemble de citoyens partageant une langue et des valeurs communes.
Par ailleurs, la Loi 101, véritablement fondement du Québec moderne et dont la popularité et l’affection des Québécois est démontrée sondage après sondage, ne s’appuie-t-elle pas sur une forme particulière de droit du sang, elle qui réserve l’école anglaise aux enfants d’anglophones? Françoise David aurait-elle la cohérence – ou l’indécence – d’affirmer son opposition à cette Loi si fondamentale?
L’incohérence de Québec Solidaire
En faisant primer le droit individuel d’un immigrant à pouvoir jouir du statut de « Québécois » – même s’il ne partage rien de sa société d’accueil – sur les droits collectifs des citoyens québécois, QS commet la même erreur que le Réseau Liberté(sic)-Québec, mais au niveau identitaire. Le RLQ affirme que l’individu doit être le centre de l’économie, que sa liberté est strictement individuelle et qu’il n’a pas à se faire « brimer » par l’État ou par qui que ce soit pour s’épanouir dans un monde désolidarisé; Québec Solidaire, au contraire, affirme que l’État doit constituer la volonté commune des Québécois d’agir au niveau économique, notamment en haussant les impôts de mieux-nantis et en brimant une partie de leur « liberté » pour le mieux-être de tous.
Mais Québec Solidaire, pour une raison inconnue, se montre incapable d’appliquer le même raisonnement au niveau identitaire. Brimer la liberté individuelle pour le bien de tous est possible pour l’économie, mais tabou en ce qui concerne l’identité. Sur ce point, on doit au moins reconnaître que le RLQ est cohérent: il prône l’absence de solidarité collective à tous les points de vue. QS, au contraire, refuse de réaliser que si l’État doit être libre de légiférer pour le bien-être collectif au niveau économique, il doit en être de même au niveau des valeurs communes et intrinsèques des Québécois et qu’un citoyen comme Villemaire, qui réclame la fin du laisser-aller dans ce domaine, n’a pas à être trainé ainsi dans la boue sous prétexte que ses idées sont davantage cohérentes et assumées que celles du parti de Françoise David.
Pour ma part, j’ai choisi mon camp. Ma carte de membre de Québec Solidaire est déchirée et dans la poubelle. Et j’appuie Jean-Roch Villemaire. Je ne suis pas en accord avec toutes ses positions et je suis beaucoup plus modéré que lui quant à savoir qui doit être considéré comme Québécois, mais je reconnais chez lui le désir de cohérence de la pensée et d’intégrité dans la recherche d’une société québécoise plus juste et solidaire au niveau économique, mais dont la solidarité ne saurait être exploitée par des gens méprisant la culture et la langue des Québécois.
Si on me le demandait, je dirais que le Front Québécois serait ce qui se rapproche le plus de mes idées, même si ce proto-mouvement n’est encore, précisément, qu’une idée.
En attendant, je suis orphelin. J’attends qu’un parti politique ait la cohérence de me proposer à la fois une société économiquement plus solidaire et un Québec véritablement maître de son passé, de son présent et d’un futur qui serait autre chose qu’un bouillon mondialiste et anglais.

L'épouvantail Bouchard

Il y a de ces épouvantails qu’on se refuse à ranger lors de l’arrivée de la première neige. Ils guettent, stoïques, les quelques flocons du rêve de l’été précédent tomber et ensevelir ce qui fut une terre fertile. La dernière sortie de Lucien Bouchard, qui s’en prend au soi-disant radicalisme identitaire du Parti Québécois, démontre bien que de tels épouvantails ne veulent pas mourir et s’accrochent désespérément à leurs combats d’arrière-garde.

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Se réclamant de René Lévesque, qui se retournerait dans sa tombe si son nom n’avait pas été si souvent invoqué en vain par de tels profanateurs du bien-commun, il reproche au Parti Québécois de s’interroger sur la meilleure façon d’intégrer les nouveaux arrivants. Tapant sur le vieux clou rouillé de la sempiternelle culpabilité identitaire des Québécois, qui n’auraient que le droit de disparaître dans le silence le plus chrétien en récitant les chapelets de sénilité canadienne-française de son frère Gérard, Lucien Bouchard n’a pourtant pas une si grande caution morale à proposer lui-même. Son bilan à la tête du Parti Québécois est loin d’être reluisant.
En effet, pour quelqu’un qui semble croire que l’intégration des immigrants constitue un phénomène magique, voire mystique, force est de constater qu’il a échoué à en favoriser la francisation au niveau scolaire, pourtant une des meilleures façons de les inclure à notre projet de société. Entre 1996 et 2001, soit grosso modo au même moment où il emmerdait le Québec avec ses « conditions gagnantes » d’une indépendance à laquelle il ne semble plus croire aujourd’hui – y a-t-il seulement déjà cru? – le pourcentage d’allophones passant du secondaire français au cégep français chutait de 58,7% à 54,2%. (( Source :Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, octobre 2008. )) La leçon porte: cette même proportion a immédiatement commencé à remonter à partir de 2001, quand Bouchard a quitté le PQ et qu’on a recommencé à parler, bien timidement, de protéger le français. En 2006, avec 60,7%, on est encore loin du 82,3% de 1987, mais on est sorti de la grande noirceur de l’ère Bouchard.
De la même manière, l’influence du français au sein de la société québécoise a également reculé, ce que démontre l’indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule le niveau d’attraction d’une langue. Celui-ci a augmenté, entre 1996 et 2001, de 1,015 à 1,020 pour le français, et de 1,226 à 1,263 pour l’anglais. C’est donc dire que la hausse de la vitalité de l’anglais au Québec, sous le règne du magicien de l’intégration Bouchard, a été près de huit fois supérieure à celle du français!
Au niveau économique, est-il besoin de rappeler que les coupes sauvages du gouvernement Bouchard pour l’atteinte de son sacro-saint déficit zéro ont fait exploser les inégalités sociales? Le coefficient de Gini sur le revenu total, qui permet de mesurer ces inégalités, est passé de 0,401 en 1995 à 0,421 en 1998, soit une hausse de deux points en quelques années! (( Statistique Canada, Tableau 202-07051,2,7 Coefficients de Gini du revenu du marché, total et après impôt, selon le type de famille économique, annuel (nombre) )) Il s’agissait de la hausse la plus spectaculaire des inégalités sociales depuis que Statistique Canada a commencé à compiler ces statistiques en 1976. Pour donner un ordre de grandeur, ce coefficient n’a varié que de cinq points en trente ans; 40% de cet écart a eut lieu durant les années du déficit zéro de Lucien Bouchard. Pas exactement le genre de projet de société qui donne envie aux immigrants de s’intégrer et d’apprendre à dire autre chose que « t’as-tu vingt-cinq cennes “man”? ».
Quand l’épouvantail Bouchard traite les Québécois de paresseux, appose sa signature au bas d’un manifeste pour un Québec cupide, ou sermonne un Parti Québécois, pourtant à peine moins pleutre que son son règne, parce qu’il considère simplement agir pour avoir une influence sur notre existence en tant que peuple, il démontre simplement à quel point il est déconnecté de la société et de quelle façon son bref passage à la tête du PQ fut un triste accident de parcours. Tel un despote immobile au milieu de ses ruines, il engueule ceux qui essaient de reconstruire ce qu’il a détruit avec tant d’élégance, à grand renfort de pluralisme et de courbettes identitaires.
Les temps ont changé. La passivité et l’à-plat-ventrisme ont fait leur temps. Avant que ne disparaisse la neige et que ne pointent les premières pousses d’un nouveau printemps, porteur d’espoir et de récoltes abondantes, il serait peut-être temps de remiser l’épouvantail moisi qui, s’il intimide ceux qui l’ont déjà admiré, ne cause pas le moindre désagrément à tous ceux qui se sont habitués à nous picosser le dos à chaque fois où nous menaçions de relever la tête.

Le Devoir: 100 ans de mollesse

Véritable festival de la flagornerie ces jours-ci alors qu’on célèbre le centenaire du journal Le Devoir. Le Devoir il est beau, Le Devoir il est grand, Le Devoir il est fin, longue vie au Devoir, merci au Devoir, bravo Le Devoir. Un tel concert d’éloges ne peut que camoufler le profond vide idéologique entourant le quotidien et son extrême pusillanimité face à la moindre prise de position critique. Cent ans après que Henri Bourassa ait viré Olivar Asselin, fondateur de la Ligue Nationaliste, éditeur du très combatif hebdomadaire Le Nationaliste et meilleur journaliste de son époque, pour créer un quotidien plus modéré et servile face au pouvoir en place, Le Devoir constitue toujours le journal d’une élite ramollie portant sa feuille tiède bien en vue comme les femmes de la haute société exposent leur sac à main Louis Vuitton.

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« C’est le seul journal indépendant à Montréal » entend-on parfois dire. Oui, c’est vrai. Mais encore faut-il faire quelque chose de son indépendance. À quoi sert-il au jeune adulte de quitter le domicile familial si c’est pour adopter sensiblement les mêmes règlements, les mêmes valeurs, les mêmes règles que ses parents? L’indépendance doit permettre à des idées, des valeurs, des convictions différentes de s’exprimer; elle doit s’octroyer l’expression d’une pensée différente, d’une idéologie unique ayant ses racines dans le passé et tendant ses branches vers le futur. Et Le Devoir a échoué lamentablement en s’enfermant dans une pseudo-objectivité l’éloignant définitivement de ce qu’il devait défendre à l’origine: les intérêts du peuple québécois. Le journal est devenu élitiste et a transformé la cause nationaliste en lubie d’intellectuels sclérosés longeant les murs des sous-sols de l’UQÀM.
Qu’elle est loin l’époque du journal Le Nationaliste, de Olivar Asselin, créé en 1904 et auquel Bourassa avait cessé de participer parce qu’il ne voulait pas entacher sa réputation en appuyant les idées contestataires du journal!
À l’époque, les étudiants se mettaient à une quinzaine autour d’une seule copie pour lire et discuter des textes d’Asselin. Ce dernier se promenait de procès en diffamation en procès en libelle, se servant de chaque présence au tribunal pour asséner des coups aux élites corrompues. Il a même été en prison pour avoir giflé publiquement Louis-Alexandre Taschereau, futur premier ministre! Jules Fournier, qui le remplaçait alors au Nationaliste, y a été jeté lui aussi pour avoir pris la défense d’Asselin avec beaucoup de passion. Asselin, qui a renoncé à son propre journal pour aider Bourassa à se faire élire au Québec, et ce dernier qui l’a laissé tomber par la suite. C’est ainsi que fut créé Le Devoir. On se rappellera que Bourassa a lui-même quitté son journal en 1932 à cause d’une polémique l’opposant à Lionel Groulx et à d’autres nationalistes qui refusaient les positions de Bourassa en faveur d’un Canada uni et du bilinguisme.
Cent ans plus tard, c’est le même esprit peureux, servile, d’un nationalisme propret et javellisé qui émane des bureaux de la rue Bleury. Face à une Presse qui, à la suite d’une histoire où elle servait d’organe officiel de propagande tantôt du Parti Libéral, tantôt du Parti Conservateur, n’hésite pas à afficher clairement son fédéralisme et son appui au multiculturalisme, Le Devoir se contente de parler d’indépendance du bout des lèvres, d’identité entre les lignes, de défense du français tant qu’on n’importune pas les anglophones en leur imposant la loi 101 au Cégep; Le Devoir est un journal nationaliste en autant que son nationalisme n’implique pas de prise de position nationaliste. On porte le nom comme autant de faux bijoux qu’on expose pour s’offrir un statut social que seule la pratique peut permettre.
Il serait peut-être temps pour Le Devoir d’entrer dans le nouveau siècle. Le nationalisme, après des décennies où il a contribué à l’émancipation des Québécois et où même les plus fédéralistes d’entre nous l’appuyait (Claude Ryan a déjà été directeur du journal), est redevenu une position contestataire. Quand Henri Bourassa a créé son journal, l’ennemi était canadien; aujourd’hui, il faut réinventer le discours nationaliste pour le rendre plus combatif et en synchrone avec une nouvelle réalité qui demande de trouver des moyens d’assurer la pérennité des valeurs et de l’identité du peuple québécois dans un contexte de mondialisation où même des États souverains ont de la difficulté à protéger leur identité. Le nationalisme doit de nouveau en être un de combat, acide, ironique, caustique, permettant de trouver des façons d’assurer la diversité humaine en protégeant les cultures minoritaires comme celle du Québec.
Il y a de la place pour un journal indépendant d’idées à Montréal. Ces idées doivent cependant être porteuses d’un discours cohérent et d’une idéologie redonnant pleinement le rôle de quatrième pouvoir au journalisme et ne le cantonnant pas dans celui de petit caniche se tenant lui-même en laisse et ne faisant peur à personne. Si vraiment Le Devoir est attaché à son passé nationaliste, il serait temps pour lui de reprendre l’initiative et de ne pas avoir peur d’affirmer des positions osées, nécessaires, que ce soit sur l’immigration, la langue française ou le multiculturalisme en général.
Dans un contexte de mutation profonde du monde journalistique où le format papier est appelé à disparaître, ce ne sont plus ceux qui disposent des moyens de production, pour paraphraser Marx, qui sont appelés à dominer le monde des idées, mais plutôt ceux qui ont, effectivement, des idées. Les blogues ne sont que la pointe de l’iceberg d’un phénomène condamnant les journaux ayant peur de prendre position et refusant leur rôle de chien-de-garde des intérêts des gens à une disparition aussi inévitable que le moteur à essence a remplacé les chevaux.
Si Le Devoir espère un jour célébrer son bicentenaire, il ferait bien de laisser tomber sa prétendue objectivité pour embrasser de nouveau un nationalisme de combat faisant du Québec le fer de lance de l’affirmation identitaire de tous les peuples de la Terre pour la survie de la diversité humaine.

L'année 2009 en cinq événements

Il est de bon ton à la fin d’une année de la résumer avec ses événements marquants. Puisque l’actualité elle-même fonctionne au ralenti, et que votre humble blogueur a de la difficulté à trouver quelque sujet inspirant, voici les quelques événements qui, de mon point de vue, ont marqué 2009.

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  1. La revalorisation du combat identitaire
    L’année 2009, selon moi, a été l’année ayant consacré notre libération du carcan dans lequel nous nous maintenions enfermés depuis le dernier référendum. Après quatorze années de peur, de recherche du consensus, de multiculturalisme et d’à-plat-ventrisme, nous osons enfin relever la tête et réclamer des mesures permettant à notre spécificité humaine de pouvoir survivre. Que ce soit en imposant la loi 101 au Cégep, en réclamant de profonds changements dans le cours d’Éthique et culture religieuse, ou en se questionnant sur le recul du français à Montréal, 2009 a été marquée par la recherche de solutions pour permettre aux Québécois de s’assurer un avenir en français et de continuer à enrichir la diversité humaine de leur présence.
  2. Le Go Fuck Yourself du Theatre Ste. Catherine.
    Individuellement, il ne s’agissait que d’un directeur de théâtre, Eric Amber, offusqué parce qu’on lui a demandé de retirer un groupe de sa liste d’envoi de courriels parce que ses courriels étaient unilingues anglais. Collectivement, pourtant, il s’agissait de la représentation ultime du mépris des anglophones pour le français à Montréal. Qu’un homme soit en mesure de vivre en anglais à Montréal et puisse faire fi de notre langue commune de cette façon et insulter le peuple québécois dépassent l’entendement. La manifestation et les réactions d’incrédulité qui ont suivi, de même que la distanciation de Juste pour Rire avec Eric Amber, ont contribué, selon moi, à raviver le combat linguistique à Montréal.
  3. La réélection de Gérald Tremblay
    Cette réélection a démontré une chose utile: les anglophones et les allophones de Montréal préfèrent une administration corrompue, gaspillant nos taxes pour engraisser leurs amis, faisant de Montréal une honte innommable, à l’élection d’une mairesse souverainiste et fière de ses origines. La corrélation entre le fait d’être un non-francophone et le vote pour Gérald Tremblay a été statistiquement très forte et je crois que cet événement a contribué à faire comprendre à plusieurs qu’on ne peut pas faire fi des enjeux identitaires, même au niveau municipal.
  4. La mort de Pierre Falardeau
    Le décès de Pierre Falardeau a marqué le Québec. L’initiative pour changer le nom de rue Amherst en rue Pierre-Falardeau (près de 13 000 membres aujourd’hui sur Facebook) n’a pas seulement démontré cet amour des Québécois pour le cinéaste, mais également le désir de célébrer ceux qui nous ont marqués. Falardeau, quoi qu’on en dise, n’est pas mort si des dizaines de Québécois se lèvent à sa suite et se battent pour ses idées. À un niveau plus personnel, c’est la mort de Falardeau, et l’écoute de ses dernières entrevues, qui m’ont fait découvrir Olivar Asselin, le plus grand de nos journalistes, qui a tenu le Québec en haleine pendant une génération au début du siècle précédent. Qu’un tel homme soit pour ainsi dire inconnu du public ne fait que démontrer l’état absolument pitoyable de nos connaissances historiques (et je m’inclus dans le lot).
  5. La grippe A(H1N1)
    Ce fut le sujet médical de l’année. Certaines personnes à l’idéologie penchant vers la droite aiment blâmer le modèle québécois, mais force est d’admettre que nos autorités ont bien géré la crise. Dans certains pays, les files s’allongeaient, on attendait des heures, mais ici, avec un système de coupon et des structures déjà bien organisées, la vaccination s’est faite dans le calme et en ordre. Évidemment, on ne pourra jamais véritablement mesurer le succès de la vaccination mondiale: qui sait ce qui se serait produit sans elle? Dans tous les cas, la grippe fut un sujet incontournable en 2009.

La liste pourrait probablement être bien plus longue. Mais c’est, pour l’essentiel, ma vision de 2009. Ce qui en restera, quand la page sera définitivement tournée demain soir. Ce qu’il restera de nous.