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Les meilleurs quartiers où élever une famille à Saint-Jérôme

Il est souvent difficile, lorsqu’on fait le choix de s’installer dans une ville, de savoir quels sont les meilleurs et les pires quartiers pour s’implanter et élever une famille. La maison ou le logement sont beaux, l’agent immobilier est souriant, la rue a l’air tranquille, mais qu’en est-il des voisins et du quartier lui-même ? S’agit-il d’un simple dortoir ? La population est-elle active ou sur le chômage ? Y a-t-il beaucoup d’immigrants et de minorités visibles ? Est-ce que les voisins parlent français ? Peut-on se déplacer facilement à pied ou à vélo ?

J’ai compilé des données sur ma ville, Saint-Jérôme, afin d’établir les meilleurs et les pires endroits où y élever une famille. Voici le résultat, sur la carte ci-bas, qu’il est possible de cliquer pour agrandir. Les secteurs en vert constituent les meilleurs endroits tandis que ceux en rouge sont les pires. Les données sont purement comparatives, c’est-à-dire qu’un secteur vert ne signifie pas qu’il s’agit d’un endroit nécessairement supérieur (ou rouge inférieur), mais simplement qu’il s’agit d’un endroit supérieur (ou inférieur) par rapport aux autres secteurs de la ville.

Pour compiler ces données, j’ai utilisé cinq thèmes et douze critères.

1. structure familiale

A. La proportion de la population âgée de 0 à 14 ans. Un des critères importants lorsqu’on décide d’un endroit où élever une famille est la possibilité pour les enfants de se faire des amis. Une plus haute concentration de jeunes enfants augmente également généralement les chances d’avoir une école pas trop loin et des infrastructures pour les enfants.

B. La proportion de couples mariés ou en union libre. Cet indicateur permet également de déterminer s’il s’agit d’un quartier familial. Une forte proportion de couples mariés ou en union libre indique, sinon des enfants, la possibilité d’avoir des enfants. Il s’agit également d’un gage de stabilité et de sécurité dans le quartier.

2. langue

A. La proportion de la population ayant le français comme langue maternelle. Un critère primordial lorsqu’on veut élever des enfants ; se feront-ils des amis qui les comprendront ? Y aura-t-il une vie de quartier où les gens peuvent se parler et se comprendre ? Arrivera-t-on à poser une question à son voisin en se faisant comprendre ou faudra-t-il trouver un interprète ?

B. La proportion de la population ayant le français comme langue d’usage. Un indicateur semblable au premier, mais déterminant la langue utilisée à la maison par les répondants. On peut imaginer un individu d’une langue maternelle autre que le français mais étant parfaitement en mesure de parler notre langue ; cela constitue un facteur positif.

3. Situation financière

A. La proportion de la population dont le revenu ne fait pas partie du décile inférieur. Cet indicateur permet de déterminer la situation d’extrême-pauvreté au sein d’un quartier.

B. La proportion de logements nécessitant des réparations majeur par rapport à la population totale. On préfère généralement élever des enfants dans un milieu de vie propre où les maisons ou logements ne tombent pas en ruine.

C. La proportion de la population n’étant pas en situation de chômage. Cet indicateur permet de déterminer la détresse financière et les opportunités d’un quartier. Un enfant dont les camarades de classe ont systématiquement des parents qui ne travaillent pas risque d’être moins motivé à faire les bons choix pour son avenir.

4. homogénéité sociale

A. La proportion de la population qui n’est pas immigrante. Une immigration trop nombreuse réduit l’homogénéité sociale et, outre les conséquences négatives déjà documentées à cet effet (plus de crime, par exemple), cela signifie des enfants ayant potentiellement des problématiques d’intégration. Qui a envie d’élever des enfants devant se sentir mal de fêter Pâques ou Noël pour ne pas faire de la peine à ses camarades de classe ? Ou des enfants dont les camarades de classe ont une mère voilée complètement soumise à un mari au discours islamisant ?

B. La proportion de la population constituant une minorité ethnique. Cet indicateur, bien que controversé, permet de mieux définir le statut des générations d’immigrants. En effet, Statistique Canada ne va pas au-delà de la deuxième génération lorsqu’elle considère l’immigration ; cet outil donne une idée de la « couleur » du quartier, de ses traditions, de ses origines, même après quelques générations. Un quartier plus homogène, où la population a relativement la même culture et les mêmes référents culturels, permet de développer un sens de communauté et de sécurité pour les enfants.

5. Enracinement local

A. Proportion des travailleurs faisant le trajet domicile-travail en moins de quinze minutes. Cet indicateur permet de déterminer si le quartier constitue un simple dortoir, ou si les gens qui y habitent y travaillent relativement près. Cela permet également de donner un aperçu de la proximité des services pour les enfants. Il s’agit également d’un facteur de qualité de vie, car des parents passant moins de temps dans leur trajet domicile-travail ont davantage de temps à consacrer à leurs enfants.

B. Proportion des travailleurs faisant le trajet domicile-travail en transport en commun, à pied ou à bicyclette. Cet indicateur permet de déterminer le niveau de proximité et de sécurité d’un quartier, c’est-à-dire la possibilité pour les enfants de marcher pour aller chez leurs amis, de pouvoir se déplacer facilement dans les commerces quand ils deviennent adolescents, etc.

C. Proportion de la population n’ayant pas déménagé depuis cinq ans. Cet indicateur constitue un facteur de stabilité et de sécurité. Des gens qui habitent un quartier depuis longtemps s’y attachent, le respectent, connaissent davantage leurs voisins, le polluent probablement moins et observent ce qui s’y passe.

Toutes les données proviennent du recensement de Statistique Canada (2016) et utilisent la plus petite unité géographique, soit l’aire de diffusion. La ville de Saint-Jérôme y est ainsi divisée en cent secteurs différents. Le détail des résultats, par secteur, est indiqué dans le tableau ci-bas. La colonne « classement » est basée sur la déviation, pour chacun des cinq principaux facteurs, par rapport à la moyenne du groupe.

les meilleurs quartiers

Les cinq meilleurs quartiers où élever une famille sont situés dans l’ancienne municipalité de Bellefeuille, qui a été fusionnée avec Saint-Jérôme en 2002. Malgré un éloignement du centre de Saint-Jérôme, la plupart des facteurs y sont très positifs. Même les endroits où il est peu possible de se déplacer facilement en transport en commun, à pied ou à vélo, les autres facteurs sont tellement forts qu’il s’agit d’un endroit de choix pour élever une famille.

… et les pires

À l’inverse, les cinq pires quartiers où élever une famille sont tous situés vers le centre-ville de Saint-Jérôme. Pour ceux qui connaissent bien la ville, cela ne devrait pas être une surprise, car le centre de la ville est très pauvre.

mentions spéciales

Plusieurs quartiers de la ville de St-Jérôme offrent un beau compromis entre la qualité de vie offerte à Bellefeuille, par exemple, et la proximité des commerces du centre de St-Jérôme. Je pense notamment aux secteurs 48, 91 et 93. Ces endroits offrent à la fois un milieu de vie familial, francophone, de classe moyenne, homogène et local.

Saint-Jérôme constitue une ville assez pauvre, et il est crucial, pour une famille désirant s’y implanter, de bien choisir son quartier. J’espère que ces statistiques pourront aider les familles (ou familles éventuelles) à faire le bon choix. Si on s’installe aux bons endroits et avec de bons voisins, Saint-Jérôme peut être une ville où il est très agréable de vivre et d’élever ses enfants.

Une autre action inutile signée RRQ

Le Réseau de résistance du Québécois (RRQ) avait annoncé une « grande action » contre la corruption; on a encore eu droit à un pétard mouillé. Tout comme lorsqu’une simple banderole (1000$ de l’argent des militants) accrochée à un avion avait constitué une « action réussie » lors de la visite du prince l’été dernier, ou lorsqu’on a lancé du ketchup au visage du maire de Mascouche, le RRQ a la victoire facile. Hier, en occupant les bureaux très régionaux de SNC-Lavalin à Québec, le réseau a une fois de plus démontré à quel point il est déconnecté de la réalité québécoise.

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Le fantasme du RRQ est toujours le même: il existerait un réseau occulte, une « nébuleuse » de forces fédéralistes à l’œuvre au Québec et qui utiliseraient l’argent et la corruption pour affaiblir le mouvement indépendantiste. Cette pensée est à l’origine de la plupart des actions du RRQ. L’occupation de SNC-Lavalin, une entreprise ayant contribué massivement à la caisse du PLQ, constituait la suite logique d’une idée certes séduisante – il suffirait de détruire ce monstre caché pour réaliser l’indépendance – mais sans aucun fondement concret. Encore une fois, le RRQ se trompe de cible. Et encore une fois, après s’en être pris à un maire francophone, à des militants francophiles, c’est encore une fois à une entreprise québécoise qu’on s’en prend. Prochaine cible: Gilles Vigneault ou la Bottine Souriante?

Blague à part, l’idée directrice du RRQ est fausse et c’est ce qui contamine la plupart de ses actions. Ce n’est pas parce qu’existerait un réseau fédéraliste occulte qui manierait les médias à sa guise et dirigerait dans l’ombre nos destinées que l’idée d’indépendance ne lève pas. L’idée d’indépendance ne lève pas parce que la population y est indifférente; on ne lui a jamais appris ce que constitue réellement l’indépendance. Après des décennies de péquisteries où on parle de faire du Québec un pays pour mieux l’enchaîner aux accords internationaux ou pour utiliser la monnaie du pays d’à côté, tout en respectant scrupuleusement les privilèges de la minorité anglophone, on en est venu à considérer l’indépendance comme étant tout à fait interchangeable avec l’état actuel. En fait, plusieurs ne voient même pas en quoi l’indépendance représenterait une quelconque forme d’indépendance si on remplace un Canada mondialiste et culturellement asservi au dogme multiculturaliste par un Québec mondialiste tout aussi à genoux.

Le RRQ vit dans le passé. Le pouvoir qui nous opprime ne vient plus d’Ottawa, et à peine de Washington. L’Empire est partout; les banques ont pris le contrôle d’à peu près tous les pays, imposant leur vision purement utilitariste et commerciale des choses. Il faut relire Soral pour comprendre de quelle manière la quasi-totalité des pays soi-disant indépendants sur cette planète sont en fait devenus des subalternes des banques, qui permettent le jeu politique en autant que celui-ci ne mine pas leur pouvoir (voir également vidéo ci-bas).

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=BUblDSCjOOo&w=650&h=366]

« Il faudra bien déclarer l’indépendance face à Ottawa » me répliquerait-on. Ah oui? Et à quand l’indépendance face au cartel bancaire? Le RRQ – et de nombreux militants formés à son école passéiste – considèrent encore l’indépendance comme étant un simple processus de création d’un État à l’ONU et bingo! tout est réglé. Rien n’est plus faux. Même la France n’est plus indépendante. Le Front National français, malgré quelques remugles d’un racialisme n’ayant plus sa raison d’être et que Marine Le Pen tente d’éliminer, est devenu un parti tout aussi indépendantiste que le Parti Québécois l’a déjà été. Pourtant, la France est indépendante, non? Non. Elle ne l’est plus. On lui laisse gérer son petit carré de sable tant que cela ne dérange pas les banques.

Évidemment, cela ne veut pas dire que l’indépendance de papier – un pays sua mappe! – est inutile. Elle permettrait de mieux gérer notre carré de sable et de contrôler un peu mieux notre immigration et nos politiques – tant que cela ne nuit pas au cartel bancaire. Mais si cette indépendance ne mobilise plus les troupes, c’est parce que nombre de mouvements qui la revendiquent se limitent à cette gestion du petit carré de sable en faisant abstraction de toute réflexion philosophique sur la réelle signification du mot « indépendance » en ce début de vingt-unième siècle. Ils veulent faire du Québec l’équivalent des autres sans se rendre compte que cette équivalence ressemble de plus en plus à un artifice.

En occupant une entreprise québécoise comme SNC-Lavalin sous prétexte que ses employés ont contribué à la caisse du PLQ, le RRQ contribue à nous enfermer dans cette logique de l’apparence et cette idée tout à fait fausse qu’il suffirait de lutter contre la corruption et d’affaiblir les forces « fédéralistes » (au fait, combien de fédéralistes convaincus avez-vous rencontré depuis une décennie?) pour donner un nouveau souffle au mouvement. En fait, la corruption est plutôt le SIGNE du désengagement complet des citoyens de la chose publique parce que ceux-ci ont compris que les partis politiques se ressemblent tous et que leurs politiques sont équivalentes, en directe ligne avec le catéchisme du cartel bancaire. Les citoyens sont tellement désespérés qu’ils sont prêts à croire n’importe qui ou n’importe quoi qui donne une apparence de changement (NPD, Legault, etc.).

Elle est là, la vraie cible.

J’écrivais récemment qu’il faut descendre dans les livres avant de descendre dans la rue. Je crois que c’est ce que devrait faire le RRQ. Il lui faudrait mettre à jour son discours afin de cesser de lutter contre des réseaux fantômes omniscients dans l’esprit de ses dirigeants, et plutôt chercher à construire la véritable résistance de demain, qui se fera contre le système économique actuel et qui se construira sur ses ruines, avec l’aide des autres peuples, mais dans le respect des particularités de chacun.

En attendant, on doit se battre pour ne pas perdre notre langue et notre culture (où était le RRQ le 16 octobre dernier quand des citoyens ont pris la rue contre le sur-financement des institutions de langue anglaise?), et préparer une lutte non pas contre le PLQ – une simple succursale du cartel bancaire – mais contre le système en entier. On doit se battre non pas pour attirer des kodaks, mais pour développer un argumentaire permettant de construire les luttes de demain. À cet effet, on peut s’inspirer de ce qui se fait en France, notamment avec le mouvement Égalité et Réconciliation. Dans tous les cas, si on ne veut pas lutter pour une indépendance réelle, qu’on le fasse au moins pour la langue et il y a des centaines de cibles plus pertinentes qu’une entreprise québécoise comme SNC-Lavalin (à commencer par McGill et tout le réseau d’institutions de langue anglaise sur-financées).

Malgré cela, il faut féliciter les militants qui ont pris la peine de se battre pour ce en quoi ils croient. À mes yeux, c’était inutile, mais toute personne qui se tient debout est le plus beau des monuments, pour paraphraser Georges Dor. Reste à souhaiter que le dévouement et la force extraordinaire de ces militants soit mieux utilisée par le RRQ qui, incidemment, semble beaucoup plus utile lorsqu’il se limite à son nouveau rôle d’agence de sécurité lors de manifestations.

Comment meurt notre langue

Notre langue ne meurt pas parce nous oublions sa valeur, parce que nous ne nous considérons plus comme des résistants francophones sur ce continent du tout-anglais. Elle ne meurt pas non plus parce nous ne savons plus apprécier sa beauté, ses rimes, sa sonorité, sa précision, ses particularités; ce n’est pas parce que nous cessons de la chérir qu’elle meurt. Elle ne meurt pas également parce que nos enfants oublient leurs parents, que leurs parents oublient leurs grands-parents et que nos ancêtres sortent de nos vies comme autant de blessures trop lourdes pour être rappelées à la conscience.

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Notre langue meurt parce que nous ne la considérons plus comme étant une chose allant de soi. Déconnectée de nous-mêmes, nous l’intellectualisons, nous la « cérébralisons », nous demandons aux gars d’en bas, ceux des tripes, ceux du ventre, ceux des couilles, d’abdiquer, de faire confiance à ceux d’en haut, ceux qui remettent tout en question, ceux qui n’existent que pour relativiser, qui ne s’attachent ni à la terre ni aux cieux, ceux qui, par la raison, aimeraient nous convaincre que notre langue ne vaut pas la peine d’être par et pour elle-même.
Notre langue meurt parce que nous ne la vivons plus autrement que par les mots qui s’attachent à notre rationalité, aux rares livres que nous lisons, aux discussions raisonnées que nous avons avec nos semblables. Quand vient le temps d’exprimer une émotion, une joie, un accord, une colère, une fraternité, les premiers mots qui viennent à notre esprit sont, invariablement, un « yeah » bien senti, un « oké », un « fuck », un « man ». La langue du bas, celle qui s’impose depuis deux siècles comme celle du pain et du beurre sur la table ne fait qu’une bouchée de la langue intellectualisée, celle qui se superpose au cerveau reptilien par un obscur désir collectif de ne pas disparaître.
Notre langue meurt parce que notre musique, nos arts, sont déjà anglicisés. Notre raison parle français, mais la musique qui nous fait vibrer, celle qui nous fait bouger, celle qui fait déhancher les femmes, celle qui donne chaud aux hommes, est anglophone. La joie, l’allégresse, la fête, la sexualité, la violence-exutoire trouvent toutes leurs mots dans la langue d’Amherst; notre musique, sauf de rare exception, chante surtout la mélancolie, la tristesse, la perte, le vide, l’amour. Nous ne voulons plus nous attacher à ces sentiments montant du fond de l’histoire, ceux d’un peuple qui n’en finit plus de mourir et qui, deux siècles plus tard, chante encore « Évangéline » un trémolo dans la voix. Notre âme a déjà abdiqué là où notre raison veut poursuivre le combat.
Notre langue meurt aussi parce que nous ne considérons plus le français comme étant suffisant pour réussir. Notre raison, résistant aux mutineries des cols bleus du bas depuis si longtemps, montre des signes d’essoufflement. Nous sommes épuisés de penser au prochain; nous ne voulons pas intellectualiser un combat collectif impliquant de s’unir pour qu’il puisse être possible de réussir, ensemble, en français. Les gars du bas veulent l’argent rapide, ils veulent l’argent facile. Ils veulent réussir individuellement, non pas pour améliorer le monde dans lequel ils vivent ou faire partie d’un grand tout, mais simplement pour avoir le ventre plein et tirer un bon coup le vendredi soir.
Notre langue meurt parce que nous ne rêvons plus de territoires glorieux, d’une francophonie enracinée, d’une Abitibi, d’une Baie James, d’un Grand Nord à coloniser, de territoires où apporter nos Lumières et planter notre croix. Notre horizon, loin de s’être ouvert au monde, se limite désormais à une planète de cités urbaines interchangeables où on parle une langue interchangeable et où se croisent des gens interchangeables. L’anglais ne nous a pas ouvert les possibilités; il a au contraire résumé cette ouverture aux grands boulevards, un éternel chemin bétonné d’un gris tiède où, si ce n’était de quelques spécificités locales en voie de disparition, l’humanité serait Toronto, New York ou Londres. Notre territoire infini, celui du contact avec la nature, avec les autres peuples, de climats différents, d’une langue se portant comme on porte un flambeau, n’existe plus qu’en imagination.
Notre langue meurt parce que nous ne la croyons plus nécessaire pour vivre ici. Nous nous sommes fait un devoir d’apprendre l’anglais, nous l’imposons à nos enfants de sixième année comme le lourd tribut d’une disparition que nous n’avons pu assumer nous-mêmes, au même moment que nous sommes tout à fait satisfait de savoir que les anglophones, eux, n’ont, dans leurs écoles, que quelques cours d’un français saupoudré à subir. L’apprentissage intensif d’une autre langue constitue notre corvée; il ne nous viendrait jamais à l’esprit qu’un gouvernement responsable devant l’Histoire ou face à notre destin devrait au contraire prioriser l’apprentissage intensif du français chez ceux qui, même parmi les nôtres, ont encore de la difficulté à en saisir toute la richesse.
Notre langue meurt parce que nous voulons être aussi doux avec autrui qu’on a été rude avec nous-mêmes. Elle meurt parce que nous octroyons des privilèges à ceux qui habitent ici sans la parler, des privilèges qu’aucune nation au monde n’accorde. Elle meurt parce que, plutôt que de la porter à bras le corps, dans un geste viril de défiance face à la fatalité de notre Histoire, nous sommes plus inquiets du sort de ceux qui ne la parlent pas que de nous-mêmes. Elle meurt parce que nous sommes des lâches qui préférons le pire des compromis au nécessaire combat de la terre, de la sueur, des poings levés, de l’identité nationale affirmée, d’un peuple québécois dont la maturité ne se mesure pas aux privilèges qu’il octroie à une minorité anglophone n’attendant que le moment propice pour nous couper la tête, mais qui se respecte assez pour s’assurer, une fois pour toutes, que plus jamais ni notre langue ni notre identité ne seront menacées.
Notre langue meurt parce que nous avons oublié de la parler, d’utiliser la richesse de ses mots non pas pour vivre de misérables vies individuelles se terminant soit en terre soit dans une urne, mais pour parler de ce cri du fond des âges, de cette parole-humanité criant la vérité, hurlant l’existence d’une vie autrement plus riche que la bourbe mondialiste qu’on nous enfonce dans le crâne comme autant de clous dans le corps d’une humanité qui aurait pu, avec un peu de courage, devenir réellement plurielle.

Langue française: Trudel doit être plus agressif

J’adore Denis Trudel. C’est un comédien hors-pair et une excellente figure populaire pour la cause du français. J’ai eu la chance de travailler avec lui sporadiquement alors que j’étais sous contrat avec le Mouvement Montréal français (MMF) et je n’ai que du bien à dire à propos de lui. Ceci dit, en tant que porte-parole du MMF, il aurait avantage à modifier son discours, à le rendre un peu plus revendicateur et à être moins sur la défensive.

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Par exemple, pour faire la promotion du méga-spectacle contre la loi 103, il était en entrevue à la télévision. Radio-Canada ou LCN, je ne me souviens plus. Il disait à peu près ceci:

« Nous ne sommes pas contre le bilinguisme, nous voulons le mieux pour nos enfants. Nous ne sommes pas contre l’anglais, nous sommes ouvert sur le monde. Mais nous voulons protéger le français car il risque de disparaître. »

Qu’on me pardonne l’approximation, mais j’ai presque échappé mon repas par terre en l’entendant tenir ce discours. Quelques mots, trois phrases tout au plus, et il venait de reproduire lui-même – et volontairement – les principaux mythes propagés par les adversaires du Québec français. Trente secondes, peut-être moins, et il a réussi à dire:

  1. Que le bilinguisme est quelque chose de souhaitable et de compatible avec un Québec français;
  2. Qu’il est justifié d’apprendre l’anglais à nos enfants pour assurer leur bien-être individuel;
  3. Que la lutte pour un Québec français ne se fait pas contre la langue anglaise;
  4. Que l’apprentissage de l’anglais constitue un pré-requis pour une « ouverture » sur le monde.

Rien que ça. À trop vouloir prévenir les coups de nos adversaires, Trudel a tenu un discours peureux et faible. Plutôt que d’avoir le courage d’aller au front et de faire face aux mythes, il a préféré s’excuser de vouloir défendre notre langue et rassurer ceux qui pourraient croire qu’on oserait réclamer autre chose qu’une réserve de sauvages francophones en terre d’Amérique anglophone. Des nègres blancs 2.0, quoi.
Ce qu’il faut plutôt, actuellement, c’est la capacité d’adopter un discours plus agressif, plus revendicateur.
Par exemple :

  1. Oui, nous sommes opposés au bilinguisme. Ce mot – bilinguisme – doit être descendu de son piédestal;le bilinguisme en tant que langage n’existe pas. Le bilinguisme, comme le disait le linguiste Albert Dauzat, c’est un état transitoire entre deux langues, le passage d’une langue faible vers une langue forte. Aucun peuple dont la langue était dominée n’est devenu bilingue avec la langue dominante sans perdre sa langue. Que des gens veuillent apprendre des langues étrangères, cela les regarde. Mais le bilinguisme en tant que concept généralisé ne peut que mener à la disparition du français en terre d’Amérique. Nous avons tous les Canadiens et les Louisianais bilingues pour le prouver.
  2. Le mieux-être de nos enfants passe par la langue française. Si nous adhérons à l’idée que pour maximiser leurs chances de réussite individuelle il faudrait absolument leur apprendre une langue étrangère, nous abdiquons notre rôle collectif qui devrait être de leur permettre, précisément, d’atteindre les plus hauts échelons de la société en parlant français. Si nous affirmons qu’il faille parler anglais pour réussir dans la vie, nous faisons du français une langue de perdants et nous oublions que pour la plupart des nations du monde, la seule langue nationale permet d’accéder à tous les pouvoirs et toutes les possibilités. Nous n’avons pas besoin de mettre en danger notre nation française pour le 2-3% de citoyens qui devraient travailler en relation directe avec un pays anglophone.
  3. Oui, la lutte pour un Québec français se fait contre la langue anglaise. Cessons d’être dupes : ce n’est pas le mandarin ou l’espagnol qui menacent le français au Québec. Il ne s’agit pas d’un jeu gagnant-gagnant où tout le monde fait une ronde à la fin de l’émission de Passe-Partout. La réalité est aussi crue que cela : chaque gain de l’anglais se fait en grande partie au détriment du français et, inversement, chaque gain du français se fait largement au détriment de l’anglais. Nous voulons un Québec français, mais pour y arriver, nous n’aurons pas le choix de nous attaquer aux privilèges des anglophones, par exemple à leurs institutions qui sont sur-financées par rapport à leur poids démographique.
  4. Qu’on cesse un peu de nous dire que l’anglais nous ouvre sur le monde! D’abord, l’anglais n’est que la troisième langue la plus parlée au monde, derrière le mandarin et l’espagnol. Ensuite, le monde ne parle pas qu’une seule langue, mais des centaines de langues différentes. La richesse de cette humanité, c’est sa pluralité, sa diversité. Concevoir un monde anglais, c’est recouvrir de bitume l’ensemble de l’Amazonie sous prétexte de s’ouvrir à elle. On détruit précisément ce à quoi on cherchait à s’ouvrir. On communique à Taïwan, à Bangkok, à New York ou à Londres, mais ce sont toujours les mêmes individus vivant selon la même culture anglicisée, les mêmes rites d’une world-culture ayant délaissé les identités nationales. L’ouverture sur le monde, plutôt, c’est assurer la survie de ces identités et s’assurer que le Québec, en étant en mesure de protéger sa langue commune, puisse continuer, à l’image d’autres peuples, à assurer la richesse culturelle et linguistique de cette humanité.

BOUM. BOUM. BOUM. BOUM. Je ne demande pas un argumentaire parfait, mais je veux voir quelqu’un au combat. Je veux le voir monter sur le ring contre le discours tout en muscles que les ennemis du Québec français cogitent depuis des décennies. Je veux le voir en prendre plein la gueule, mais se battre, tomber, se relever encore, à l’image d’un Québec qui n’acceptera jamais de dénaturer son discours de peur de voir le type dans l’autre coin du ring venir nous sacrer des volées. Je veux le voir saigner, conscient qu’il n’est pas seul dans cette lutte et qu’il a l’appui des centaines d’autres peuples au prise avec la même problématique – même si elle est moins aiguë qu’ici.
Quand on parle d’appliquer la Loi 101 aux écoles privées non-subventionnées et au cégep, on tient un discours offensif, revendicateur. Les militants sont prêts. Mais la population, elle, doit se faire dire les vraies choses. On doit cesser de la dorloter et de lui inventer des bouts de pensées patchées comme des collages d’intelligence qu’on colle dans le grand cahier de la bêtise argumentaire. Qu’on arrête un peu de lui dire en même temps qu’elle doit devenir bilingue et qu’elle doit exiger le français partout. Qu’on arrête de donner des cellulaires aux enfants en leur demandant d’utiliser la vieille cabine téléphonique. Qu’on soit honnête avec elle : notre langue nationale est en danger et il faut en finir avec l’anglomanie propagée par nos élites.
Denis Trudel constitue une élite de rechange, un modèle d’inspiration pour une nouvelle génération de Québécois désireux d’entendre un discours alternatif. Il n’a pas le droit de faillir à la tâche. Il doit se relever les manches, mettre les gants et monter dans le ring.
Sinon, et peu importe ses immenses qualités, il doit céder sa place à un autre.

Le poids réel de la « minorité » historique anglaise

Nous ne sommes pas des sauvages. Les anglophones font leur possible pour éliminer la présence française en Amérique du Nord, eux qui ont interdit tout enseignement français dans la plupart des provinces canadiennes pendant près d’un siècle, mais nous confirmons des droits à la « minorité anglaise historique » du Québec. Que ce soit en santé ou en éducation, nous sommes fiers – peut-être trop fiers – de leur offrir de généreux services dans leur langue. Mais quel est le poids réel de cette minorité historique? À quelle hauteur devrions-nous financer leurs institutions?

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J’ai souvent parlé, dans de nombreux billets, du fait que nous sur-financions les institutions anglophones. Me basant sur la simple observation qu’il y a 8,2% d’anglophones de langue maternelle au Québec, j’en concluais que les institutions anglophones étaient sur-financées. La situation est pire que cela.
En fait, c’est Pierre Serré qui m’a mis la puce à l’oreille, alors que je lui demandais une analyse critique d’un mémoire que je rédigeais pour la prochaine consultation sur la loi 103. Le chiffre 8,2% ne représente PAS la minorité historique anglophone du Québec; il s’agit simplement de ceux qui ont la langue anglaise comme langue maternelle, que ce soit des immigrants, des gens nés dans d’autres provinces canadiennes ou des résidants permanents. Les anglophones « de souche » sont encore moins nombreux.
J’ai fait les calculs. Les anglophones de langue maternelle nés au Québec représentent 5,4% de la population. En répartissant au prorata les réponses multiples, et selon le recensement de 2006 – ce qui ne serait sûrement plus possible si Harper allait de l’avant avec ses attaques contre le questionnaire long – ils ne sont que 401 526 personnes sur une population totale de 7 435 902 citoyens. Un gros 5,4%, le voilà le poids de la minorité historique anglaise. (( Les données brutes sont ici.))
Or, cette minorité jouit d’un réseau anglais de cégeps et d’universités publics engouffrant respectivement 19% et 27% du financement total et d’un méga-hôpital engloutissant 45,4% (1,5 milliards de dollars contre 1,8 milliards pour l’hôpital francophone) des ressources consacrées aux méga-hôpitaux. Tout ça, oui, pour 5,4% de la population.  Le colonialisme continue.
Soyons cohérents!
Le Québec est français. Article premier de la Charte de la langue française. Nous consentons des accommodements à la minorité historique anglophone. Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire? Cela veut dire que nous leur donnons un financement juste et équitable en fonction de leur poids démographique mais que nous intégrons l’ensemble des autres citoyens à la société française constituant le cœur de cette nation. Si les anglophones « de souche » forment 5,4% de la population, cela signifie que 94,6% des citoyens doivent s’intégrer en français et que l’État doit faire tout son possible pour les y intégrer. Cela signifie que nous désirons intégrer les immigrants à l’école française et que tout citoyen n’appartenant pas à la minorité anglaise historique devra fréquenter des institutions lui permettant de s’intégrer en français.
Malheureusement, ce n’est pas le cas. Comment peut-on espérer intégrer près de 95% des citoyens du Québec en français alors que nos cégeps ne sont financés qu’à 81%, que nos universités ne le sont qu’à 73%, que notre méga-hôpital – dont la construction n’est même pas commencée – obtiendra à peine 54,5% du budget alloué pour les deux méga-hôpitaux? Ce sous-financement des institutions francophones ne peut qu’inciter davantage de citoyens à s’intégrer en anglais.
En fait, nous ne finançons plus seulement les institutions de la minorité anglophone historique, mais nous aidons l’intégration en anglais de tous les nouveaux arrivants, y compris ceux venant d’autres provinces, dont le nombre ne peut être sous-estimé. Sur un total de 291 040 citoyens étant nés dans une autre province canadienne, 37,4%, soit 108 992, ont l’anglais comme langue maternelle. Ces gens-là, plutôt que de les intégrer en français, nous leur donnons des services en anglais, dans leur langue maternelle. Nous sommes donc très loin de financer les institutions de la minorité historique; nous finançons plutôt les institutions de la majorité canadienne sur notre territoire; nous nous privons de ressources qui auraient pu servir à assurer une meilleur intégration à la langue commune et nationale du Québec.
Le déséquilibre du financement des institutions doit être au cœur des enjeux
Le problème du déséquilibre du financement – le sur-financement des institutions anglophones et le sous-financement des institutions francophones – ne peut plus être ignoré. À un moment aussi critique que le nôtre, alors que le pourcentage de citoyens de langue maternelle française a glissé sous 80% au Québec et sous 50% à Montréal pour la première fois depuis qu’on tient de telles statistiques, nos descendants nous jugeront cruellement si nous n’avons pas le courage d’agir.
Affirmer que le Québec est français, que la langue française constitue la langue d’inclusion et d’intégration des nouveaux arrivants, c’est bien. Cesser de sur-financer des institutions anglophones pour 5,4% de la population, c’est beaucoup mieux.
Le jour où nous financerons équitablement, en fonction de leur poids démographique, les institutions anglophones, sera le jour où le français deviendra réellement la langue commune et d’inclusion des Québécois.
En attendant, on pourra quantifier notre recul en silence. Jusqu’à ce qu’un gouvernement borné nous enlève ce dernier droit et nous empêche d’avoir accès jusqu’aux statistiques faisant état de notre déclin.
De toute façon, ces gens-là, ils n’ont pas été à l’UQAM ou à l’UdM, n’est-ce pas?