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Laval, une ville perdue pour le français ?

Il y a un peu moins d’une dizaine d’années, je compilais des statistiques sur ce que j’appelais alors une invasion anglophone à Laval. Presque une décennie plus tard, les choses ont-elles changé ? Pas vraiment.

La carte interactive ci-dessous (basée sur les aires de diffusion de Statistique Canada) fait état de l’indice de vitalité linguistique (IVL) de l’anglais et du français à Laval. Cet indice est calculé en divisant le nombre de locuteurs de langue d’usage par celui de langue maternelle ; un résultat de 1 constitue un équilibre linguistique parfait. J’ai ensuite soustrait l’IVL français à partir de l’IVL anglais pour obtenir un différentiel de vitalité. En clair, si le différentiel est positif, il y a une plus forte vitalité anglaise (rouge sur la carte) et, à l’inverse, si le résultat est négatif, c’est le français qui jouit d’une plus forte vitalité (bleu sur la carte).




Le résultat est aussi clair que déprimant : sauf quelques rares exceptions, la carte est presque entièrement rouge. Dans presque tous les quartiers de Laval, c’est l’anglais qui prime, c’est l’anglais qui gagne des points, c’est l’anglais qui transforme des locuteurs qui avaient une langue maternelle autre en langue d’usage anglaise. C’est l’anglais qui, dans une nation soi-disant de langue française, « intègre ».

Ce qui est encore plus inquiétant est la force de cet attrait de l’anglais : dans de nombreux quartiers, l’IVL anglais dépasse 2, voire 3, ce qui est énorme ! Par exemple, le secteur 185, autour du métro Cartier, a seulement 1,3% de sa population de langue maternelle anglaise, mais 5,3% qui ont l’anglais comme langue d’usage, pour un IVL de 4.11 ! Que de telles anomalies se produisent dans un deux quartiers serait surprenant mais possible, mais ce genre de données se répète un peu partout dans toute la ville de Laval.

La Loi 21 constitue peut-être un pas dans la bonne direction, considérant l’ampleur de l’immigration massive qu’on nous impose — tout ce qui peut rendre le Québec moins accueillant pour un immigrant constitue une avancée — mais il faudra des mesures beaucoup plus agressives et ciblant directement les privilèges anglais, des privilèges qu’aucune autre majorité sur cette planète n’accorde à sa minorité.

Si nous continuons d’attendre, Laval sera perdue. D’ailleurs, il est peut-être déjà trop tard…

Citoyen de seconde classe

Je suis en train de lire un livre tout à fait fascinant intitulé « La reconquête de Montréal », de Marc V. Levine, un expert américain de la question québécoise. La thèse est assez simple: c’est la puissance collective des citoyens, représentée surtout par l’État québécois, qui a réussi à briser le monopole politico-financier de la poignée d’anglophones de Montréal qui réussissaient, grâce au jeu de coulisse de l’argent, à imposer leur langue et leur agenda anglophone à des Québécois désolidarisés. Alors que Montréal avait un visage essentiellement anglais avant la Révolution tranquille, les Québécois se sont organisés afin de se faire respecter et de créer, véritablement, une ville française, représentative de la majorité qu’ils formaient dans la province.

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Aujourd’hui, tous les voyants lumineux sont au rouge. Montréal, qui était majoritairement francophone depuis la fin des importantes vagues d’immigration des années 1820-1850, a vu sa population de langue maternelle française chuter sous les 50%. Au Québec, également, nous sommes passés sous la barre historique des 80%. Les anglophones ont vu leur proportion de locuteurs augmenter pour la première fois depuis que Statistique Canada tient de telles données. L’exode des anglophones vers les autres provinces est presque terminé. Les banlieues ont une croissance de leurs locuteurs anglophones plus rapide que la ville-centre. Le cégep Dawson fait tellement d’embonpoint qu’il place ses élèves au forum Pepsi. On construit un méga-hôpital anglophone de 2,225 milliards pour une minorité…
On recule.
Nous en voyons les signes à tous les jours.
Tenez, par exemple, ce soir, j’ai été magasiner au Village des Valeurs, à Laval (votre humble serviteur vit pauvrement, imaginez-vous). Me promenant dans les allées, j’entendis soudain un long message audio, s’adressant aux clients en anglais seulement. Pas trois secondes, pas quelques mots. Long. Une minute peut-être. En anglais. À Laval, au Québec, nation francophone où le français constitue la seule langue officielle.
Offusqué, je décidai de me plaindre. La caissière, très gentille, m’avoua que c’était nouveau. « Ça fait peut-être deux mois, pas plus. Avant c’était en français, mais des anglophones se sont plaints, qu’elle m’expliqua.
– Quoi, ici, à Laval, dans le quartier le plus francophone de l’Île?
– Je sais, je trouve ça bizarre moi aussi, me répondit-elle. »
Je lui dit que je voulais porter plainte et elle appela sa gérante. « Karine est demandé à la caisse cinq, Karine à la caisse cinq! » Lorsque la gérante fut arrivée, je lui fis part du fait que je trouvais inacceptable qu’on s’adresse ainsi aux clients en anglais alors que la (seule) langue officielle du Québec est le français.
« Nous avons beaucoup de clients bilingues ici, me répondit sèchement la gérante.
– S’ils sont bilingues, ils parlent français. Pourquoi ne mettez-vous pas ces messages en français alors?
– On a eu des plaintes de clients, c’est pour ça qu’on les a changés, me lança-t-elle avec un regard méprisant.
– Je suis un client moi-aussi, madame, et j’aimerais me plaindre.
– Ça ne marche pas comme ça ici, me cracha-t-elle avant de tourner les talons et de s’en aller en marmonnant. »
Les deux bras me sont tombés. J’ai regardé la caissière, lui faisant un signe du genre « as-tu vu cela? » et elle a opiné du chef. Je demandai le nom de la gérante dans le but de faire une plainte au service à la clientèle, ce que j’obtins assez facilement (la caissière était d’accord avec moi et comprenait ma frustration, qu’elle me dit).
Or, arrivé à la maison, et alors que le goût amer de la saveur « citoyen de seconde classe » me pourrissait encore sous la langue, je tentai d’obtenir les coordonnés me permettant de me plaindre à la fois du mépris de la langue officielle du Québec et de l’attitude de la gérante. Peine perdue: le bureau-chef est aux États-Unis et tout indique qu’on ne pourra pas m’y répondre dans ma langue.
Speak White mon chum.

* * *

On m’accuse parfois de m’en prendre, dans ces pages – en passant, merci d’être toujours aussi fidèles; ce blogue bat des records de fréquentation depuis quelques semaines – aux anglophones. En fait, je ne m’en prends pas véritablement aux anglophones individuellement, car nous avons les anglophones que nous méritons. Ce sont nous, les Québécois, qui sommes à blâmer pour la dérive de la situation de notre langue nationale.
Cette petite Karine, gérante du Village des Valeurs, combien y en a-t-il comme elle au Québec, toujours prêtes à servir le client anglophone dans sa langue, à écouter ses revendications et à mépriser le Québécois exigeant d’acheter dans un milieu francophone? Combien de femmes et d’hommes comme elle, toujours prêts à donner plus de crédibilité à tout ce qui est anglais et à mépriser les siens?
Cette situation, ces Karine, c’est NOUS qui les avons créées. Alors que ce fut collectivement que nous nous sommes libérés, et collectivement que nous nous sommes élevés, qu’enseigne-t-on aujourd’hui dans nos écoles, quels messages lancent nos politiciens, quelles idéologies polluent les ondes de nos radios, de nos télévisions, d’Internet? L’anglais, l’anglais, l’anglais. Il n’y en a que pour l’anglais. On se moque de la capacité de Pauline Marois à parler cette langue étrangère, mais qui se moque du ministre Sam Hamad, par exemple, qui massacre notre langue dès qu’il ouvre la bouche? On parle d’imposer l’anglais intensif au primaire ou au secondaire, mais qui parle d’imposer le français intensif dans les écoles anglaises? Pire: dans un contexte budgétaire difficile, qui parle de réduire les privilèges des écoles anglaises, sur-financées? On n’en a que pour la réussite individuelle alors que c’est précisément lorsque nous avons décidé d’embrasser le concept de réussite collective, lors de la Révolution tranquille, que nous avons pu réduire substantiellement les écarts de salaires entre les anglophones et les francophones.
Nous créons, quotidiennement, ces Karine. La génération montante ne s’inspire pas de ce que nous disons alors que nous nous gargarisons de langue française comme d’un reliquat folklorique qu’on ressort occasionnellement pour se faire croire que nous avons encore des racines. La génération montant s’inspire de ce que nous faisons. Elle ne veut rien savoir de nos discours sur le français, sur l’importance de la langue, sur le statut officiel de celle-ci; elle nous regarde, à genoux devant l’anglais, prenant des cours du soir pour le parler, faisant des pieds et des mains pour que nos bambins puissent avoir le luxe de se remettre à ramper dès qu’ils ont appris à marcher.
Nous sommes les coupables.
Alors oui, je vais tenter de me plaindre contre cette Karine. Mais ce n’est même pas contre elle; c’est contre nous tous, ceux qui rampent, ceux qui se méprisent et ceux qui croient qu’il vaut mieux apprendre l’anglais pour réussir que de réclamer, collectivement, de pouvoir réussir en français. C’est fort de la conviction que de nombreux peuples se lèvent contre cette anglomanie que j’avancerai pour le respect de nos droits.
Esdras Minville écrivait, en 1934:

Et comment attendrions-nous des anglophones qu’ils mettent du français en ce pays, quand nous, les intéressés, nous employons à y diffuser l’anglais, à barbouiller d’anglais tout ce qui nous entoure?

Les anglophones nous respecteront le jour où nous nous respecterons nous-mêmes. Lorsque nous arrêterons de « barbouiller » nos vies d’une langue étrangère, ils comprendront peut-être, enfin, qu’ils vivent au sein d’une nation francophone et qu’ils n’ont de choix que de s’intégrer.
Ou de partir.
En attendant, nous sommes redevenus ce que nous avons toujours été, depuis 1760: des citoyens de seconde classe.
Des nègres blancs d’Amérique qui n’ont rien reconquis sinon leur séculaire agonie d’un peuple qui n’en finit plus de mourir.


MISE À JOUR: J’ai contacté le responsable des magasins du nord de la région de Montréal. Il a été réceptif pour ma plainte concernant la gérante et m’a dit que s’il préférait les annonces en français, il laissait ses gérants libres de choisir français ou bilingue. Il m’a dit qu’il allait en discuter avec le gérant et qu’on verrait s’il peut y avoir des changements à apporter. Il m’a également avoué qu’il est possible que les responsables de ce magasin ne pensaient pas déplaire aux Québécois en passant à l’anglais.
Bref, j’ai fait ma part.
À vous, maintenant.
À nous.


MISE À JOUR (27 janvier):
La gérante du Village des Valeurs m’a rappelé pour s’excuser de la manière dont j’ai été traité et pour m’annoncer qu’elle avait fait la demande pour que le système audio unilingue français soit de retour et qu’elle s’attendait à ce qu’il le soit bientôt.
Le leçon? Plaignez-vous quand on vous manque de respect et exigez le français partout!
En tant que citoyen québécois, je me sens de nouveau respecté et non seulement je retournerai à ce magasin, mais je le conseillerai à mes amis et à ma famille.
DEBOUT, QUÉBÉCOIS!

Laval: l’invasion anglophone

On parle beaucoup de l’anglicisation de Montréal, mais on oublie généralement de parler de celle, beaucoup plus spectaculaire, qui affecte la ville de Laval,  la troisième ville du Québec avec ses 365 000 habitants. Si j’avais déjà calculé sommairement l’anglicisation de cette ville de banlieue, y découvrant une tendance aussi rapide qu’inquiétante, une analyse plus rigoureuse des données expose une situation encore plus catastrophique.


Observez le tableau ci-bas.

Portrait de l’anglicisation fulgurante de la ville de Laval

Quartiers et ville Croissance des locuteurs de langue d’usage anglaise (2001-2006) Croissance des locuteurs de langue d’usage française (2001-2006) IVL français 2006 IVL anglais 2006
Auteuil 118.00% 5.49% 1.06 2.27
Chomedey -4.23% -4.81% 1.13 1.87
Duvernay 75.30% -1.20% 1.08 2.37
Fabreville 108.94% -5.41% 1.06 1.34
Îles-Laval 304.84% -12.78% 1.01 1.22
Laval-des-Rapides 18.65% -8.25% 1.09 1.55
Laval-Ouest 48.61% 4.95% 1.05 1.25
Laval-sur-le-lac 22.49% -7.63% 1.02 1.66
Pont-Viau 53.03% -10.22% 1.07 1.06
Sainte-Dorothée 108.06% 7.64% 1.07 1.82
Saint-François 121.64% -4.87% 1.09 1.17
Sainte-Rose 197.72% 6.48% 1.06 1.42
Saint-Vincent-de-Paul 71.83% -4.82% 1.07 1.73
Vimont 37.69% -11.74% 1.09 2.27
Laval 36.41% -3.36% 1.08 1.80

Les deux premières colonnes comparent la croissance des locuteurs de langue anglaise et française entre les recensements de 2001 et 2006. On parle ici d’une distance temporelle de cinq ans, et les résultats sont ahurissants: plusieurs quartiers ont vu leur population de langue d’usage anglaise littéralement exploser. À l’échelle de la ville de Laval, on parle d’une hausse de 36,4% d’anglophones en cinq ans! Pendant ce temps, la population francophone a baissé de 3,4%. À cette vitesse, combien faudrait-il d’années avant que les anglophones deviennent majoritaires?

Au niveau de l’indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule le pouvoir d’attraction d’une langue en divisant les locuteurs de langue d’usage par ceux de langue maternelle (le chiffre 1 constitue le seuil de renouvellement; au-dessus, on observe un gain, en-dessous, une assimilation), la situation n’est guère meilleure: avec 1,80, l’IVL anglophone de Laval surpasse celui de la plupart des principales villes canadiennes. C’est donc dire qu’un anglophone a davantage de chance de transmettre sa langue anglaise à ses descendants à Laval qu’à Toronto, Vancouver ou Ottawa. Dans certains quartiers, comme Auteuil, Duvernay et Vimont, l’IVL atteint des niveaux quasi-stratosphériques, difficilement imaginables pour un peuple qui n’est pas en situation d’invasion. En fait, l’IVL du français étant de 1,08, c’est donc dire que le niveau d’attrait de l’anglais à Laval est dix fois supérieur à celui du français!

Méthodologie

Ces données des recensements de Statistique Canada pour les années 2001 et 2006 proviennent de la ville de Laval. J’ai additionné les réponses uniques aux réponses multiples n’impliquant qu’une seule des deux langues et j’ai calculé les résultats faisant état de langues multiples impliquant à la fois le français et l’anglais au pro-rata de l’influence de chacune de ces deux langues dans le quartier en question.  Vous pouvez consulter les données brutes ici.

Et si on agissait?

Pendant qu’on discute de notre loi 101 et de la nécessité pour le gouvernement actuel de la renforcer, les anglophones passent à l’attaque. Ils exigent de plus en plus l’anglais et il suffit de se promener au Carrefour Laval ou dans n’importe quel quartier central de la ville pour être témoin du recul de notre langue commune. Je ne compte plus les anecdotes personnelles ou celles d’amis ou connaissances ayant eu de la difficulté à se faire servir en français à Laval; et je ne parle même pas ici du nombre croissant d’entreprises exigeant le bilinguisme à l’embauche.

Après le Mouvement Montréal français, le Mouvement Montérégie français et le Mouvement Laurentides français, faudra-t-il à nouveau nous organiser et créer un Mouvement Laval français? Dans quel sorte de pays vivons-nous pour avoir à nous organiser entre citoyens pour exiger le droit de faire une chose aussi normale que de se parler dans la langue commune et nationale? Imaginerait-on des mouvements de défense du français en France, de l’allemand en Allemagne ou du russe en Russie?

Au lendemain du formidable spectacle pour la loi 101, les mots de Lord Durham résonnent encore dans ma tête:

Je n’entretiens aucun doute sur le caractère national qui doit être donné au Bas-Canada; ce doit être celui de l’Empire britannique, celui de la majorité de la population de l’Amérique britannique, celui de la race supérieure qui doit à une époque prochaine dominer sur tout le continent de l’Amérique du Nord. Sans opérer le changement ni trop vite ni trop rudement pour ne pas froisser les esprits et ne pas sacrifier le bien-être de la génération actuelle, la fin première et ferme du Gouvernement britannique doit à l’avenir consister à établir dans la province une population de lois et de langue anglaises et de n’en confier le gouvernement à une Assemblée décidément anglaise.

Et si on changeait l’histoire? Et si on en finissait avec ce génocide culturel?

Pour le moment, je ne peux que vous inviter à joindre le groupe Facebook de l’Association Laval français, mais qui sait ce dont l’union de Québécois fiers de leur langue et fatigués d’avoir à se prosterner devant une langue étrangère peut donner?

Rue par rue, quartier par quartier, reprenons la ville de Laval.

Nous n’avons pas le choix.

Laval

« Regarde par la fenêtre: Laval, c’est laid comme ça ». Nous étions assis, ma copine et moi, au Amir du tout nouveau « Quartier Laval », près du métro Montmorency. Devant nos yeux, tout ce qui ne fonctionne pas à Laval. Entre deux bouchées, entre deux couches de peinture au nouvel appartement, nous apparaissait toute la fausseté de Laval.

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D’abord, le « Quartier Laval », sorte de gros centre d’achat extérieur où les boutiques sont agencées pour donner l’impression de rues de village, avec des commerces aux grandes vitrines, les stationnements parallèles et les vastes espaces piétons. Devant nous, d’ailleurs, végétait une vaste place d’une dizaine de mètres carrés avec un immense trottoir menant absolument nulle part. Vous voyez l’idée: vous prenez le trottoir, et rendu au bout, soudainement, il y a de l’herbe à poux, des roches et de la boue. C’est ça Laval.
L’autre côté du boulevard Corbusier, mur de Berlin de six voies de large, on apercevait un autre terrain vague, immense balafre au coeur de ce qu’on voudrait appeler centre-ville. À côté, des condos, des boutiques, encore des boutiques. Et des rues, et du béton. Et des stationnements, que des stationnements.
Carrefour Laval, Place Laval, Centre Laval, Quartier Laval; vu des airs, on dirait que le centre de cette ville qui n’aurait jamais dû en être une est un vaste stationnement. Était-ce l’idée que se faisaient nos élus lorsqu’ils ont fusionné les quatorze municipalités de l’Île-Jésus en 1965? Les meilleures terres arables du Québec couvertes de bitumes, c’était cela, leur rêve?
On appelle cela le progrès. Exactement comme pour le Quartier 10/30, à Brossard, on construit des commerces au milieu des champs et on prétend créer de l’activité économique. Non, pire: on prétend créer de la richesse.
Or, rien ne se perd, rien ne se crée. Ce n’est pas parce qu’on construit deux cents magasins que les gens vont acheter davantage. Ce centre-ville de pacotille que cherche à se créer Laval, il se bâtit sur le dos des boutiques de quartier. Combien de commerces fermés peut-on observer sur le boulevard des Laurentides? Et sur le boulevard Cartier, véritable allée mortuaire du commerce de détail? Le Tim Hortons, fermé. Les centres d’achats sont soit à moitié vides ou sont occupés par des églises évangéliques du genre « on prend le Seigneur pour emporter ».
Avant, il suffisait de marcher pour faire ses courses. Aujourd’hui, il faut prendre la voiture et aller downtown, car c’est bien là la langue utilisée dans ce centre-ville en carton. Avant, l’employé allait travailler à pied; maintenant il faut prendre la voiture. Tout, absolument tout dans ce centre-ville nécessite la voiture. À Laval, si tu n’as pas de bagnole, tu es un sous-homme. Pouvez-vous croire que j’ai vu une Chevrolet Cavalier avec un aileron et un silencieux du genre « je veux qu’on entende mon moteur de souffleuse jusqu’à Chibougamau »? Et tant pis pour la pollution! Et tant pis pour la qualité de vie.
En fait, le gros problème de Laval, c’est que la ville semble encore, quarante-cinq ans plus tard, à essayer de justifier son existence. Elle tente de se donner une image, de se centraliser. Elle ne réalise pas que sa plus grande richesse réside précisément dans ses quartiers, les anciennes villes auxquelles les citoyens sont restés fidèles. Car avant d’être Lavallois, on vient de Sainte-Rose, de Vimont, de Laval-des-Rapides. On n’est pas fier de Laval; on est fier de son quartier.
Au lieu de gaspiller les ressources financières de la ville pour chercher à se créer un centre qui ne pourra jamais véritablement exister autrement que de manière artificielle, la ville ferait peut-être bien de revaloriser ses quartiers, de redévelopper des secteurs qui forment autant de centres-ville naturels qu’on a délaissés pour l’illusion d’une croissance économique factice bâtie sur de fausses promesses et du bitume inutile.
Car dans un futur où le prix de l’essence ne peut qu’augmenter, construire une ville autour de la voiture apparait constituer un choix plus que hasardeux…
Après vingt années avec Gilles Vaillancourt à l’hôtel de ville, du sang neuf serait peut-être nécessaire.
Et si on bâtissait une ville à hauteur d’homme – et non de voiture – dès maintenant?
Dans deux semaines, je serai un citoyen de Laval-des-Rapides. J’espère, un jour, pouvoir être assez fier de ma nouvelle ville pour me considérer Lavallois. Mais quels changements d’ici là!

Faut-il couper les vivres aux universités anglophones?

La sortie de l’ex-premier ministre Bernard Landry pour une francisation obligatoire du cégep, hier, m’a laissé un goût doux-amer en bouche. Doux parce qu’il était plus que temps de s’attaquer au problème que pose les 40% d’allophones qui choisissent le cégep en anglais. Amer parce que Landry, au pouvoir, n’a rien fait en ce sens et que la critique se déclame toujours plus facilement quand on n’est plus en position de pouvoir. Mais amer, surtout, parce qu’il ne s’attaque pas au véritable problème : les universités.
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En effet, comme le note Marc Chevrier, professeur au département de science politique de l’UQAM, les trois universités anglophones québécoises reçoivent 27% des subventions normées alors que les anglophones de langue maternelle au Québec ne représentent que 8,2% de la population (2006). En clair, elles sont trois fois plus financées que ce que leur poids démographique devrait permettre. Elles reçoivent également la part du lion du financement fédéral : entre 2000 et 2005, McGill, par exemple, a obtenu 121 des 213 chaires de recherches accordées au pays (194 sur 213 chaires sont anglophones). En 2004-2005, elle a également obtenu 60% de l’ensemble des contributions de recherches versées par les agences fédérales du financement.
À l’opposé, les francophones hors-Québec ne jouissent pas des mêmes privilèges. En 2004, l’investissement aux universités anglophones du Québec se chiffrait à près de 400 millions de dollars par année alors que l’ensemble du financement supérieur offert aux francophones pour toutes les autres provinces se chiffrait à 72 millions de dollars! Considérant qu’il y a près de 950 000 francophones hors-Québec contre près de 575 000 anglophones au Québec, l’investissement québécois pour ses universités anglophones est près de six fois plus élevé que celui offert aux francophones hors-Québec! On le constate, les universités anglophones du Québec sont choyées.
Le problème est le suivant : pendant que les Québécois débattent d’affichage, de francisation de raisons sociales anglophones, de changements de noms de rues, de services offerts en français – l’apparence de francisation – les anglophones se concentrent sur ce qui leur permet réellement de prospérer sans jamais avoir à apprendre le français : la vie intellectuelle. Nous dansons le tango avec les virgules et la proportion d’écriture française en relation avec celle anglaise pendant que les anglophones jouissent d’une éducation de meilleure qualité leur permettant d’occuper des postes prestigieux dans un milieu culturel anglophone vivace.
Par ailleurs, on parle beaucoup de sous-financement des universités. Le PLQ a même augmenté les frais de scolarité de près de 30%, faisant porter le fardeau de l’éducation aux jeunes qui commencent dans la vie. On a pourtant un autre choix, beaucoup plus utile socialement : prendre aux universités qui en ont beaucoup (McGill, Bishop, Concordia) et donner à celles qui crient famine (UQAM, UdM, Laval, UdS). En finançant le réseau anglophone à la hauteur de son poids démographique, on pourrait sauver 66% du financement qui lui est accordé et cet argent pourrait être réinvesti dans le réseau francophone.
Les lois imposant le français ont leur utilité, mais elles sont souvent trop brutales, trop directes, et donnent l’impression d’une injustice aux anglophones vivant ici, pouvant contribuer à leur radicalisation. En finançant plus adéquatement le réseau francophone à même les fonds d’institutions anglophones souffrant d’embonpoint financier, on pourrait arriver au même objectif d’une manière beaucoup plus élégante : les anglophones choisiraient les cégeps et universités francophones non pas parce qu’on les oblige, mais parce qu’elles sont de meilleure qualité et leur offre tous les outils pour s’épanouir… en français! En ce moment, loi ou pas loi, entre une McGill sur la montagne et nageant dans l’argent et une UQAM dans un sous-sol et en quasi-faillite, le choix est trop clair.
À quand un véritable débat sur le financement des universités anglophones? Qui aura le courage de s’attaquer à cette injustice?