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La marginalisation de l'ADQ

Les positions extrémistes défendues par trois des quatre candidats à la succession de Mario Dumont sont en train de reléguer l’Action Démocratique du Québec (ADQ) au rang de parti marginal, voire pire, original. Quelque part entre la Loi Naturelle et le Bloc Pot. Lors du débat, Éric Caire, Gilles Taillon et cet hurluberlu libertarien qu’est Jean-François Plante s’obstinaient quant à savoir qui serait le plus à droite, qui dépècerait l’État au mieux, qui ferait payer les étudiants, qui privatiserait quoi. Qui aurait le courage de mettre le feu à la maison et d’appeler cela le progrès.
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En fait, le seul candidat semblant posséder encore un minimum de bon sens était Christian Lévesque. Face aux appels délirants d’Éric Caire pour une hausse des tarifs en éducation (oui, vous avez bien lu, une hausse), Lévesque a été cinglant: « Tu as un salaire de député de 85 000 $, l’ensemble de la population a un salaire moyen, par couple, de 45 000 $. Quels choix [les parents] vont-ils faire? […] Si on veut une économie du savoir, chacun des citoyens doit participer à cet effort. » Lévesque a mis le doigt là où ça fait mal: l’ancien parti de Mario Dumont veut tellement se démarquer des autres qu’il devient peu à peu une parodie élitiste où on peut à la fois se targuer de vouloir implanter une « société du savoir » tout en rendant l’accès aux études supérieures plus difficile. Les mauvaises langues diraient qu’un individu sans éducation est plus susceptible de voter pour l’ADQ, mais je n’oserais atteindre ici un si haut niveau de cynisme.
Caire, que plusieurs médias ont nommé vainqueur de ce débat, s’est empressé d’appuyer les propositions absolument hallucinantes des jeunes adéquistes: abolition du Fonds des générations, disparition des cégeps, élimination de la Loi antibriseurs de grève, hausse massive des frais de scolarité, gel des prestations de la Régie des rentes du Québec, privatisation de la SAQ, privatisation partielle d’Hydro-Québec, hausse de la TVQ, hausse des tarifs d’électricité, réduction de la taille de l’État… Un peu plus et on annonçait le changement de nom de la province et la fécondation forcée de toutes les femmes en âge de procréer. On constate, en regardant les pays trônant au sommet de l’index des pays en détresse (Failed State Index) en 2009, que ce type de « solutions » où on réduit le pouvoir redistributeur et égalisateur de l’État pourrait nous mener loin. Québec, Somalie, même combat!
Or, alors que le monde entier subit une récession mondiale causée par les déréglementations et les privatisations, alors que le Québec, grâce à son haut taux de syndicalisme et à sa meilleure redistribution de la richesse, est l’endroit le moins durement frappé en Amérique du Nord, que proposent ces chers candidats? Davantage de ce qui a causé les problèmes actuels! Pendant que le monde entier réapprend à utiliser l’État et à favoriser une meilleure redistribution de la richesse, l’ADQ fait fi de la réalité et s’enferme un peu plus profondément dans ses dogmes surannés.
Quand certains disent que l’ADQ vit dans le passé, n’y a-t-il pas meilleure preuve que ce discours faisant abstraction de toute la situation économique actuelle, pire crise depuis des décennies? C’est comme si toute l’économie était tombée d’une falaise et que Taillon, Caire et Plante cherchaient à trouver un nouveau précipice où nous enfouir.
La fin de l’ADQ?
Le 9 décembre dernier, j’écrivais que le départ de Mario Dumont allait tuer l’ADQ.
Je donnais quatre raisons:

  1. La position autonomiste de l’ADQ ne tient plus, car le PLQ est devenu autonomiste et le PQ a mis son projet souverainiste sur le glace;
  2. La forte mentalité anti-étatiste de l’ADQ ne peut survivre à l’examen des faits: la crise a touché durement les pays ayant appliqué les réformes néolibérales et a épargné ceux qi ont résisté;
  3. Aucun candidat potentiel n’a le charisme de Mario Dumont (Éric Caire me donne le goût d’ajuster les couleurs de la télévision quand je le vois.);
  4. Les six députés restant seront tentés de joindre un autre parti.

J’ai eu tort pour le quatrième point, ayant sur-estimé l’attrait des deux autres partis de centre-droit, mais je crois avoir eu raison pour le reste. L’ADQ ne peut plus jouer sa carte autonomiste face à un Jean Charest réclamant davantage de pouvoir d’Ottawa et une Pauline Marois semblant bien satisfaite sur son trône de l’opposition. Et puisque aucun candidat n’arrive à se démarquer grâce à sa personnalité, il ne reste qu’une option permettant de se différencier des autres: la formidable fuite en avant du capitalisme le plus extrémiste possible et de positions semblant issues tout droit de livres d’Ayn Rand ou autres fanatiques anti-étatistes. Le nouveau mantra adéquiste semblent être: « nous voulons être différents, nous voulons être différents, nous voulons être différents ». La différence, pour la différence, il ne reste plus leurs positions de la droite radicale pour les distinguer du Parti Québécois et du Parti Libéral.
Or, quel futur peut-il exister pour un parti qui se place volontairement à l’extrémité du spectre politique, sinon la lente et cruelle agonie de la marginalisation? Contrairement à Québec Solidaire, qui cherche constamment à occuper un centre-gauche délaissé par le Parti Québécois, l’ADQ – et surtout Caire, Taillon et Plante – semble se conforter dans une course à la chefferie ressemblant de plus en plus à un combat de coqs déterminant qui aura le privilège d’être le capitaine du bateau lorsqu’il coulera définitivement. Il y a des icebergs partout, mais on pousse les machines à fond et on se croise les doigts.
Qui aura le courage de répondre à cette question fondamentale: à quoi sert un parti comme l’ADQ en 2009?

Normandeau-Bonnardel: mariage PLQ-ADQ en vue?

On dit parfois que l’amour est aveugle. Pour les yeux, peut-être, mais pour les valeurs, jamais.  On peut faire abstraction de nombreux aspects en apparence moins charmants chez une personne, mais ne peut pas ignorer les valeurs de la personne aimée.  On peut s’amouracher d’une personne laide partageant ses valeurs tout comme on peut détester un mannequin ne les partageant pas.  Quand tout est dit, ce sont les valeurs qui font ou défont un couple.   Voilà pourquoi il importe de se questionner sur la relation entre la vice-première ministre libérale, Nathalie Normandeau, et le député adéquiste François Bonnardel.  Leur liaison constitue peut-être la consécration d’un rapprochement idéologique entre le Parti Libéral et l’Action Démocratique qui pourrait paver la voie à un possible retour de ce dernier parti dans le giron libéral.
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En effet – on l’oublie trop souvent – l’ADQ a été créée par des Libéraux dissidents qui rejetaient le fédéralisme centralisateur alors prôné par le PLQ.  Face à la vieille politique style pancanadienne du PLQ et au tout-indépendance du Parti Québécois, le parti a pu se trouver un créneau pour prospérer et offrir une troisième voie aux Québécois.  Mario Dumont, ancien président de la commission des jeunes libéraux, a su, grâce à son charisme, insuffler une vitalité certaine à ce parti jusqu’à ce qu’il devienne clair pour tous qu’un parti doit offrir davantage à la population que le charisme de son chef.
Soyons honnêtes: l’ADQ, en 2009, propose sensiblement les mêmes valeurs que le PLQ.  L’idylle Normandeau-Bonnardel n’en est qu’un signe supplémentaire.   Le parti s’est recentré et a éliminé de son discours ses projets les plus radicaux.  Face au fédéralisme décentralisateur et aux politiques de droite mieux assumées du gouvernement Charest, le parti n’arrive plus à se différencier.  Résultat?  Les deux formations politiques paraissent de plus en plus interchangeables et partagent les mêmes valeurs: moins d’État, plus de privé, libéralisme économique, davantage d’autonomie pour le Québec, etc.   La fracture issue du schisme de 1994 s’est colmatée et le départ de Dumont a simplement contribué à supprimer le facteur charisme de l’équation.
Conséquemment, il m’apparaît difficile de ne pas voir dans cette relation les premiers pas d’une future réconciliation entre les deux partis.  Quand on a en commun les mêmes valeurs, la même idéologie et qu’en plus on partage le même lit, qui sait ce qu’il peut advenir ensuite?
À quand le mariage?

Allo, toi!

Le vouvoiement est un art qui se perd. Tout comme les coups de pied au cul.

Pourtant, je suis poli, moi. « Bonjour monsieur, comment allez-vous aujourd’hui, monsieur? » Ou encore: « Puis-je vous aider? » La plupart du temps on me répond avec la même amabilité et en me vouvoyant. Occasionnellement, par contre, on me sert du « allo, toi! » avec de grands yeux condescendants comme si j’étais une sorte de petit enfant portant une casquette multicolore avec une hélice sur le dessus et qu’on me connaissait depuis des décennies.

Ces adeptes du tutoiement sont inévitablement des baby-boomers. Des jeunes de dix-huit ans qui n’ont pas encore le nombril sec me vouvoient. Et nos ancêtres – nos braves ancêtres – le font également. Entre les deux, le plus souvent un trou noir qui me rappelle combien la société a changé.

En effet, le tutoiement a surtout gagné en popularité dans les années soixante, suivant le courant égalitarisme où tout le monde pouvait être ami avec tout le monde. Nous étions tous beaux, nous étions tous fins, nous étions tous Québécois, nous étions tous de la classe moyenne, et nous vivions la même réalité. Une très belle philosophie qui connu son apogée avec la série Passe-Partout, qui a eu le grand honneur de m’accompagner dans ma plus tendre enfance.

Sauf que ce temps-là est fini. La puissance du rêve s’est édulcorée, et nous ne sommes plus amis, nous ne sommes plus tous fins, nous ne sommes plus Québécois (du moins pas ces trillions d’immigrants-anglophones où je travaille), nous ne sommes plus de la classe moyenne (cette classe moyenne largement syndiquée à laquelle certains politiciens opportunistes de droite s’attaquent… au nom de la classe moyenne). Nous ne vivons plus dans le même monde.

Alors, SVP, quand je viens licher vos souliers et vous traiter comme des rois pour un salaire plus que moyen ne me permettant même pas d’aspirer à un minimum de liberté, ayez au moins l’obligeance de me vouvoyer et de ne pas ajouter l’hypocrisie à l’injure en me donnant l’impression que nous sommes dans la même gang.

Non, nous ne le sommes pas. « Toi », tu as vécu une belle période, les lendemains qui chantent. Et moi, je me fends le cul juste pour espérer garder la tête au-dessus de l’eau et pour m’accrocher à mes minces privilèges. Alors viens pas me casser avec ton langage égalisant pendant que tout, chez toi, trahit la distance qui nous sépare.

Les croque-morts

Vendredi matin, j’attendais en ligne au Jean-Coutu. Soudain, je vois passer quatre hommes en complet noir, au regard sombre et solennel: un petit blanc à l’avant, suivi d’un grand brun et de deux jeunes aux cheveux lichés ayant l’air de flotter dans leur costume. Un enterrement, voilà de quoi ça avait l’air. Mais qui enterrait-on, au fait?

« Bonjour, je suis votre candidat Denis Mondor » lance le petit aux cheveux aussi blanc que l’agent Glad. Et derrière, un Mario Dumont le dépassant de près d’une tête prend son air de chipmunk et lance un « bonjour » en serrant des mains. Des mains qui, il faut l’avouer, ont été timides à s’avancer vers la sienne. Moi, j’ai refusé. J’ai des principes.

Quand même il ne manque pas d’air ce Dumont de descendre dans un des quartiers les plus pauvres de Montréal pour défendre ses politiques néolibérales responsables depuis près de vingt-cinq ans de la stagnation de la classe moyenne et de l’écart grandissant entre une minorité de riches et une marée déferlante de nouveaux pauvres. Ça fait vingt-cinq ans qu’on nous impose des politiques de droite, et lui, le Dumont, il en veut davantage, car à son goût ça ne bouge pas assez. Davantage de ce qui nous appauvrit depuis vingt-cinq ans? Non merci!

Si les gens de Bourget se respectaient un peu plus, c’est pas des poignées de main qu’ils donneraient à Denis Mondor et à Mario Dumont, mais des claques dans le visage, au nom de tous ceux – et leur nombre augmente – qui voient leurs conditions de vie se dégrader à cause de politiques économiques irresponsables proposées par une droite vieillotte et dépassée.

Ce parti qu’on enterrera lundi le 12 mai dans Bourget, c’est l’ADQ.

De l’absurdité à une plus grande absurdité

La décision du gouvernement québécois de dépenser 620 millions $ pour entretenir l’industrie manufacturière est une erreur déjà assez catastrophique en elle-même: dépenser des millions pour un secteur moribond et en déclin. Mais ce qui est bien pire, c’est quand on pense que ce déclin est causé par les idées néolibérales et que le PQ irait encore plus loin vers la droite que le PLQ.

Comment peut-on sérieusement espérer rendre compétitives des entreprises devant payer un salaire décent à leurs employés, alors qu’en Chine on peut faire faire le même travail pour vingt fois moins cher? C’est impossible dans un contexte de libre-échange. En fait, la seule façon serait d’imposer les importations à un juste coût pour ainsi favoriser l’industrie nationale. En clair: il faudrait faire payer vingt fois plus cher en impôt aux entreprises importatrices de produits fabriqués à l’étranger plutôt que de subventionner massivement des entreprises exportatrices qui ne pourront jamais être compétitives avec les pays asiatiques.

En adoptant l’idéologie du libre-échange à tout vent, le gouvernement libéral est lui-même la cause de la crise; c’est son refus d’accepter les conséquences de ce choix – c’est-à-dire la disparition définitive et quasi-totale du secteur manufacturier – qui le pousse à saupoudrer des millions ici et là pour donner l’impression qu’il agit. Mais rien ne sauvera ces entreprises tant et aussi longtemps qu’on aura fait de la « libre » circulation des biens un dogme.

Mais ce qui est le plus pathétique dans cette histoire, c’est la critique du PQ. Pauline Marois, qui revient sur la scène publique après des semaines/mois perdue dans le brouillard, affirme que le gouvernement aurait dû aller plus loin en éliminant complètement la taxe sur le capital. Wow, bravo! Le problème vient d’une organisation économique trop à droite et on va rendre ça encore plus à droite! Déjà que les entreprises ne sont pas assez imposées, le PQ veut être plus catholique que le pape et leur donner encore plus de nananes!

Au fond, tout le monde s’attend à ce qu’un parti de droite comme le PLQ (ou son petit frère adéquiste en mal de visibilité) souhaite soulager les entreprises et préconise des « solutions » de droite. Mais quand le PQ en est rendu à reprocher aux Libéraux de ne pas être assez radicaux dans leurs mesures de droite, c’est signe de la dégénérescence avancée du Parti Québécois, qui devient de plus en plus chaque jour en paroles ce qu’il a toujours été, depuis 1982, en actions: un parti de droite comme les autres, dont la seule particularité est de vouloir crosser le monde en français dans un Québec soi-disant indépendant plutôt qu’en anglais dans un Canada pas plus souverain que n’importe quel autre pays ayant sacrifié son indépendance sur l’autel du libre-marché.