Étiquette : peak oil

Un billet en cinq minutes

Je pars travailler dans cinq minutes chrono. Que puis-je écrire dans ce laps de temps? Prêt, c’est un départ! 10h03.

Deux sujets aujourd’hui: la fête nationale au Parc Maisonneuve et la lutte aux spéculateurs du pétrole aux États-Unis.

Au sujet de la fête d’hier soir; Gab et moi l’avons écouté au complet à la télévision. Heureusement qu’il y avait Normand Brathwaite pour animer; il était franchement meilleur que Lemay-Thivierge la veille à Québec. Et Loco Locass a littéralement volé le spectacle. Tous les autres avaient l’air d’avoir les pieds dans le ciment et à chaque fois que le groupe se présentait sur scène c’était une véritable déferlante de drapeaux, d’énergie, une vague bleue et blanche emportant tout avec elle.

J’avais sérieusement critiqué la décision du groupe de participer à une Saint-Jean privée avec les Cowboys-Fringants en 2005, où il fallait payer pour participer, mais cette fois-ci ils se sont rattrapés d’une manière grandiose. Bravo!

Mon autre sujet: les États-Unis parlent de mettre des limites aux spéculateurs dans le domaine du pétrole. On veut limiter l’accès des hedge funds, réduire la possibilité d’utiliser des marges et augmenter le besoin de liquidités. Et il se trouve même des clowns (comment les appeler autrement?) qui disent qu’avec ça on ferait baisser le coût du pétrole de moitié!

Bon, soyons sérieux. Il est aussi utile de réduire la spéculation sur le pétrole que de mettre un petit bandage sur un cancer généralisé. Avec le pic pétrolier, les prix continueront d’augmenter, passant le 200$, le 250$, puis le 300$ le baril. Il n’y a rien à faire contre ça: la demande est en voie de dépasser l’offre et aucune loi, aucune limite contre les spéculateurs n’y changera quoi que ce soit.

On cherche seulement une cible facile pour détourner l’attention des incroyables enjeux qui s’en viennent.

10h08. Je pars. Bonne journée à tous!

Le pic pétrolier, c’est maintenant!

Pour ceux qui en doutaient encore, lisez bien cette nouvelle. Ce n’est plus le moment de tergiverser et de branler dans le manche: le baril de pétrole vaut neuf fois son prix de 1998, le charbon a doublé en cinq ans, l’uranium a triplé, l’or et l’argent ont plus que doublé aussi. C’est la fuite en avant vers tout ce qui pourrait permettre de produire de l’énergie dans ce monde qui va bientôt manquer de pétrole pour assurer sa croissance économique.

Mais pourquoi les compagnies pétrolières, qui font des profits à tous les ans, ne parlent pas du pic pétrolier?

«Nous sommes face à un déni institutionnel. Les sociétés pétrolières ne peuvent que taire la vérité, sans quoi le cours de leur action risquerait de s’effondrer» a ajouté le député allemand Hans-Joseph Fell, co-fondateur de EWG.

Non seulement ça, mais quand on regarde leurs bilans financiers, on se rend compte que leur croissance est presque exclusivement constituée d’acquisition de rivales et de prise de contrôle de vieux puits; bref y a rien de nouveau. Ce n’est qu’une question de temps avant que ça pète pour de bon.

Pendant ce temps, il est de plus en plus probable que le baril de pétrole monte à 100$ cet hiver, et avec cette hausse les prix à la pompe augmenteront aussi. Beaucoup d’argent sera drainé des citoyens vers l’énergie, et donc moins sera disponible pour la consommation et la croissance économique. On peut donc s’attendre à une hausse de l’inflation et à une baisse de la croissance, voire à une récession (du moins, aux États-Unis).

Pendant ce temps, Bush parle d’attaquer l’Iran, un important producteur de pétrole dont les ressources sont convoitées par la Chine…

Une expérience qui a échoué

« Vers le milieu du vingtième siècle, posséder une voiture était devenu un prérequis pour une citoyenneté de première classe aux États-Unis. Il était assumé que chaque adulte allait posséder une voiture et l’utiliser constamment pour les tâches les plus mondaines – aller au travail, aller manger, acheter de l’aspirine – et aussi pour quelques activités sacrées comme aller à l’église ou faire l’amour. L’environnement de tous les jours que l’Amérique a construit après la seconde Guerre Mondiale pour accomoder ce régime constituait une cassure radicale face aux traditions du design civique, avec tout ce qu’accompagne le douloureux cheminement d’essais-erreurs de ce qui marche et de ce qui ne marche pas, ce que nous appelons la culture acquise. Tout ceci a été jeté aux ordures. Le nouvel environnement a été conçu principalement pour les motoristes. […] Le problème est qu’on ne peut plus se permettre cet arrangement urbain. L’habitat humain centré sur la voiture, dominé par la voiture, peut maintenant être considéré – tout comme l’économie léniniste – comme une expérience qui a échoué. »

Home from Nowhere: Remaking Our Everyday World for the 21st Century, James Howard Kunstler, Touchstone, 1996, p. 59.

Pas de pétrole bon marché, pas de globalisation

Globalism also has the same tendency to impoverish and enslave huge populations whule enriching the elite who managed its operations. The American people were sold on it, even while it destroyed their towns, their landscapes, and their vocations. What a shock, then, to find out that the so-called global economy was just a set of transient economic relations made possible by two historically peculiar circumstances: twenty-odd years of relative international peace and reliable supplies of cheap oil.

Globalism was primarily a way of privatizing the profits of business activity while socializing the costs. This was achieved by discretely discounting the future for the sake of short-term benefits. The process also depended on the substitutions of corporate monocultures and virtualities for complex social ecosystems wherever possible, for instance, Wal-Marts and theme parks for town. Globalism was operated by oligarchical corporations on the gigantic scale, made possible by cheap oil.

[…]

Under the banner of free-market globalism, the chief side effect of oligarchical corporatism making its money piles bigger was the systematic destruction of local economies and therefore local communities. Thus, the richest nation in the world in the early twenty-first century had become and amazing panorama of ruined towns and cities with broken institutions and demoralized populations – surrounded by Wal-Marts and Target stores. ((James Howard Kunstler, The Long Emergency, Atlantic Monthly Press, 2005, p. 186-187))

À mettre sur la table de chevet de votre ami pro-néolibéralisme préféré.

James Howard Kunstler, The Long Emergency, Atlantic Monthly Press, 2005, p. 186-187

À méditer

Je suis en train de lire un autre livre très intéressant, dont je traduis un court passage ci-dessous:

Qu’y a-t-il de si spécial avec les énergies fossiles de toute façon?

Les énergies fossiles sont une conséquence unique de l’histoire géologique qui permet aux êtres humains d’étendre artificiellement et temporairement la capacité de leur habitat à les supporter. Avant que les énergies fossiles – en les nommant: charbon, pétrole et gas naturel – soient largement utilisées, moins de un milliard d’êtres humains habitaient cette planète. Aujourd’hui, après plus ou moins deux cent ans d’énergies fossiles, et avec un taux d’extraction maintenant à un taux record qui ne sera plus jamais égalé, la planète supporte six milliards et demi de gens. Soustrayez les énergies fossiles et la race humaine a un sérieux problème. Le bonanza de l’énergie fossile était un deal qui n’arrive qu’une seule fois et l’intervalle où nous en avons joui était une période anormale de l’histoire humaine. Celle-ci a duré assez longtemps pour que les gens qui vivent maintenant dans une ère industriellement très avancée la considère comme la norme. Les énergies fossiles ont apporté à chaque personne dans un pays industrialisé l’équivalent d’avoir des centaines d’esclaves constamment à sa disposition. Nous sommes maintenant incapable d’imaginer la vie sans eux – ou penser selon un modèle socioéconomique différent – et ainsi nous ne sommes pas préparés pour ce qui s’en vient. ((James Howard Kunstler, The Long Emergency, Atlantic Monthly Press, New York, 2005, p. 30-31.))

En clair, la théorie de Kunstler est la suivante: notre mode de vie est profondément mésadapté pour faire face à la crise énergétique à venir. Les banlieues sont la pire allocation de ressources de l’histoire de l’humanité et ce mode de vie va disparaître car c’est seulement à cause du pétrole à bas prix qu’il a pu exister.

De la même façon, ce sont les engrais chimiques à base de pétrole, et tous les engins agricoles fonctionnant à l’essence qui sont à la base de la croissance exponentielle de la population depuis un demi-siècle, et avec la fin du pétrole à bas prix on verra aussi la disparition progressive de l’agriculture intensive permettant de nourrir une quantité importante de gens avec seulement quelques « employés ». On reviendra à un modèle plus local, permettant de nourrir moins de gens, et ainsi on se retrouvera avec quelques milliards d’humains en trop.

Et que fait-on avec ces humains? Simple: les guerres pour le contrôle des dernières ressources de pétrole et le chaos social résultant d’une baisse de la richesse globale devrait, à terme, les éliminer d’eux-mêmes.

Pour ceux qui aiment les histoires assez noires et qui empêchent de bien dormir la nuit, je vous conseille ce livre. Pour ceux qui préfèrent croire que tout va bien et qu’on trouvera sûrement un moyen magique de faire face au problème en temps et lieu, je crois qu’il est temps de regarder les choses autrement et de constater que si la situation ne sera pas à ce point dramatique, des temps durs s’en viennent néanmoins.<a