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Quand le PQ s'attaque à la social-démocratie

Il y a de ces nouvelles qui se glissent bien dans un entrefilet, entre deux faits divers: le Parti Québécois (PQ) veut tourner le dos à l’État-providence. Rien de nouveau, en fait, quand on lit le programme du parti, qui semble plus à l’écoute des besoins des entreprises et des mieux-nantis que de la population en général. Ce qui frappe, par contre, c’est le misérable synchronisme et la terrible candeur d’un parti qui, face aux affronts répétés d’une droite qui entend se servir de la crise des finances publiques pour mieux dépecer notre État, ouvre toutes grandes les portes de la bergerie aux prédateurs.

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Ainsi, deux jours après la sortie de Cupide Bouchard et de ses amis aumôniers de la misère sur l’éducation et au lendemain de la publication du troisième fascicule des « experts » payés par le gouvernement pour promouvoir et justifier l’idéologie néolibérale, le Parti Québécois aurait pu et aurait dû jouer son rôle d’opposition et proposer une approche différente, plus humaine, moins à droite. À l’image de Québec Solidaire, qui a proposé ses propres solutions pour améliorer les finances de l’État, le Parti Québécois aurait eu la chance de se distancer de ses soi-disant adversaires libéraux et de s’établir comme une alternative crédible. Occasion manquée.
En fait, les péquistes semblent englués dans leur conception méprisante pour les citoyens de l’alternance du pouvoir. Dans les officines du parti, on se dit qu’après trois mandats, il sera naturel que le PQ se fasse réélire en 2012. Il suffit donc de ne pas trop faire de vagues, de suivre le courant, de ne pas s’aliéner les grands argentiers ou les éditorialistes de La Presse. Le pouvoir pour le pouvoir. On se place sous l’arbre, on laisse le fruit mûrir, et on attend qu’il nous tombe dans les mains. Et tant pis pour les citoyens qui espèrent du changement. Qu’on se le tienne pour dit: le PQ désire le pouvoir; pas question de l’utiliser pour changer les choses! En matière économique, Parti Québécois et Parti Libéral du Québec, c’est blanc bonnet, bonnet blanc. Enlevez le concept de souveraineté – à propos de laquelle le PQ n’a rien fait depuis une décennie – et vous avez deux clones à l’Assemblée nationale.
Or, avant de s’arrimer aux positions conservatrices, de rejeter l’État-providence et de s’aliéner définitivement ce qui reste des reliquats de son aile-gauche, ne faudrait-il pas se questionner, au-delà du désir de prendre le pouvoir, sur les conséquences d’une telle mesure? Ce n’est pas rien tout de même: ce que le PQ vient de nous dire, c’est qu’il rejetait les progrès de la Révolution tranquille et qu’il adoptait le dogme du moins d’État, cette stratégie pour « affamer la bête », dixit Josée Legault.
Pourtant, l’État-providence, loin d’être la tare dénoncée par nombre d’idéologues de droite, fonctionne. Malgré ses défauts, il s’agit encore de la manière la plus équilibrée, entre les extrêmes du communisme et du capitalisme sans garde-fous, de gérer une société humaine. Avant les années 60 et la Révolution Tranquille, le Québec était, sous Duplessis, l’endroit le plus réfractaire à celle-ci. Le « cheuf » détestait tout ce qui représentait la moindre intervention de l’État dans l’économie. Résultat? Le Québec constituait une des sociétés les moins avancées d’Amérique du Nord avec une économie à la solde d’entreprises étrangères, et une population largement paupérisée. Le politicologue Yves Vaillancourt explique:

La timidité de l’interventionnisme de l’État québécois à la veille de la Révolution tranquille signifiait un énorme coût social pour la majorité de la population qui demeurait en quelque sorte à découvert par rapport au risque de la maladie, du chômage, de l’insuffisance des revenus de travail. Il faut le dire avec clarté: sur une base comparative avec les autres provinces canadiennes, notamment la Saskatchewan, où l’État provincial assumait davantage ses responsabilités sociales, le système de services sociaux et de santé qui prévalait au Québec était carrément artisanal. Bien sûr, pendant ce temps-là, les compagnies privées d’assurance-maladie, auxquelles les Québécois versaient $ 50 millions de primes en 1955, faisaient de bonnes affaires. Mais pour les deux tiers de la population québécoise qui n’étaient pas assurés, la maladie était une catastrophe et, accepter de se faire soigner et hospitaliser, c’était s’endetter pour des années, comme devait le rappeler Jean Lesage dans son premier Discours sur le budget en 1961.

Concrètement, le Parti Québécois, en rejetant l’État-providence, juge que cette situation pré-Révolution Tranquille était préférable à la situation actuelle. On aura beau appeler cela une « redéfinition de la social-démocratie » jusqu’à l’Apocalypse, on parle bel et bien d’un état de fait où l’État, en se retirant, laisse les citoyens seuls face aux compagnies privées et aux aléas du destin.
Par ailleurs, si l’État-providence méritait d’être jeté aux poubelles, pourquoi ceux qui le maintiennent réussissent-ils à conserver une société cohérente, moins pauvre? Le Danemark, par exemple, est le pays industrialisé qui impose le plus lourdement ses mieux-nantis, et qui, selon une étude comparative du Luxembourg Income Study, possède le plus fort État-providence des pays industrialisés. Mais il s’agit également de celui dont la pauvreté de la population y est la plus faible. En fait, selon cette même étude, les probabilités qu’une personne en âge de travailler vive dans la pauvreté sont près de 17 fois plus élevées aux États-Unis, pays développé à l’État le plus faible, qu’au Danemark. Et c’est vers cela que le PQ désire nous amener? C’est cela, le projet de société péquiste?
Une société constitue une chaîne entre les humains et on mesure la force de cette chaîne à la force de ses maillons les plus faibles. Nous avons mesuré ce qui arrivait à des pays qui, comme l’Islande en ce moment ou l’Argentine il y a une décennie, ont tourné le dos à l’État et ont décidé de laisser les acteurs privés s’offrir un buffet « tout ce que vous pouvez manger »: la crise financière. En désirant accélérer le processus de désengagement de l’État que nous subissons depuis déjà plusieurs décennies, ce n’est pas seulement la santé et la sécurité des citoyens de la classe moyenne et des moins-nantis qu’on met en jeu, mais également la santé financière de l’État. Un État déjà affecté par plusieurs décennies de gouvernements de droite pour qui tous les prétextes sont bons pour s’attaquer à l’État-providence.
Les ressources existent. Les moyens de s’enrichir aussi. Il faut en avoir la volonté. Selon Statistiques Canada, dans les années 50 les contribuables versaient 50,8% des revenus d’impôts de l’État, les Compagnies 49,2%. En 1993: les contribuables versaient 88,6% de ces revenus et les Compagnies, 11,4%. La colère des citoyens de se sentir surtaxés est légitime. Ce n’est pourtant pas une raison pour se débarrasser de services qui contribuent à notre richesse collective, mais peut-être plutôt pour s’interroger sur la nécessité d’adhérer à un système de valeurs faisant des entreprises privés et des individus les principales locomotives de notre développement quand nous jouissons d’un État autrement plus efficace et adapté à cette tâche.
Les forces s’attaquant à notre État sont fortes, vives et organisées dans des think-tanks ayant leurs entrées au gouvernement et des journaux à la solde d’entreprises comme Power Corporation et Quebecor, qui ont des intérêts directs dans le marchandisage de nos services publics. Force est de constater qu’elles ont aussi accès au Parti Québécois et que ce parti, qui pouvait autrefois prétendre représenter l’ensemble de la société, n’en représente aujourd’hui que la faction la plus riche. Et encore, seulement si cela lui permet de se faire élire. Le pouvoir pour le pouvoir, c’est bien tout ce qui compte au PQ, n’est-ce pas?
Il serait peut-être temps pour tous ceux qui se croient sociaux-démocrates et indépendantistes, dans ce parti, qu’ils réalisent que le PQ n’a rien fait pour l’indépendance depuis quinze ans et qu’il s’affaire à détruire ce qui constituait notre plus grande richesse: notre social-démocratie.
Suis-je le seul à rêver d’un vaste parti de centre-gauche s’intéressant à la fois aux enjeux identitaires, au désir de survie de la nation québécoise et qui fait la promotion d’une plus juste redistribution de la richesse?

CHU en PPP: on a menti à la population!

La démolition du mythe des avantages de la construction des Centres hospitaliers universitaires (CHU) de Montréal en Partenariat Public-Privé (PPP) par le vérificateur général est presque passée sous le radar médiatique. Faut dire, avec les apparences de collusion, l’incompétence présumée de la ministre Boulet, sa demande de démission et toutes les singeries qui ont suivies, parler encore une fois du CHUM et de son équivalent anglophone laissait un goût fade en bouche.
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Pourtant, les conclusions de Renaud Lachance sont dévastatrices: l’agence des PPP a carrément menti à la population afin de promouvoir son projet. Cette dernière se basait sur des chiffres secrets qu’elle refusait de publier pour affirmer que les gains financiers seraient de l’ordre de 17 à 24% si on optait pour la construction en mode PPP. Absolument faux, selon le vérificateur: les calculs se basaient sur des chiffres farfelus. Des chiffres concoctés par PricewaterhouseCoopers, qui n’était absolument pas indépendante dans ce dossier puisque recevant des millions de dollars de l’agence elle-même, sans appel d’offres! « PPP Québec ne peut exercer un rôle de critique indépendant en même temps qu’elle participe de si près à la préparation des analyses de la valeur ajoutée », explique le vérificateur.
Ainsi, on est parti du principe que le public allait laisser les édifices devenir vétustes très rapidement. On a établi le taux de vétusté à près de 94% après une trentaine d’année. Concrètement, après trente ans, on lance les démolisseurs et on reconstruit le tout! Complètement irréaliste, juge Renaud Lachance, qui estime plutôt cette vétusté à près de 20%. S’il est vrai qu’après quelques décennies tous les bâtiments publics nécessitent des réparations, le pire indice de vétusté de tout le secteur de la santé atteint 37%. On a donc gonflé les chiffres artificiellement pour donner faussement l’impression que la construction en PPP serait moins dispendieuse. Bref, on a menti à la population pour favoriser des intérêts privés.
Or, ça ne vous rappelle pas quelque chose, cela? Tous les scandales des derniers mois dans le monde municipal ont été causés par la collusion d’intérêts privés et publics qui permettaient aux premiers de s’enrichir sur le dos des citoyens. C’est précisément la proximité du public et du privé qui permet la collusion. La Coalition pour un CHU sans PPP a raison d’affirmer que « le plein transfert au secteur privé de la conception, la construction, l’exploitation, l’entretien et le renouvellement des projets majeurs peut conduire à des excès ». Ces excès, ce ne sont pas que quelques dollars glissés sous la table, mais des milliards de piastres de nos impôts qui enrichissent une minorité de corrompus au lieu de servir à mieux financer nos institutions ou à rembourser notre dette.
En outre, comme je le notais dans un autre billet, l’Angleterre, qui a, la première, expérimenté avec les PPP, en a payé un lourd tribut: « Une étude financée par l’Association des comptables agréés de Grande-Bretagne a démontré que les PPP sont économiquement plus coûteux que le financement public. Sur 13 hôpitaux construits en PPP et analysés par l’étude, six étaient en déficit. Et quatre de ces six hôpitaux avaient des coûts plus élevés. L’augmentation des coûts observés pour les PPP atteint de 25% à 50% du coût d’un financement traditionnel. » On peut maintenant comparer cela au nouveau projet de l’hôpital Sainte-Justice, qui, conçu et construit en mode public, n’a dépassé ni son budget ni ses échéances…
Il serait peut-être temps pour le gouvernement de prendre acte de ces faits. Le privé, ce n’est pas le Pérou, mais plutôt l’Islande. Sous prétexte de sauver quelques dollars en payant moins bien ses travailleurs, on ouvre la porte à tous les excès et on appauvrit l’État. Au lieu de « gaspiller » notre argent en payant de généreux salaires à des ouvrier qui font ensuite rouler l’économie locale, on engraisse des compagnies anonymes aux actionnaires éparpillés de par le monde. Qui est gagnant?
Quand je vais chez au restaurant et que je demande la différence entre deux plats, j’aime qu’on me dise la vérité. Je ne veux pas qu’on me propose le premier parce qu’il y a entente entre le restaurateur et l’approvisionneur. Je ne veux pas non plus qu’on attende que j’en aie plein la bouche pour me dire que le plat, finalement, coûtera le double de ce qui avait été prévu et que l’autre, sur lequel j’avais hésité, aurait été meilleur et moins cher. Je veux qu’on soit honnête avec moi, et j’attends la même honnêteté de la part de mes élus.
Ainsi, au lieu de persister dans la voie délirante d’une construction des CHU en PPP, Charest et son gouvernement devraient peut-être prendre le temps de faire une pause et de faire preuve d’honnêteté avec la population. Prendre le temps d’expliquer les soi-disant avantages de la construction en PPP suite à la parution de ce rapport dévastateur.
Et peut-être, pourquoi pas, également remettre en question la nécessité de pomper les ressources du Québec pour construire un CHU anglophone de 1,75 milliards $ pour une population de 8,2% d’anglophones de naissance au même moment où on demande aux citoyens de se serrer la ceinture. Question de prévenir les coups avant le prochain rapport dévastateur, prévu vers 2012-2013, que constituera un recensement démontrant un énième recul du français au Québec…
En attendant, on a les politiciens qu’on mérite. On a vraiment dû manquer à notre devoir à quelque étape dans notre histoire commune.

Les miettes du privé

Des statistiques publiées sur Cyberpresse démontrent que de nombreux collèges privés expulsent leurs étudiants au moindre faux-pas. Dans certains cas, des cohortes perdent plus de 50% des leurs entre l’entrée au secondaire et le diplôme. Simples choix d’institutions privées ou dangereuse leçon de vie financée par notre propre gouvernement?
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Pensons-y un peu: les écoles soi-disant privées sont subventionnées à 60% par l’État. En fait, ce ne sont même pas des écoles privées; l’État finance la part du lion et les actionnaires empochent les profits. De juteux profits. À l’image du gouvernement américain ayant pris le contrôle d’entreprises à la dérive, le gouvernement finance massivement des institutions pourtant très rentables. Et qui excluent systématiquement ceux qui pourraient faire baisser leurs profits.
Or, quelle leçon lance-t-on ainsi aux autres, à ceux qui restent, ceux qui font leur secondaire au complet dans ce milieu hyper-compétitif? On leur dit: « Vous êtes des forts », sous-entendant que les autres sont des faibles. On leur exprime une vision du monde où celui qui a des difficultés, celui qui aurait besoin d’une aide professionnelle, celui qui commet des impairs, est un fardeau ne méritant que l’exclusion.
C’est une simple question de gestion, répondraient certains. Pas rentables les cas-problèmes. Et puis, en filigrane, on sort toujours la calculette: un psychologue à 40$ de l’heure, un professeur supplémentaire pour les retenus, un psycho-éducateur en surplus, et puis quoi encore. Trop cher. Mieux vaut renvoyer l’étudiant. « Tu as perdu mon ami, t’es Game Over, bye bye et ne te retourne pas. » Et l’État cautionne cela.
Imaginerait-on des écoles publiques agissant ainsi? On leur reproche d’être coûteuses, mal administrées, d’être un foyer de médiocrité. Dans les faits, elles font face aux pires cas-problèmes précisément parce que le privé écrème ses étudiants et ne choisit que les meilleurs, c’est-à-dire ceux qui obtiendront les plus hauts résultats, assurant le prestige de l’institution, et qui coûteront le moins cher. L’école publique ne peut pas simplement prendre un cas-problème et le renvoyer illico. Imaginez-vous le tollé si on apprenait que telle ou telle école publique a renvoyé un élève parce qu’il coulait ses cours? Meuh non. Au public, on crée des cours de rattrapage, des classes spéciales, on embauche des professeurs spécialisés. Toutes ces dépenses qui coûtent cher et que le privé n’a pas à assumer. Car le public, c’est la dernière étape, le dernier parachute avant la chute libre.
Ainsi, ce sont deux visions du monde que l’on crée. Celle des vainqueurs, qui apprennent à exclure quiconque montre le moindre signe de faiblesse ou n’est pas à la hauteur. Futurs yuppies, ils congédieront leurs subordonnés sans la moindre honte et ils mépriseront tous ceux qui sont sur l’aide sociale, qui vivent dans la rue ou qui ont des difficulté majeures. Ils vivront dans de cossues résidences, loin des gueux, et auront une conception élitiste de la société. Et celle des perdants, qui ont compris qu’il y aura toujours l’État derrière eux pour les rattraper s’ils tombent, et qui voient la réussite d’un oeil douteux, englués dans une école publique avec un ratio trop élevé de cas lourds qui gangrènent jusqu’à la volonté d’apprendre.
C’est une véritable leçon d’exclusion et d’échecs que l’on crée. Avec notre argent.
Au contraire, pourquoi ne pas créer un seul réseau véritablement public? Ce faisant, les cas lourds ne seraient peut-être plus cinq ou six étudiants par classe, mais peut-être seulement un ou deux, devant suivre la voie des autres, déterminés à apprendre et à s’éduquer. En coupant les subventions aux écoles privées, on peut croire que la vaste majorité de ses étudiants rejoindraient des institutions publiques beaucoup mieux financées et ne se contentant plus seulement de jouer le rôle de réseau de la dernière chance, mais permettant réellement d’éduquer nos enfants dans le respect de la diversité du monde qui nous entoure.
Car – on l’oublie souvent – le monde n’est pas constitué seulement d’une élite hyper-motivée et désireuse de s’éduquer, pas plus qu’il ne représente qu’un dépotoir où végètent une armée de trouble-fêtes entourés de quelques « bolés » s’attirant sarcasmes et moqueries à cause de leur désir de s’éduquer. L’équilibre, voilà ce qui manque à la situation actuelle. D’un côté des élites déconnectées du vrai monde, et de l’autre des démotivés qu’un système monopolisé par les cas-problèmes empêche de réussir. Un réseau soi-disant privé bien financé et qui se permet de faire la fine gueule, et un réseau public sous-financé récupérant les miettes du privé.
Et si on mélangeait un peu tout ce beau monde?

Mario Roy et ses amis têtes brûlées

Par un habile tour de passe-passe, Mario Roy, le plus radical des éditorialistes de La Presse, assimile les excès d’une minorité d’exaltés américains contre la réforme de la santé d’Obama à ceux qui s’opposent au privé ici. Faisant abstraction de toute forme de nuance ou de logique, il met en parallèle le comportement de fanatiques libertariens qualifiant Obama de socialiste, de communiste, le comparant à Hitler ou Staline, aux actions de ceux qui, ici, veulent empêcher la privatisation de notre système de santé. Encore une fois, Mario Roy aurait dû réfléchir avant d’écrire, et La Presse aurait dû refuser de publier ses divagations.
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En effet, comment peut-on comparer la minorité de fanatiques américains insensibles à toute forme de raison ou d’arguments logiques à ceux des nôtres qui utilisent les faits pour défendre un système de santé public et universel? Obama n’est pas Hitler, ni Staline, ni le Joker. Vouloir offrir des services de santé à la quarantaine de millions d’Américains n’ayant aucune couverture médicale, ce n’est pas plus du socialisme qu’un défilé de mode n’est un spectacle pornographique.
Ces libertariens, ces extrémistes, tiennent un discours corrompu, largement inspiré d’une Guerre Froide où on encourageait la population à se radicaliser pour assimiler toute forme de gain social à du communisme, ce Grand Satan. Ils sont l’équivalent américain des Talibans afghans que la CIA a radicalisé en leur envoyant des centaines de milliers d’exemplaires du Coran, afin de les instrumentaliser contre les Soviétiques dans les années 80. Sauf que les Soviétiques ne sont plus en Afghanistan. Et la Guerre Froide n’existe plus. Il ne reste que les fanatiques, ces anachroniques reliques d’un passé où on s’est servi d’eux pour atteindre des buts politiques. Et aujourd’hui, ils reprennent du service et jouent sur la peur des gens pour tenter de justifier leurs idées débiles.
Or, quand on se sert des peurs irrationnelles des gens, on ne contribue pas positivement au débat. L’argumentaire de ces extrémistes ne tient pas compte des faits, ne compare pas la situation globale avec celle d’autres pays, ne parle pas de solutions afin d’améliorer le système de santé le plus coûteux et le moins inclusif des pays développés. Que des émotions, que de la peur. Communisme! Socialisme! Hitler! Staline! Ne manque que le croque-mitaine.
De l’autre côté, et malgré ce qu’en pense Mario Roy, les opposants à une américanisation de notre système de santé tiennent un discours beaucoup plus sensé et rationnel que ces radicaux. On n’hésite pas, ici, à souligner qu’une étude a démontré que 101 000 personnes pourraient être sauvées à chaque année si les États-Unis se dotaient d’un système de santé davantage public. On note que le système de santé américain coûte 6714$ per capita contre 3578$ pour le Canada, et qu’il laisse sans aucune couverture médicale près de 16% de la population. On parle de statistiques démontrant une corrélation entre le nombre de médecins et le caractère public d’un système. On compare les chiffres du nombre d’années potentielles de vie perdues par 100 000 habitants pour diverses maladies entre les États-Unis et le Canada et on remarque que le système canadien bat celui de son voisin du sud dans tous les cas. On démontre, chiffes à l’appui, que le privé coûte cher. Des faits, des chiffres, du concret.
De la même façon, l’opposition canadienne à une plus grande présence du privé en santé s’exprime aussi de manière pacifique, courtoise. À ce que je sache, il n’y a pas eu de grand rassemblement où on a montré des portraits de Charest avec la moustache de Hitler quand il a voulu instaurer les PPP en santé. On n’a pas comparé Philippe Couillard à Staline, même s’il a utilisé son rôle de ministre de la santé pour se faire une belle place au soleil au privé. Des faits, des chiffres, du concret.
En assimilant le populisme de droite basé sur la peur et les préjugés à l’opposition constructive et rationnelle des Canadiens et Québécois contre une trop grande place du privé en santé, Mario Roy espère convaincre que ces deux groupes sont tout à fait égaux dans leur extrémisme et leur refus des faits. Malheureusement pour lui, cette analyse ne tient pas la route et en dit plus long sur Mario Roy lui-même et sur le journal qui accepte de le publier que sur ce qu’il tente de démontrer.
Non, Mario Roy, « la plus petite allusion à un rôle quelconque éventuellement alloué au secteur privé [ne] provoque [pas] des hurlements dont la stridence n’est pas moindre que ce qui nous crève les tympans depuis des semaines à CNN et à Fox News ». Non. Ce qui me crève les yeux, plutôt, c’est qu’un éditorialiste faisant aussi régulièrement preuve de mauvaise foi ait encore un emploi sur la rue Saint-Jacques.
Dans un débat aussi important que celui du futur de la santé, nous n’avons pas plus besoin du radicalisme des têtes brûlées libertariennes que de celui de Mario Roy. Ces gens constituent le désagréable bruit de fond sur lequel les autres essaient de réfléchir.
La Presse aura-t-elle un jour le courage de sévir contre lui?

Quand le système de santé U.S. tue

Barack Obama a raison de travailler pour l’instauration d’un système universel de soins de santé.  Non seulement le système de santé états-unien est-il le plus coûteux des pays de l’OCDE, mais il est tout à fait incapable de concurrencer un système comme celui du Canada, de loin supérieur.
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En effet, quand on regarde les dernières statistiques de l’OCDE, on se rend compte à quel point le système de santé de nos voisins du sud est déficient. Outre le fait qu’il gobe près de 33% plus de ressources que le nôtre, il est incapable de sauver autant de vies. À preuve, l’indice d’années potentielles de vie perdues (APVP).
Voici le nombre d’années potentielles de vie perdues par 100 000 habitants pour:

  • les maladies infectieuses et parasitaires:  64 au Canada et 201 aux États-Unis ;
  • les maladies dues au VIH: 25 au Canada et 94 aux États-Unis;
  • les tumeurs malignes: 823 au Canada et 851 aux États-Unis;
  • les maladies du sang: 12 an Canada et 29 aux États-Unis;
  • les maladies endocriniennes, nutritionnelles et métaboliques: 104 au Canada et 158 aux États-Unis;
  • le diabète sucré: 56 au Canada et 98 aux États-Unis;
  • les troubles mentaux et du comportement: 36 au Canada et 66 aux États-Unis;
  • les maladies du système nerveux: 106 au Canada et 122 aux États-Unis;
  • les maladies de l’appareil respiratoire: 422 au Canada et 781 aux États-Unis;
  • les cardiopathies ischémiques: 233 au Canada et 372 aux États-Unis;
  • les infarctus du myocarde:  120 au Canada et 151 aux États-Unis;
  • les maladies cérébrovasculaires: 57 au Canada et 107 aux États-Unis;
  • la grippe et les pneunomathies: 28 au Canada et 50 aux États-Unis;
  • les bronchites, asthme et emphysème: 8 au Canada et 28 aux États-Unis;
  • les maladies de l’appareil digestif: 104 au Canada et 187 aux États-Unis;
  • les maladies de peau; 1 au Canada et 6 aux États-Unis;
  • les maladies du système ostéo-musculaire: 13 au Canada et 25 aux États-Unis;
  • les maladies du système génito-urinaire: 20 au Canada et 53 aux États-Unis;
  • les grossesses et accouchements: 5 au Canada et 19 aux États-Unis;
  • les pathologies périnatales: 342 au Canada et 395 aux États-Unis;
  • les malformations congénitales: 179 au Canada et 206 aux États-Unis;
  • les symptômes et états mal définis: 138 au Canada et 166 aux États-Unis;
  • les causes externes (agressions, accidents, chutes, etc.): 892 au Canada et 1478 aux États-Unis.

Toutes ces données proviennent de l’OCDE et sont pour l’année 2004, dernière année où toutes les comparaisons sont possibles.
Ce que ces statistiques nous démontrent, c’est que le système de santé canadien est spectaculairement supérieur à celui des États-Unis, dans toutes les facettes possibles. Concrètement, une personne tombant malade aux États-Unis a beaucoup plus de risques d’en mourir qu’au Canada.
Alors, peu importe ce qu’en pense une certaine ado-droite paralysée dans ses dogmes du passé, nous sommes un exemple à suivre pour nos voisins du sud et un système universel et public s’avère de loin meilleur qu’un système sélectif et privé.
Cela ne signifie pas que le système de santé canadien soit parfait, mais ça devrait orienter nos choix pour le futur et nous décourager d’opter pour la voie suicidaire d’une plus grande présence du privé.  Encore une fois, et plus que toujours, le public est de loin plus performant et utile que le privé.