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Le colonialisme continue

« Dès son tout jeune âge, le Québécois apprend, souvent de ses parents mêmes, que sa langue maternelle est une langue déjà seconde, sans avenir, handicapée et même handicapante, et qu’il lui faudra coûte que coûte se mettre à l’anglais s’il veut se tailler une place sous le soleil boréal nord-américain. » C’est ce triste constat que dresse le professeur et chercheur Marc Chevrier à partir du film Les amours imaginaires du réalisateur Xavier Dolan. L’auteur, qui a également déjà publié une étude sur le sur-financement des universités anglophones du Québec, n’y va pas par quatre chemins: la domination séculaire des anglophones sur le Québec a entraîné la déréalisation du français et a permis à l’anglais de devenir, dans les faits, la seule langue normative au Québec.

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Pour appuyer sa thèse, Chevrier analyse des scènes courantes du film de Dolan. Pourquoi ce film? Parce qu’il est candide, qu’il représente librement la société québécoise. Parce qu’on y voit une photographie en temps réel du Québec d’aujourd’hui. Et ce Québec, c’est celui d’une population qui enfile le français comme une seconde paire de bas et qui conçoit déjà le monde qui l’entoure dans une langue étrangère.
Voici quelques-uns des exemples de déréalisation notés par Chevrier:

1- Le vocatif : « Eh Gang ! » (dans le parler adolescent) ou « man », on sollicite l’attention de ses amis par un appel en anglais, plus marquant, plus viscéral que le français. On entend aussi souvent entre hommes : « Eh! Les boys! »; au Québec, la virilité ne parle pas français.
2- L’apostrophe d’étonnement : « Oh boy! », placé en début d’une phrase, pour indiquer l’imprévu, le choc avec le réel, le retour dans la réalité après avoir séjourné en français dans l’idéal ou la naïveté. C’est devenu une interjection courante dont usent animateurs de radio, journalistes et même les universitaires dans leurs communications officielles avec le pouvoir…. Nouvelle expression exclamative à la mode chez les jeunes : « Oh my God!» .
3- Le transfert de plan : comme les « by the way », « anyway » (d’après La Presse, le prochain film de Dolan s’appellera Lawrence anyways), « never mind » qui entrecoupent une phrase pour signifier le changement de plan dans le rapport au réel, pour passer à autre chose, orienter la conversation vers son point central ou la conclure.
4- L’emphase itérative: après avoir dit quelque chose en français, le Québécois redit exactement la même chose en anglais, pour se faire comprendre, insister sur son message et sa bonne réception ; « You know what I mean ? ».
5- L’attache affective, sexuelle ou filiale : comme le fameux « chum » ou le « fuck friend » mieux à même de dire la « chose » que le français ; les jeunes parents Québécois se plaisent maintenant à nommer leurs enfants « kids » : j’ai trois kids. Les prénoms anglais sont aussi monnaie courante, surtout chez les garçons : William (prénom le plus populaire en 2007), Anthony, Jeremy, Dylan, Kevin, Steve….
6- L’expression de la colère ou de la frustration: les gros mots empruntés à l’anglais (fuck, shit) ont souvent plus d’effets que les anciens jurons blasphématoires (tabarnak, chriss) utilisés par les Québécois, en réaction contre l’emprise de l’église catholique.
7- L’expression du plaisir vrai : c’est « l’fun » ou c’est « cool » dit-on pour exprimer le plaisir que l’on trouve dans une occasion ou une activité.
8- L’accord phatique : le Québécois n’emploie pas le français pour exprimer son accord ou signifier qu’il écoute le propos de son interlocuteur. Il dit « o.k. » et plutôt que « d’accord » ou « entendu ».
9- Le renchérissement positif : dans certaines circonstances, souvent après une victoire, l’exaucement d’un souhait, le Québécois dit « Yes ! » ou « Yes Sir ! » en haussant la voix. L’anglais a plus de résonance pour annoncer un triomphe, la joie ou une grande satisfaction.
10- Le superlatif : l’anglais peut exprimer à lui seul le superlatif, comme dans l’expression « être en shape », qui fait plu s convaincant qu’être simplement en forme…

Les expressions peuvent varier dans le temps; quand j’étais jeune, on disait « hey man », mais aujourd’hui le « hey dude » semble avoir la cote. On disait également qu’une situation était « cool », alors que les jeunes d’aujourd’hui parleraient sûrement de « chill ». Les expressions changent, évoluent, mais une tendance demeure: elles sont toujours en anglais.
Pourquoi? Chevrier le dit dans son premier exemple: au Québec, la virilité ne parle pas français. Des siècles de colonialisme ont transformé la langue des Québécois en une sous-langue, qu’on parle en cachette, entre nous, pendant que la langue dominante était associée à la réussite sociale, au pouvoir, à la liberté individuelle. Parler français, d’accord, mais pas question de réellement « vivre » la langue; quand on vit une émotion extrême, quand on manifeste sa joie, quand on partage une franche camaraderie, c’est en anglais que ça se passe. On a intériorisé cette domination et il s’agit peut-être de la pire des violences qu’on a pu nous faire.
Une Loi 101 insuffisante
Le problème fondamental avec cette infériorisation acquise des francophones, c’est qu’elle ne peut se réparer par une seule loi. Personne ne peut contester les bienfaits de la Loi 101; sans la Charte de la langue française, et malgré ses nombreuses modifications qui l’ont affaiblie, il ne fait aucun doute que la situation du français serait pire qu’elle l’est présentement. Ceci dit, à de nombreux niveaux, la Loi 101 n’a fait qu’ajouter une couche de vernis sur du bois pourri depuis l’intérieur. On se donne une apparence française, on affiche en français, on parle français, mais on pense toujours en anglais, on se considère toujours d’une manière anglaise et on demeure résolument déconnecté de nos racines françaises.
Demandez à nos jeunes ce qu’ils savent de leur propre langue, de leur propre culture. Connaissent-ils les grands auteurs français? Ont-ils lu les classiques? Sont-ils seulement en mesure d’écrire correctement, sans faire une faute à tous les trois mots? Poser la question, c’est déjà souffrir de la réponse. Nos jeunes ne savent rien non pas parce qu’ils sont idiots, mais parce que même le système d’éducation a transformé le français en une langue utilitaire, facultative, qu’on peut massacrer à souhait. Ils ne savent pas bien écrire le français parce qu’ils ont compris, intérieurement, que la maîtrise de cette langue n’était pas nécessaire dans leur vie. Ils acceptent intuitivement l’idée que le français ne constitue qu’un voeu pieux qu’on agite au vent comme un drapeau avant de le laisser s’envoler à la moindre bourrasque de vent. Ils se résignent à la perception d’une langue inférieure et l’éducation publique renforce cette démission d’eux-mêmes.
Renforcer la Loi 101 en l’appliquant au cégep est inévitable. C’est une question de vie ou de mort. Ceci dit, il ne s’agit que d’une solution parmi d’autres. Il s’agit peut-être, en fait, de la solution la plus facile et la moins efficace. Un enduit supplémentaire sur la poutre qui nous soutient de plus en plus difficilement.
Ce qu’il faut, la seule façon de réellement protéger le français au Québec, consiste à s’attaquer jusqu’à la source de ce sentiment d’infériorité linguistique qui accable notre population et la rend si sensible aux sirènes d’une langue anglaise qu’elle a appris, intérieurement, à considérer comme la seule langue valable.
Cela passe non seulement par la fin du sur-financement des institutions anglophones – un sur-financement qui lance le message selon lequel l’anglais constituerait une langue supérieure au Québec – mais également par la création, à terme, d’un seul réseau d’éducation publique, entièrement en français (comme cela se fait dans les autres pays) de la maternelle à l’université. Il faut oser s’attaquer aux avantages indus d’une minorité anglophone qui, assis sur le poids de sa domination historique et actuelle, jouit d’écoles, d’hôpitaux et d’institutions sur-financées lui permettant de s’enraciner au sein de notre collectivité et d’angliciser nos jeunes.
Il est impératif, également, d’augmenter la sévérité des cours de français, d’histoire, et d’apprendre aux Québécois qu’ils ont un passé, un présent et un avenir collectifs et que leur langue, loin d’être une béquille devant se superposer à la pureté d’émotions se vivant en anglais, a le droit de s’exprimer partout, sur toutes les tribunes, et de permettre l’expression, en français, de toutes la gamme des sensations humaines.
Finalement, il faut permettre, plus que jamais, aux francophones d’avoir accès aux plus hautes sphères de la société. Ce n’est pas parce que les échanges commerciaux internationaux se passent souvent en anglais (quoi que d’autres langues y sont également présentes) qu’on doit imposer la connaissance de cette langue pour tous les emplois. Des traducteurs existent, et il n’est pas normal qu’un individu qui n’est pas directement en contact avec des personnes d’un pays anglophone (ou utilisant l’anglais dans ses communications) doive parler anglais. La langue commune et nationale, au Québec, est et doit demeurer le français.
Nous sommes en 2010, mais le colonialisme continue. Plus insidieux, mais tout aussi mortel.
Le jour où notre jeunesse exprimera ses plus vives passions en français, nous aurons peut-être gagné le droit de survivre encore quelques siècles. Le jour où nous aurons compris que nous ne serons jamais assez anglicisés pour ceux qui ne désirent que notre disparition, nous aurons peut-être mérité d’assurer notre survie définitive en Amérique du Nord.
En attendant, continuons le combat. Plantons fermement nos doigts dans cette terre d’Amérique et réclamons le droit d’exister.

La honte

J’aimerais dire que je n’ai pas eu honte. Je souhaiterais écrire ici que cette stupéfiante mascarade d’une cérémonie d’ouverture olympique où on a vomi la feuille d’érable pendant deux heures ne m’a pas donné envie de changer de nationalité et de devenir Chinois, Italien, ou même Australien. Je désirerais vraiment parler positivement de cet invraisemblable amalgame de fausse canadianité tartinée à la sauce néo-folk et qui a pris tout autant de soin de célébrer les racines des autochtones, ces gentils bibelots, qu’elle a ignoré le peuple québécois, sa seule spécificité face aux États-Unis. Comme à toute ouverture des Jeux Olympiques, j’aspirais à un peu d’humanité plutôt qu’à cette pourriture de carte postale défraîchie par le souffle fétide d’une identité qui n’existe pas et n’existera jamais.

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De Pékin à Turin, en passant par Salt Lake City ou Sydney, les Jeux Olympiques se sont toujours donnés une vocation universelle, c’est-à-dire que les organisateurs se doivent avant tout de célébrer le génie humaine dans son ensemble. Les prouesses de la nation hôte ne constituent que le glaçage sur un gâteau déjà bien sucré et savoureux; on veut avant tout célébrer l’humain, non l’organisateur. Celui-ci se doit de demeurer en filigrane, ne se levant pas au milieu du party pour réclamer son apologie et exiger la dévotion des fidèles qui participent à son spectacle.
Or, au Canada, pays de la diversité en autant que celle-ci ne s’appelle pas québécoise et ne parle pas le français, ce n’était pas le genre humain qu’on célébrait, ni même les prouesses canadiennes en tant que représentantes du potentiel de l’humanité, mais le fait canadien en tant que marque enregistrée, symbole de rêve d’une identité imaginaire. Au milieu d’une scène tachée de la feuille d’érable, elle-même entourée de dizaines de ces vestiges végétaux d’un rouge aussi agressant qu’inutile, se pavanaient des musiciens, danseurs et autres rigolos apportant le grand message de paix et de formidable diversité canadiennes aux téléspectateurs ayant la malchance de regarder cette sinistre comédie sans avoir enfin englouti leur désespoir dans l’alcool ou autres remèdes contre cette ignominie.
Oh qu’ils étaient beaux ces milliers de Canadiens à agiter leur torchon vermillon, à croire que, pour un soir, le Canada représentait autre chose que la crapuleuse excroissance cancéreuse d’une américanité n’ayant pas encore réussi à se débarrasser de la culture latine française souillant ses divines terres coast to coast. Oh qu’ils étaient adorables ces athlètes québécois, tout de rouge vêtus, qui trônaient au milieu de la piste comme d’innombrables brimborions venus enrichir le contingent de mercenaires payés pour citer leur larmoyant « I believe » entre une annonce de McDonald de Purolator.
Des médailles, des médailles, des médailles! On veut des médailles! Mais pourquoi? Pour voir des Québécois, ayant grandi ici, parlant notre langue, issus de notre riche culture, s’enrouler dans le drapeau sanguinaire d’un pays génocidaire de sa minorité francophone et gicler de chaudes larmes au son du « Oh Canada, We stand on guard for thee, God keep our land Glorious and free » tout en remerciant son pays comme une quelconque pute remercie son proxénète de lui remettre une infime partie de son dû après une humide nuit de travail. Pour constater que le Canada, sans l’apport d’un Québec qu’il contribue à élimer comme autant de vagues se brisant sur la roche de notre identité, ne représente rien, n’a rien à offrir, ne constitue qu’une supercherie sportive sur-financée temporairement pour espérer offrir au monde autre chose que le triste spectacle de l’agonie d’un pays dont la contribution à l’humanité se résume à un ou deux alinéas dans des documents que les puissants de ce monde lisent sur le trône.
Ne me faites pas pleurer avec votre bilinguisme à la noix. Ces olympiques sont une fumisterie qui consume l’intelligence et qui nous rappellent à tous, aujourd’hui plus que jamais, que ce pays n’est pas le nôtre, que ces athlètes qui se masturbent dans l’unifolié ne méritent pas notre respect et que cette misérable organisation méprisant notre langue et ignorant notre présence ne devrait même pas être habileté à nettoyer les dalles de la plus cochonne des morgues.
La honte, aujourd’hui, ce n’est plus tant d’être un Canadien, mais bel et bien d’être Québécois, d’avoir dit NON deux fois et de subir cette infâme putréfaction qui nous enfouit le dogme multiculturaliste-nous-sommes-tous-Canadiens-même-si-nous-ne-partageons-aucune-valeur-ou-culture-ou-langue comme autant de poignées d’insectes puants jusqu’au fond de nos gorges, et qui, malgré l’odeur et la déglutition vomitoire qui nous assaillent, nous incite à célébrer cette pathétique exhibition ostentatoire comme une marque de la grandeur de notre résilience face à une nation qui ne désire que notre disparition.

Ma ville n'est plus hockey

« As-tu vu la game hier? » Quelle game, que je réponds parfois. De quelle partie parles-tu, des Canadiens de Montréal, de hockey, de ces pousseux de caoutchouc venant de l’autre bout du monde et qui jouent contre d’autres pousseux de caoutchouc? « Ah bon, t’aimes pas le hockey », me réplique-t-on. Oh que non. C’est précisément parce que j’ai beaucoup aimé et que j’aime toujours le hockey que je ne m’émoustille plus devant les pérégrinations de cette bande de mercenaires.
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J’ai grandi avec le hockey. J’avais trois ans et on écoutait, en famille, le traditionnel rendez-vous du jour de l’an entre le Canadien et les Nordiques. J’étais déjà impressionné par les montées à l’emporte-pièce de Guy Lafleur, la chevelure au vent. Et au fil des ans, j’ai appris le nom de ces autres héros qui me faisaient tant vibrer. Au milieu des années 80: Guy Carbonneau, Stéphane Richer, Patrick Roy, Claude Lemieux. Au début des années 90: Patrice Brisebois, Benoît Brunet, Vincent Damphousse, Éric Desjardins, Denis Savard. Le soir, j’écoutais la fin des matchs dans mon lit à la radio, et, plus tard, je me faufilais subrepticement jusqu’au téléviseur du sous-sol, prêt à revenir au lit en vitesse au moindre bruit suspect. J’ai grandi avec le hockey. J’aime le hockey.
Pourtant, objectivement, ce ne sont que des hommes qui poussent sur une rondelle de caoutchouc avec des bâtons de bois. Les femmes, pour la plupart, l’ont compris; elles ont saisi la stupidité apparente de cette activité. Mais ce qu’elles ne comprennent pas toujours, c’est que le véritable jeu, la vraie game se situe à un autre niveau. Le sport d’équipe ne possède aucune autre fonction que de créer un sentiment de fierté collective, une union permettant de rapprocher les membres d’une même communauté autour de ses héros. C’est un succédané de violence; au lieu de sortir dans la rue et de se taper sur la gueule, les nôtres affrontent les autres sur la patinoire. Il s’agit de quelque chose d’extrêmement sain.
Or, que se passe-t-il lorsqu’on n’arrive plus à s’identifier à ceux qu’on aimerait nous présenter comme les nôtres? On se désaffilie, on se cherche d’autres objets de fierté. C’est ce que je fais: je ne ressens aucun sentiment d’appartenance à voir des Russes d’ici se battre contre d’autres Russes de là-bas. C’est plutôt un sentiment de tristesse, voire de honte, de constater que ce qui fut un grand club de hockey représentant les « habitants », figure traditionnel du Canadien-français, contre les « Anglais », est devenu un club d’ailleurs. Physiquement ici, au centre Bell, sur l’avenue des Canadiens-de-Montréal, mais aucunement enraciné dans notre communauté. Il s’agit d’une plante robuste qui peut donner ses fruits, mais c’est d’un végétal étranger, simplement enraciné dans un pot qu’on a posé ici, presque par hasard. Ses racines ne toucheront jamais la terre.
On me dit qu’il faut « évoluer », que le hockey s’internationalise, que le talent québécois s’en trouve dilué. On me regarde presque comme une relique du passé parce que je considère que le sport devrait toujours permettre de s’identifier à des vedettes ayant vécu ici, grandi ici, qui savent ce que représente cet uniforme. On me juge négativement parce que je crois toujours que le hockey, cette guerre par procuration, devrait continuer de permettre l’exaltation des passions collectives et leur saine canalisation dans une activité non dangereuse socialement.
Le livre de Bob Sirois parle de racisme anti-québécois. À mon avis, le problème est plus profond que cela: les dirigeants du Canadien de Montréal ne comprennent rien au hockey. Bien sûr, ils regardent les statistiques, les chiffres, les buts, les passes, les mises en échec, les revirements, les plus et les moins, les moyennes d’efficacité aux mises en jeu, le nombre de lancers, alouette. Mais ils oublient l’essentiel: l’émotion. Cette émotion qui peut se substituer au talent et transformer un joueur moyen en Dieu de l’aréna, lorsqu’il se considère comme le prolongement des espoirs refoulés de tout un peuple et où, acclamé comme un héros, il se défonce à chaque présence sur la patinoire.
Cette émotion n’existe plus. Les joueurs de hockey sont devenus des mercenaires, et on joue avec le vieux sentiment d’appartenance à une tradition qui n’existe plus pour vendre des billets hors-de-prix permettant d’aller voir des étrangers pousser du plastique contre d’autres étrangers. La fierté, la ville, Montréal, vous dites? Mais quelle fierté? En quoi ces joueurs représentent-ils Montréal? On pourrait déménager l’équipe à Rio de Janeiro, qu’est-ce que cela changerait? Ce seraient les mêmes mercenaire poussant la même rondelle et se battant contre les mêmes autres mercenaires.
Et le petit peuple, celui qui aimerait vivre par procuration toutes sortes de guerre épiques, que lui reste-t-il, sinon l’oubli devant suivre chaque saison et les nouvelles racines à créer après chaque été? Quel sentiment d’appartenance? Quel identité?
Rien. Que du vide. On lui demande de cracher quelques billets bruns, on lui vend la bière à neuf dollars et on exige qu’il s’assoit en silence et observe, penaud, le triste spectacle d’une glorieuse épopée transformée en gigantesque combat de nouilles dans un bol de Dinner Kraft. Le passé est mort; mais tant que 21 273 Chrétiens seront présents à chaque joute, la supercherie d’une « tradition glorieuse » se perpétuera.
Non, ma ville n’est plus hockey. Sauf peut-être les samedis après-midi de janvier, quand des milliers de jeunes jouent dans les parcs pour le plaisir et s’imaginent en quelque vedette d’ici participant à une quelconque odyssée homérique. Cette image, ces jeunes aux joues rouges, éblouis par le soleil et luttant contre les engelures, au moins, on ne l’a pas encore récupérée.
Pour le moment.

Les anglophones sont-ils Québécois?

Plusieurs personnes m’ont récemment accusé d’utiliser interchangeablement les mots « Québécois » et « francophones » pour parler du problème linguistique montréalais. Les anglophones aussi sont Québécois, m’affirme-t-on. Les immigrants sont tout autant Québécois que moi le jour où ils mettent les pieds ici, ajoute-t-on. Quiconque vit sur le territoire du Québec est Québécois, m’assène-t-on dans une ultime rebuffade dont on espère qu’elle me gardera définitivement coi.
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Pourtant, je maintiens mon désaccord: le fait d’être Québécois – c’est-à-dire d’appartenir au peuple du Québec – dépasse largement le fait d’habiter sur le territoire du Québec. Appartenir à un peuple, c’est aussi partager ses valeurs, ses convictions, sa langue. Contrairement à ce qu’en pensent certains, il n’y a pas davantage de « franco-Québécois » dans l’identité québécoise que de « franco-Français » dans la française ou « d’anglo-anglaise » dans la britannique: l’identité d’un peuple forme un tout dont la langue en est le ciment. Jacques Attali en parlait, mardi, d’une manière très doctorale sur son blogue:

Six éléments caractérisent l’identité d’un peuple, quel qu’il soit : un territoire, une langue, une culture, des valeurs, une histoire, un destin commun. Aucun de ces éléments n’est stable. Tous évoluent avec le temps. La France fut chrétienne ; elle est laïque. La France fut monarchiste ; elle est républicaine. Et aujourd’hui, toutes ces dimensions sont remises en cause par le mouvement du monde : l’effacement des frontières, en particulier en Europe, remettant en cause l’idée même d’un territoire identitaire ; le nomadisme croissant des Français comme des étrangers ; la présence croissante, sur le territoire national, d’autres langues, d’autres cultures, d’autres façons de vivre ; l’universalisation des valeurs, autour des droits de l’homme et de liberté individuelle, qui en fait disparaitre le caractère national; et, enfin, dans l’individualisme ambiant, l’incertitude quant à l’existence d’un destin commun.
De tout cela il résulte que, à terme, la seule chose qui définira durablement l’identité d’une nation, c’est sa langue, et la culture, la façon de penser le monde, qu’elle implique. La langue française conduit à penser, à écrire, à vivre, de façon claire, simple, directe, précise, logique, binaire. Elle trouve sa source dans l’harmonie des paysages et conduit à une symétrie des mots, à un équilibre des concepts, qu’on trouve déjà dans les textes des inventeurs de cette langue, de Rachi de Troyes à Blaise Pascal, de Chrétien de Troyes à Montaigne, de Marcel Proust à Léopold Senghor.

Évidemment, M. Attali parle pour la France, mais son discours s’applique à merveille au Québec.
En somme, la territorialité ne constitue qu’un aspect parmi d’autres de l’appartenance identitaire. Et avec la mondialisation actuelle, cet aspect devient de moins en moins important. Il suffit pour s’en convaincre d’interroger de nombreux immigrants qui, même plusieurs années après être arrivés ici, continuent de se réclamer de leur patrie d’origine. Et cela se comprend: ils n’ont jamais eu à apprendre notre langue et ils ont accès, grâce à Internet et à la télévision satellitaire, à tous les médias de leur pays natal. Sont-ils Québécois ces personnes qui ne parlent pas notre langue et s’identifient principalement à un pays de l’autre bout du monde?
En fait, toute la conception actuelle de ce qu’est un Québécois est dépassée. S’acharner à présenter le Québécois comme un « habitant du territoire du Québec » constitue une vision vieillotte et désuète de la réalité. Aujourd’hui, en 2009, la nationalité et l’identité dépassent largement le cadre territorial. Les identités sont devenues multiples, interchangeantes; le territoire physique, qui forçait autrefois l’intégration d’immigrants coupés de leurs racines, ne suffit plus à intégrer adéquatement les nouveaux arrivants et à leur permettre de réellement faire partie de notre communauté.
Voilà pourquoi la proposition de Jacques Attali est intéressante: la langue doit devenir le principal ciment de l’identité nationale. Car une langue, comme il le dit lui-même, permet de concevoir le monde. C’est bien autre chose qu’un outil de communication interchangeable; parler français, c’est avoir une certaine conception de la vie et des choses que ne permet pas n’importe quelle langue étrangère. Il s’agit d’une spécificité unificatrice permettant d’intégrer puis de donner une vision commune de notre futur à quiconque a la volonté de se joindre à nous. Imposer le français aux immigrants, c’est leur donner le goût de se joindre au « nous », c’est les inclure à ce « nous » qui, bien avant son temps, a compris que la véritable indépendance ne passe pas nécessairement par des frontières physiques, mais par la capacité à maintenir une culture et une langue vivantes.
Alors non, je ne crois pas que l’identité nationale doit être déterminée par le lieu de résidence géographique. Tu vis à l’est de la rivière des Outaouais et tu te réclames du peuple québécois, et 500 mètres à l’ouest, du peuple canadien? Non. Être Québécois, dans un contexte de mondialisation, c’est autre chose. C’est d’abord se concevoir comme tel, parler français, partager des valeurs québécoises et avoir une vision d’un futur pour sa collectivité en tant que Québécois.
Qu’on cesse donc un peu de me rabâcher les oreilles avec le fait qu’une personne refusant notre langue, notre culture, nos valeurs et notre histoire serait tout aussi québécoise que moi parce qu’elle vit sur le même territoire que moi. Nous avons le devoir d’accueillir les autres et de les inclure dans notre destin commun, mais ceux-ci ont aussi le droit d’accepter ou de refuser, chose qui était moins évidente autrefois. Et s’ils refusent, s’ils décident de rejeter notre langue, notre culture, nos valeurs et notre histoire, pourquoi les considérerait-on comme faisant partie de notre propre identité?
De la même manière: si j’invite quelqu’un dans ma maison et qu’il décline de respecter mes plus simples demandes, qu’il cochonne mon tapis avec ses bottes pleines de boue, qu’il insulte ma femme, qu’il lance sa nourriture sur les murs, devrais-je accepter pour autant sa présence? Cette maison, c’est notre conception identitaire du Québec, une vision non-géographique de celui-ci. Et si quelqu’un ne peut respecter nos plus simples valeurs, nos désirs les plus primaires de survie identitaire, nos demandes les plus fondamentales de respect de ce que nous sommes, pourquoi devrait-on le considérer comme un des nôtres?
Être ouvert sur la diversité, la réelle pluralité du monde, c’est aussi se donner les moyens de protéger ses peuples et leurs spécificités. À chaque fois où nous nous donnons des outils assurant la survie des valeurs qui nous sont chères, à chaque fois où nous défendons le français comme principal vecteur de notre identité, à chaque fois où nous nous battons contre l’anglicisation de notre métropole, nous contribuons à enrichir l’humanité de notre présence et à construire un monde multiple où coexistent une ribambelle de cultures différentes.
Le jour où le Québec sera devenu bilingue d’abord, puis anglophone ensuite, sous le poids d’une soi-disant ouverture où nous accueillons dans notre identité des gens qui méprisent les valeurs qui nous définissent, sera le jour où un pan entier de la multiplicité humaine aura disparu. Ceux qui habitent ici mais refusent d’apprendre notre langue sont peut-être Québécois au niveau de la loi, mais ils ne font certainement pas partie du peuple québécois.
« Quand nous défendons le français chez nous, ce sont toutes les langues du monde que nous défendons contre l’hégémonie d’une seule. » – Pierre Bourgault

Le vote ethnique en statistiques

Quand j’écrivais, dans mon dernier texte, que les anglophones et les allophones montréalais ont voté d’une manière ethnique le 1er novembre, ce n’étaient pas des mots en l’air. On peut presque faire un copier-coller des arrondissements et districts largement anglicisés et les superposer aux résultats pour Union Montréal (UM).
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Regardez le tableau ci-dessous:Ce tableau est basé sur des résultats qui sont parfois fragmentaires, mais plus de 85% des votes ont été compilés dans chaque district (et souvent il ne manquait qu’une boîte de scrutin ou deux), ce qui signifie que ces chiffres sont extrêmement près des résultats finaux. Le pourcentage ded non-francophones a été normalisé en fonction des réponses multiples, basées sur le recensement de 2006 et tenant compte de la langue utilisée à la maison. La même méthode qu’ici a été utilisée.

Arrondissements Districts électoraux % non-francophones % Union Montréal %Vision Montréal %Projet Montréal
Arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville 38.1% 33.0% 32.0% 35.0%
Sault-au-Récollet 26.2% 24.4% 32.0% 31.3%
Saint-Sulpice 39.1% 35.6% 35.2% 29.3%
Ahuntsic 26.2% 32.8% 32.9% 34.3%
Bordeaux-Cartierville 57.9% 37.7% 32.0% 25.3%
Arrondissement d’Anjou 22.0% 55.4% 29.4% 15.2%
22.0% 51.4% 31.6% 17.1%
Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce 69.4% 52.2% 17.1% 26.0%
Darlington 74.9% 43.5% 14.8% 21.6%
Côte-des-Neiges 42.3% 42.0% 22.0% 33.7%
Snowdon 77.5% 59.8% 15.7% 17.8%
Notre-Dame-de-Grâce 63.6% 32.3% 22.0% 41.8%
Loyola 83.2% 33.5% 7.4% 19.6%
Arrondissement de Lachine 36.7% 63.3% 19.0% 17.7%
36.7% 57.9% 19.2% 22.9%
Arrondissement de LaSalle 57.4% 49.2% 26.9% 11.3%
Sault-Saint-Louis 49.5% 48.3% 24.5% 12.1%
Cecil-P.-Newman 64.3% 45.8% 23.9% 13.0%
Arrondissement de L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève 38.6% 55.9% 22.7% 18.0%
Arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve 13.5% 22.3% 52.4% 25.3%
Tétreaultville 11.3% 23.4% 45.6% 31.0%
Maisonneuve–Longue-Pointe 10.2% 20.1% 53.6% 26.3%
Hochelaga 10.2% 12.9% 57.3% 29.8%
Louis-Riel 24.1% 31.0% 39.8% 25.7%
Arrondissement de Montréal-Nord 31.1% 40.3% 26.0% 14.4%
Marie-Clarac 29.0% 37.8% 31.2% 16.1%
Ovide-Clermont 31.5% 49.3% 26.4% 11.9%
Arrondissement d’Outremont 32.0% 45.9% 30.0% 24.1%
Arrondissement de Pierrefonds-Roxboro 65.4% 53.2% 13.2% 33.6%
Est 62.9% 49.8% 23.7% 26.6%
Ouest 68.5% 54.2% 13.6% 32.2%
Arrondissement du Plateau-Mont-Royal 28.9% 25.8% 27.2% 44.7%
Mile-End 36.6% 21.0% 28.5% 47.5%
DeLorimier 10.2% 12.8% 35.8% 49.5%
Jeanne-Mance 40.7% 22.0% 29.4% 39.9%
Arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles 26.2% 40.7% 36.5% 19.9%
La Pointe-aux-Prairies 23.0% 35.6% 40.6% 23.8%
Pointe-aux-Trembles 5.1% 25.5% 50.1% 21.5%
Rivière-des-Prairies 51.7% 59.6% 23.0% 17.4%
Arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie 26.2% 31.7% 35.6% 32.7%
Saint-Édouard 19.9% 19.7% 30.9% 46.7%
Étienne-Desmarteaux 13.3% 22.7% 37.8% 39.5%
Vieux-Rosemont 13.5% 23.6% 42.4% 34.0%
Marie-Victorin 23.0% 31.5% 45.2% 23.4%
Arrondissement de Saint-Laurent 64.7% 72.9% 13.4% 13.7%
Côte-de-Liesse 64.3% 67.9% 16.4% 15.8%
Norman-McLaren 65.1% 57.3% 20.2% 16.8%
Arrondissement de Saint-Léonard 57.2% 69.6% 11.4% 7.5%
Saint-Léonard-Est 56.1% 63.5% 14.6% 12.2%
Saint-Léonard-Ouest 58.3% 66.7% 13.6% 7.9%
Arrondissement du Sud-Ouest 36.6% 28.2% 28.3% 19.2%
Saint-Henri–Petite-Bourgogne–Pointe-Saint-Charles 42.8% 28.44% 30.2% 28.3%
Saint-Paul–Émard 30.0% 38.2% 37.6% 24.2%
Arrondissement de Verdun 33.1% 40.1% 31.7% 22.2%
Champlain–L’Île-des-Soeurs 33.1% 36.6% 35.1% 22.9%
Desmarchais-Crawford 33.7% 38.6% 30.4% 23.5%
Arrondissement de Ville-Marie Peter-McGill 76.9% 38.4% 12.2% 13.8%
Sainte-Marie 16.4% 20.4% 0.0% 64.3%
Saint-Jacques 31.4% 26.0% 40.7% 29.9%
Arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension 47.6% 31.7% 39.9% 24.2%
Saint-Michel 48.2% 43.4% 37.1% 13.4%
François-Perrault 41.2% 36.3% 32.2% 28.0%
Villeray 21.0% 17.3% 26.7% 54.2%
Parc-Extension 80.6% 50.6% 23.4% 13.2%

On le constate, sur les 27 conseillers de villes ayant été élus dans des districts où plus de 40% de la population ne parle pas le français à la maison, 23 portaient les couleurs d’Union Montréal, contre seulement deux pour Vision Montréal (VM) et Projet Montréal (PM). Le vote non-francophone fut donc tout à fait prévisible et monolithique; qu’importe les scandales et la corruption, les non-francophones ont voté pour Gérald Tremblay.
En fait, si on applique une corrélation linéaire en comparant les données totales du pourcentage d’anglophones dans chaque district et du niveau total de vote pour Vision Montréal, on obtient un résultat de -0.71. À 1, la corrélation est totale, à 0 elle est nulle, à -1 elle est entièrement inversée; au-dessus de 0.70, elle est très forte. Statistiquement, la corrélation entre la non-francité des électeurs et le vote pour Vision Montréal indique donc que le fait d’être allophone ou anglophone constitue un facteur déterminant incitant à ne pas voter Vision Montréal. Ou, autrement dit, que le vote de ces individus en fut un basé sur leur appartenance linguistique ou ethnique. Bref, un vote à la limite du racisme.
À l’opposé, les Québécois ont voté d’une manière très ouverte et diversifiée. Dans les seize districts comportant moins de 25% de non-francophones, ils ont élu deux conseillers de Union Montréal, six de Projet Montréal et huit de Vision Montréal (une de ces victoires de PM fut dans le district où Labonté s’est retiré). Il n’y a absolument aucune corrélation significative entre le fait d’être francophone et d’avoir voté pour un parti ou un autre.
Par ailleurs, en compilant ces données, j’ai découvert une injustice quant au pouvoir politique des francophones dans la ville actuelle. Considérant qu’il y a 1 100 206 électeurs inscrits sur la liste électorale et qui doivent voter pour 64 conseillers de ville, cela donne une moyenne de 17 191 électeurs par conseiller. Bref, chaque conseiller représente une moyenne d’un peu plus de 17 000 citoyens.
Or, les arrondissement à large majorité francophone sont désavantagés. Dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, chaque conseiller de ville représente 19 249 citoyens, dans Rivière-des-Prairies et Pointe-aux-Trembles, 19 398, et dans Rosemont-La-Petite-Patrie, 19 360 électeurs. À l’opposé, des arrondissements à plus forte population non-francophone ont moins de citoyens par conseiller: 16 906 pour Ahuntsic-Cartierville, 15 905 pour Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, 13 150 pour l’Île-Bizard–Sainte-Geneviève, 15 151 pour Pierrefonds-Roxboro. Concrètement, le vote d’un Québécois dans un arrondissement où les francophones sont plus nombreux vaut moins que celui d’un anglophone ou d’un allophone dans un autre arrondissement. Le résultat électoral n’aurait pas été dramatiquement différent sans cette injustice, mais il serait intéressant de la noter pour l’avenir.
La honte la plus totale
Aujourd’hui, à cause du vote monolithique d’une minorité souvent imperméable aux efforts de francisation et d’un système politique défavorisant la représentation des arrondissements à forte majorité québécoise, nous nous retrouvons avec Gérald Tremblay à la tête de la ville. Nous sommes la risée du monde entier parce que nous avons failli à la tâche de nous unir et de prendre en considération, nous aussi, les enjeux linguistiques et identitaires sous-jacents. Nous avons cru que nous pouvions évacuer du débat ce qui crève pourtant les yeux de n’importe quel touriste débarquant au centre-ville: la profonde division linguistique de cette ville et le malaise identitaire durable qui y perdure, engendrant d’innombrables petites guerre larvées pour un oui ou un non.
Cette élection de Gérald Tremblay constitue peut-être un véritable cadeau du ciel. C’est l’occasion inespérée pour les Québécois de réaliser qu’ils feraient mieux de se regrouper politiquement dans un parti ne se contentant pas de parler de tramways et de rues piétonnes, mais qui les représente identitairement. Un parti qui serait capable de se concevoir autrement que comme un fourre-tout multiculturel où les Québécois ne constitueraient qu’une ethnie comme une autre. Un parti qui s’assumerait comme francophone et dont le chef n’aurait pas à s’excuser d’exister à toutes les deux phrases comme une Louise Harel pathétique qui adressait ses remerciements en anglais à la suite de sa défaite. Un parti qui considérerait Montréal comme le prolongement de l’identité québécois plutôt que comme une excroissance mondialisée où tout ce qui nous représente doit être éradiqué sur l’autel de la sacro-sainte liberté de minorités refusant de partager nos valeurs.
Si c’était à refaire, vous croyez que Louise Harel militerait pour les fusions municipales, maintenant que la seule grande ville francophone d’Amérique du Nord est passée sous contrôle anglophone? Ceux-ci nous donnent une leçon. Ils ont pris l’Hôtel de ville simplement parce qu’ils ont osé voter pour ce qu’ils sont dans un système municipal les favorisant.
À quand notre tour? Faudra-t-il attendre que le français disparaisse complètement avant de réagir et de porter au pouvoir un maire nous rendant fier d’être à la fois Montréalais et Québécois?