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La liberté contre la radicalisation

La fusillade dans une synagogue de San Diego, hier, aux États-Unis, a encore une fois provoqué une levée de boucliers contre différents sites Internet qui seraient des lieux de haine et qui inciteraient, selon certains, à commettre de tels actes. Cette fois, c’est le 8chan qui est visé ; déjà on peut lire des gens se mettre au « doxxing » et chercher à cibler la compagnie où est hébergé le site web. Il y a quelques mois, lors des attentats de Pittsburgh, c’était le réseau social Gab qui a dû se trouver un nouveau serveur, ayant perdu le sien. Et suite aux attentats de Christchurch, Facebook a promis des « restrictions » à sa plateforme en direct. Tous ces gens font fausse route et contribuent, au contraire, à renforcer le radicalisme.

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Je ne veux pas porter de jugement sur les idées véhiculées sur ces sites ni sur quelque idée que ce soit, mais si des gens considèrent que le racialisme ou le suprémacisme blanc constituent un problème, croient-ils qu’il suffit de le pousser dans des recoins toujours plus sombres pour régler le dit-problème ? S’il y a de la moisissure dans votre maison, allez-vous mettre une bâche bien hermétique par-dessus celle-ci en espérant qu’elle disparaisse ? Bien sûr que non ; vous allez au contraire tout aérer, tout exposer à la lumière. C’est la solution avec le radicalisme.

les censeurs sont coupables

Les vrais coupables de ces tueries, outre, évidemment, ceux qui les commettent eux-mêmes, sont les censeurs qui, par leur zèle, repoussent les idées minoritaires de plus en plus loin, les forçant à vivre aux marges de la société. J’avais déjà abordé ce sujet dans un article précédent ; Facebook, en censurant la droite conservatrice, contribue à sa radicalisation.

Prenons un exemple, pour illustrer mon idée. Imaginons un jeune homme au début de la vingtaine et qui a quelques sympathies nazies, sans que celles-ci soient nécessairement bien développées. Dans le scénario A, il s’exprime sur Facebook et est banni par le réseau à cause de ses propos « haineux ». Dans le scénario B, il s’exprime sur le même réseau et n’est pas banni.

Scénario A. Notre ami, appelons-le Adolphe, s’exprime sur Facebook au quotidien, y fait part de son vécu, publie des photos de paysages, et occasionnellement partage des articles en y faisant des commentaires vantant les nazis. La plupart du temps, quelques personnes l’approuvent mais la plupart, même ses amis ou sa famille, trouvent des contre-arguments ou dénoncent ses idées. Une fois, il va « trop loin » et publie un commentaire franchement raciste. Le réseau le bannit. Ayant perdu son moyen d’expression, il se met à la recherche d’autres plateformes lui permettant de s’exprimer. Il tombe sur des sites de plus en plus sombres où des gens parlent de nazisme sans honte et où il peut écrire ce qu’il veut sans censure. Il développe de nouvelles amitiés virtuelles au sein d’une communauté blanche se posant comme dernier rempart de la race blanche contre le génocide blanc et il s’éduque sur les thèmes les plus prisés de cette communauté. Il se radicalise de plus en plus jusqu’à ce que…

Scénario B. Notre ami Adolphe s’exprime sur Facebook au quotidien. Une fois, il va « trop loin » et publie un commentaire franchement raciste. Sa mère, qui ne sait pas trop bien utiliser le réseau, lui répond dans les commentaires qu’il est invité à l’anniversaire de sa grand-tante. Son cousin, ferré en politique, lui explique de quelle manière son raisonnement est faux, que la race n’existerait pas, qu’il n’y aurait que des pigments, etc. S’ensuit une longue discussion entre son cousin, lui-même, et des amis aux tendances nazies. La semaine d’après, il republie un autre commentaire où il précise sa pensée, et une autre longue discussion s’ensuit. Ainsi de suite ; à chaque commentaire plus radical, il fait face au caractère marginal de ses idées et est confronté au fait que non seulement il n’est pas le représentant de la race blanche contre le génocide blanc (des idées qu’il n’a pas encore pu exprimer de cette manière car ne s’étant pas encore radicalisé sur d’autres sites plus obscurs), mais qu’il est plutôt marginal et met dans l’embarras sa famille.

Notez, encore une fois, que je ne porte aucun jugement sur les idées prônées ici — le génocide blanc peut ou ne peut pas exister, cela n’est pas mon propos ; il s’agit d’un simple exemple de ce qui se produit face à la censure.

Dans le scénario A, Adolphe répond à la censure en se radicalisant. Il cherche et trouve des gens partageant ses idées et, privée de contre-arguments ou d’opposition, cette communauté virtuelle grandit et se radicalise jusqu’à se croire investie d’une mission de guerre sainte contre tel ou tel groupe.

Dans le scénario B, Adolphe n’a pas le choix de développer ses arguments et de faire face à la réalité de son propre statut marginal. Il doit s’afficher face à ses amis, sa famille, etc. Il avance à visage découvert et doit faire face à un barrage de critiques à chaque fois qu’il publie une idée trop controversée.

oser la liberté

Il ne s’agit pas de faiblesse ou de mollesse que de tolérer les idées haineuses. Il s’agit, au contraire, du propre d’une société démocratique et évoluée. Il s’agit de reconnaître qu’on peut s’opposer aux idées de quelqu’un de tout son être, de toutes les fibres de son corps, sans pour autant lui enlever le droit qu’il a d’exprimer ces idées.

Le monde des censeurs est trop simple pour fonctionner. Ces gens pensent qu’il suffit d’enlever une plateforme à quelqu’un pour le faire taire. Qu’il suffit de dénoncer quelqu’un pour qu’il se cache et ne revoie plus jamais la lumière du jour. Les gens et les idées ne disparaissent pas. La seule manière de faire disparaître une idée est de la remplacer par une idée plus forte.

En discréditant et en censurant systématiquement les gens ayant des idées minoritaires ou soi-disant haineuses, on ne leur permet pas de développer leur pensée en la confrontant à la communauté des pensées dans le monde, mais on favorise leur repli sur eux-mêmes et leur radicalisation au sein de communautés hermétiques ayant une vision réduite et fragmentaire des choses. Pour le moment, n’importe qui ayant le cœur assez solide peut aller commenter sur 8chan, mais si on devait bannir jusqu’à cet plateforme, n’encourageait-on pas simplement l’hermétisme de ces gens et le libre développement de leurs idées radicales en vase clos ?

La seule manière de lutter contre cette radicalisation consiste à laisser les gens libres de leurs paroles et de les garder au sein de nos communautés plutôt que de les exclure et de les pousser à l’infamie.

Et qui sait, peut-être qu’ils changeront… Ou nous changerons ?

Avons-nous peur de changer ?