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Pause estivale

Je prends une pause du blogue pour quelque temps. J’ignore combien de temps. J’ai d’autres projets dans des casseroles bouillonnantes sur le rond du poêle de mon imagination et je ne trouve pas la moindre inspiration pour écrire des textes de qualité présentement. J’aime mieux ne rien écrire que de me rabattre sur une écriture rapide, médiocre, simple lien avec vous, lecteurs, qui méritez mieux qu’une façade artificielle de pensée décharnée. Je planche présentement sur un projet de roman (après quinze ans à y penser et cinq ans à y rêver) et je fais le choix de ne pas trop m’éparpiller.
Ce n’est pas un adieu, ni même un au revoir. Une simple pause, salutaire. De toute façon, l’été, la politique tourne au ralenti, et je ne crois pas que quelques semaines plus tranquilles changeront grand chose dans le contexte de la disparition du peuple québécois, de sa langue, de sa culture, de ses valeurs, de son histoire, de ses villes, de ses campagnes, de son identité, de son essence. Nous continuerons de nous effacer devant le rouleau-compresseur anglomane et multiculturel un peu plus tard cet automne. Nous serons toujours aussi à genoux devant tout ce qui vient d’ailleurs et méprise nos valeurs, nous serons toujours aussi veules, mollassons et il sera toujours tout autant temps plus tard de constater notre manque de courage collectif afin de prendre des décisions courageuses assurant la survie de nos idéaux.
Je souhaite un bon début d’été à tous mes lecteurs, et à bientôt!
Louis P.

Roman: le vrai pouvoir?

Ça fait un moment que j’y pense. Le calcul en vaut la peine: j’ai écrit 650 billets sur ce blogue, d’une longueur moyenne d’à peu près 700 mots. Pas loin de 500 000 mots en tout. Combien de pages de roman est-ce que cela fait? Est-ce que j’utilise mon talent de la bonne façon?
En fait, j’aime bloguer parce que c’est facile. Ne me dites pas le contraire. Bloguer est la chose la plus facile après péter: quand la pression est trop forte, tu t’installes devant ton ordinateur et tu te laisses aller. Ça fait du bien et le résultat est assez rapide.
Parfois, par contre, ça demande un peu plus de temps pour des textes un peu plus fouillés et on reçoit même une certaine forme de reconnaissance pour la qualité produite. Mais est-ce assez?
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Source de l’image
En fait, à mon avis, beaucoup de « lecteurs » ne lisent même pas mes textes. C’est vrai, et ne me mentez pas; je fais pareil quand je vais ailleurs: je lis en diagonale avant de laisser mon opinion. Le blogue constitue un média social où le sentiment d’appartenance à une communauté d’idées est souvent plus importante que le contenu lui-même. On peut s’identifier à un auteur en particulier (pourquoi pas moi?), mais on s’y identifie parce qu’on pense déjà comme lui. Bref, le blogue fédère des individus qui ont des idées semblables. En quelque sorte, c’est le royaume des freakos qui se sont enfin trouvés un chez-soi. Si tu dis tout seul chez toi que la Terre est plate, tu es un idiot, mais si tu le dis sur un blogue où des dizaines de personnes y commentent, tu es un héros. Allez comprendre.
En vérité, le blogue politique ne fait pas changer les idées de qui que ce soit. J’en ai fréquenté des blogues depuis une dizaine d’années, et pas un ne m’a fait changé profondément ma façon de voir le monde. Et je lis les commentaires laissés sur mon blogue et je réalise que je ne fais que renforcer les convictions de ceux qui pensent comme moi; je ne suis pas un agent de changement, mais bien un outil de renforcement positif pour ceux qui sont déjà sensibilisés à mes idées.
Alors, où est-il, la vrai pouvoir?
Et s’il était dans le roman?
Trois livres ont principalement façonné ma façon de voir les choses: « Les Misérables » de Victor Hugo, « Germinal » de Émile Zola et « Le meilleur des mondes » d’Aldus Huxley.
Le premier m’a appris qu’un homme peut changer. Tout le monde peut commettre des erreurs, voire des crimes, mais a le potentiel de se repentir et de faire le bien. C’est souvent la pauvreté qui engendre la criminalité et de s’acharner sur quelqu’un qui commet un crime et qui veut s’en repentir est contre-productif.
Le second m’a enseigné le pouvoir de la collectivité. Nous sommes davantage que la somme de nos petites misères quotidiennes et tant que nous percevons notre sort comme étranger à celui de notre voisin nous sommes vulnérables à l’exploitation. C’est grâce à l’union de nos forces que nous pouvons changer les choses.
Le troisième m’a expliqué le pouvoir d’un totalitarisme au visage souriant. Des gens en apparence libres et aux moeurs on-ne-peut plus libérées sont pourtant prisonniers de leurs passions et de leur condition. On peut avoir l’impression d’être libre parce qu’on fait des choix mais ces choix sont souvent conditionnés et prévisibles.
Beaucoup d’autres livres ont changé ma vie, mais ces trois-là ont eu un impact considérable sur ce que je suis. Évidemment, de nombreux textes journalistiques (dont ceux du Monde diplomatique, le meilleur journal au monde) ont modifié ma vision du monde, mais la plupart ont surtout contribué à renforcer des convictions qui ont été établies par des réflexions issues de romans qui ont su laisser une empreinte émotive et intellectuelle durables sur ma vie.
Voilà pourquoi je songe à moins bloguer et à utiliser mon énergie créatrice pour écrire un roman. Je crois que le réel changement s’y trouve. Le roman est le summum de la manipulation; on ne peut le survoler comme on survole un texte journalistique et un bon auteur arrive à faire passer toutes ses idées à travers la richesse de ses personnages. L’émotion qu’on y met peut créer une empreinte durable chez le lecteur et l’inciter à modifier sa vision du monde. On a tout le temps de bien se faire comprendre.
En somme, je réfléchis à la possibilité d’aller à la source. Je ne veux plus seulement constituer le renforcement positif d’une minorité de gens qui pensent comme moi mais être à l’origine d’un réel changement de valeurs. Je ne veux plus expliquer en détails pourquoi telle ou telle politique est un échec, mais je veux peut-être l’illustrer, non pas en m’y attaquant de front mais en confrontant les valeurs à la base de celle-ci. En illustrant le vécu d’un personnage qui représente la vivacité de ces valeurs.
Pour le moment, il ne s’agit que d’un projet. Je continue à lire mon livre aux deux semaines (vingt-cinq livres par année depuis vingt ans, ça commence à paraître!) et je continue de ruminer sur tout ça. Si jamais je devais décider de me lancer, cela signifierait que je délaisserais ce blogue afin de concentrer mes énergies dans un projet qui me permettrait d’espérer obtenir un revenu d’appoint pour mon art.
Car oui, au-delà de toutes les justifications, écrire est un art, que ce soit dans un roman ou un texte journalistique. Et si après une bouteille de vin et un cocktail bien alcoolisé j’arrive encore à faire un tantinet de sens ici, c’est sûrement parce que je maîtrise cet art. Pas encore assez (ce ne sera jamais assez), mais assez pour me donner le goût d’aller plus loin dans ma réflexion et d’anticiper une réorientation de mon énergie créatrice vers l’écriture d’un roman.
Au-delà de la logique implacable de plusieurs de mes textes, j’ai le goût de me laisser aller un peu, de donner une couleur et une substance à ce que j’écris.  De faire vivre le monde non plus seulement de manière rationnelle, mais bien émotionnellement.   Je sais que j’ai du talent pour écrire des textes journalistiques, mais ne je suis pas un chercheur dans l’âme; je suis un rêveur, un philosophe.  La matière première d’un journaliste est l’information, mais la mienne est la réflexion.  Et j’ai le goût d’y ajouter l’imagination.
Pardonnez-moi ce billet étrange.  Je suis vraiment pompidou, mais ces réflexions ne sont pas la conséquence de l’alcool mais bien la résultante de mois de réflexions.  Peut-être est-ce simplement la réduction des inhibitions engendrée par le nectar de Bacchus qui m’incite à en parler ici ce soir.
Tout comme Alex l’été dernier, j’en suis là aujourd’hui. Ah, et puis fuck, je vais faire comme lui et vous demandez ce que vous en pensez: Seriez-vous intéressés à me lire si j’écrivais de la fiction?
Pour vous mettre en appétit:

Mitch souleva un fin nuage de poussières lorsqu’il arrêta brusquement sa vieille Mercedes sur un chemin de terre n’ayant probablement pas vu de pluie depuis des semaines. L’église s’élevait à sa droite, indécente au centre d’une végétation jaunie par la sécheresse. Elle se dressait au milieu de nulle part, bordée de quelques rares habitations décrépies, triste festin pour les insectes et les animaux. S’il y en avait, car on n’entendait aucun bruit, aucune cigale se lamentant dans la chaleur écrasante de cette fin de canicule, aucun moineau voletant au gré des courants ascendants annonciateurs d’un changement de température, aucune âme qui vive. Le temps semblait figé dans une soupe laiteuse que même le soleil avait de la difficulté à percer.
L’église avait connu des jours meilleurs, mais semblait tout de même bien résister aux ravages du temps. Très vieille et à un seul clocher, l’édifice de pierre plus que centenaire arborait des plaques de bois aux hautes fenêtres qui avaient du, en des temps plus prospères, éclairer le visage de dizaines de fidèles buvant la parole du Seigneur. Le toit était rouillé mais intact, la porte avait été scellée à l’aide d’un gigantesque cadenas protégeant le lieu saint depuis au moins la seconde guerre mondiale.
Lieu saint, lieu saint… Était-ce encore le cas aujourd’hui? Mitch se frotta machinalement la nuque en contemplant l’édifice. « Quand faut y aller, faut y aller » lança-t-il à haute voix pour se donner du courage. Il claqua la portière, prit son sac à dos et s’approcha lentement de l’église, traînant ses vieilles bottes de cowboys dans la poussière. Avec sa barbe rousse d’une semaine, ses jeans bleus, son chandail à moitié déchiré et son large chapeau style Crocodile Dundee, il avait davantage l’air d’un aventurier dresseur de serpents venimeux que du webmestre qui était pourtant sa profession.
Si tout était à recommencer, répondrait-il au téléphone?

Je devrais vraiment lâcher l’alcool. Bonne nuit à tous!
p.s. Chaque fois que j’écris un billet plus personnel, je me demande si je perds de la crédibilité pour les billets plus sérieux. Je me dis: a-t-on envie de citer un mec qui se tape une bouteille de vin et du fort, qui raconte sa vie et qui après va se croiser les doigts pour pas être malade? Je ne pense pas me faire inviter à la radio pour ce billet-ci! Haha!